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jeudi 24 mai 2012

Ce matin à la radio.


"800mio de spectateurs par mois, et si Youtube était en passe de devenir la plus grosse boîte de production et de distribution de films pour le cinéma et la télévision. (…) Machine nous révèle que "oui moi je suis sûre de ça, Youtube next aide les réalisateurs à partager leurs expériences (…) ce festival online de ce site Short of the weeks, avec sa youtube channel (…) Youtube pourrait devenir le principal employeur des cinéastes (…) la technologie elle va plus vite que les structures qui l'entourent (Venn awart) (…) certains producteurs ont déjà anticipé le mouvement puisque certaines bande-annonces ont définitivement quitté les salles de cinéma pour se diffuser exclusivement sur Youtube"

Youtube serait en passe de devenir la plus grosse boîte de production de tous les temps.
Pour dire ça il faut vraiment être le dernier des demeurés et se dire "ohlàlà Youtube a plein de vidéos, hihihi, donc Youtube a les MOYENS de faire des vidéos." et de passer à la conclusion sans s'interroger plus avant. Les journalistes font souvent ça, on confectionne une polémique à partir de rien, là où il n'y a pas de problèmes, et on laisse à des invités le soin de dénouer ce qu'on présente comme un conflit inextricable, une opinion courante ou même un mouvement inéluctable, alors qu'on vient inventer ces conneries.

Comme le dit Machin, le mec de l'ECAL, il faut de l'argent pour faire des films.
Youtube n'en a pas, de l'argent. D'accord ils pèsent 1.65 milliards – montant de leur rachat par Google – mais l'industrie du cinéma représentait 29 milliards en 2009, et la simple production de spiderman 3 avait exigé 253 millions. Et tutube dépend de la pub pour survivre, pub qui commence vraiment à emmerder l'utilisateur. A ce stade, ils peuvent juste se contenter d'arbitrer et de virer les vidéos de porno pédophile ou de propagande d'extrême-droite qui leurs arrivent dessus, c'est tout. Pas de commander des blockbusters.
La venue de chaînes Youtube "plus sévèrement éditées" va révolutionner le monde du cinéma ? Mais c'est une blague ? Oui, cette radio m'y a habitué à l'indigence du propos, mais tout de même, à 6h40 du matin, ahuri par le cri strident de mon radio-réveil, la surprise maintient en moi une forme de confiance dans l'avenir qui n'est pas sans naïveté.

Regardez le contenu original de Youtube, ne serait-ce que le français : Joueur du grenier, Point Culture, Cyprien, Norman, et autres adeptes autoproclamés du mourage de rire. Je veux dire, c'est pas Scorcese ni Spielberg, les mecs réveillez-vous, c'est trois plans différents, des petits gags, du hors-champ à toutes les sauces, des FAUX qui s'écrivent en arrière-plan… Dans le même genre que le Joueur du Grenier, on a son mentor, son inspirateur, le AVGN (Angry Video Game Nerd) de l'autre côté de l'atlantique qui est en train de produire son long-métrage après plusieurs dizaines de vidéos, certes hilarantes d'après moi, mais techniquement et philosophiquement assez médiocre. D'accord un mec qui chie sur Bugs Bunny, c'est drôle, bon, ça mérite pas la palme d'or, non plus. Remarquez le Ruban Blanc non plus ne méritait pas la palme d'or, donc je sais plus trop où j'en suis.
 90% de Youtube c'est soit des morceaux de séries ou de film déjà produits, reproduites sans autorisation, soit des montages – la plupart du temps stupides – de PMV genre une musique du Prince d'Egypte avec les personnages du Roi Lion par-dessus. Oui, je sais ça sert à rien. Soit des compilations de Fanarts érotiques de Sherlock fortement teintés d'homosexualité masculine[la série UK], soit des vidéos de chats ou de bébés… C'est le concept, bordel, Youtube : ta vidéo. C'est un site de partage de vidéos d'utilisateurs. Bien sûr, y'a plein de réalisateurs en herbe qui vont foutre des trucs dessus, ne serait-ce que pour faire partager leurs potes, mais c'est pas Youtube qui les a produit. 

Je veux dire, le simple effondrement en bourse de Facebook devrait empêcher les gens de se dire "c'est la pub qui paie". Bien sûr que Facebook est "payé par la pub" c'est une grosse régie publicitaire avec nos photos personnelles dessus et des photos de puputes à poil. N'empêche qu'à part les publicitaires, personne ne veut payer pour Facebook et personne n'y fait plus confiance, à ces conneries de "c'est payé par la pub".

