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mercredi 27 juin 2012

Robots

Petit billet en passant, sans rime ni raison.
L'autre jour, encore assoupi, dans des couvertures tièdes, j'ai entendu le radio-réveil se lancer et déblatérer une émission de la RTS (oui, encore... Que voulez-vous, on n'a pas huit milles radio qui s'attaquent à des sujets intéressants, et il faut que celle-ci le fasse mal) et celle-ci (en l'occurence Rien n'est joué) m'avait l'air intéressante, tiens ils disent des choses pertinentes et tout, faudra que j'écoute mieux. Les bribes que j'en arrachais avant de replonger dans un semi-sommeil me paraissaient contenir des raisonnements correctement effectués, et tout.
Le soir venu, j'entendis la rediffusion de l'émission à 3h du matin, et là, l'imposture ne pouvait plus prendre mon sommeil comme bouclier : c'était indigent. Je n'ai jamais vu des questions si mal à propos. On parle de robots, d'automates, de ce genre de choses et... Enfin, si vous souhaitez l'écouter :

http://download-audio.rts.ch/la-1ere/programmes/rien-n-est-joue/2012/rien-n-est-joue_20120626_full_rien-n-est-joue_379735f9-5dc0-4c10-ba14-01ab5d5e2f9c-128k.mp3

J'ai quelques remarques.
Les mecs parlent de "l'avenir de l'homme-robot", bon, sujet à la con, on sent venir les questions du type, est-ce qu'on sera bientôt dotés de six bras bioniques et d'un tas de puces implantées sous la peau hihihi.
Mais là, un des deux invités aborde Asimov (c'était assez prévisible, remarquez) et parle des Trois Lois de la Robotique qu'Asimov a édictées, pour commence par dire "oh, je les connais pas par coeur..."
Bon sang, c'est trois lignes, trois lois de la part du GRAND auteur de science-fiction sur les robots, qui dit-on a édicté le terme "robotique", même si lui même s'en vantait difficilement. Ils affirment ensuite que TOUTE L'OEUVRE d'Asimov n'est qu'un jeu à partir de ces trois lois (je n'ai lu que quelques nouvelles, je peux difficilement confirmer ou réfuter) mais quand on fait une affirmation aussi énorme, est-ce que c'est si dur, du coup de connaître par coeur les trois lois ? Je veux dire, de mémoire c'est 1) les robots obéissent aux humains, 2) ils ne font pas de mal aux humains et 3) ils essaient de se préserver tant que ça n'interfère pas avec les lois 1 et 2. Bon j'ai inversé les lois une et deux, mais quand même ! Tu parles du PLUS GRAND auteur dans le genre et tu AFFIRMES que son oeuvre dérive entièrement de ces lois, ce serait quand même un minimum de prétendre que tu t'y connais, non, quand t'appelles ton bouquin "L'homme-machine et ses avatars, entre science, philosophie et littérature, XVIIe-XXIe siècles", non ?

Ensuite je voulais simplement rappeler qu'Asimov lui-même faisait remonter la thématique du robot/automate à bien avant le XVIIe, à savoir le moment le plus ancien de notre littérature : Homère. En particulier dans le Chant XVIII de l'Illiade :
...Mais tandis qu'ils conversent ainsi, Thétis aux pieds d'argent arrive dans la demeure d'Héphaïstos, demeure impérissable et étoilée, éclatante entre toutes aux yeux des immortels, toute en bronze et construite par le bancal lui-même.
Elle le trouve, tout suant, roulant autour de ses soufflets, affairé. Il est entrain de fabriquer des trépieds - vingt en tout - qui doivent se dresser tout autour de la grand-salle, le long de ses beaux murs bien droits. A la base de chacun d'eux, il a mis des roulettes en or, afin qu'ils puissent, d'eux-mêmes, entrer dans l'assemblée des dieux, puis 'en revenir au logis - une merveille à voir ! Ils sont presque terminés ; les anses ouvragées, seules, ne sont pas encore en place ; il y travaille, il en forge les attaches. Tandis qu’il peine ainsi, en ses savants pensers, voici que s’approche Thétis, la déesse aux pieds d’argent....
...Puis il enfile une tunique, prend un gros bâton et sort en boitant. Deux servantes s'évertuent à l'étayer. Elles sont en or, mais elles ont l'aspect de vierges vivantes. Dans leur cœur est une raison ; elles ont aussi voix et force ; par la grâce des immortels, elles savent travailler. Elles s’affairent pour étayer leur seigneur. Il s’assoit sur un siège brillant ; puis il lui prend la main, il lui parle, en l’appelant de tous ses noms.

Les servantes d'Hephaistos sont en or mais dotées de raison, de voix et de force. En outre elles l'assistent dans ses tâches (robot voulait à l'origine dire "esclave"). Bon, ben voilà des robots.
Et troisièmement, pourquoi l'animatrice dit "Si l'homme est une machine qu'en est-il de Dieu et de l'âme ?"(1min39) ? Sur l'âme, je comprends, mais sur Dieu ? Un monde déterminé, on arrive à le concilier avec l'idée de Dieu sans problème, depuis Descartes pour une exemple moderne, et depuis les Stoiciens antiques pour un autre un peu plus ancestral.
WTF.

mardi 26 juin 2012

Le Roi Sacré, le Rameau d'Or et la Pop Culture.

Le Roi Lion, Excalibur, Apocalypse Now, L'Age de Glace II, Pirates des Caraïbes II, Madagascar II, Blanche Neige et le Chasseur…

Qu'ont en commun tous ces films ? Ce n'est sans doute pas le style, puisqu'on y trouve un film de guerre, un conte du Graal, trois films d'animation, une adaptation d'un conte avec beaucoup d'action et Pirates des Caraïbes(oui je sais pas trop ce que c'est). Ce n'est sans doute pas l'histoire, vous vous en doutez. Ce qu'ils ont en commun se trouve en-dessous de l'histoire. En filigrane, on retrouve des traces d'une structure semblable : celle du Roi du Bois, du Roi Sacré ou du Rex Nemorensis, selon comme vous préférez nommer cela. Si vous voulez sauter à une des oeuvres en particulier, cet article (si l'on met à part la partie introductive sur Frazer) est découpé en cinq sections, cliquez pour les atteindre, selon quel film vous intéresse réellement :
  1. Le Roi Lion (1994): succession de père en fils dans les rois sacrés
  2. Excalibur (1981) : "You and the Land are One"
  3. Apocalypse Now  (1979) : le Rameau d'Or est dedans !
  4. Madagascar II, L'Age de Glace II et Pirates des Caraïbes II : la tribu sauvage qui vous fait roi.
  5. Reine liée à la Nature : Blanche-Neige et le Chasseur (2012).
Certes on pourrait m'accuser de pousser le bouchon un peu loin, que mes explications sont capillotractées, que c'est n'importe quoi ou que j'analyse trop loin. Je ne le pense pas. J'imagine simplement que mes maigres connaissances en histoire des religions pourraient vous aider à mettre en lumière les similitudes qui entourent certains souverains présents dans chacun de ces films : Le Roi Sacré en harmonie avec la nature, qui doit se faire sacrifier pour que la nature renaisse. Cette structure est loin d'être aussi universelle que Frazer le croyait. De même, je doute qu'elle soit présente comme une sorte de "moule à histoires" au fin fond de notre subconscient qui resurgirait dans le travail des scénaristes maladroits, comme certains le prétendent. C'est juste que c'est devenu un cliché, même si on ne s'en rend pas forcément compte. Et comme disait Baudelaire : "je veux créer un poncif. Le poncif, c'est le génie." Alors penchons-nous un peu sur le génie qui a créé ce poncif, ou qui l'a mis en évidence, selon les points de vue. 

Introduction : Frazer, le Rameau d'Or, le Rex Nemorensis.

En 1912, voilà un siècle, James George Frazer (donc j'avais déjà parlé ici) publie son oeuvre majeure The Golden Bough, qu'on traduira Le Rameau d'Or et qui tiendra une part majeure dans le développement de l'histoire des religions. Dans celle-ci il développait l'hypothèse que le culte qu'on observait dans les bois de Némi, qui impliquait le sacrifice du Roi du Bois était en fait universellement répandue autour de la Méditerranée. Quel rapport avec tous les films (d'animation ou non) que je vous ai cité là au dessus ? Cht. C'est le but de cet article soyez un peu patient. Le Roi Sacré, le Rex Nemorensis, c'est quoi ? Dans les bois sacrés de Némi aux alentours de Rome, se trouvait une institution fort étrange. On y trouvait une sorte de Roi-prêtre qu'on nommait le Rex Nemorensis, donc le Roi du Bois. C'est fort étrange, d'autant plus que cette institution avait perduré alors même que Rome était devenu une République, et donc que les Rois de Rome avaient été chassés (509 av. J.C.) Quel sens cela faisait de se dénommer encore "Roi" alors qu'on n'était plus dans une monarchie ? Frazer rappelle que c'était très répandu dans l'Antiquité gréco-romaine que les Rois s'occupent de procéder à des cérémonies, et même qu'ils continuent à officier après qu'ils ne soient plus rois. Ainsi à Ephèse, les descendants de Rois restèrent prêtres bien après qu'ils aient été destitués et qu'il s n'exerçaient plus de charges politiques. (Frazer cite aussi les Rois de Cyrène et de Sparte, les empereurs chinois et les souverains de Madagascars). Les Rois-prêtres étaient chose courante, ce n'est pas quelque chose de très exotique sur ce plan-là (tout le chapitre 2 du Rameau d'Or y est d'ailleurs consacré).

