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lundi 28 mai 2012

Toujours fan d'Alexandre Dumas


Je veux dire, il a repris plein d'éléments du vrai d'Artagnan.
Notamment l'arrestation de Fouquet.
Mais là, apparemment, il a craché sur du beau matériel.

jeudi 24 mai 2012

Ce matin à la radio.


"800mio de spectateurs par mois, et si Youtube était en passe de devenir la plus grosse boîte de production et de distribution de films pour le cinéma et la télévision. (…) Machine nous révèle que "oui moi je suis sûre de ça, Youtube next aide les réalisateurs à partager leurs expériences (…) ce festival online de ce site Short of the weeks, avec sa youtube channel (…) Youtube pourrait devenir le principal employeur des cinéastes (…) la technologie elle va plus vite que les structures qui l'entourent (Venn awart) (…) certains producteurs ont déjà anticipé le mouvement puisque certaines bande-annonces ont définitivement quitté les salles de cinéma pour se diffuser exclusivement sur Youtube"

Youtube serait en passe de devenir la plus grosse boîte de production de tous les temps.
Pour dire ça il faut vraiment être le dernier des demeurés et se dire "ohlàlà Youtube a plein de vidéos, hihihi, donc Youtube a les MOYENS de faire des vidéos." et de passer à la conclusion sans s'interroger plus avant. Les journalistes font souvent ça, on confectionne une polémique à partir de rien, là où il n'y a pas de problèmes, et on laisse à des invités le soin de dénouer ce qu'on présente comme un conflit inextricable, une opinion courante ou même un mouvement inéluctable, alors qu'on vient inventer ces conneries.

Comme le dit Machin, le mec de l'ECAL, il faut de l'argent pour faire des films.
Youtube n'en a pas, de l'argent. D'accord ils pèsent 1.65 milliards – montant de leur rachat par Google – mais l'industrie du cinéma représentait 29 milliards en 2009, et la simple production de spiderman 3 avait exigé 253 millions. Et tutube dépend de la pub pour survivre, pub qui commence vraiment à emmerder l'utilisateur. A ce stade, ils peuvent juste se contenter d'arbitrer et de virer les vidéos de porno pédophile ou de propagande d'extrême-droite qui leurs arrivent dessus, c'est tout. Pas de commander des blockbusters.
La venue de chaînes Youtube "plus sévèrement éditées" va révolutionner le monde du cinéma ? Mais c'est une blague ? Oui, cette radio m'y a habitué à l'indigence du propos, mais tout de même, à 6h40 du matin, ahuri par le cri strident de mon radio-réveil, la surprise maintient en moi une forme de confiance dans l'avenir qui n'est pas sans naïveté.

Regardez le contenu original de Youtube, ne serait-ce que le français : Joueur du grenier, Point Culture, Cyprien, Norman, et autres adeptes autoproclamés du mourage de rire. Je veux dire, c'est pas Scorcese ni Spielberg, les mecs réveillez-vous, c'est trois plans différents, des petits gags, du hors-champ à toutes les sauces, des FAUX qui s'écrivent en arrière-plan… Dans le même genre que le Joueur du Grenier, on a son mentor, son inspirateur, le AVGN (Angry Video Game Nerd) de l'autre côté de l'atlantique qui est en train de produire son long-métrage après plusieurs dizaines de vidéos, certes hilarantes d'après moi, mais techniquement et philosophiquement assez médiocre. D'accord un mec qui chie sur Bugs Bunny, c'est drôle, bon, ça mérite pas la palme d'or, non plus. Remarquez le Ruban Blanc non plus ne méritait pas la palme d'or, donc je sais plus trop où j'en suis.
 90% de Youtube c'est soit des morceaux de séries ou de film déjà produits, reproduites sans autorisation, soit des montages – la plupart du temps stupides – de PMV genre une musique du Prince d'Egypte avec les personnages du Roi Lion par-dessus. Oui, je sais ça sert à rien. Soit des compilations de Fanarts érotiques de Sherlock fortement teintés d'homosexualité masculine[la série UK], soit des vidéos de chats ou de bébés… C'est le concept, bordel, Youtube : ta vidéo. C'est un site de partage de vidéos d'utilisateurs. Bien sûr, y'a plein de réalisateurs en herbe qui vont foutre des trucs dessus, ne serait-ce que pour faire partager leurs potes, mais c'est pas Youtube qui les a produit. 

Je veux dire, le simple effondrement en bourse de Facebook devrait empêcher les gens de se dire "c'est la pub qui paie". Bien sûr que Facebook est "payé par la pub" c'est une grosse régie publicitaire avec nos photos personnelles dessus et des photos de puputes à poil. N'empêche qu'à part les publicitaires, personne ne veut payer pour Facebook et personne n'y fait plus confiance, à ces conneries de "c'est payé par la pub".

Comme le montrent les récentes campagnes virales efficaces de certains films, (e.g. Prometheus) à savoir des petites vidéos non-extraites du film, une campagne de pub intelligente peut faire la différence. Mais cette campagne se couplait d'une fausse station de métro à paris (!), d'un faux site internet dédié à une entreprise du monde convoqué par le film (qui est aussi celui d'Alien), et de tant d'autres choses incroyables que j'oublie sans doute… Est-ce que Youtube y est pour beaucoup dans ces campagnes d'une inventivité enthousiasmante (du moins plus enthousiasmante que la bande annonce type qui envahit nos cinémas avec texte blanc sur fond noir entrecoupant des scènes d'action) ? Je ne pense pas. Certes ça permet la diffusion virale de ces vidéos, qui toutefois ne toucheront que les fans et ceux qui attendent réellement le film, les autres n'en entendront certainement pas.
Regardez the Dark Knight Rises, le gros film lourd lours lourd de cet été, le parpaing du cinéma. Ses trailers ? Très classique, mais fera un score équivalent. Ou the Avengers ? Très classique, mais score sans doute meilleur encore que Prometheus. Les fans des Avengers se sont déchaînés, dispensant à l'équipe du film de faire la publicité, j'ai l'impression.
Dès la bande annonce internet était foufoufou.


Youtube n'est qu'un relai utile pour des vidéos produites ailleurs, il serait illusoire d'espérer y voir le Hollywood (ou même le Bollywood) de demain. Le mec de l'ECAL le souligne, très étonné qu'on parle de production, là je suis d'accord. Il dit que Youtube c'est une évolution normale, toujours d'accord, que ça va pas révolutionner le monde, bon sang je suis tellement d'accord avec lui, m'extirpant de mes couvertures que j'ai l'impression d'entendre mes propres pensées à la radio.
"Mais parce que c'est aussi bête que ça, il faut de l'argent pour faire des films. Il faut qu'il y ait de l'argent dans la machine, sinon ça marche pas. Et que ce soit payé soit par le spectateur, soit par la pub, ce qui n'est pas beaucoup plus démocratique (…)

– Vous pensez que ça aura encore un prix d'ici quelques années ?"
Je ricane. Mais non connard, on vivra dans un monde de petits poneys et on se payera avec des câlins, grâce à Anonymous qui va libérer le monde de la terrible oppression des producteurs capitalistes en ne payant pas ses films. Parce que comme chacun sait, les cinéastes vivent d'amour et d'eau fraîche et les millions de Brad Pitt lui tombent magiquement dessus du ciel. Ridicule. (et encore, dans My Little Pony, on trouve un épisode où toute la ville vient dépenser son argent pour se payer du cidre, tout fout le camp, ma bonne dame) (J'ai déjà parlé du piratage, ici, zou. Remarquez que dans l'émission ils parlent aussi de la dématérialisatiiiioooon, ses supports numériiiiques, etc.)

"Non, ça aura toujours un coût, reprit l'interviewé imperturbable.

– Mais le problème du téléchargement, ça montre pas que justement les gens sont plus près à payer…

– Mais c'est payant, tout ça, c'est payant par la pub.…"
J'ai dû écouter la suite de l'émission sur internet, parce que mon poing venait de pulvériser mon réveil, envoyant valdinguer des petits éclats de plastiques et de métaux divers aux quatre coins de la pièce.

Un mec de l'ECAL dit donc que :

"LE PIRATAGE EST PAYÉ PAR LA PUB."
Voilà le niveau de connerie.

Mais il a déjà téléchargé un truc, le mec ? Juste parce que les sites où l'on peut trouver des liens de téléchargement illégal sont saturés de pubs, il s'imagine que le téléchargement est payé par la pub ? Crétinerie indéfinissable, quand on dit qu'un service – i.e. le téléchargement illégal d'oeuvres soumise au droit d'auteurs – on s'attendrait quand même à ce que ça veuille dire que l'équipe de production touche cet argent, alors que non, c'est évident que non bordel, c'est pas eux qui ont mis leur film sur internet avec des jolies pubs à côté.
Ayez pas peur, pour la fin de l'interview, vous ratez rien il disait de la merde comme quoi la méchante publicité anti-démocratique nous manipulait en finançant le cinéma, blablabla.