Comme le montrent les récentes campagnes virales efficaces de certains films, (e.g. Prometheus) à savoir des petites vidéos non-extraites du film, une campagne de pub intelligente peut faire la différence. Mais cette campagne se couplait d'une fausse station de métro à paris (!), d'un faux site internet dédié à une entreprise du monde convoqué par le film (qui est aussi celui d'Alien), et de tant d'autres choses incroyables que j'oublie sans doute… Est-ce que Youtube y est pour beaucoup dans ces campagnes d'une inventivité enthousiasmante (du moins plus enthousiasmante que la bande annonce type qui envahit nos cinémas avec texte blanc sur fond noir entrecoupant des scènes d'action) ? Je ne pense pas. Certes ça permet la diffusion virale de ces vidéos, qui toutefois ne toucheront que les fans et ceux qui attendent réellement le film, les autres n'en entendront certainement pas.
Regardez the Dark Knight Rises, le gros film lourd lours lourd de cet été, le parpaing du cinéma. Ses trailers ? Très classique, mais fera un score équivalent. Ou the Avengers ? Très classique, mais score sans doute meilleur encore que Prometheus. Les fans des Avengers se sont déchaînés, dispensant à l'équipe du film de faire la publicité, j'ai l'impression.
Dès la bande annonce internet était foufoufou.


Youtube n'est qu'un relai utile pour des vidéos produites ailleurs, il serait illusoire d'espérer y voir le Hollywood (ou même le Bollywood) de demain. Le mec de l'ECAL le souligne, très étonné qu'on parle de production, là je suis d'accord. Il dit que Youtube c'est une évolution normale, toujours d'accord, que ça va pas révolutionner le monde, bon sang je suis tellement d'accord avec lui, m'extirpant de mes couvertures que j'ai l'impression d'entendre mes propres pensées à la radio.
"Mais parce que c'est aussi bête que ça, il faut de l'argent pour faire des films. Il faut qu'il y ait de l'argent dans la machine, sinon ça marche pas. Et que ce soit payé soit par le spectateur, soit par la pub, ce qui n'est pas beaucoup plus démocratique (…)

– Vous pensez que ça aura encore un prix d'ici quelques années ?"
Je ricane. Mais non connard, on vivra dans un monde de petits poneys et on se payera avec des câlins, grâce à Anonymous qui va libérer le monde de la terrible oppression des producteurs capitalistes en ne payant pas ses films. Parce que comme chacun sait, les cinéastes vivent d'amour et d'eau fraîche et les millions de Brad Pitt lui tombent magiquement dessus du ciel. Ridicule. (et encore, dans My Little Pony, on trouve un épisode où toute la ville vient dépenser son argent pour se payer du cidre, tout fout le camp, ma bonne dame) (J'ai déjà parlé du piratage, ici, zou. Remarquez que dans l'émission ils parlent aussi de la dématérialisatiiiioooon, ses supports numériiiiques, etc.)

"Non, ça aura toujours un coût, reprit l'interviewé imperturbable.

– Mais le problème du téléchargement, ça montre pas que justement les gens sont plus près à payer…

– Mais c'est payant, tout ça, c'est payant par la pub.…"
J'ai dû écouter la suite de l'émission sur internet, parce que mon poing venait de pulvériser mon réveil, envoyant valdinguer des petits éclats de plastiques et de métaux divers aux quatre coins de la pièce.

Un mec de l'ECAL dit donc que :

"LE PIRATAGE EST PAYÉ PAR LA PUB."
Voilà le niveau de connerie.

Mais il a déjà téléchargé un truc, le mec ? Juste parce que les sites où l'on peut trouver des liens de téléchargement illégal sont saturés de pubs, il s'imagine que le téléchargement est payé par la pub ? Crétinerie indéfinissable, quand on dit qu'un service – i.e. le téléchargement illégal d'oeuvres soumise au droit d'auteurs – on s'attendrait quand même à ce que ça veuille dire que l'équipe de production touche cet argent, alors que non, c'est évident que non bordel, c'est pas eux qui ont mis leur film sur internet avec des jolies pubs à côté.
Ayez pas peur, pour la fin de l'interview, vous ratez rien il disait de la merde comme quoi la méchante publicité anti-démocratique nous manipulait en finançant le cinéma, blablabla.

Vous pouvez l'écouter sur le site de la RTS : ici à télécharger. Aux environs de 45-50 minutes d'émission.

1 commentaire:

  1. La pub ... c'est simplement l'outil que les webmasters utilisent pour faire du profit ... mais personne ne redonne aux compagnies à qui on volent leur produits!

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.