Le Rameau d'Or, James George Frazer. (orig. The Golden Bough, 1912)
Le rameau d'Or est une oeuvre qui respire l'érudition et la culture, peut-être un peu moins la réflexion poussée. En cela, il se rapproche de la "palme d'or" qui est une autre institution qui se charge de récompenser des films au hasard chaque année, par exemple ceux de Michael Haneke.


  Quelle différence entre un roi-prêtre normal avec le "Rex Nemorensis" si tant est qu'il ait réellement été roi ? Le sanctuaire de Némi était lié à Diane. Frazer considère que la Diane archaïque était bien plus brutale et bien plus puissante qu'elle ne le fut à l'époque historique où on peut la grossièrement résumer en "déesse de la chasse". Elle devait être une de ces divinités de la Nature qu'on retrouve partout. La légende raconte que les étrangers qui débarquaient sur les rives de Némi devaient être sacrifiés à la déesse. Le rite s'est sans doute adouci lorsqu'il est devenu celui du Rex Nemorensis qu'on peut résumer ainsi :
Dans l'enceinte du sanctuaire de Némi se dressait un certain arbre dont aucune branche ne pouvait être cassée.  Seul un esclave fugitif avait le droit, s'il le pouvait, de briser un de ces rameaux. Le succès de sa tentative lui permettait d'attaquer le prêtre en combat singulier ; s'il parvenait à le tuer, il régnait à sa place, sous le titre de Roi du Bois. (Le Rameau d'Or, chap. 1, p.20)
On décrivait la branche cassée comme étant le Rameau d'Or  qu'Enée avait cueilli avant d'entreprendre son voyage dans le monde des ombres. (d'où le titre de son ouvrage) Cette institution qu'on croirait sortie des temps barbares, nous dit Frazer, a pourtant perduré pendant des siècles. Un grec qui voyageait en Italie à l'époque des Antonins (IIe siècle ap. J.C.) dit que le combat singulier était encore de mise à se moment-là. En outre, d'après Suétone, Caligula aurait fait exécuter le Rex Nemorensis.   Frazer va émettre deux thèses principales sur le Rex Nemorensis :

1)Roi lié à la nature : cela explique le sacrifice.

Le Roi est personnellement lié à la Nature. Mais en plus, il serait comme "marié" à Diane, déesse de la Nature (Frazer fait un lien avec Hippolyte qui s'était attiré les faveurs de la déesse pourtant réputée vierge, je vous fais pas la typologie exhaustive de tous les liens que Frazer établit avec la mythologie grecque on en aurait pour la journée). Et il l'aurait épousée… Sous forme d'arbre. Ca n'aurait rien d'absurde puisque Pline rapporte qu'un de ses contemporains se serait marié avec un hêtre. Par conséquent l'arbre sacré dont on doit casser une branche ne serait pas seulement un arbre mais bien une représentation de la déesse, ou du Roi. Et par conséquent, le "rameau d'or" arraché par l'esclave fugitif contiendrait en fait l'âme du Roi.  Maintenant il convient d'éclaircir un point. Si l'état de santé du roi est lié à la nature, est-ce que c'est pas complètement con de le tuer ? Je veux dire, si on le tue, est-ce que ça ne va pas tuer la Nature ? Et puis, c'est un roi, nom de zut, on devrait pas avoir le droit de le tuer. Ca le gêne pas pour accomplir ses autres fonctions ? Il faut se placer sur un autre point de vue. Au contraire, en le tuant on peut contrôler son état de santé. Si on laissait vivre le Roi, il se mettrait à vieillir, dépérir, et alors la Nature dépérirait avec lui. Alors que si on le tue et qu'on le remplace par un aussi jeune et vigoureux que lui, le Rex Nemorensis reste toujours jeune, toujours remplacé. Et la Nature suit son cycle, et est régénérée par cette mise à mort rituelle, pour autant qu'il soit remplacé. Par conséquent, on peut résumer : le Roi sacré doit mourir pour que la nature renaisse.

2) Institution universelle.

Cette institutions serait donc le reliquat de quelque chose de bien plus archaïque et généralisé, je veux dire, trucider son prédécesseur, c'est pas très poli. Frazer considère que ce genre de Rois Sacrés qu'on sacrifiait était universellement répandue tout autour de la méditerranée, voire plus loin. En faisant des parallèles tarabiscotés avec des tonnes de mythes, il tentera de montrer que ce schéma existait partout et qu'on peut en retrouver les traces. Par exemple le Mythe de Balder le Magnifique dans la mythologie nordique. Tous les êtres avaient fait le serment de l'épargner. Et lui lancer des pierres, du métal, des animaux dessus n'y pouvait rien si bien que cela devint un jeu pour les dieux d'éprouver son invulnérabilité. Loki, jaloux qu'il soit ainsi invulnérable va demander, déguisé, à Frigg si tous les êtres on bien juré d'épargner Balder. On lui répond que le gui était trop jeune pour qu'on réclame son serment.

La Mort de Balder vue par Eckerberg.

Loki donne une branche de gui à Hother, le frère aveugle de Balder, et il la lui lança dessus, pour participer au jeu des dieux. Néanmoins la branche traverse Balder de part en part et le tue. Pour Frazer, c'est clair la branche de gui de ce mythe EST le rameau d'Or d'Enée. Si la branche tue Balder c'est également parce qu'elle contient une part de son âme, et qu'elle est son lien avec la Nature. On en conclut donc que Frazer est un peu allumé. Son approche a été abandonnée pour des raisons évidentes : on n'a pas de traces concluantes que cette pratique de sacrifice des rois ait été universelle. En outre il compare tout avec n'importe quoi. Il n'y a pas forcément de liens entre les diverses pratiques étudiées, ni entre les mythes comparés. Son apport à l'histoire des religions est bien plutôt à rechercher du côté de sa théorie générale sur la magie(chap. 3). Le Rameau d'Or est un catalogue stérile, une compilation de mythes entre lesquels on fait des liens, parfois pertinents et parfois pas. Si je dis que Frazer a "inventé" ce poncif, ce cliché, c'est parce que les exemples qu'on trouve sont parcellaires. Vous vous rendez bien compte que sa théorie sur la Mort de Balder est tirée par les cheveux au possible. Qu'est-ce qui indique que l'arbre dédié à Diane à Némi est un chêne ou que celui qui a compilé le mythe nordique de Balder s'imaginait que la branche contenait son âme ? Frazer a bien plutôt fait ce qu'Eliade et d'autres historiens des religions ont pu faire : de la méta-mythologie. Ils ont créé leurs propres mythes. Sans les mains fouineuses de Frazer, le Roi du Bois serait resté un exemple de barbarie romaine parmi d'autres, perdu au milieu des frasques de Caligula, des anecdotes sorties des orgies et de leur cuisine infâme. C'est lui qui lui a donné l'envergure d'une légende. Ce faisant il a fortement influencé notre culture. Le mythe a eu un siècle pour se propager. Regardons quelles traces il a laissé sur son parcours.

MAIS QUEL RAPPORT AVEC LA TÉLÉVISION, LE CINÉMA ET TOUTES CES CHOSES ?

Le rapport est simple. Que ce soit parce que nous manquons cruellement d'originalité, que ces conceptions sont gravées dans notre subconscient collectif ou bien tout simplement parce que les scénaristes sont des gens cultivés, comme moi, qui ont lu le Rameau d'Or, on retrouve ce schéma dans de nombreuses histoires. Commençons par notre enfance, ou plutôt la mienne, la vôtre m'intéresse moins, vous avez peut-être le mauvais goût d'être bien plus vieux ou bien plus jeune que moi. Malgré cela, imaginons que vous avez vu le Roi Lion de Disney.