Vous pouvez l'écouter sur le site de la RTS : ici à télécharger. Aux environs de 45-50 minutes d'émission.

mercredi 23 mai 2012

Le Halal

 Discussion avec un type sur Google+ suite à un gros débat quant au 22 avril en France et au résultat de Marine le Pen. Je faisais remarquer que tout le monde s'en foutait du halal. Le mec :
"ta réaction est je pense la raison de la progression du FN en France, parce que tu considères toi que les sujets que j'ai évoqué ne sont pas des sujets dignes de l'être, ceux qui l'évoquent ont tort, mais le fait est, que tu le veuilles ou non, que pas loin de 20% des français (dont je ne fais pas partie), ont choisis de voter pour un parti qui parlent beaucoup de ses problématiques là !"
Moi :
Ce que tu dis c'est que les gens qui trouvent ces sujets stupides - comme toi, apparemment - sont responsables de ceux qui les considèrent comme importants. On a donc le choix entre s'y intéresser corps et âme et en faire le centre du débat… Et être accusés d'avoir causé le débat par notre dédain ? Je trouve ça injuste, j'avoue.
Je considère que ces sujets ne sont pas dignes d'être évoqués parce que - notamment - la viande halal reste de la viande. Dire "C'est un sujet important" n'en fait pas un sujet important. Qu'on vote pour le FN non plus. Ca montre que les gens s'en préoccupent, certes, le fait qu'on en discute le prouve tout aussi bien. Le font-ils à raison ? C'est là que je dis non.
Les "laïcistes" sont contre ce qui ressemble à de la religion ? Hum. S'ils récusent toute forme de transcendance, et fuient toute sorte de religion, quelle différence entre la viande halal et l'autre ? Dans une optique areligieuse, justement – et sans transcendance – ce n'est que de la viande. Elle ne garde a priori pas mémoire des prières invoquées sur elle ou du mode de mise à mort de l'animal.
Les "fanas des bêtes" devraient condamner toute forme de viande pas seulement la viande halal.
Son message continuait :
 "et d'autres estiment que les règles du vivre ensemble français ont déjà été suffisamment mis à mal par l'islamisme et qu'il faut y mettre un coup d'arrêt,..."
Ma réponse : 
Y mettre un coup d'arrêt ?…En légiférant sur de la viande, donc. Hum. Ça va clairement mettre un gros coup au communautarisme.
C'est un peu comme les minarets en Suisse, remarquez. On en fait le symbole de l'islamisme radical, on l'interdit et on fait comme si on avait tout résolu. Alors que c'est de la viande ! L'interdire ou la réglementer ne va pas démontrer aux islamistes radicaux qu'ils ont tort ! Ça ne va raisonner personne ! Ça n'a aucun effet sur cet islam radical qu'on voudrait combattre - à raison - mais on ne le fera pas en faisant un procès à des steaks.

Si tu veux me prouver qu'on devrait jeter la viande halal plutôt que de la recycler et autres problèmes nationaux soulevés lors de ces joutes oratoires nationales sur le halal, je t'écoute, par contre.
Étonnamment personne ne trouva moyen de justifier ce gaspillage. Je conclus donc :
Je ne découvre aucun argument intelligent sur ce débat de la viande halal, donc je doute que je doive m'escrimer – comme je le fais maintenant. Ô contradiction. – à l'expliquer, uniquement parce que beaucoup s'en préoccupent.


En fait au final j'ai évoqué le sujet.
Donc je me suis contredit.
Oups.
Mais ça fait du bien, parfois.

[SPOILER] La fin de Dr House et les symboles symétriques.

Avant-Propos.

Si vous aimez pas qu'on vous révèle la fin d'une histoire, passez votre chemin, merde, je veux dire c'est écrit spoiler partout, j'ai essayé de faire gaffe à pas mettre des images trop explicites(d'ailleurs le contraire, ç'aurait été impossible, le truc le plus signifiant qu'on trouvant dans mes screenshots, c'était les sous-titres), mais que voulez-vous ma prose est tellement captivante que si vous commencez à la lire, vous ne vous éveillerez qu'en aboutissant sur les pixels blancs qui succèdent à la dernière ligne, absorbés par le magnétisme hypnotique de mon phrasé.
Donc.
SPOILERS-SPOILERS-SPOILERS-SPOILERS-SPOILERS

Voilà. C'est fini. Une des rares séries que j'ai suivi depuis à peu près le début s'est terminée et c'est à peu près pas mal. Je m'attendais à du vraiment mauvais, j'ai eu du dramatique à outrance et du symbolisme facile. Ce dont j'avais besoin, donc ça va pas trop mal.
Bien entendu, comme chacun sait, je ne l'ai pas piraté, ce serait absolument impossible, impensable, interdit ! Non, j'ai juste pris un Jet Privé, été le voir à New York dans un bar, et je suis revenu ici. Tout ça a été rédigé dans un jacuzzi à 35'000 pieds d'altitude, en buvant du champagne à la fraise, dans le vol retour.

Sherlock Holmes, à l'envers ?

http://www.anotherwasteofspace.com/wp-content/uploads/2011/04/reichenbach-small-jpg-300x442.jpg
Rappelez-vous que House est inspiré de Sherlock Holmes. Maintenant rappelez-vous la mort de ce dernier. The Final Problem (que vous pouvez consulter/imprimer gratuitement ici [PDF]) Aux chutes de Reichenbach, en Suisse, il se bat contre Moriarty, le pire ennemi qu'il ait jamais rencontré. Ils tombent tous deux dans l'abîme et Watson arrive après coup sur les lieux du crime, épouvanté. Il ne trouve que le porte-cigarette de son ami, dans lequel il y a une lettre que Moriarty a laissé Sherlock rédiger avant leur affrontement. Celle-ci décrit la situation et le fait qu'il pense ne pas sortir vivant du combat. Watson tourne son regard vers l'abîme, Sherlock est mort. Point.




On pouvait s'attendre à ce que justement House finisse de même façon, par une chute. 
Ici, en forme de boutade, imaginant que Lupus soit la Némésis de House.

Plus tard, Conan Doyle, pressé par ses fans fera revenir Sherlock Holmes. Chronologiquement, je pense donc qu'un retour à la Gandalf devrait s'appeler un retour à la Sherlock, si on voulait être précis. Certes, ce retour n'a pas été prévu par Doyle, mais n'empêche. Holmes revient donc, en 1884, dans The Adventures of the Empty House, (disponible ici également) à la grande surprise de Watson. Bref, Sherlock prétend qu'il a feint la mort pour échapper aux sbires de Moriarty toujours actifs, et qui auraient pu souhaiter sa mort, entre autres parce qu'il a tué leur patron, ce qu'ils sont susceptibles.
Vous le savez bien, l'histoire est racontée par Watson, c'est lui le narrateur. D'où quelques soucis justement sur le pacte narratif, mais… Passons.



"– Euh, oui, mais du coup, patron, si je raconte vos aventures dans des romans, ça la fout pas un peu mal pour rester secret ?
– Ta gueule, Watson.
– Ok, patron."

L'épisode final de Dr House, le der des der, 08x22, Everybody dies.


Maintenant venons-en à la fin de House. Début d'épisode. Drogué, il est affalé sur le sol d'une maison avec un mec que – était-ce voulu par les scénaristes/les réalisateurs ? – j'ai pris pour Wilson. Oui, parce que Wilson a un cancer incurable, en fait, donc je sais pas, je m'attendais à ce qu'il soit mort. En fait non, c'est un patient. Mais quelqu'un lui parle depuis les ténèbres de la pièce.
"Il est mort", lui dit… Kutner. Le mec mort depuis plusieurs saisons. Donc House hallucine.
"Tu es mort aussi, proteste légérement House devant l'apparition de Kutner.
Le feu ne l'est pas", repondit le spectre en indiquant le plancher devant House.
A travers, il pouvait effectivement voir les flammes se propager en dessous.
Générique.


Là, j'étais plutôt déçu. Je veux dire, on avait annoncé que cet acteur serait là, donc ça signifiait que forcément House hallucinait, on aurait une nouvelle scène de délire complet à la House's Head, où il parle à son propre subconscient, comme Garfield pendant un régime. Donc il est de nouveau malade, commençai-je à conjecturer !
Ce qui forcément, pour moi, voulait dire que House était le dernier cas de la série. Ce serait magnifique  ! Le diagnosticien de génie emporté par une maladie inconnue et cherchant à deviner malgré la douleur ce que c'est, voire à mettre en danger sa propre vie, juste pour SAVOIR, House mourant en conversant avec Wilson tel Socrate racontant à quel point la mort remonte depuis ses pieds… ça aurait pu être ENORME. Ca aurait même pu être un putain de lupus et on aurait tous bien rigolé !
Beh non. Dès ces trente premières secondes on avait vu que ça ne le serait pas.
Les hallucinations de House n'ont pas vraiment de raison d'être à part que, ah oui, il est psychologiquement atteint, probablement névrotique, qu'il se dope à la Vicodin depuis 15 ans et qu'il est sous héroïne. Mais au fond, c'est juste parce que c'était marrant de le faire converser avec son subconscient.

Au fond, "je-sais-plus-qui" avait raison, le dialogue est la forme la plus pauvre de schéma narratif possible. Un auteur et un lecteur sont de toutes façon requis pour raconter une histoire, le dialogue essaie de les intégrer directement dans le récit et de les faire converser. Exemple : les dialogues platoniciens. Ce ne sont rien de plus que des idées qui se déploient devant des gens qui aquiescent ou nient, en essayant d'anticiper les questions des lecteurs. Et cet épisode c'est ça. House va parler à Kutner, son ex-femme Stacy, Cameron (blonde qui craquait sur lui tout en se tapant Chase et gardait le sperme congelé de son ancien mari (note : c'est la gentille de la série, ce qui explique probablement pourquoi personne ne l'aime)) qui sont bien entendu tous des hallucinations, pendant qu'il essaye de se relever et que la maison est en feu.
Par flashbacks et dialogues avec des facettes étranges de son subconscient, House retrace comment il a atteri au milieu d'une maison en feu avec son patient mort.


Reprenons depuis un peu avant.
Dans l'épisode précédent (08x21), le mec avait un problème d'oreille qui faisait qu'il entendait la voix de son frère décédé. Oh, je ne peux pas résister. Reprenons le diagnostique : ils lui font un IRM du cerveau, ils voient de l'activité électrique dans la zone du cerveau dédiée à l'audition ! Ca veut dire qu'il est en train d'entendre quelque chose ! Mais là, y'a pas de son dans l'IRM, il ne peut rien entendre ! (apparemment les connards de Princeton Plainsboro n'ont pas ces IRMs de merde où ça fait plus de bruit qu'une machine à laver pleine de couteaux de cuisine à vitesse maximale et où en général on passe justement de la musique pour détendre les gens, voire on leur donne des écouteurs)
Mais c'est bien sûr ! Plutôt que de conclure que le cerveau humain tolère une légère plasticité, ce qui fait que certaines personnes – chanceuses – qui ont perdu une bonne part de leur cerveau arrivent encore à effectuer des opérations simples, voire à vivre une vie tout à fait normale, une fois que leurs facultés se sont redistribuées, nos diagnosticiens de génies en tirent la conclusion logique : leur patient entend des voix !
Non parce que la conception topique du cerveau est ABSOLUE : si cette zone est activée c'est que vous pensez à de la tarte au fraise, une étincelle dans cette zone signifie obligatoirement que vous pensez à Africa de Toto, et celle-ci, bien entendu dénote que vous aimez les rousses en jean moulant, vous ne pouvez pas contredire la science !
Putain mais quelle connerie. En plus le mec dément. Il est donc catalogué comme schizophrène. Non mais sans dec, vous imaginez ? Vous avez une petite tache sur votre scan de cerveau, PAF à l'asile, pas besoin de psychanalyse, rien du tout.


