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mardi 5 juillet 2011

Le Roi Vent

Aux environs de 2008


L'Hiver, le Roi Vent se penche sur notre contrée,
son haleine vaporeuse laissant dans les nuées
— comme l'enfant couvre la vitre avec sa vapeur —
l'empreinte de son souffle, d'une opaque blancheur.

Bien qu'il puisse forger ciel et terre par ses soupirs,
la Grippe l'atteint, lui aussi, que croyiez-vous ?
Elle clôt Ses poumons, ne laissant pas même sortir
la maigre bise, le froid qui transpercera tout.

jusqu'à ce que, Ses sbires, par décembre aiguisés,
s'attaquent à la Grippe qui obstrue Ses voies,
par milles ruses, maquillés ou déguisés
trompent sa vigilance pour qu'enfin le Roi
brise son emprise, et s'éclaircisse la gorge,
relâchant les marteaux qui désormais forgent
vallées, montagnes, arbres, lacs et nuages,
tordant à leur guise l'imposant paysage.


Il inspire, tousse, soupire et crache, hagard.
Et, s'échappant des alizés, blizzards et rafales,
Ses mucosités rampent et glissent — C'est le brouillard
qui amène à nos forêts ses effluves morfales
que dévore couleurs et contours de la Nature
rien n'arrêtant l'insatiable créature

le Roi vent pourfend sans peine par ses postillons
ce spectre tout entier fait de blancheurs diluées.
Chutant çà et là, sa salive se fait flocons
qui se glissent, discrets, parmi les brumes cendrées
afin de couvrir de blanc les branch' des sapins
pliant les membres des arrogants conifères.

Il enferme les frileux dans leurs doux foyers
Et maquille le paysage, le cachant à nos regards
Et si vous vous y promenez, qui que vous soyiez
vous recevrez sur la joue, d'un air hagard
Une brûlure glacée, comme un baiser mort-vivant
Moi, je sais : ce n'est que la douce bise du Roi Vent.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.