Le Roi Lion : succession de père en fils dans les rois sacrés

Le Roi Lion (1994)
"C'EST L'HISTOAAAAARE DE LA VIIIIE ! LE CYCLE ETERNEEEEEL"

 Ce film est une ode à la monarchie sacrée. C'est impressionnant. Résumons l'histoire. 
On ouvre sur un choeur de voix extatiques qui braillent que c'est l'histoire de la vie, le cycle éternel alors qu'on arrache Simba de l'utérus de sa mère et qu'on le présente au bas-peuple en contrebas de la falaise des aristocrates lions. Remarquez : les herbivores n'ont aucune peine à vénérer des carnivores. Je veux dire, les lions ils bouffent quoi ? Le seul moment où on voit un lion bouffer, c'est quand Scar balance un cuisseau de Zébre aux hyènes, ce qui sous-entend quand même qu'ils mangent leurs loyaux sujets. Pourquoi les lions règnent-ils alors ? Parce que c'est dans l'ordre des choses et que Mufsasa est le bon souverain qui garantit l'équilibre naturel. Putain, mais ils sont cons, les herbivores ou quoi ? Beau schéma de lutte des classes, en tout cas. D'ailleurs Scar est jaloux de son frère Mufasa, le roi des Lions. Il s'arrange donc pour qu'il meure piétiné par des buffles, et pour que Simba se sente coupable de la mort de son père. Scar projette Mufasa dans le vide en affirmant "longue vie au roi". Comment ne pas voir le lien avec le fameux slogan "le roi est mort, vive le roi !"qui ponctue la succession monarchique. 


Les GIFs c'est cool.
LONG LIVE THE KING !


 La mort du roi signifie sa succession dans son fils. Les rois meurent, la monarchie demeure. C'est la base des monarchies sacrées : ainsi le Pharaon n'a aucun mal à effacer les noms de ses aïeux sur les monuments et à les remplacer par le sien. Après tout il est "pharaon", ils étaient "pharaon", ils sont la même personne. C'est le sens de la chanson "Il vit en toi"(V.O. "He Lives In You") du Roi Lion II qui fait allusion à Mufasa qui survit à travers Simba. 


Et des fois, Mufasa c'est Dieu. Voilà. Sain pour la jeunesse et tout.


 Après la mort de son daddy, Simba s'enfuit donc loin du territoire des lions et vit dans la jungle avec un phacochère et un suricate hippie. Il mange des insectes. Il s'enfonce plus profondément dans la jungle et donc dans la Nature. Il se ressource donc dans cette nature sauvage, mais c'est au prix de manger des insectes, donc des choses qui ne peuvent pas être assimilées à des "sujets" puisqu'ils ne sont pas conscients. Tout en s'enfonçant dans la jungle, Simba sort du "cycle de la vie"en joignant cette secte hippies de je-m'en-foutistes. Il y est néanmoins réintégré lorsque l'esprit de son père se rappelle à lui. Hé ouais, c'est super, il se fait hanter par l'esprit de son père sous la houlette de Rafiki le prêtre un peu comploteur quand même, puisqu'on le voit arranger l'union entre Kovu et Chiara dans le II. Et son père lui rappelle qu'il doit être roi. Pas grâce à ses facultés de commandement, ou parce que le peuple veut de lui, nonon mais bien parce que c'est son fils et qu'il est roi par essence. Rafiki répète à l'occasion que Mufasa "vit en lui". Hum très subtil, très très subtil.

   
Simba se regarde dans l'eau mais il voit le visage de son père.

 Quand Simba revient, la terre est dévastée. Scar est au pouvoir grâce à son armée de Hyènes. C'est scandaleux ! Oui, avant les hyènes crevaient la dalle en se bouffant entre elles, mais c'était parfaitement normal, après tout, les seuls carnivores qui ont le droit de vivre, c'est les lions.

Sarabi l'artistocrate : "Diantre, la plèbe commence à revendiquer le pouvoir, on se croirait en 1789"


La terre est souillée, grise, noircie. Les lionnes qui reviennent de la chasse disent que tous les troupeaux se sont enfuis, qu'ils mangent trop de viande. Certes, s'ils se mettent à manger douze fois plus de gens, je comprends que les loyaux sujets se sentent un peu moins l'envie d'honorer le tribut. qui consistait à se faire mordre le popotin. Néanmoins, une fois qu'ils ont tous fui, en quoi cela affecterait-il la végétation à ce point ? La réponse est simple : ce n'est pas une souillure écologique, c'est une souillure morale. La terre va mal, parce que le roi est mauvais et qu'il a péché. Cette structure ressemble à celle du Roi Sacré, sans toutefois y être identique. Ainsi Oedipe, dans Oedipe Roi cause la peste qui tombe sur Thèbes. Ce fléau a été envoyé par les dieux à cause de l'inceste répété entre Oedipe et sa mère Jocaste, même s'ils ne savent pas qu'ils sont mère et fils. Le péché du Roi cause la catastrophe naturelle : la peste. D'un autre côté les dieux sont pas super pressés vu qu'ils ont le temps de faire quatre gosses. Toutefois Oedipe n'est pas lié à la nature, au contraire, c'est à cause de ses actes contre-nature que la peste est déclenchée. Ensuite Simba détrône Scar et prend sa place. C'est très subtil, hein, la terre refleurit en dix minutes et les animaux reviennent. Paf comme ça. Alors que Scar est roi, ça ressemble à ça… 

 

 …Et une fois Simba au pouvoir, lors de la naissance de sa fille Nala ça ressemble à ça.


…Hé ouais, la nature se régénère au contact du Roi. Elle est pas belle la vie ?

 Si on suppose que le temps de gestation léonin est de 4 mois – et que Simba n'aurait pas perdu de temps en préliminaires romantiques avec Nala puisqu'il a passé les derniers dix ans de sa vie avec comme seule compagnie un phacochère et un suricate – ça fait vachement vite pour refleurir à ce point. Et puis après les animaux sont contents et acclament la fille du couple royal.


Super, les gars ! On va de nouveau se faire bouffer en suivant le cycle de la vie ! Trop cool !


 Le schéma du roi sacré est ici respecté à un détail près : ce n'est pas vraiment un esclave fugitif qui doit tuer le roi, c'est Simba qui doit reconquérir son trône. Certes, il est mis au ban de la société, ce qui garde avec le statut d'esclave fugitif le point commun de la marginalité. Néanmoins ici, la faculté d'être le Roi Sacré semble héréditaire, pas acquise. Par conséquent la dialectique du meurtre est inversée : alors que le Rex Nemorensis accepte de mourir tué, puisqu'il a dû tuer son prédécesseur, ici le meurtre est ce qui au contraire empêche de régner, pas ce qui permet d'accéder au pouvoir. Quand Simba revient, la lutte s'articule autour du point suivant : qui de Scar ou de Simba a causé la mort de Mufasa. Le schéma est symétriquement inverse : le meurtre, au lieu de conférer la royauté, la supprime.  (Oh, et non je ne parle pas des théories selon lesquelles Kovu et Chiara sont cousins. C'est une meute de lions, bordel, et on ne voit que trois mâles dans le premier film, Mufasa, son fils et son frère. Bien sûr qu'ils sont tous consanguins.)  

Excalibur (1981) : "You and the Land are One"

   

 Le film Excalibur (1981) de Boorman, non content d'être magnifique, décrit un Roi Arthur qui a toutes les caractéristiques du Roi Sacré. Pour commencer, ce n'est pas un esclave fugitif, certes, néanmoins il est le serviteur de son frère adoptif, Keu, qui est, lui, chevalier. Merlin l'a placé dans cette famille pour y être éduqué. Il perd l'épée de son frère et se met donc à la chercher partout, en courant, de peur qu'on ne surprenne sa faute. Ce n'est pas un esclave fugitif, néanmoins c'est un serviteur qui s'éloigne en courant, fautif, du lieu où il est censé se trouver. Et bien sûr, lorsqu'il cherche une épée, il tombe sur Excalibur plantée dans le rocher(désolé, une version française pourrie, pardon, pardon, je sais que c'est mal).

    

 "Il veut à tout prix placer à notre tête un enfant sans père ! Voulez-vous d'un bâtard sur le trône ?", vous remarquerez le ton peu poli de ces paroles, pourtant adressées à un roi de droit divin, choisi parce qu'il a sorti une épée antédiluvienne d'un rocher, hein. Il ne peut toutefois pas devenir roi parce qu'Arthur n'est pas un chevalier à ce moment-là, c'est un sous-homme. Le film Excalibur est tout entier tourné vers le Crépuscule des Dieux : les anciens dieux se sont tus, on commence à adorer le Dieu Unique, même Merlin menace de partir pour un autre monde… On peut donc supposer que cette guerre illustre la fracture entre ceux qui souscrivent à l'ordalie (et qui acceptent le verdict de l'épée) et ceux qui au contraire ont une vision dynastique du pouvoir : c'est parce qu'il n'a "pas de père" et que c'est un "bâtard" qu'ils s'opposent à lui… Alors même que son père, Uther est le précédent Roi de Bretagne ! La vision dynastique n'existe pas ici. Et il n'est même pas considéré comme un homme. Il doit même se faire adouber par l'un de ses propres chevaliers pour qu'on le considère enfin comme un roi…  (vidéo)

   