Donc il entend des voix, bon. On va fouiller dans son dortoir. Un mec fume de la drogue et prend nos gentils médecins pour des flics, qui ferment les yeux sur la drogue parce qu'ils sont gentils (ce schéma n'est pas usé du tout et il n'est pas du tout calqué sur une série policière). Ils trouvent une photo coupée dans son tiroir à chaussettes. Adams dit "c'est peut-être le type dont il entend la voix dans sa tête".

Pause.

BORDEL. TU. N'EN. SAIS. RIEN. Ca pourrait être n'importe quoi ! Ca pourrait être une photo de lui, enfant, ça pourrait être une photo d'un cousin, d'un frère, il pourrait être pédophile ou que sais-je, nonon c'est obligatoire : c'est LA VOIX DU MEC DANS SA TÊTE, dont l'existence repose sur une tache sur une IRM, je vous le rappelle.
Mais le pire c'est qu'ils tombent juste. C'est effectivement son frère décédé dont il entend la voix… Et allez qu'on fait semblant que c'est un bon diagnostic, bien rationnel et tout.

Donc au final ils trouvent de quoi le mec souffre et que se passe-t-il ? Ohmondieu mais cette voix dans ma tête faisait partie de moi, comment vais-je faire pour m'en sortir ? Le traitement va changer ma personnalité, bouhouhou, que vais-je donc faire ? Bon d'accord, je prends le traitement. Point. Comme à chaque fois. Ça devenait lourd qu'à chaque maladie le traitement remette complètement en cause le mode d'existence du patient. En même temps c'est fini, donc voilà.

House, pour faire chier Foreman avait bouché les chiottes avec des tickets de je-sais-plus-quoi que ce dernier lui avait offert. L'étage supérieur, inondé, s'était effondré sur l'IRM alors même que le patient était en train d'y avoir un scanner. L'avocat de l'hopital débarque, prétendant avoir trouvé les empreintes de House sur les tickets, malgré leur passage dans l'eau. Comme House est en conditionnelle, il va retourner en tôle pour 6 mois.
Mais le cancer de Wilson fait qu'il sera mort dans 5 mois.
Oups. Fin d'épisode.

Suit le début d'épisode qu'on a déjà décrit.

House veut passer ces 5 mois avec Wilson, il essaie donc de se faire couvrir par Foreman. Qui refuse. Ensuite, il demande à Wilson de prendre la faute, comme il est cancéreux, on va pas le foutre en tôle, non plus. Wilson refuse, parce que House doit apprendre à prendre ses responsabilités et arrêter de se faire couvrir par lui, vu qu'il va bientôt mourir.

"Tu as fait toutes ces conneries parce que tu croyais que je serais toujours ici pour t'en sortir."


House annonce au patient qu'il va mourir. Le mec propose de prendre la faute d'avoir fait exploser les chiottes, après tout, House a trafiqué les papiers pour faire comme s'il était à l'hosto depuis une semaine, donc il aurait très bien pu le faire. Et comme je vais mourir, je m'en fous lol.

"Mais je suis un inconnu pour vous, pourquoi vous feriez ça ?
– Ca ne me coûte rien."


S'ensuit un dialogue sur le fait que maintenant qu'il est mourant, il est meilleur qu'il ne l'a jamais été, alors que vivant il n'était un junky inutile. Hmmm, ça ne me rappelle personne du tout, tiens, un  junky ?… Ohf, là, c'est une colle. Un instant après, House découvre une asymétrie dans sa gorge ou je sais pas quoi. Il fait une petite échographie. On découvre qu'il a une petite branche coincée dans le poumon qui a causé tous ses symptômes.
la petite branche vicieuse.
"Bon, en fait tu vas vivre, ce qui m'arrange pas pour mes putains de tickets,
et on a gâché un beau moment mélodramatique d'amitié virile. On se fait un shot d'héro ?
- Okay."
House disparait ensuite. On revoit House dans la maison, il décide finalement de vivre et de sortir de la maison, passe à travers le plancher et s'affale à l'étage inférieur, déjà bien entamé par les flammes. Cette fois il parle à Stacey, puis à Cameron. "Est-ce que c'est ça, l'Enfer ? Une éternité de personnes qui essayent de me convaincre de vivre ?"…

Wilson et Foreman le traquent, via son psychiatre. Voyons réfléchissons, il aurait pas fait tout ça pour obtenir de la Vicodin, il en a tout le temps ? Ils finissent par se dire qu'il doit être allé se prendre de l'héroine avec son patient. Ils courent "à l'adresse indiquée par le patient".

Ils courent vers la maison en feu où House a fini par se relever de son combat contre ses démons en se disant "But I can change", mais je peux changer…
House arrive à la fenêtre, où Wilson le voit.

*Moment d'émotion*






ET VLAM BADABOUM LE PLAFOND EN FEU LUI TOMBE SUR LA GUEULE HAHAHA
(admirez ma narration subtile)



Noooooon, hurlements d'amitié au ralenti de la part de Wilson et Foreman. On passe au matin. On a sorti le corps.
Le corps.
Voilà, House est mort. Son équipe et Wilson regardent les ruines de l'incendie.

Vous trouvez pas que comme ça, Robert Sean Leonard a des airs de Peter Falks, alias Columbo ?

Ensuite vient l'heure de l'enterrement (enfin, pas vraiment, vu que c'est visiblement une urne funéraire ?), tout le monde raconte à quel point House les a aidé à progresser pour être de meilleurs médecins (Chase, Foreman) à être un meilleur père (Taub) qu'il a été un bon fils (sa mère) etc.  Tiens donc, une scène où l'on voit que la mort de House était profitable à tout le monde. (Notamment Chase parce qu'il peut reprendre le département de diagnostic à Princeton Plainsboro)
C'était quoi, déjà, la morale ? Tu es meilleur mort que vivant, hummm...
Seul wilson commence à dire qu'il a toujours été le pire des connards, bordel de queue, les gens rappelez-vous, c'est pas parce que c'est le final de la série qu'on doit devenir sentimentaux et…

…TULULULULU…

Téléphone. Comme nous sommes dans une série, c'est celui du protagoniste, qui met quelques instants à se rendre compte que c'est le sien. Mais, dit Wilson en sortant le natel de sa poche ?…




DAFUQ.
(l'enchaînement de ces deux screenshots du haut est plaisant, même pas fait exprès)


Wilson repart en ville, on ne sait trop où, sort de voiture, et…


"Coucou"


"Mais House, tu n'étais pas mort ?
– Ben non, ducon, je suis sorti par derrière.
– Mais, et le corps ?
– Mais c'est pourtant élémentaire, mon cher Wilson, on a noté qu'ils sortaient LE corps, c'était donc celui de mon patient mort, probablement d'une overdose à mes côtés alors qu'on venait de s'acharner à le soigner, mais passons.
– Ben justement, comment un mec gros et qui venait de subir une grosse opération pouvait être confondu avec un mec maigrichon de vingt ans de plus et à qui il manque un kilog de viande sur la jambe ?
– Il a été carbonisé, voyons, et j'ai échangé les dossiers dentaires.
– Ah ben oui, c'est logique. Mais le feu, alors, d'où venait-il ?
– On s'en fout, Wilson. Tu aimes les motos ? Moi j'aime bien.
– Mais House je…
– Oh, connard, tu vas te calmer. Il te reste 5 mois à vivre, moi j'échappe à la prison en passant pour mort, et il nous reste plus que 7 minutes d'épisode pour foncer vers l'horizon en blouson de cuir, alors magne ton cul, arrête de chipoter et viens avec moi."


Symbolisme symétrique.

Actif/passif, eau/feu, témoin direct/indirect, etc. Ces oppositions symboliques, c'est cadeau.

Tout le monde se la pète genre "ouais ça ressemble à Reichenbach Falls, blablabla, il feint sa mort" mais la symétrie va beaucoup plus loi. Au cas où vous n'avez pas encore compris la profondeur du parallèle Dr House/Sherlock dans leurs fausses morts : voilà un tableau qui devrait vous aider à récapituler les différentes symétries des deux histoires :


Sherlock affronte Moriarty House n'affronte personne d'autre que lui-même
Au milieu d'une nature sauvage Dans un immeuble en pleine ville
Sherlock en combattant sa némésis, saute (actif) House, en SE combattant, reste allongé sur le sol (passif)
Dans une chute d'eau Et se prend un plafond en feu.
(eau + il saute dans l'eau, actif) (feu + c'est le feu qui lui tombe dessus, passif)
Holmes entraîne volontairement dans la mort Moriarty, son pire ennemi (actif) House, au contraire, par sa négligence a laissé son patient mourir (d'overdose ?)(passif)
Moriarty, qui meurt, est une version négative de Sherlock Holmes : il a son intelligence et ses capacités, mais pas son sens moral, et il les mets donc au service du crime. Le patient de House est également une version négative de ce dernier : c'est un junky égoïste rendu meilleur uniquement par la perspective de sa mort, mais qui une fois guéri se remet à prendre de l'héroine et qui en meurt.
Conscient du danger que court Holmes, Watson cherche à le rejoindre Conscient du danger que court House, Wilson cherche à le rejoindre
Mais Watson arrive après coup et n'est informé du drame que par la lettre de Sherlock. (passif, il n'aurait rien pu faire pour l'aider, et ne peut témoigner qu'indirectement) Wilson arrive juste à temps pour voir le plafond s'effondrer. (actif, il voit House mourir, c'est un témoin direct)
Ensuite, Holmes feint la mort, puisqu'il est toujours susceptible d'être traqués par les sbires de Moriarty, des criminels. (membres d'une organisation occulte et maléfique) Ensuite, House feint la mort, puisqu'il est un criminel, traqué par la justice. (organisation légitime et publique)


REP A SA les fans de Dr House !


