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jeudi 21 juillet 2011

Brève

Vacances. Un temps très moche vient corroborer un postulat depuis longtemps établi par moi : l'été à l'intérieur avec trois litres de thé, c'est mieux.

Il arrive souvent que la journée s'écoule et que, le soir, parvenu au bout de la longue liste de moyens de glandouiller dont je dispose, un sentiment de profonde culpabilité s'empare de mes doigts, trop longtemps restés inactifs : il me faut dessiner, écrire, faire quelque chose. Et surtout pas la vaisselle, me susurre mon chromosome Y.

Je me mets donc à griffonner, jusqu'à vingt-deux heures, vingt-trois heures, puis vient la minuit, l'heure fatale où les aiguilles se superposent comme deux bras que quelqu'un joindrait au-dessus de sa tête, faisant claquer se mains ensemble pour donner le signal : ce jour est terminé. Je ne sais quel sorte de processus se met en branle, quelque part entre les parois de votre crâne, mais on pense, sans se rendre compte de l'absurdité transcendentalement évidente de la chose : "tiens, on est demain".

"tiens, on est demain"
I is confused.


Mais soudain, comme si quelque ébeniste temporel avait glissé un coin de bois entre les aiguilles, elles s'écartent, et, pareille au tronc que Milon de Crotone voulut fendre en y plantant les mains, la journée se distend artificiellement grâce à la géométrie non-euclidienne du temps. Quelques heures qu'on emprunte au sommeil du lendemain.
Pour meubler la pièce vide et sombre, j'allume généralement la radio. Vers une heure du matin, sur la RSR vient Géopolis. C'est un peu comme histoire vivante, mais sur l'actualité, à savoir quelque chose que personne n'est en mesure d'analyser avec le recul qu'apporte la fraicheur de cave des archives et les langues déliées par la prescription des délits avec le temps.
Ca m'a énérvé. Mais d'une force, t'imagines pas.

Sujet le printemps arabe. Ben tiens, original, comme absolument toutes les émissions depuis trois mois. Bon alors on commence : "Alors est-ce que ce printemps arabe, c'est la faute de milices islamistes organisées ?"

Ouais super subtil comme début "est-ce que cette situation correspond au cliché le plus bête qu'on pourrait s'en faire ?" A quoi il s'agit de répondre avec audace "ah mais non pas du tout, la situation est bien plus compliquée". Ben tiens, prix nobel.

Après quoi il s'agit de dire, avec raison, que le religieux a tout de même souvent été la plate-forme refuge de la politique. Exemple, mettons en syrie :
"- Chef, chef, il dit qu'on est trop marxiste !
-Bon, foutez le au trou.
- Pour combien de temps ?
- Haha.
- Haha. Ouais. Comme si y'avait une date limite, allez.
- Hum.
- Chef, chef, j'en ai un autre, il dit qu'on est trop des capitalistes vendus à l'occident !
- Bon, au trou aussi.
- Chef, chef, encore un, mais celui-là il dit, euh, qu'il faudrait revenir au temps du Prophète et que c'était mieux avec les califes justes et les femmes voilées, etc.
- Ben au tr.. Ah merde, non, on peut pas, on est laïc, parce que je suis issu d'une minorité religieuse. Liberté de religion du coup.
- Arf, chier, c'est vrai j'oubliais.
- Une seule liberté et c'est déjà le bordel.
- Mais bon, revenir au temps du Prophète, il va galérer pour trouver une Delorean
- Ouais, et des routes en assez bon état pour atteindre 88 miles à l'heure."


Mais bon, et de conclure : "Il faut pas tout ranger sur une grille de critères religieux, on a longtemps cru que c'était la clé pour comprendre tout le monde arabe, mais non, faut pas."
Bon, c'est pas faux. Fin de l'émission. Deux heures. Flash info.

Parmi les autres tragédies quotidiennes :
"Des affrontements à Homs ont opposé Sunnites et Alaouites dans la journée"

Ah tiens, pas tout regarder avec des critères religieux ? Alors pourquoi Suniites/alaouites plutôt que partisans/opposants au régime ?
Dans le genre "je suis pas foutu d'observer les leçons que je donne à tout le monde au cours d'émissions à l'air vaguement intellectuel" vive la RSR.



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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.