C'est très étrange, non, que d'être adoubé par un inférieur (chevalier) vous donne droit à un statut supérieur (roi) ? En outre ce mec abandonne vachement vite. En trois secondes, il passe de "jamais je ne me soumettrait, chien de bâtard de merde" à "bon ben je te lèche la paume, monseigneur, slurp slurp" juste parce qu'on lui a tendu Excalibur. On nage dans le bizarre le plus total. Ca l'est sans doute moins si l'on comprend que l'adoubement d'Arthur remplace la mise à mort de son adversaire. Plutôt que de le tuer, il se laisse adouber. Par conséquent, plutôt que de le tueril se met en danger, il met son épée dans la main de son adversaire. N'est-ce pas là une résurgence du duel rituel des Rex Nemorensis ? De tueur, on devient "tué" ou en position de l'être, puisqu'on accepte implicitement en devenant le Rex Nemorensis qu'on sera un jour assassiné ? Allons encore plus loin dans l'analogie, puisqu'on est en si bonne voie. Il y a un esclave, il y a un duel, même s'il a été transformé en adoubement… Y a-t-il un rameau d'or ? Bien sûr qu'il y en a un ! Il donne son nom au film : EXCALIBUR ! Ce n'est pas en arrachant une branche qu'il a eu droit à ce duel, mais en sortant Excalibur du rocher. S'il serait difficile de montrer que cette épée contient son âme on peut toutefois arguer qu'elle est au coeur de la Nature que le Roi doit protéger : elle sort des mains de la Dame du Lac, émergeant des flots.  Elle ne doit pas être utilisée en mal. Ainsi lorsqu'Arthur affronte Lancelot pour le passage d'un pont, sa vanité le pousse à invoquer Excalibur pour remporter le combat. Il le remporte mais brise l'épée sur la poitrine de Lancelot.     (le premier qui dit qu'une épée qui se casse est un fort symbole phallique sera privé de dessert. C'est mon film préféré, on déconne pas avec, même si j'ai déjà insisté ICI sur certaines lourdeurs de la mise en scène) Plus tard, lorsqu'il s'aperçoit de l'adultère de Guenièvre avec Lancelot, il plante l'épée entre les deux amoureux étendus nus dans la forêt. (sérieusement, moi j'aurais peur des cafards). Le Roi s'est séparé d'Excalibur, de son rameau d'Or. Que s'exclame Lancelot à ce moment-là ? "Le Roi sans Epée… La terre sans roi !" (1'23, désolé c'est en espagnol)

   

Euh, oui, bon le doublage espagnol s'emporte comme un supporter de foot ivre mort un soir de match. ("LA TIERRRA SIN RRREY !", pardon, j'ai ri) Autrement dit, le Roi est lié à la terre et Excalibur est au Roi ce que le Roi est à la Terre. (prenez le temps de lire cette phrase, la tournure n'en est pas habile, mais je ne peux pas mieux faire) Lorsqu'il brisait Excalibur, le salut du monde était en danger, sa rédemption permet à la Dame du Lac de la lui réparer. Lorsqu'il abandonne Excalibur, entre les côtes des deux amants ("oh pupuce t'as le flanc froid, dis donc. Ah zut, non, c'est du métal.") que fait-il ? Il laisse son rameau d'Or à Lancelot. Or, celui qui s'empare du rameau d'or a le droit de défier le précédent Roi en duel. Cependant, Lancelot, en couchant avec Guenièvre l'a déjà fait. Il a pris ce qui ne lui appartenait pas, et par conséquent Arthur en plantant l'épée à côté semble lui dire : "tiens, tu prends ma femme, prends donc aussi mon trône" car la Reine semble attachée à la Royauté comme un gros porte-clé. (Ou alors Boorman voulait mettre un petit clin d'oeil à Tristan et Yseult, histoire de baliser toute l'oeuvre de Chrétien de Troyes) Revenons en arrière, après la prise du chateau, qu'il a remporté grâce à ?… Euh, au fait que son adversaire a décidé de ne plus être son adversaire et de l'adouber chevalier ? Enfin bref, Arthur cherche Merlin dans la forêt. Celui-ci lui fait tout un cours sur le "dragon" qui se trouve en fait être le monde : son hurlement est dans le vent ; ses écailles, sur les arbres ; il est partout, il est toute chose… Le dragon est ce qui donne son pouvoir à Merlin, et permet à Uther de prendre l'apparence du Roi de Cornouailles afin de se taper sa femme, Ygraine, ce qui donnera naissance à Arthur, mais bref : le Dragon :

    

 Une autre citation de Merlin :
"You will be the land, And the land will be you. 
If you fail, the land will perish; If you thrive, the land will blossom."
(Trad. "Tu seras la terre, et la terre sera toi. Si tu échoues, la terre périra. Et si tu réussis, la terre fleurira") Non seulement l'alliance d'Arthur avec la Nature est un thème central du film mais c'est également le secret du Graal ! Hé ouais, bande de nuls, on vous donne le secret du Graal, si c'est pas cool la vie ?

Parenthèse : Le Roi Pêcheur.