La table branlante et la branlette symbolique

Ca, c'est un peu le symbole pourri, en fait : La table de Foreman était bancale et House venait le faire chier alors qu'il essayait de l'ajuster. A la fin de l'épisode on voit que la table branle uniquement parce queee ?… Hé bien le badge de House était sous un des pieds ?

"Bon sang, cette table…Elle…"


"Bon sang, mais ça signifie que…"
"Les scénaristes n'ont vraiment plus d'idées. Merde."

 Ouah. La métaphore de folie quoi. Genre si l'hôpital est bancal c'est à cause de House, quoi. Trop bien, lol. Donc maintenant qu'il est parti, l'hopital ira mieux. Ou alors est-ce que c'est le contraire ? Genre que c'est House qui faisait tenir l'hopital ? Argh je sais pas.

Et enfin, il y a ambiguité, est-ce que c'est parce que le badge était là depuis le début que la table était bancale (ce qui veut dire que Foremant est con comme un balai pour ne pas l'avoir vu) ou bien est-ce que House est revenu le mettre sous le pied de table histoire d'envoyer un petit message en mode "je viens de l'au-delà" ? Le cas échéant ça veut dire que pour un mec censé être mort il a assez d'audace de revenir sur son lieu de travail, bravo.

Cher scénariste de Dr House…


"Tu sais ce que tu viens de faire là ?
– Heu…Non ?
– Une métaphore.
– Noooon ?
– Hé si."

Et puis surtout, c'est quoi ce raisonnement "OH TIENS UN BADGE EN PLASTIQUE SOUS MA TABLE, CA VEUT DIRE QUE HOUSE EST EN VIE LOL" ?
D'autre part, le feu n'est pas spécialement expliqué, de ce que je me souvienne. De même que l'héroïne. Pourquoi House aurait-il besoin de son patient pour s'envoyer un shoot d'hero ? Je pense qu'House connait des dealers, quand même. Le patient fait une petite digression du genre ma vie était pourrie, j'ai pris de la drogue, j'ai vu Dieu et ça allait mieux. Mais dans mon souvenir House consommait de l’héroïne - ou faisait allusion à cette consommation - à plusieurs reprises.
Quand il cohabite avec Wilson à sa sortie de l'asile(06x03), qu'il essaie d'oublier la médecine et qu'il enchaîne les hobbys, Wilson le trouve aux premières lueurs de l'aube à cuisiner des plats manifestement complexes. House avoue qu'il n'a pas dormi de la nuit à cause de sa jambe et de son manque de Vicodin, il dit que c'était ça "ou sortir me prendre un shot d'hero dans la rue". Mes souvenirs me trompent-ils ?
Saison 7 : on voit explicitement House se piquer le creux du coude (je déteste, j'ai une phobie des seringues, aaaaaah)
(Cette section est en construction, faut que je re-mate les épisodes cités, de façon parfaitement légale, cela va sans dire)


Court-circuité par Sherlock

De la même manière que le badge qui impliquerait une grosse prise de risque de sa part, House a réussi à mettre un téléphone portable dans la poche de Wilson, à écouter son discours depuis on ne sait où dans une pièce rempli des seuls gens qui tenaient à lui, et à lui envoyer un SMS lui disant de fermer sa gueule. Je veux dire, mettre un téléphone dans la poche de quelqu'un ? Il a fait ça comment ? Il a un complice sur place ?
Le problème de ce côté "je suis omnipotent, je t'envoie ce message sur ton natel, pile au moment où tu commences à dire de la merde sur moi, c'est que ça a été vachement court-circuité par certaines scènes de la saison 1 de Sherlock, où ce dernier fait un usage répété du natel comme outil d'omniprésence. Exemple : la conférence de presse du tout tout début de A Study in Pink, Lestrade dit de la merde, tous les journalistes présents recoivent des messages indiquant "WRONG". Lestrade confesse qu'il ne sait pas comment il a fait.
De la même manière, je ne sais pas comment House a réussi à se démerder pour mettre un natel dans la poche de Wilson, entendre son discours - dans la mesure où la pièce est remplie de ses plus proches connaissances - et lui envoyer un message au bon moment.
Je trouve dommage cette scène. On la voit venir à un kilomètre pour peu qu'on fasse attention à la structure de l'épisode : à 30' sur 45' on sait qu'il va encore y avoir un retournement de situation, comme je l'ai déjà énoncé ici.

La série Sherlock est cool, d'ailleurs  ? Hum, faudra que je passe ça en revue aussi, quand j'aurai le temps, parce que c'est un peu n'importe quoi, d'ailleurs. (The Hound of Baskerville est A CHIER. Mais à chier.)

jeudi 17 mai 2012

Le piège de la forme (2)

On pourrait relever que dans ma précédente intervention j'ai oublié l'exemple le plus frappant d'une histoire qui enferme ses enjeux dans le cadre de sa narration, Dr House excepté : How I Met Your Mother.

Série qui raconte de quelle façon Ted - un branleur - n'a pas rencontré la mère de ses enfants, mais au contraire comment lui et ses potes se tapent plein de filles et font les cons. Ce qui est plutôt bizarre puisqu'il le raconte à ses gosses.


Frustrer les spectateurs : c'est censé être drôle.


Les scénaristes ont depuis longtemps assimilé cette idée : leur série a un but - Ted rencontre sa meuf - et elle prendra nécessairement fin à ce moment-là. Donc les auditeurs aimeraient bien apprendre comment ça a commencé, quelles scènes clichés à la Harry rencontre Sally ils vont pouvoir insérer, les scènes OÙ IL LUI COURT APRÈS ET OÙ ILS S'EMBRASSENT SOUS LA PLUIE, BORDEL DE QUEUE, ON ATTEND QUE CA !
Donc pour appâter leurs lecteurs, leur donner l'impression que la série a un fil rouge, on leur jette des bouts d'intrigues comme des morceaux de viande noire à des chiens. Exemples :
No Tomorrow (03x12) : Ted et Barney fêtent la Saint-Patrick.
Hé, les enfants, cette soirée est importante : votre mère y était !
Là le public balise complètement OH LALA LES COPAINS L'INTRIGUE AVANCE, C'EST PAS POSSIBLE, ON VA ENFIN APPRENDRE DES TRUCS ! 
Fin de l'épisode : En fait j'étais bourré et je suis content que votre mère ne m'ait pas croisé, je l'ai rencontrée beaucoup plus tard lolilol par contre elle avait oublié son parapluie. Et il le ramasse.
Un parapluie jaune. Uniforme. Ca doit être très rare, dis donc. Et ce n'est pas du tout un schéma à la Cendrillon, hein, pas du tout. Sauf que là c'est un PARAPLUIE, UNIFORME. Rien de spécial. Aucune chance d'avoir une scène de "Oh mon dieu ! C'est forcément ton parapluie, parce que jamais dans l'histoire de l'humanité, personne n'a jamais eu un parapluie jaune uniforme, c'est forcément le tien !"
On avait déjà entendu Ted dire à ses enfants (03x01) qu'ils connaissaient l'anecdote "version courte" de la rencontre de leurs parents, celle invoquant un parapluie jaune. Ce serait pas ça, par pitié, c'est pas possible que ce soit aussi con ?

Ben si. 
Ted rencontre sa femme grâce à ce parapluie, on le précise à plusieurs reprises. Ouah.
Et on vous fait croire qu'il se rapproche de plus en plus, hein
Dans "Girls versus Suits" (05x12) Ted drague une étudiante, Cindy, et se retrouve dans son appartement qui se révèle être également celui de sa future femme, la colocataire de Cindy. Il aperçoit d'ailleurs… Le pied de sa meuf (scenarists, seriously ?) alors qu'elle entre dans la salle de bain. Alors qu'il se fait éconduire par Cindy, il oublie le parapluie jaune. Et voilà. Sa meuf l'a récuperé. Même pas de scène à la cendrillon.

(On annonce d'ailleurs que la meuf de Ted est dans la classe à laquelle il donne un cours, qui se trouve être une classe d'économie, puisqu'il s'est trompé d'auditoire, ou un autre truc de libertaré. Ouah, je sais ce qu'elle étudie, j'en suis tout palpité.)

Je suis mort de rire.


Et tout ça est censé être drôle. On te balance le parapluie jaune à droite à gauche (e.g. 03x01 Wait for It à la fin.) S'ils se contentaient d'accumuler les gags et de les enchaîner, pourquoi pas, mais là ils ont voulu relever le défi de tout raconter en flashbacks et de maintenir le suspense jusqu'à la fin en considérant que la série était en fait racontée à ses enfants. La forme est meurtrière : s'il raconte à ses enfants, ça veut dire qu'à aucun moment une seule des filles mentionnées ne peut être leur mère, en aucune façon puisqu'il prononce leurs prénoms.
Et que les enfants connaissent, j'imaginent le nom de leur mère. Donc un personnage féminin est nommé, bim, il est grillé. Foutu.
On connaîtra la mère (ce qui est le but de la série que dans le dernier épisode) et si c'était pas assez contraignant, ils en rajoutent.

Les allusions s'étaient entassées (On voit Ted&Marshall à un mariage où Ted est censé rencontrer sa meuf et il a oublié son parapluie) et à la fin de la saison 6, on voit que le mec qui doit se marier c'est… Barney. Donc c'est la fin de la série, youpiya, TOUT LE MONDE JOUIT PARTOUT !

Et donc on se réveille au début de la saison 7 au mariage de Barney qui se demande si il a épousé la bonne meuf (i.e. Robin, mais on laisse un suspense), Ted dit que oui, et on se dit, tiens on va entrer dans un mariage qui va durer UNE SAISON ENTIÈRE. Quand tout à coup…

FLASHBACK.
"YO DAWG  I heard you like flashb… Oh wait, you don't like that. We screwed at some point."

Oui, toute la série est un flashback de Ted qui fait chier ses gosses sur comment il a rencontré sa meuf à un mariage, et maintenant on a imbriqué un flashback de Ted qui raconte comment on est arrivé au mariage. Tout ce que vous verrez sera décevant, absolument décevant : ça ne peut pas finir bien. On en peut pas faire un prologue de 20 épisodes, ça ne marche pas.


