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mardi 1 novembre 2011

Brève IV

J'aime pas les sophismes arc-en-ciel.

Déjà je me souviens plus trop d'où vient le terme. J'imagine que c'est de la Science du Disque-Monde ou bien d'un livre de Trihn Xuan Thuan, sur la lumière, le cosmos, ou je sais pas quelle sorte de charabia, ce qui est d'ailleurs marrant parce que dans le premier de ces deux ouvrages, Ian Stewart et Jack Cohen en profitent pour fustiger les tenants du principe anthropique, dont se réclame justement le très bouddhiste astrophysicien auteur du deuxième livre.

Oooooooooooooh !...


Donc un raisonnement arc-en-ciel, c'est un raisonnement qui saute des étapes, qui vous agite une vraisemblance sous le nez, fait claquer un fouet et regarde votre entendement sauter comme un cabri à travers le cerceau du fallacieux à la suite de la vraisemblance promise. Par exemple, justement l'arc-en-ciel. Quand on est petit, on se demande forcément d'où vient ce phénomène qui fait se coller des nez morveux aux vitres des classes primaires, nonobstant tous les efforts du corps enseignant pour juguler cet enthousiasme et le canaliser vers les trucs bien plus importants, comme par exemple la grammaire ou les divisions en colonne.
Pressés de rejoindre leur programme, ils se dépêchaient donc de sortir un prisme triangulaire. Enfin, dépêchaient, c'est relatif. Disons après la huitième "mais comment ça se fait les z'arc-en-ciel ?" alors on met le prisme au soleil et… Oh, magie, ça fait un petit arc-en-ciel sur le bureau. Oooooooh. Eh ben, dans le ciel c'est pareil mais avec des gouttes d'eau au lieu du prisme. Bon, allez, les rases-mottes, fin de la pause, sortez vos crayons de couleur, on va faire de la grammaire et souligner les différents groupes de la phrase, hihihi.
Vous voyez les enfants, c'est comme une couverture d'album de Pink Floyd, en fait, c'est comme l'harmonie de l'univers, c'est comme… La grammaire, tiens. Revenons au cours. Et Léo, on dit "comment se font les arc-en-ciels" si tu redis "comment ça se fait" en parlant d'un pluriel, je te casse un doigt.

Seulement, ça n'explique rien. Les questions de certains enfants persistent. L'arc-en-ciel projeté par le prisme, il est sur le bureau, pas posé dans les airs sur du rien. Comment ça peut marcher de projeter de la lumière sur de l'air ? Pourquoi les gouttes elles feraient un seul arc-en-ciel, plutôt qu'une tonne de petites taches multicolores vu qu'elles sont toutes différentes, à des endroits différents et qu'en plus elles tombent ? Pourquoi sur le bureau, il est droit, et dans les cieux, il fait un arc de cercle parfait ? Pourquoi les arc-en-ciels apparaissent toujours par paire et entre les deux, le ciel parait plus sombre ? Pourquoi ne peut-on pas en voir à midi, et pourquoi leur centre est-il toujours situé au point antisolaire ? (ne mégotez pas sur les connaissances empiriques que j'avais, étant enfant, j'étais un vrai petit Aristote des cours de récré)

Bref, vous vous rendrez bien compte qu'on n'a rien expliqué.

Vous montre deux truc qui se ressemblent et vlam badaboum sans savoir comment on a posé un petit signe "égal" entre deux, et le monde, d'un seul coup nous semble compréhensible.

Quand on essaie de l'appliquer sur le plan historique, cette folie de la métaphore devient ridicule. Sartre a raison de parler de la bêtise de ceux qui assimilent Lénine à Robespierre et Robespierre à Cromwell. (Oui, j'ai donné raison à Sartre, foutez-moi la paix !) Nier la spécificité des évènements c'est l'arrêt de toute démarche de connaissance historique.

Autre exemple de sophisme arc-en-ciel, sans doute le plus actuel : l'Allemagne des années 30 voit la montée du fascisme à cause de la crise économique qu'elle traverse, c'est bien connu. C'est uniquement pour ça qu'Hitler a du succès, parce que les gens veulent plus être pauvres. Et maintenant, on parle de la montée de l'extrême droite exactement dans les mêmes termes : ce serait à cause de la crise. (crise qui dure depuis 2008, et de toute façon, c'est bien parti pour durer, la crise, partout, toujours, plus fort que Spirou.) Les gens auraient peur pour leurs emplois, leur identité, leur salaire, ou que sais-je encore, et donc, ils décident de taper sur les étrangers, tiens ça va sûrement arranger les choses.

Seulement, le présupposé de ces deux raisonnements, c'est que les pauvres sont tous des cons.






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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.