Arthur n'est pas toujours un roi sacré ou un Roi du Bois. S'il l'est c'est parce que Boorman a avoué avoir voulu condenser un tas de légendes arthuriennes en un seul film(L'idylle Lancelot/Guenièvre reprend plein d'éléments de Tristan&Yseult. En outre ce n'est pas sur Lancelot qu'Arthur brise son épée, etc.) Arthur reprend donc le personnage du Roi Pêcheur, personnage si marquant que certains ont donné son nom à ce "trope" (="ce cliché" dit de façon cool) du roi lié à la nature. Ainsi sur TvTropes, vous trouverez la (longue) liste de ses occurences sous le terme Fisher King. (Il y a d'ailleurs Men In Black, tiens j'y avais pas pensé) Le Roi Pêcheur est effectivement une occurrence de ce cliché mais puisque, comme le montre abondamment Frazer la réalité dépassa la fiction de plus d'un millénaire, je continuerais à le nommer "Roi du Bois", ou "Rex Nemorensis" parce que ça pète. Le Roi Pêcheur est un personnage né sous la plume de Chrétien de Troyes dans son chef dôeuvre inachevé Perceval ou le Conte du Graal. [Pour les citations nous utilisons la traduction de Charles Méla (Livre de Poche, LGF, 1990) en indiquant approximativement les vers du poème original, indiqués en haut des pages de façon peu pratique.] C'est dans le château du Roi Pêcheur (ainsi dénommé parce qu'il pêche à la ligne dans le lac adjacent à son château, probablement pour trouver un Magicarpe shiny) qu'apparait le Graal à notre héros profondément idiot. Après cela, le roi est indisposé et se fait porter à sa chambre. Tout le monde au pieu, sou. Le lendemain matin, Perceval se réveille dans un château vide, le pont-levis s'actionne derrière lui sans qu'il ne vît personne l'actionnant. En sortant il croise une meuf ("wouhou !", se dit notre héros) qui se trouve être sa cousine germaine ("rooooh…" se dit notre héros) et qui lui révèle un peu plus sur le Roi Pêcheur :
"Il est roi, je peux bien vous le dire, mais il a été, au cours d'une bataille, blessé et vraiment mutilé à tel point qu'il ne peut plus se soutenir par lui-même. C'est un javelot qui l'a blessé entre les deux hanches. Il en ressent encore une telle souffrance qu'il ne peut monter à cheval Quand il cherche à se distraire ou à avoir quelque plaisante occupation,. il se fait porter dans une barque et il se met à pêcher à l'hameçon. Voilà pourquoi il est appelé le Roi Pêcheur, et s'il se distrait de la sorte c'est qu'il n'y a pas d'autre plaisir qu'il soi en rien capable d'endurer ni de souffrir qu'il s'agisse de chasser en bois ou en rivière.(…) Mais quand vous étiez assis à côté de lui, dites-moi donc si vous avez vu la lance dont la pointe saigne sans qu'il n'y ait pourtant ni chair ni veines ? – Si je l'ai vu ? Oui, ma parole ! – Et avez vous demandé pourquoi elle saignait ? – Je n'en soufflai mot. – (…)sache-le, vous avez très mal agi. Mais avez-vous vu le Graal ? – Oui, bien sûr !" (pp. 145-147, vers ~3400-3500)
(notez que le père de Perceval a également été "blessé entre les hanches" et que c'est cela qui lui a fait abandonner la chevalerie) S'ensuit la description du graal et de son cortège, une jeune fille le porte (originellement il est dit "— Et aprés le graal, qui vint ? — Une pucelle"), deux jeunes gens portent des candélabres, une autre jeune fille tient un tailloir en argent… Oui, un tailloir à viande, parce qu'à la base le mot "Graal" désigne un plat à viande peut profond et non une putain de coupe. Niqué, Dan Brown et ta métaphore vaginale. Perceval, prisonnier de son éducation et se rappelant du ras-le-bol d'un de ses maîtres qui en avait marre de sa tendance à poser des questions idiotes, ferme sa gueule, puisqu'on lui a maintes fois répété que c'était l'usage. N'osant poser la question fatidique (à savoir "Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?") malgré le fait que le graal repasse ainsi trois fois il condamne le Roi à ce que sa malédiction continue, puisqu'il aurait suffit qu'on pose la question pour qu'il soit guéri.
"Mais avez-vous demandé à ces gens où ils allaient ainsi ? – Pas un mot ne sortit de ma bouche." (…) – Perceval l'infortuné ! Ah, malheureux Perceval, quelle triste aventure est la tienne de n'avoir rien demandé car tu aurais si bien pu guérir le bon roi qui est informe qu'il eût recouvré l'entier usage de ses membres et le maintien de ses terres. Que de biens en seraient advenus ! Sache maintenant que le malheur va s'abattre sur toi et sur les autres." (p. 147, vers 3499-3552)
En français médiéval ça donnerait : (…) Percevax li cheitis ! Ha ! Percevax maleüreus, 
con fus or mesavantureus 
qant tu tot ce n’as demandé,
 que tant eüsses amandé 
le boen roi qui est maheigniez 
que toz eüst regaaigniez 
ses manbres et terre tenist.
 Ensi granz biens en avenist ! …Ce qui a quand même plus de gueule, convenez-en. Ensuite de quoi, sans s'étonner que tout le monde, même sa cousine germaine de passage connaisse les secrets du château et sans chercher à y retourner, Perceval sauve une demoiselle en détresse, affronte deux-trois gus (au cours de l'épisode des gouttes de sang sur la neige) puis arrive à la cour du Roi Arthur, où il n'a cessé d'envoyer ses prisonniers, ce qui enquiquine un peu Arthur, vu que des mecs qui font 100km pour venir se mettre les pieds sous la table à Camelot et bouffer à l'oeil, ça commence à faire un peu beaucoup. Là une femme extrêmement laide et omnisciente, comme on en trouve tant dans les légendes celtiques, débarque et pointe son terrible index sur Perceval :
"Ah Perceval (…) Tu es entré chez le Roi Pêcheur et tu as vu la lance qui saigne !Et maintenant, dis-moi était-ce un si grand effort d'ouvrir la bouche et de parler que tu n'aies pu demander pourquoi cette goutte de sang jaillit de la pointe sud fer qui est blanc ? Et la graal que tu as vu, tu n'as pas demandé à ni cherché à savoir qui était le riche seigneur qu'on en servait ?"(p. 165 vers ~4580-4611)
Oui, logiquement, si le Graal est un plat à viande (ou à poisson), la question se pose : à qui est-il destiné ? D'où la question "Who does the Grail serve ?" dans Excalibur.
"(…) Car si tu l'avais demandé, le riche roi aurait été tout guéri de sa plaie, et il tendrait sa terre en paix, donc jamais plus il ne tiendra une parcelle ! (…) les terres en seront ruinées, et les jeunes filles, sans recours, resteront orphelines." (pp.165-166, vers ~4600-4650)
Perceval s'énerve un peu. C'est vrai, quoi, merde, tout le monde a l'air au courant de ce qui se passe dans ce putain de château, et personne a pourtant pris la peine de venir poser sa question à la con ! Après quoi il promet de ne point dormir plus de deux nuits d'affilée au même endroit tant qu'il n'aura pas résolu l'énigme du Graal, quand tout à coup, ce connard de Guinganbrésil débarque et défie Gauvain, qui va donc voler la vedette à Perceval pendant le reste du bouquin, jusqu'au moment ou Chrétien de Troyes meurt, et donc on a pas la fin de l'histoire. Merci, on adore ça, les histoires parallèles inutiles qui nous privent de la fin. Dans Excalibur, c'est uniquement parce que Perceval lui donne la réponse à la question ("You&Land=1") qu'Arthur se réveille. Sinon j'ai découvert sur IMDB que Rospo Pallenberg, un des mecs à avoir bossé sur le script d'Excalibur, avait également tâté un peu de "Vercingétorix le druide-roi" (1981) qu'on me décrit d'ores et déjà comme un navet intergalactique. Mais il a également bossé sur La forêt d'émeraude (1985) où on parle d'un gosse kidnappé par une tribu aborigène… Hum, j'l'ai pas vu, j'irais pas jusqu'à supposer que le gosse se retrouve roi de la tribu, mais bon, pour vous donner une idée de ce qu'il a pu faire. Tout ça pour dire, ce scénariste a l'air de bien aimer ce thème du Roi-Prêtre. Voilà. On me fait également signe que Terry Pratchett l'a également parodié dans son très très drôle Wyrd Sisters, roman traduit avec élégance "Trois Soeurcières" par le splendide Patrick Couton. Pratchett parodiait beaucoup Shakespeare (Macbeth) et un peu d'autres trucs (avec le thème du roi qui ignore son ascendance, qui a été éloigné du trône enfant).
Verence I: Remember, good sisters, the land and the king are one. 
Nanny Ogg: One what?
Fin de la parenthèse. C'est mon film préféré, envers et contre tout, vous ne pourrez pas lutter contre l'amour que je lui porte malgré le surjeu permanent des acteurs, les effets spéciaux pourris et l'exagération permanente. J'adore les récits de chevalerie, et j'ai aimé lire Perceval ou le conte du Graal, et je trouve qu'il en a magnifiquement retraduit l'ambiance. Il a réussi à relier tous les personnages importants, au prix de quelques liens qu'un puriste trouverait maladroit : ainsi Perceval est l'écuyer de Lancelot (Si Chrétien de Troyes raconte que Perceval quitte sa mère pour suivre des chevaliers en armure rutilante, il ne précise pas que c'est Lancelot, loin de là, il est même plutôt occupé puisqu'il est en train de sauver Guenièvre pendant la moitié de Perceval), Keu est le frère d'Arthur, etc. Toutefois je l'ai adoré parce que pour une fois, le Graal n'est pas qu'une saleté de coupe mystérieuse qui a reçu le sang du Christ, son secret nous est révélé. Par deux fois, Perceval arrive au chateau du Graal. Contrairement à l'oeuvre de chrétien de Troyes, il n'y parvient toutefois pas physiquement, mais par hallucination au cours de deux morts initiatiques. L'une pendu à un arbre (avec son armure) et l'autre sombrant dans les flots (en arrachant son armure, il peut ressortir de l'eau). Notez que dans un cas, alors qu'il va parvenir à atteindre le Graal, le poids de son armure casse la corde qui le retenait et l'empêche d'atteindre lson but, et que dans le second, où il y parvient, c'est après s'être débarrassé de son armure qui le faisait couler, il resurgit devant le chateau pour la deuxième fois… Perceval, attiré dans la chevalerie par des armures brillantes qui doit l'abandonner pour atteindre le Graal, et qui sombre sous les coups de Lancelot, qui l'y avait conduit… Ah, la belle symétrie de ce film… Hum ? Ah, Euh pardon, oui, on disait : le Graal. Perceval ressort de l'eau sans armure et aboutit au Pont-Levis devant le Graal… "WHAT IS THE SECRET OF THE GRAIL ?" (à 2min pour le Graal)

   

 "HAVE YOU FOUND THE SECRET THAT I HAVE LOST ? – Yes, répond Perceval, You and the Land are One." "Toi et la terre ne faîtes qu'un", mais n'est-ce pas précisément ce que nous disions auparavant ? A savoir que le Roi Sacré ne fait qu'un avec la Nature et que de son état de santé dépend la santé de la nature ? Alors même qu'Arthur va parfaitement bien les armures brillent comme des bagnoles tunées frottées au Polish® pendant des heures, et une fois qu'il a été trahi par Lancelot et Guenièvre et qu'il a commis l'inceste avec Morgane, la terre noiricit, pourrit, les armures rouillent et le monde va à sa perte. Il suffit qu'il boive dans le calice apporté par Perceval – qui ne contient rien de plus que le secret déjà révélé par Merlin : toi et le monde êtes un – et paf, tout va mieux, les armures brillent, et on se prend des éjaculations de pétales de cerisiers en fleurs sur fond de Carmina Burana : "Drink and you will be reborn and the land with you". ("Bois et tu renaîtras, et le monde avec toi" : non mais regardez cette scène en entier, merde, elle est géniale. Oh et puis zut, regardez le film en entier.)