HIMYM : une série sur le destin.

La série essaye constamment de vous parler de l'effet papillon, de ce que le destin est une chose volatile qui dépend de deux trois circonstances merdiques. Par exemple Right Time, Right Place (04x22) : cet épisode résume toute la série : tout dépend de petits trucs sur lesquels on va faire des flashbacks tous pourris histoire d'expliquer des détails inintéressants.

Voilà, les enfants, si j'avais pas évité de manger ce bretzel, et si j'avais pas lu ce journal, et si j'avais pas… En fait, ça change rien parce qu'on revoit Stella à la fin et que CA NE FAIT PAS AVANCER L'HISTOIRE.
Alors qu'en fait la série parle exclusivement du destin et de l'inéluctable. Les personnages font toujours n'importe quoi sans que ça ait une incidence sur leurs rétributions. Robin prétend qu'elle a été "absente" au boulot et qu'elle a peur de se faire virer ? Elle a une promotion. Barney craint pour son emploi, et il essaie alors de faire une "perfect week" (05x14) pour se détendre (à savoir se taper 7 meufs différentes 7 soirs d'affilée) ce qui contribue à le rendre distrait et inconséquent et… Il garde son emploi ! Le destin, on vous dit.
Par contre dès qu'un personnage fait des trucs à peu près sensés il s'en prend plein la gueule, parce que c'est comme ça, ponctue souvent la morale de l'épisode. Enfin, plein la gueule, généralement se faire quitter parce que c'est une sitcom, quoi le pire truc qui puisse arriver c'est la perte de l'amûûr, la maladie, la mort c'est des trucs abstraits.
 Dès lors, on sait très bien que soit a) Barney finit avec Robin ou b) Barney ne finit pas avec robin.
a) on est déçus parce que c'était prévisible.
b) on est déçus parce que ça suit pas le schéma logique de la série.
Dès que j'ai vu Barney dans le costard du marié, c'était prévisible : on ne verrait la mariée qu'à la fin de la saison 7, dans les trois dernières secondes, de préférence, histoire d'avoir une saison entière sur le mariage. J'écris ces lignes en ayant vu tous les épisodes sauf le ending en deux parties qu'on décrit d'ores et déjà comme la pire chose jamais écrite de tous les temps.
Je pense juste que les scénaristes écrivent sans se préoccuper du public, ou au contraire qu'ils font chier les gens, juste parce qu'ils trouvent ça drôle (ou qu'ils trouvent ça "méta", pour faire hipster). Je crois que Cioran avait raison, on doit se préoccuper de ses lecteurs. Ceux qui ne le font pas ont des postures de mystiques, et comme disait Cioran, ils devraient se retenir d'écrire, car après tout, Dieu ne lit pas.

Ceci est mon ressenti après six saisons et 20 épisodes.
Maintenant je regarde le finale et je reviens vomir.

EDIT 1 : Bon, j'ai fini la première partie du finale en deux parties. QUI N'AVAIT PAS LIEU D'ÊTRE UN "EPISODE EN DEUX PARTIES". Toute l'intrigue de la première partie SE CONCLUT DANS LA PREMIÈRE PARTIE. Pas la peine de faire comme si c'était une intrigue suivie sur deux épisodes. Connerie.
On enchaîne sur le deuxième épisode. Saleté.
Que voit-on ? Ted qui sort de la salle quand on apprend que la mariée veut le voir. Quand tout à coup il pense en mode narrateur mélancolique "How the hell did we get there ?"
TOUTE LA SAISON ETAIT UN "HOW THE HELL DID WE GET THERE", pas besoin de revenir dans le futur pour retourner dans le flashback où de toute façon on était déjà.
Aïe.

EDIT 2 : Bon j'avais parfaitement raison, c'est ma seule satisfaction.
En fait toute la saison 7 aurait pu être remplacée par son dernier épisode, sans déperdition.
/vomit

mercredi 16 mai 2012

La tentation de la Cité et le libertaré

 J'en ai marre. Déjà, ce texte est rédigé sur Notepad++, j'avais pas utilisé Windows depuis longtemps, et j'ai peur que ce soit mauvais pour mes nerfs. Je vous vois déjà vous exciter : non j'y connais rien en informatique, je suis un sale mac user, un snob, un hipster ou que sais-je. On s'en branle, c'est pas le sujet.
Je suis comme Hulk, quand je commence à m'énerver, je suis un fou, un soldat, une star de cinéma, j'arrête pas, j'ai trop d'élan. On peut le constater sur ma critique d'Okhéania.

Vision allégorique de mon combat contre Okhéania, à la fin je m'exclame "Puny comics"

Platon, l'utopie figée parce que juste, et juste parce que figée.

Reprenons donc la République de Platon, ce moment fondateur de notre culture, où, je le rappelle, Platon édifie une société communiste et fasciste (on peut débattre, voire plus bas) qu'on désigne comme étant la première utopie. Je crains qu'il n'y ait déjà là-dedans beaucoup de dystopie dans la cité idéale. Poussé par Adimante et Glaucon que Socrate étend la société jusqu'à ce stade, alors que lui, il aurait préféré que les hommes restent en communautés de 4 ou 5 en bouffant des olives et en se suçant la queue. (Plus quelques femmes et quelques esclaves, bien sûr ; mais comme chacun sait, en Grèce antique, ça ne compte pas.) Si l'on m'autorise à me citer sans vergogne, voici ce que disait mon commentaire :
Platon peint une cité gouvernée par des savants et protégée par des soldats élevés à la spartiates. L'art y est contrôlé par les gouvernants dans un but de propagande positive. Communauté des femmes pour les soldats. C'est une vision eugéniste d'ailleurs, les soldats les plus costauds sont amenés à s'accoupler pour produire des enfants forts. On les y contraint par le mensonge et des tirages au sort truqués, mais c'est pour le bien de tous…
Un point positif par contre, puisque les soldats peuvent être des femmes (puisque les femmes peuvent faire tout ce que font les hommes, il n'y a aucune raison qu'elles soient exclues de la caste militaire écrit Platon) et que les gouvernants sont élus parmi les plus "philosophes" des soldats, alors ça signifie que la cité pourrait être gouverné par les femmes.
Les trois castes de la République : les Producteurs, les Soldats (chargés de maintenir l'ordre et défendre la ville) et les philosophes-rois (choisis parmi les plus philosophes des soldats) 
Si on fait abstraction du quasi-fascisme du reste, c'est une idée très progressiste et féministe pour l'époque, tout de même.
Une des grosses questions c'est "est-ce que Platon est sérieux?" est-ce qu'il y croit vraiment à sa cité idéale ou c'est juste pour nous montrer les dérives de notre mode de vie ? En effet, Au départ, Socrate défend une cité composée d'une poignée d'individus, quatre ou cinq, un laboureur, un cordonnier, etc. juste l'essentiel. Et ils vivent heureux ensemble. Cependant Glaucon dénonce cela comme étant une "cité de Cochons" ! ("ouon polis" ou "ὑῶν πόλιν" si j'en crois mes notes) et petit à petit, on rajoute du luxe, des marchands, la production excédentaire nécéssaire à payer les commerçants de passage etc. et on plonge vers le vice
Donc par cette fable Platon veut peut-être seulement critiquer la dérive qui frappe toute société quand elle grandit trop. Peut-être.
D'ailleurs pourquoi vouloir bâtir une cité parfaite ? C'est pas comme si on avait donné deux tonnes de briques et une armée de malabars à Platon, qui se serait ensuite dit "comment je vais caser tout ça ?", non.
La question qui prime, c'était "qu'est-ce que la Justice ?", c'est le thème de La République son sous-titre et son fil rouge.
Mais la première question c'était bien "Faut-il être juste ?", qui est la vraie ouverture de l'ouvrage. Thrasymaque défend la réponse Non : être juste te désavantage au profit des faibles. La meilleure solution est de toujours poursuivre son avantage, en paraissant juste lorsque ça peut nous avantager (en améliorant notre image). Bon, ok Thrasymaque, t'es un connard, casse-toi, lui disent les autres.
Néanmoins l'équilibre du dialogue requiert un connard. Glaucon reprend donc la position de Thrasymaque. Pour la renforcer (Mes fidèles lecteurs s'en souviennent, je l'évoquais dans Quand il a tort le Pirate-euh) invoquait la fable de Gygès, qui trouve un anneau qui rend invisible et s'en sert pour se taper la reine et buter le roi, alors qu'il n'avait jamais fomenté de pensées aussi mauvaises auparavant. Mais puisqu'il avait l'occasion de le faire, il le faisait, point barre.
De cette question émane forcément la suivant : qu'est-ce que la Justice ?
Socrate avait pourfendu de nombreuses définitions de la Justice, et puisqu'il n'arrive pas à en proposer une, il propose d'examiner une cité parfaite, dont peut-être émergera une idée plus nette de la justice.
Là est la tentation horrible. La tentation de regarder à l'échelon supérieur. La tentation de tout rejeter sur la forme même de la société, la tentation de dissoudre les responsabilités dans un monstre gargantuesque et impossible à saisir de ses bras : la société.
Et une fois qu'on a élaboré savamment le réseau si commode du meilleur des mondes, une fois qu'on a tout agencé comme il le fallait, on ne fait plus rien. Le meilleur des mondes est meilleur de toutes éternité. La perfection, en changeant ne peut que déchoir de son statut merveilleux, donc il NE FAUT PAS CHANGER.

Voilà donc la définition de la justice pour Platon :
"Que chacun reste à sa place."
Hé oui.
"Que chacun reste à sa place."
Platon invente un monde magique qu'il nous décrit merveilleux, et ce qui garantit que ce monde marche bien c'est que tout le monde reste à sa place, pas vrai ? Qu'est-ce que la justice, alors ? Rester à sa place. Faire marcher le schmillblick. Contribuer au rêve humide dans lequel un Platon priapique se vautre en gloussant.
En quête de la justice, il établit un monde parfait. Parfait, puisqu'il a le meilleur fonctionnement possible. Fonctionnement uniquement garanti par l'abnégation des différents citoyens et leur soumission. Et après il ose nous dire que la justice c'est "ce qui fait tenir le système". Boucle infinie et stupide.
Que l'esclave réclame justice, par là il met en évidence sa condition inférieures ET DONC est injuste, puisque ça menace la société ! Connard d'insoumis !