   
 Bref, les multiples liens qu'on voit entre le film et le culte du Rex Nemorensis me laissent penser que Boorman a fortement puisé dedans. Manifestement je ne suis pas le seul au vu de cet article très intéréssant qui analysait Excalibur sous l'angle de Frazer. Je n'ai pas le privilège de l'originalité, même si je n'ai découvert cet article qu'après avoir rédigé ceci, lorsque je me suis demandé "nom de dieu, ça fait quand même beaucoup de parallèles, je suis quand même pas le premier à me pencher là-dessus, si ?" Excalibur est une film qui parle de transition : de l'ancien monde païen au nouveau monde chrétien. Les dieux de la nature sont remplacés par le Christ. Merlin parle de s'enfuir, de partir dans un autre monde, où il se fait alors piéger par Morgane, qui l'enferme dans une sorte de bloc de cristal magique. Ensuite de ça, il s'adresse à Arthur. Celui-ci demande à son anicen mentor où il est. Il lui répond bien sûr : "on the Land of Dreams"…  (non je n'inclus pas la vidéo, ça commence à faire beaucoup, cliquez sur le lien petit chenapan)La magie quitte la terre, et part pour le "pays des rêves" et lorsqu'Excalibur la quitte également, le monde sera enfin pleinement désenchanté, sans sortilèges. Le monde magique devient le nôtre. Au fond, ce n'est pas étonnant quand on sait qu'à la base Boorman voulait adapter le Seigneur des Anneaux, fresque fantastique qui elle aussi se termine par la fuite de tous les héros, qui s'en vont au-delà des mers, dans les pays des Elfes, inaccessibles aux mortels. Qu'il est triste que toutes les histoires de magie racontent la fin de la magie. Arthur dans l'histoire ne fut qu'une brève parenthèse. Uther, son père, ne posséda l'épée qu'un court instant, et il n'en était pas digne. Il voulait se taper Ygraine, et pour ce faire a demandé à Merlin de lui accorder ses pouvoirs pour, comme nous l'avions dit avant, s'accoupler à elle à l'insu de son époux, le Duc de Cournouailles. Fâché qu'Uther mette en péril l'unité de la Bretagne, ce qui était un peu le but d'avoir une putain d'épée surnaturelle,  Merlin réclame le fruit de sa concupiscence : à savoir le bébé qui nait 9 mois après ; Arthur. Morgane, la fille du Duc, voit son père mourir la nuit même de la conception d'Arthur. Et après ça Uther se tape sa maman, on comprends qu'elle l'ait mauvaise. Elle cherchera dès lors à se venger en faisant des trucs tout à fait normaux comme, euh, ben, user de magie pour se taper son demi-frère Arthur. De cette union incestueuse (qui souille la terre en même temps qu'Arthur) naîtra Mordred, le gosse vachement maléfique quand même, qui viendra réclamer le trône de son père. Arthur refuse de le lui céder : en partie parce que coucher avec sa sœur, ça se fait pas, merde, on n'est pas dans Game of Thrones. Ni Uther ni Mordred n'étaient aptes à revendiquer le trône de Bretagne. C'est pour ça qu'Uther meurt tué par des brigands et que Mordred et Arthur s'entretuent (dois-je rappeler l'importance du duel pour le Rex Nemorensis ?). Après cela Perceval est chargé par Arthur mourant de lancer Excalibur dans de l'eau calme. Le lien du Roi avec le monde doit être restitué à la Nature, donc il faut rendre Excalibur à la Dame du Lac avant que le Roi ne meure. De la même manière que tuer le Rex Nemorensis permettait de maîtriser sa mort et donc d'assurer la pérennité de la Nature, rendre Excalibur avant qu'Arthur n'expire, au moment où Mordred est déjà mort (et donc que le concurrent néfaste au roi est éliminé) permet de tricher avec ce lien : puisqu'on "arrête la partie" avec Arthur vivant, on est quitte, et ça met le monde en pause. Toutefois, le roi l'affirme encore dans son agonie : l'épée ressortira. Mais nul n'est digne d'être un roi sacré à ce moment-là, il faut donc bien la rendre, jusqu'à ce qu'un candidat sérieux ne se présente. Alors qu'il revient, Perceval voit qu'Arthur est emporté par une barque hallucinante, comme un de ces grands guerriers des légendes nordiques : le Roi ne meurt pas vraiment. Il ne reste pas de corps. Regardez donc la fin d'Excalibur, pleins que vous êtes de cette sagesse nouvelle :

 

Apocalypse Now : Le rameau d'or est dedans !

 

Là, je triche un peu parce que le bouquin de Frazer apparait quasiment dans le film, un peu avant la fin… Et juste avant la mort du Roi Sacré ! Voilà le screenshot, bande d'incrédules :

Vous voyez, là ? The Golden Bough ! Le Rameau d'Or ! Voilà, maintenant vous pouvez frimer avec votre culture. Ou plutôt la mienne, mais quand vous bringuerez, personne verra.

 Puisque le réalisateur a de longue date admis s'être inspiré de cette structure et qu'en plus le bouquin apparait dans le film, excusez-moi, mais je ne pense pas avoir besoin de développer de nombreux arguments : Kurtz est un roi sacré. Il se fait tuer parce que le roi sacré meurt pour que la nature renaisse. D'autre part, puisque le travail de T.S. Eliot (cité dans le film) m'est inconnu, tout comme l'œuvre originale de Conrad et que l'autre livre ici montré sur la photo (From ritual to romance) m'est tout aussi étranger, je ne dirais rien de plus. Bon, vous me direz, j'arrive à blablater pendant des heures sur des films pour enfants alors pourquoi je pourrais pas tirer un peu plus de sens d'Apocalypse Now (Coppola, 1979)? Ben j'ai honte mais je l'ai toujours pas vu en entier. Allez-y, lapidez-moi. Voilà : c'est le point le plus intéressant de mon article et un des seuls trucs que je retiens de mes deux ans d'études en histoire des religions. Un moyen de frimer quand vous parlez d'Apocalypse Now. (D'un autre côté, je crois que si j'en cause, c'est juste pour irriter Giovanni par mon dilettantisme afin qu'il  fasse un article dessus, si tant est qu'il en ait le temps entre son apprentissage de l'anglais, son visionnage de Batman:the dark knight rises et sa conquête effrénée de toute la gent féminine qui peuple la perfide Albion, au milieu des diverse graisses peu chères et délicieuses dont recèle la capitale anglaise. Coucou Gio.)

Madagascar II, L'Age de Glace II et Pirates des Caraïbes II : la tribu sauvage qui vous fait roi.

Ces films ont en commun d'être le deuxième opus de plusieurs sagas mais également d'abriter en leur sein un cliché qu'on peut rapprocher de la fonction des Rois Sacrés : une tribu sauvage sortie de nulle part vous accepte parmi elle, vous comble d'honneur et vous fait leur roi. Mais un roi temporaire, qui va se faire sacrifier par la tribu. Que ce soit dans l'Age de Glace II, où une tribu de mini-paresseux confère le titre de "Roi du Feu" à Sid et se propose ensuite de le sacrifier en le jetant dans un volcan pour lutter contre les changements climatiques. Dans Madagascar II, c'est Melmann, la girafe qui, après avoir acquis le statut particulier de médecin de la tribu, apprend qu'ils sont tous morts d'une maladie inéluctable et se résigne à se mettre dans une tombe et à attendre la mort. Dans Pirates des Caraïbes, Jack est élu roi de la tribu et peinturluré de façon rituelle, avant qu'on apprenne qu'ils sont cannibales et qu'ils vont le manger(même si les crânes partout ça aurait dû mettre la puce à l'oreille). Le schéma est classique même si périmé : le personnage placé sur le trône devra disposer du sort de ses amis mais il ne se rend pas compte qu'il est lui-même en danger de par la vanité qui l'habite.

"Melman devient docteur plutôt que d'être hypocondriaque comme dans le premier film. C'est drôle, hein, c'est drôle ?" Sérieusement, va mourir Dreamworks.

 Aucune de ces tentatives n'a la volonté forte qu'ont le Roi Lion et Excalibur, à savoir montrer ça comme une réalité. La forte spiritualité qui imprégnait le Roi Lion (rôle initiatique de Rafiki, cycle de la vie, spectre de Mufasa qui apparait à Simba) et la puissante magie qui guide Arthur (le Dragon, Excalibur, la Dame du Lac, le Graal) contribuaient à montrer ces royautés comme des nécéssités d'ordre cosmique et sacrées. L'ordre du monde a besoin de ces rois, on vous montre un monde dans lequel c'est nécéssaire et vrai. Côté Age de Glace, Madagascar et Pirates des Caraïbes, on vous montre ça pour la déconne, pour rigoler, ce n'est qu'une parenthèse dans un film bien plus vaste, une anecdote ; alors que dans les deux précédents films ça fondait la structure même de l'histoire. Ceci explique sans doute pourquoi la moitié persiste : l'étranger est érigé en seigneur et choyé pour un temps limité avant d'être sacrifié, voire mangé (Pirates des Caraïbes); alors que l'autre moitié disparait : le combat rituel, le rameau, l'analogie entre le roi et la nature. Et bien sûr la tribu se retourne contre son roi. Ou bien peut-être que c'est parce que c'est des films un peu cons qui n'ont pas vraiment vocation à produire du sens comme le font le Roi Lion ou Excalibur. Au choix.
Par contre, dans Pirates des Caraïbes, on peut remarquer que le capitaine du Hollandais Volant est lié à l'état de son navire. Lorsqu'il est corrompu, comme Davy Jones et n'accomplit pas son devoir, tout le monde se change en monstres mutants à moitié poulpes ou ornithorynques, et le pont se couvre d'algues et de coquillages ; mais dès que c'est Will qui prend le relais, là tout va bien.

Reine liée à la nature : Blanche Neige et le Chasseur(2012)

Blanche-Neige, le Chasseur, la Reine, les Aliens et les Cowboys, j'en sais rien, c'est du délire. Je n'en parle que parce que c'est l'exemple le plus récent qui me soit tombé dans le bec.


  Ce film a l'air nul. Et je l'ai pas vu On a néanmoins porté à mon attention que dans le très récent Blanche-Neige et le chasseur, que je n'ai toutefois pas vu, on parlait du fait que Blanche.Neige devait régner à la place de la méchante reine, qui, en occupant le trône avait rendu la nature hostile et néfaste, au point qu'elle se corrompe. Si  l'on se réfère au Spoiler de l'Odieux Connard:
Hélas, le règne de la donzelle [i.e. de la méchante reine] est “si maléfique que la nature se retourne contre elle-même” nous dit la voix-off, ce qui est un peu con de sa part, puisque du coup, elle devrait s’en prendre à la Reine et pas à elle-même, mais passons : les récoltes pourrissent sur pied, les fleurs fanent, la terre devient boue, bref, il faudra m’expliquer ce que l’on mange au château puisque plus rien ne vit à des centaines de lieues à la ronde. Ou alors, on se fait des galettes de boue, ce qui doit rendre les banquets particulièrement joyeux et faire la fortune des vendeurs de dentifrice. […]
De nouveau, comme pour Oedipe, le Roi Lion ou Excalibur, la Nature souffre si le roi (ici la reine) est mauvais, vous le reconnaîtrez. On m'accusera de chercher trop loin, après tout ce n'est qu'une version badass film d'action du conte des frères Grimm : quel lien avec le Rameau d'Or ? Je pense qu'il n'y a pas ici de lien direct. A mon avis les scénaristes n'ont simplement pas lu l'opus de Frazer, ils ont juste mis ça parce que "ça faisait conte de Fée", vous voyez. C'est un thème récurrent que ce qui frappe la princesse/le roi/la reine frappe également le monde.
"Coucou, tu ne m'as jamais vu, mais je voulais savoir si tu me ferais l'honneur de… Ah non, c'est vrai tu dors. Bon, ben c'est pas un viol si tu peux pas dire non."
Ainsi dans la Belle au Bois Dormant. (titre original. Sleeping Beauty étant une traduction imparfaite de la part d'anglo-saxons maladroits. Hé ouais, ils ont gagné la Guerre de Cent Ans mais ressentent encore le besoin de venir saccager nos contes et d'adapter les Trois Mousquetaires au cinéma.)Notez que dès le titre, la Belle est associée au Bois, donc à la nature. Dès qu'elle s'endort,  après s'être piquée au fuseau, tous les gardes s'endorment également et le lierre envahit le château, plante rampante,, donc qui colle toujours au sol ou au mur et ne s'élève jamais. Ce n'est donc pas le symbole de la vivacité de la nature mais bien de son endormissement. Dans les contes populaires ou anciens, on trouve également un grand nombre d'analogies avec Robin des Bois, qu'un sympathique quidam résumait dans cet article : habillé en vert, il combat un ennemi associé à l'hiver (Guy of Guisborne) ; il vit dans la forêt, dans les arbres et DE SURCROIT il se dédie à la vénération de la Vierge Marie. Or, rappelons-nous que Frazer lui-même insistait sur les similitudes entre le Vierge Marie et la déesse Diane : pour commencer elles étaient vierges. Ensuite, les chrétiens reprirent de nombreuses fêtes dédiées à Diane en les "traduisant" au nom de la Vierge : ainsi la fête de l'Assomption (15 Aout) reprenait nombre de pratiques à la fête de Diane (13 Aout), la proximité des dates n'est pas une coïncidence. Ahlala ces chrétiens, pas fichus de s'inventer leurs propres fêtes. Par ailleurs, quel autre titre collerait mieux à Robin des Bois que celui de Roi du Bois ? D'un autre côté les scénaristes de Blanche-Neige et le Gros-bourrin ont repris deux-trois éléments de littérature médiévale, donc on peut supposer qu'ils ont un peu potassé leurs leçons de base de Contes, Légendes et autres : ainsi dans le film, la reine souhaite la naissance de Blanche-Neige lorsqu'elle voit trois gouttes de sang sur la neige. Elle réclame alors à Mère Nature (ou au Destin je sais pas) pour Noël une fille à la peau blanche comme la neige, au lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le corbeau , et la compil' post-mortem de Michael Jackson, s'il te plait, Mère Nature. Le thème des trois gouttes de sang sur la neige, je sais pas vous, mais moi, je l'avais vu auparavant dans Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes :
[…] Tout y était couvert de givre et de neige. Avant qu’il n’arrivât aux tentes, voici venir un vol d’oies sauvages que la neige avait éblouies. Il les a vues et entendues, car elles fuyaient devant un faucon qui les poursuivait à toute vitesse. Finalement le rapace en trouva une à la traîne qui s’était séparée des autres et la frappa si violemment qu’il la précipita à terre. Mais il n’avait pas été assez rapide. Il la laissa donc sans chercher à la saisir et à s’en emparer. Cependant Perceval pique des deux dans la direction où il a aperçu le vol des oiseaux. L’oie avait été atteinte au cou et elle perdit trois gouttes de sang qui se répandirent sur la neige blanche, telle une couleur naturelle. Elle n’avait pas été blessée au point de rester à terre et de laisser à Perceval le temps d’arriver jusqu’à elle. Elle avait donc repris son vol et Perceval ne vit que la neige foulée, là où l’oie s’était abattue, et le sang qui apparaissait encore. Il prit appui sur sa lance et contempla la ressemblance qu’il y découvrait : le sang uni à la neige lui rappelle le teint frais du visage de son amie, et, tout à cette pensée, il s’en oublie lui-même. Sur son visage, pense-t-il, le rouge se détache sur le blanc exactement comme le font les gouttes de sang sur le blanc de la neige. Plongé dans sa contemplation, il croit vraiment voir, tant il y prend plaisir, les fraîches couleurs du visage de son amie qui est si belle. Perceval passa tout le petit matin à rêver sur ces gouttes de sang, jusqu’au moment où sortirent des tentes des écuyers qui, en le voyant ainsi perdu dans sa rêverie, crurent qu’il sommeillait. [traduction de Jacques Ribard : lien]
Si ils se mettent à piocher dans Perceval en quête de petite mystique médiévale (même si le thème du sang sur la neige n'est pas l'apanage de Chrétien de Troyes) on peut s'imaginer que leur volonté de "faire conte de fées" transparaît ici malgré la bourrinade générale sous lequel elle se perd, en mettant Blanche-Neige dans une armure avec une épée et qui tue des méchants en mode guerrière.

Oui, c'est Blanche-Neige. Oui, comme le dit l'Odieux Connard, cette image résume bien la fidélité du film à l'oeuvre originale. D'accord Blanche-Neige chez Disney c'était une grosse cruche qui faisait le ménage et la pâtisserie et attendait qu'on vienne lui violer les lèvres. Le changement avait-il besoin d'être si radical ?
   

 Certes, je  dois abonder dans le sens de l'Odieux Connard. Si ce qu'il dit sur ce film est vrai, alors c'en est un mauvais, et cette structure méta-mythique ne sauve pas le film. C'est sans doute un outil précieux pour façonner des histoires, comme tous les clichés. Comme le dit Pratchett, c'est parce que "les clichés sont le marteau et le tournevis de la boîte à outils de l'esprit". C'est efficace. De même que les thèmes de "la prophétie" et de "l'Elu", même s'ils deviennent profondément chiants dès lors qu'on multiplie leur usage à outrance.

dimanche 24 juin 2012

Les symboles universels (+Jeu du Phénix)

Il n'y en a pas.
Par définition un symbole, c'est un putain de truc qui signifie un autre putain de truc, par convention. Parfois c'est fondé. Parfois ça a même un sens parfaitement logique ; le petit bonhomme sur la porte des toilettes a deux bras, deux jambes et une tête vaguement ronde comme vous. Néanmoins tant que personne ne se décide à faire le lien entre le symbole et le symbolisé (ou le signe et le signifié), il n'y a pas de liens entre les deux.
En sciences humaines, le pouvoir de créer des symboles est toujours étudié avec attention au vu de son  rôle important dans la pensée humaine (Clifford Geertz va jusqu'à définir la culture - et la religion - comme "un système de symboles"). C'est la capacité à symboliser qui nous permet de remplacer un concept par une suite de sons (la parole) puis par une suite de petit dessins, à savoir l'écriture.
Simplement cela se fait par consensus, en se mettant d'accord et par le geste préhistorique de pointer des objets du doigt en grognant. A partir de maintenant le "gros-truc-jaune-dans-le-ciel" s'appellera le "grouangagha" et ceux qui usent de vocables divergents seront ramené à la raison à coup de massue dans le cul. Il n'y a aucune raison FONDAMENTALE pour que le son "A" soit exprimé par ces trois traits que sont la lettre "A". C'est bien simple, si le processus de symbolisation était universel, tout le monde aurait le même alphabet.