(On trouve cette dialectique dans le Gorgias, grosso modo)

C'est de la merde.
Mais tout  le monde le fait.
Plutôt que chercher quelles actions sont justes, on trace des plans grandioses, des temples magnifiques qu'on voudrait édifier et au sein desquels toute action nous paraîtra plus simple que dans le monde complexe où nous nous trouvons...

Pire : Marx, quand le monde parfait est inéluctable.

Tout le monde cherche à  construire une société mieux, affirmant que dans cette société future, les actions seront TOUTES automatiquement justes. Plutôt que de chercher à émanciper les prolétaires, Marx s'attachera à prouver dialectiquement que leur révolution est inéluctable. De ce fait, il ne peut que détester le socialisme faible, celui de la soupe populaire, des allocations et des hausses de salaires. Pourquoi ? Mais parce que si on laisse l'ouvrier avoir sa petite chaumière, son petit charbon et son petit fauteuil, et son petit théâtre pour ses jours de congé, il va s'en SATISFAIRE ma bonne dame ! Hé oui ! Il va contribuer à entretenir le vilain système capitaliste en continuant à travailler et en aliénant son travail !

Note : nomenclature marxiste. Prolétaire : celui qui ne possède pas les moyens de production et ne peut offrir que son travail. Capitaliste : celui qui possède les moyens de production.

Que faut-il donc faire ? Simple : affamer les prolétaires. Rien de plus. Continuer le capitalisme jusqu'à l'outrance, jusqu'à ce que le capital ne soit plus contenu que dans les mains d'un nombre restreint de capitalistes, que les hordes de millions de prolétaires se révoltent, les zigouillent et s'emparent des moyens de production, et - enfin - après cette rébellion Raghnarokienne, cette "lutte finale" ils peuvent jouir du fruit de leur travail et de leurs usines et chanter en travaillant.
Camus a bien décrit la dialectique de cet Apocalypse du prolétariat dans l'Homme Révolté. Marx ne veut pas améliorer la condition du prolétariat, il veut sortir le prolétariat de sa condition. Pas la peine de passer du sparadrap sur les plaies des ouvriers, puisque ça ne fait que ralentir le mouvement inéluctable de l'histoire en leur faisant accepter leurs douleurs. Cette révolution, ça VA forcément arriver. Et donc dès l'instant où l'on s'imagine que ce combat final des prolétaires contre les quelques capitalistes restants est inéluctable, pourquoi l'attendre ? Pourquoi attendre que les capitalistes assèchent la société et fassent souffrir le peuple pendant des années, alors que de toute façon on va finir par les buter ces sales capitalistes ? Massacrons-les direct, bim. Puisque c'est inéluctable.
C'est ce que fit Lénine. Il prétendit que la Russie - pays arriéré et majoritairement agricole - n'avait pas besoin de subir les affres de la révolution bourgeoise - étape obligée du schéma marxiste ! - et pouvait passer direct à la révolution communiste. C'est ce qu'il nomma "l'accélération de l'histoire", on saute des étapes. Il n'y a pas assez de forces de production ? Hé bien, on n'a qu'à les produire nous-même. Ainsi naquit le capitalisme d’État. Il eut lieu en URSS jusqu'en 1991, le "socialisme complet" n'eut jamais lieu. De toute façon le socialisme complet n'est pas un état de fait figé. Il faut tempérer cette vision téléologique, notamment parce que Marx, justement, ne voulait pas penser le socialisme en terme d'horizon fixe, mais comme le mouvement d'émancipation des travailleurs. Il dit d'ailleurs...

L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.
Karl Marx (1864)

...Alors qu'en face, on aura Lénine qui t'expliquera que "ok les gars, pas besoin d'être prolétaire pour comprendre les prolétaires, alors je vais m'occuper de penser à votre place, KTHXBYE."

Personnellement je pense que si Marx prédisait que les forces de production se concentreraient dans les mains d'un très petit nombre, c'est en partie parce qu'il répugnait au meurtre et au vol, et voulait diminuer l'horreur de la chose en s'imaginant qu'un petit nombre seulement serait à exécuter. Mais ce n'est qu'un ressenti.

La tentation de la Cité

Bref, je déteste ça, qu'on rejette tous nos problèmes à plus tard. Comme le disait Camus dans l'ouvrage précédemment cité, "L'avenir est la seule transcendance des hommes sans dieu (l'athée) remplace l'au-delà, par le plus tard" et comme je le disais en réponse au commentaire sur Quand il a tort le pirate-euh tentant de justifier ma phrase conclusive : "dans le meilleur des mondes, la valeur mérite salaire." 
J'avais premièrement écrit : toute valeur mérite salaire, puis je me suis rendu compte que c'était parfaitement faux. Le simple étalage de produits estampés "made in china" en était un exemple. L'évidence me frappait que les acteurs qui avaient contribué à leur fabrication n'avaient sans doute pas été rémunéré au juste prix. Je tombe dans le cliché, bien sûr, mais celui qui peut me prouver le contraire serait le bienvenu.
J'ai donc corrigé en ajoutant "dans le meilleur des mondes" expression également sinistre(...)
Justement, le "meilleur des mondes" est une expression maladroite, mais ce que je voulais dire c'est qu'on ne peut pas attendre un monde parfait avant d'agir moralement. On ne peut pas excuser nos manquements par les manquements des autres. Enfin, si, on peut le faire. Mais ça n'améliore pas le monde.
J'avais cédé à la tentation de la Cité, j'avais invoqué le meilleur des mondes, cela me fut reproché. Je répondis :
Parce que c'est si pratique de parler en s'imaginant Roi de la Montagne au sommet d'un monde parfait et de suspendre tous ses jugements jusqu'à ce que ce moment-là soit advenu. En attendant on fait quoi ? Rien.
Trop pratique.


Antoine et la machine.

Un ami, Antoine(qui non content de dispenser sa sagesse sur Twitter anime aussi l'émission Nobody Cares <page FB> sur Neuchvox, luttant au corps à corps contre des jingles techno abrutissants) me confiait récemment sa pensée que "la société est devenue une machine trop complexe. Tu peux juste rajouter des engrenages ici ou là... Mais la repenser en entier, c'est devenu ridicule. Quoi que tu veuilles faire tu trouveras toujours quelqu'un pour t'en empêcher. Donc tu pourras réformer qu'un petit morceau de la machine, que tu le veuilles ou non" si je paraphrase. (Oui, je sais, j'ai déjà cité Antoine dans Le Piège de la Forme, mais que voulez-vous ? Nos discussions tendent à me faire réfléchir, et il faut bien rendre à chacun ce qui lui revient, puisqu'on parle de justice)

Je n'ai plus envie de me complaire dans le rêve lointain d'une société parfaite qu'on pourrait construire par une révolution brutale, en brûlant des serveurs avec des masques de Guy Fawkes ou en occupant Wall Street. Je n'ai plus envie de m'imaginer que "il suffit de conquérir le monde" et qu'après tout ira bien. Je n'ai plus envie de côtoyer ces fumeux adeptes des luttes finales, ces gauchistes incultes qui trop souvent quand tu les questionnes t'avouent benoîtement que si latitude leur était laissée ils placeraient toute la société sous la coupe de l’État. Je n'ai plus envie d'affronter des "philantropes" qui se croient généreux uniquement parce qu'ils voudraient forcer les autres à l'être. Je n'ai plus envie d'entendre des idiots m'affirmer que la vraie démocratie serait la démocratie Grecque antique et que la démocratie élective n'en serait qu'un ersatz raté, voire que nous vivrions en "oligarchie" ou en "aristocratie".(c'est parfaitement idiot. La société grecque était démocratique, certes, pour peu qu'on ne considère que le cercle restreint des hommes libres. L'économie de toute la société dépendait des esclaves. C'est ça, dit Marx, qui fait qu'Aristote ne "saisit pas la vraie nature de la valeur des choses" à savoir, selon Marx, du travail cristallisé)

La République et la Tour de Babel.


La Tour de Babel : Peut-être que nos systèmes ont fini par ressembler à ça. Des entreprises difformes qui partent dans tous les sens, conduites par des individus parlant différentes langues et espérant tous un jour parvenir à toucher le ciel de leurs contreforts pathétiques.


Nous vivons dans des systèmes trop grands pour qu'ils soient maîtrisés uniformément. Jamais on n'aboutira - sous nos latitudes - à une société parfaitement communiste ou parfaitement anarchiste. Tout au plus peut-on bâtir des îlots, qui resteront isolés et encerclés. Nous n'avons plus le privilège de rêver de la cohérence. Descartes disait que les lois de Sparte n'étaient pas bonnes par leur bonté ou leur beauté mais bien parce qu'elles étaient l’œuvre d'une seule volonté, que c'était la cohérence, comme dans un édifice conçu par un seul architecte, qui lui donnait sa fonction et évitait que les lois Spartiates se contredisent. Vous pouvez continuer à édifier vos temples conceptuels dans leur froide symétrie de pierre, mais vous n'êtes pas seuls. Et si un temple peut être d'une cohérence magnifique, entasser les temples ne fera jamais qu'augmenter le désordre. Ce sera toujours un régime bâtard. Un régime mixte, entre laissez-aller et intervention de la part de l’État, puisqu'il faut bien nous accommoder des institutions(i.e. l’État) vu leur inertie, et le rôle qu'elles sont appelées à jouer. C'est pourquoi un système libéral absolu n'est pas envisageable non plus - à part peut-être en Somalie ou au pôle Sud ? Ça donne pas vraiment envie, les rares mondes sans État qu'on peut observer.
Le liberalisme ne fait plus de promesses. Il ne cherche plus à toucher les cieux. C'est une anti-Théodicée. Il ne s'agit pas de justifier l'existence du mal, mais au contraire, de montrer que le plus grand bien n'existe pas, que le seul système justifiable est celui-ci. Il ne cherche certes plus à concentrer les efforts des uns et des autres pour édifier un but commun : il laisse les hommes se déployer en long et en large.
Mais la Tour de Babel non plus ne touchera jamais les cieux.
Parce que ce n'est qu'un tas.

Libertaré


(entendons-nous bien, le libéralisme Old School de grand-papa façon Adam Smith, qui devrait plus s'appeler le je-m'en-foutisme économique, histoire qu'on marque bien la différence, et la déférence)

Pourtant j'accorde au libéralisme une supériorité parmi ses théories cousines et concurrentes : il les tolère. Rien ne vous empêche de proclamer que votre jardin est une République Marxo-Communiste et de l'exploiter en conséquence (tout comme rien ne m'empêche de cultiver des patates sur mon balcon). Le libéralisme n'est pas contre les collectivités, puisqu'elles émanent de l'association de partenaires privés, contrat sanctifié entre tous pour un libéral pur sucre ! Par contre, la dictature du prolétariat est légèrement moins tolérante envers les dissidents qui voudraient vendre leurs betteraves à un prix différent de celui édicté par le Conseil Central Démocratico-Populaire.
Le libéralisme est facile à défendre. Le libéralisme est axiomatique et d'un déploiement simple (rattacher tous ses problèmes à l'intervention de l'Etat, en somme). Et quand bien même il serait erroné dans ses fondements, les mathématiques vous montreront que j'ai raison, hommes de peu de foi !

C'est pourquoi j'ai décidé d'être libéral, comme Socrate affectait d'être bête ; comme une posture, histoire de questionner les points branlants de la doctrine des gens que je croiserais, afin qu'ils ne me tombent plus dessus avec leurs arguments tous faits et qu'on cesse de m'empiler des Républiques à la gueule. Ca ne peut que vous profiter de travailler un peu votre rhétorique.
Sinon je pourrais me dénommer libertariens ou libertaire comme tous ces idiots dont la langue française supporte à peine les suffixes douloureux qu'ils imposent au terme "liberté". Mettons... Libertaré. Ouais. Libertaré. Ça, c'est bien. C'est déjà un terme péjoratif donc on risque pas de trouver moyen de s'en moquer plus. C'est pas mal.
Tenez-vous prêts.
Et aiguisez vos arguments.



L'épicuro-stoïcien qui se fait passer pour un marxiste.



TL;DR : Désormais, je suis libertaré, j'attends les commentaires enragés des trotskistes dans mes lecteurs. Vous me direz, des trotskistes, y'en a 30 dans le monde à tout casser. Ben j'ai aussi peu de lecteurs que ça, donc si ça se trouve ces deux minorités sont en intersection, qui sait. Et je ne suis lu que par des trotskistes, perpétuellement en deuil et en exil.

dimanche 13 mai 2012

Comparative religion


Un rage comics trouvé sur Memebase.


Autrement dit: 
"– Je crois que la psychologie est une arnaque qui veut te voler ton argent.
– Ah ouais, t'étudies quoi ?
Comparative religion."

Comparative religion = histoire des religions.

Comme quoi sur Internet on croit que l'histoire des religions c'est comme de la théologie. Alors que non. C'est l'étude historique, critique et scientifique des religions. Tout comme l'histoire de l'art ne requiert pas de peindre des tableaux, l'histoire des religions ne requière pas de croyances.
Mais bon, trop compliqué pour internet.


vendredi 11 mai 2012

Pensées sur la société à 2000 Watts

AVANT-PROPOS

Sérieusement, je sais que j'arriverai pas à dormir cette nuit.
Demain je dois marcher 30km donc ça me fait un peu chier.
Je devrais bosser sur mon mini-mémoire de sociologie des religions, ou sur cette dissertation sur Hegel qui atteint péniblement les 10 pages, mais non, je vais taper un texte là-dessus. Sur cette société à 2000 Watts. Et sur ma stupidité. Et sur ce que le concept renferme vraiment.
Vous pensez que c'est pertinent, vous, une société "à 2000 Watts" ?

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J'écoutais les Dicodeurs avec l'amour de ma vie (♥) quand tout à coup ils se sont interessés à l'invité. Bon.  Ce dernier étant, d'après le site de la RSR RTS :
Narcisse Crettenand a été président de la commune d'Isérables de 1993 à 2008. Il est député au Grand Conseil valaisan depuis 2001, où il a notamment fait adopter le principe de la société à 2'000 Watts
Bon, la société à 2000 Watts, qu'est-ce que ça veut dire ?
Mes cours de physique du collège resurgirent dans ma tête. J'ai voulu comprendre.

Reprenons dès le début. Il y a, au commencement, une mesure d'énergie. L'énergie, du grec en-ergeia (ἐνέργεια)), ce qui signifie littéralement : "en-travail". Et donc l'énergie est la capacité à effectuer un travail, une action.
Prenons la calorie, unité primitive d'énergie, qu'on utilise encore sur les aliments pour indiquer leur contenu énergétique. Calorie, du latin calor, la chaleur.
Une calorie se définit comment ? Une calorie(cal), c'est l'énergie nécéssaire pour faire chauffer un litre d'eau d'un degré Celsius (°C). C'est pratique du coup.
Sauf que c'était trop pratique alors pour faire chier un peu les élèves on a décidé que ce serait plutôt la capacité à faire chauffer un gramme d'eau, ce qui ne faisait rien d'autre que multiplier tous les chiffres par mille. On se retrouve avec deux calories, la grande et la petite. 1 cal = petite calorie. 1 kilocalorie (kcal) = grande calorie = 1000 petites calories. 
La grande  : 1 kcal = chauffer 1 litre d'eau de 1 degré
La petite : 1 cal = chauffer 1 ml d'eau de 1 degré
 Si je veux faire chauffer deux litres d'eau d'un degré, ça demande 2 kcal. Et si je veux faire monter un litre d'eau de 10°C, ça demande 10 kcal. Et si je veux faire monter 228 litres de 524 degrés, ça demande 119 472 kcal. que c'était encore trop facile. Alors pour faire chier les écoliers, on décida d'utiliser plutôt le Joule, pour mesurer l'énergie. 

1 calorie = 4,184 Joules
donc 1kcal = 4184 joules.

Donc une grande calorie (kcal) = 4184 joules, ce qui est toujours la mesure qu'il faut pour faire monter 1l d'eau d'un degré celsius(°C).
Une unité, vachement pratique à convertir, en plus, tout le monde a sa table de multiplication de 4184 en tête. D'accord.
Mais en gros retenez simplement ça. Si je veux faire chauffer un litre d'eau pour faire du thé, je vais le faire bouillir. En admettant qu'elle est à 20°C de température ambiante et que je dois la faire monter à 100°C (en faisant abstraction de la pression…) je dois la monter de 80°C. Donc rappelez vous :
1 litre x 80°C/l = 80 kcal

Il me faut donc 80 kilocalories pour faire mon thé, on est d'accord. Si je convertis ça en Joules, ça donne :

80kcal = 334 720 J (joules)


Ouf bon, on retient ça : faire du thé ça demande 334'720 Joules. On retient.
Donc l'énergie c'est un truc rare, il faut aller chercher du pétrole dans les profondeurs de la terre, brûler du bois pour extraire de l'énergie chimique, des panneaux photovoltaïques pour capter l'énergie du soleil, l'agriculture au fond consiste à accumuler de l'énergie solaire dans des plantes, des éoliennes pour choper celle du vent, etc. Il faut donc l'économiser et diminuer la consommation, nous disent les gus de la société à 2000 watts ! Bon. Mais les watts dans tout ça, c'est quoi, c'est combien de joules ?

Maintenant il faut aborder la notion de Puissance. C'est la quantité d'énergie dépensée divisée par le temps. Autrement dit, en unités métriques, la quantité de joules dépensés par seconde.
C'est là qu'intervient le Watt (W). Le Watt est une unité de Puissance. Autrement dit un Watt = un joule par seconde. Si j'ai une machine qui dépense un joule par seconde, elle a une puissance de 1 Watt.
 Par conséquent, une ampoule de 200W dépense 200 joules chaque seconde, par exemple, ou plutôt elle convertit chaque seconde 200 Joules d'énergie électrique en lumière et en chaleur.
Prenons Wikipédia, qui nous indique qu'un litre d'essence automobile contient 43,8 MJ/kg(Mégajoule/kilogramme).
Un mégajoule valant un million de joules. Autrement dit, dans un kilog d'essence, il y a environ 43'800'000 Joules.
Donc si j'arrivais à extraire sans déperdition toute l'énergie contenue dans un kilog d'essence en le brûlant je pourrais chauffer 130 litres de thé puisque 43'800'000/334'720 = 130.

Un kilog d'essence faisant en fait (si on prend comme masse volumique 840 kg/m3) 1,19 litres, ça vous donne une mesure indicative. (Je milite d'ailleurs pour que la fabrication du litre de thé devienne la définition réelle de la calorie.)

Nous arrivons au noeud du problème.

Energie et Puissance sont des choses différentes.

Par conséquent, mon thé, ça demande  334 720 joules. Si je fais cuire mon eau en une seconde, ça demande une puissance de  334720Watts. Par contre si j'admets que j'ai besoin d'un peu plus de temps, disons 500 secondes, alors j'ai seulement besoin d'une puissance de 669 W.
Par conséquent, alors que l'énergie est absolue (ça prendra toujours 334'720 joules pour faire cuire mon eau) la puissance dépend entièrement du temps.

ON NE PEUT PAS SE SERVIR DE LA PUISSANCE POUR MESURER L'ENERGIE.

L'énergie se mesure en joules, la puissance en Watts, c'est-à-dire en joules par seconde. La puissance c'est la vitesse à laquelle vous dépensez votre énergie. C'est donc aussi stupide que comparer des kilomètres et des kilomètres/heures, ça n'a AUCUN SENS. Si je vous dit "ne vous éloignez pas de plus de 15 kilomètres" c'est logique. Mais si je dis "ne vous éloignez pas de plus de 5km/h" CA NE VEUT RIEN DIIIIIREE dans l'absolu (d'une certaine manière, ça veut dire, ne vous éloignez pas plus de 5 kilomètre chaque heure qui s'écoule, mais qui demanderait ça ? C'est abstrait.). C'est con comme ces mecs qui te parlent de "ces étoiles mortes depuis des milliards d'années-lumière" alors que les années lumières sont une unité de DISTANCE pas de TEMPS. C'est comme comparer des poires et des oranges, c'est con comme la pluie, c'est con comme Cauet, c'est con comme Jackass.

Eh ben ces mecs de la société à 2000 watts, voilà ce qu'ils nous pondent.

Je ne mens pas c'est extrait d'un de leurs powerpoints.

Ce n'est pas possible, il n'y a que deux options. Soit ils sont idiots, soit ils nous prennent pour des idiots.
Reprenons juste ce point avec les données que nous avons admises auparavant :
Rouler 64 km en voiture (7.5l/100km).

Petit calcul.
  • Si on prend 7.5l pour 100km, on en prendra logiquement 4.8l pour faire 64km.
  • Nous avons pris comme mesure qu'un kilog d'essence = 1.19 litres. Ce qui signifie que 1 litre = 0.84 kilog environ.
  • Donc 4.8 litres consommés = 4.032 kg.
  • Nous avons vu qu'un kg d'essence contient 43'800'000 joules. 
  • Donc faire 64 km revient à consommer 176 601 600 joules


Donc les mecs prétendent que 2000 Watts = 176'601'600 joules
Au-delà du fait que c'est comparer des oranges et des poires, ça ne fait pas sens.
On l'a déjà dit (genre 6 fois) les watts c'est des joules par seconde. Pour atteindre 176 millions de joules il faudrait consommer 2000 watts pendant 88'300 secondes. Ce qui fait à peu près 24 heures. (24heures x 3600secondes/heures = 86'400secondes par jour)

Bon sang, mais c'est bien sûr. Par ce petit calcul, tel un obscur détective reliant des ficelles sur des encarts de journaux punaisés au mur, on a enfin compris ce que voulait dire "la société à 2000 Watts". Ca veut simplement dire "consommer 2000 Watts en PERMANENCE, à chaque SECONDE" en moyenne.
Autrement dit, c'est comme si, sur 24h, je consommais continuellement 2000 Watts, 2000 joules chaque seconde que Dieu fait. Voilà leur mesure. A savoir consommer 176 millions de joules chaque jour ou 48 kilowattheures(kWh). Vachement moins sexy dit comme ça, hein ?

Vous me direz je ne me suis pas renseigné, je suis un crétin, vu que tout est clairement expliqué. J'ai commencé à écrire après avoir entendu ce gus à la radio. Je suis tombé sur ce powerpoint ou cette page, il ne me semble pas qu'ils révèlent grand chose sur leur démarche. Oui, sauf que non, j'ai simplement écouté ce qu'on en disait à la radio, et rien de tout cela n'était expliqué. Il m'a fallu executer ce petit calcul mental avant de comprendre de quoi il retournait.
Il ne s'agit pas tant de mon incompréhension que des partisans de ces projets qui utilisent ces 2000 Watts comme un chiffre magique, sans en expliciter le contenu, en maintenant le flou. En effet, c'est plus clairement expliqué ici par exemple. La page l'avoue elle-même :
Nous recevons beaucoup de courriers pour nous demander ce que veut dire 2000 Watts. Est-ce 2000 Watts par jour, par minute, par année? Qu'est-ce que représente 2000 Watts?
Et plus bas ils expliquent effectivement leur calcul :
Tout d'abord, prenez toutes les énergies qui sont utilisées dans un pays (ou dans une société) pendant une année (=kWh ou MJ). Divisez le tout par le nombre d'heures dans l'année et par le nombre d'habitants (=kW/habitant) et par mille (=W/habitant).
La supercherie rhétorique qui vous prend pour des cons est celle de faire comme si ces 2000 watts étaient un réservoir que vous pouviez épuiser petit à petit au cours de la journée : "chaque jour avec 2000 watts je peux…" Du genre un petit café, hop, 3 watts, prendre le bus, 5 watts et qui s'additionneraient au fur et à mesure pour former un tas de 2000 watts à la fin de la journée ALORS QUE C'EST FAUX. Comme nous l'avons dit, seule l'énergie est absolue, la puissance dépend du temps dans lequel vous avez dépensé cette énergie.
Ca ne sert à RIEN de vous demander "oulalah combien de Watts j'ai dépensé, là?" mais bien combien d'énergie. Une ampoule à 200W vous la laissez allumée 10h, vous consommez dix fois plus qu'une heure.
En fait, la consommation énergétique est mesurée en kilowattheures. Le watt est quant à lui une puissance; le concept de société à 2000 watts a été choisi en raison de sa meilleure communicabilité. En effet, derrière la consommation d’énergie se cache également une puissance: on peut se représenter 2000 watts comme une machine de puissance équivalente qui fonctionne en continu et consomme 17 500 kilowattheures d’énergie (soit 2000 watts x 24 heures x 365 jours)
 Voilà, autrement dit, c'est comme ça juste pour que ça passe mieux dans les journaux, même si ça ne reprèsente rien de vraiment concret. C'est juste la consommation totale de la société divisée par le nombre de secondes dans l'année, puis par le nombre de couillons supposément responsables de cette consommation.
Mais ça ne veut rien dire pour l'individu. C'est une MOYENNE, dans laquelle se dissolvent toutes les particularités, tous les métiers, toutes les habitudes de tout le monde sans qu'on ne sache plus reconnaître ni son bras ni sa jambe. D'accord le suisse moyen est à 6000 joules/seconde, mais MOI, j'en suis à combien ? Et rien n'est donné pour calculer sa propre consommation d'énergie PARCE QUE PRECISEMENT ça requerrait d'utiliser d'autres unités de mesure que le Watt qui n'est pas PERTINENT.
Ca ne donne pas d'indication sur VOTRE consommation, au contraire, ça absout les responsabilités. Ce n'est pas important que les propriétaires de 4x4 se rendent compte de la stupidité d'arpenter des routes bétonnées avec des pneus de tracteurs, ce qui est important c'est que la société passe à 2000 watts ! Peu importe que votre voisin jette de l'huile dans ses WC, ce qui est important c'est que la société passe à 2000 watts ! Peu importe que certaines entreprises contribuent bien plus que d'autres à polluer le monde, ce qui est important c'est que la société passe à 2000 watts ! Ce qui est important c'est que la société passe à 2000 watts !
Plus de responsabilités ! C'est la société entière qui doit parvenir à un objectif. Et fort heureusement, perdu dans la masse et le calcul, on ne saura pas à qui est la faute quand on aura échoué, puisque c'est un calcul global, un indice global, sans liens avec l'individu.

Conclusion.

Ca nous propose bien de construire une société à 2000W par habitant en permanence, mais uniquement par une construction de grosse moyenne mathématique qui ne prend absolument pas en compte comment vous utilisez cette energie où à quelle vitesse et qui se contente de prendre la consommation annuelle de toute la société et de la diviser sur l'année.
Ce qui nous entraîne dans une pure rhétorique où le terme "Watt" a perdu de sa valeur concrète pour ne devenir que l'horizon lointain d'un modèle théorique.
En fait j'avais tort, c'est exactement comme quelqu'un qui vous dirait "ne t'éloigne pas de plus de 5km/h"
Exactement pareil.
Parfaitement contre-instinctif. Personne ne recommande des choses pareilles. On vous donne une distance à ne pas dépasser.
OUI, il s'agit d'une quantité d'énergie et OUI, ils regardent sa consommation par rapport au temps écoulé, et donc OUI si on divise de l'énergie par du temps, on trouve de la puissance, donc ce calcul est mathématiquement exact, mais il ne m'apparaît ni pratique ni légitime.
Pas pratique parce qu'il ne se rapporte à rien de précis. Ca prends la masse de choses que fait la société et la repartit, indifféremment par tête de pipe. On arrive à 6000Joules/seconde/personne en Suisse, paf. L'action des entreprises redistribuée sur les particuliers, celle des utilisateurs de 4x4 mangeurs de McDonald avec la clim' à fond sur les hippies à bicyclette. Pas pertinent.
En outre ça annule complétement la notion de puissance.

Peut-être que c'est mon cursus en philosophie qui me pousse à pinailler ainsi, mais c'est une question d'origine des termes et de propreté du langage. A l'origine, Aristote oppose justement ce qui est en puissance (dunamis, δύναμις) et ce qui est en acte (energeiaἐνέργεια, "en travail", comme dit plus haut). Par exemple, la graine est un arbre en puissance. De l'essence est combustible, ce qui veut dire que l'essence est du feu en puissance, qu'il est possible de la faire passer de la puissance (pure potentialité) à l'acte (le feu).
Ainsi en français, cette fois, "puissance"vient bien du terme "pouvoir". Ce qui définit quelque chose "en puissance" c'est qu'on peut le faire passer à l'acte, à la réalité. La puissance c'est ce que votre appareil peut consommer comme énergie pour peu que vous l'allumiez, le fassiez passer à l'acte.

En utilisant une unité de puissance(qui sous-entend une différence entre ce qui est "en acte" et  "en puissance") pour décrire une machine fictive (censée representer la société) qui dépense indéfiniment une énergie continuelle (et donc continuellement en acte) on annule la pertinence de la notion de puissance.
La notion de calorie, peut-être archaïque, était pertinente, puisqu'elle se rapportait à quelque chose de concret. L'énergie nécéssaire pour faire chauffer un litre d'eau d'un degré, tout le monde voit à peu près ce que ça représente. Par contre, 2000 Joules par secondes ?… Sans déconner, c'est moins pratique. La preuve : pour vous faire comprendre le truc à vous, les braves pourceaux qui daignez les élire, ils sont obligés de vous faire des petites comparaisons en terme de consommation d'essence, d'expresso, de machine à laver ou de douches. En somme, que des actes finis qui symbolisent une certaine consommation d'énergie (176MJ).

Et tout ce fatras d'imprécision pourquoi ? Parler d'énergie en terme de puissance globale pourquoi ? Juste pour mieux passer à la télé et à la radio. Bravo les cocos.