Des symboles. Pouvez-vous deviner automatiquement ce qu'ils représentent ? NON ! PARCE QUE C'EST ARBITRAIRE, PUTAIN !
Les symboles varient donc. Pourtant y'a toujours des connards pour te dire que telle plante, tel animal, ou tel dessin c'est le SYMBOLE UNIVERSEL DE TRUCBIDULE comme si c'était universel et omniprésent et que toute personne en voyant une rose s'exclamerait que ça signifie l'amour, que l'âne que lui évoquerait la stupidité et qu'elle ne pourrait qu'être traversée de répulsion en voyant une croix gammée. Et tout ça alors que la Rose a également symbolisé des choses aussi ridicules ou grandioses que les Tudors ou le Parti Socialiste ; que l'âne serait plutôt ailleurs un symbole d'obstination  et de zèle et que la svastika fut à l'origine un symbole très positif dans les peuples indo-européens, avant d'être récupérée par Hitler et qu'il en change précisément le sens. Malgré le poids des symboles et l'inertie adjacente à celui-ci, les symboles changent et divergent. Si les symboles changent, ça veut dire qu'il n'y avait pas de nécessité, que rien ne l'obligeait à signifier ceci ou cela et que l'action humaine peut faire signifier n'importe quoi à n'importe quoi. Donc pas de symboles universels.
Attention, là tout à coup des gens me tombent dessus, me traitent d'idiot, d'homme théorique et vont prétendre ensuite que je dis que les symboles ça n'existe pas, et vont penser réfuter mon propos en me montrant deux peuples distants qui auraient des symboles semblables. Mais vous n'aurez pas compris. Ce que je dis idiot c'est l'approche "dictionnaire des symboles" qui vous explique que de toute éternité et sur toute la planète telle plante a telle signification. Parfois c'est nuancé d'un chouïa d'approche historique, mais si peu…
Il en existe bien quelques "universels". Typiquement : la lumière c'est bien, les ténèbres c'est mal. C'est principalement dû au fait qu'empiriquement on a du mal à se démerder dans l'obscurité et qu'on a plus tendance à s'y faire bouffer. Par conséquent "ténèbres = mal". Ainsi comme le diraient Jung ou Kerenyi, il y a des universels purement biologiques et corporels que partagent tous les hommes. Tous les hommes doivent se nourrir, déféquer, produire leur nourriture, se brûlent quand ils approchent trop d'un feu, préfèrent la lumière parce qu'on voit mieux, fuient les morts, etc. Et par conséquent il va y avoir des réactions universelles quant à ces points communs corporels. Et donc, il y aurait bien des mécanismes de l'esprit qu'on retrouverait dans toute l'humanité.
De même l'approche évolutionniste tendrait à nous amener à des conclusions semblables. Exemple : la peur des morts. De façon très répandue, on trouve à travers le monde une sorte de répulsion envers les cadavres. Ils seraient "impurs", on aurait peur qu'ils nous contaminent. Rationnellement on pourrait dire qu'ils risquent pas vraiment de nous faire du mal – la plupart du temps – puisqu'ils sont morts. Quel est alors l'utilité de cette peur ? Eh bien, en se décomposant, les cadavres deviennent de véritables nids à bactéries, ce qui n'est pas super sain. De même il se peut que le défunt ait simplement succombé à une maladie. Par conséquent si une tribu passe son temps à dormir dans un monceau de cadavres alors qu'une autre les met à l'écart ou les enterre, cette dernière vivra globalement plus longtemps et aura donc plus de chances d'exister plus tard. L'approche évolutionniste dira donc que peut-être ces pratiques n'ont pas de sens ou de fondements mais permettent de survivre mieux et donc que seuls ceux qui les observaient sont parvenus à nos jours.
Par contre, l'inconscient collectif, selon lequel il y aurait des universels parfaitement arbitraires dû à notre inconscient partagé mais qui ne resurgiraient QUE pour expliquer des théories foireuses : c'est idiot comme concept.


Certains seraient tentés de généraliser. Si la lumière c'est universellement bien, alors ne pourrait-on pas dire que le soleil c'est universellement bien, puisqu'il produit la lumière ? Et de même en partant de ces universels très simples et en les combinant ne parviendra-t-on pas à obtenir une base plus large de symboles universels à propos de la lune, des étoiles, puis de chaque plante, chaque espèce et chaque couleur ?
Cependant Lévi-Strauss vient contredire ces freluquets audacieux qui auraient voulu étendre le raisonnement outre mesure :
Si les populations de l'Amérique du Nord peuvent considérer le soleil, selon les cas, comme un "père" et un bienfaiteur, ou comme un monstre cannibale avide de chair et de sang humains, à quelle diversité d'interprétations ne faut-il pas s'attendre, quand il s'agit d'êtres aussi particuliers qu'une sous-variété de plante ou d'oiseaux ? (La Pensée Sauvage, Plon, 1962, chap. 2,  p.87)

Voilà le problème de bien des anthropologues : certes on peut trouver des connexions entre divers systèmes de symboles (c'est même le point de départ du structuralisme, de chercher l'identité des structures) mais il faut qu'on explique pourquoi il y a cette connexion, sinon cela ne pourrait être que le fruit du hasard et n'avoir aucune importance pour notre propos. Il faut montrer que les populations qu'on analyse ont fait le même raisonnement, ou alors qu'elles sont entrées en contact et ont pu échanger des pratiques ou des symboles. Mais si, même pour le soleil - donc quelque chose que TOUT LE MONDE observe TOUS LES JOURS – et même dans une zone restreinte, l'Amérique du Nord, on trouve des significations divergentes, alors il n'y a pas de symboles universels. Point.
Pourtant il y a des connards qui continuent à le prétendre.
Soupir profond.

ET IL CRIE "THE DEMON'S CODE PREVENT ME / FROM DECLINING A TIMELORD'S CHALLENGE, WHAT ARE YOUR TEMRS ? WHAT'S THE CA-A-AAATCH ?" (référence : Tenacious D – The Pick of Destiny, Beelzeboss)



Un exemple, trouvé récemment dans Doctor Who, dans le double épisode The Impossible Planet/The Satan Pit. (02x08-09 de la nouvelle série)
Résumons l'histoire : le Docteur et Rose débarquent sur une station spatiale bizarre sur une  planète bizarre, mais c'est impossible ! Elle orbite autour d'un trou noir ! (Bon, dans les faits, c'est pas impossible, des tas d'étoiles orbitent autour de trous noirs présumés e.g. S2) C'est impossible. Les scientifiques de la base possèdent une race d'esclaves, les Oods, qui font tout ce qu'on leur dit, ils ont été créés pour ça. Bon, plein de choses se passent, le trou noir déclenchant des tremblements de terre. Un glissement de terrain emporte le TARDIS (le vaisseau spatio-temporel du Docteur) dans les profondeurs de la terre. D'ailleurs pourquoi vous êtes sur cette planète ? Ah oui, c'est vrai c'est impossible, donc comment vous êtes arrivés là ? On lui dit qu'il y a une espèce de cône bizarre anti-gravité, un tunnel acheminant à la planète et qui la maintient en orbite. Le Docteur statue que ça prendrait une énergie de 6 puissance 6 toutes les 6 secondes pour maintenir un champ de gravité pareil ! (666, très subtil) Et donc toute cette énergie d'où vient-elle ? Du cœur de la planète ? Peut-être qu'on pourrait se servir de cette énergie pour alimenter l'Empire ! Oui, c'est clair une planète au bord d'un trou noir qui tient miraculeusement - hypothèse - grâce à l'énergie qui est sous sa surface, ça me parait une super bonne idée de prendre cette énergie, tiens. Et ça va être pratique de l'acheminer à l'Empire. Enfin, bref, c'est pour ça qu'ils restent à forer sur cette planète. Comme d'hab', on aurait pas pu envoyer des robots ou même une race d'aliens esclaves COMME LES OODS, PAR EXEMPLE, NON, BANDE DE BRANQUIGNOLES ? Non, il fallait des hommes, histoire qu'on soit ému quand ils clamsent.
Donc, en gros, les Oods commencent à proférer des citations sataniques et à agir bizarrement.
On me dit "mais non c'est pas Satan c'est qu'un possibilité évoquée, on laisse planer le mystère" Euh ouais, l'épisode 2 s'appelle The Satan Pit, il se dénomme lui-même Satan et le Docteur le nomme ainsi également. En outre les Oods qui crient en choeur "Some may call him Abaddon. Some may call him Kroptor. Some may call him Satan...", ou qui annonce "The Beast and his Armies shall rise from the Pit to make war against God.", ouais, pas trop chrétien.
Un archéologue qui étudiait des fragments d'écritures trouvées sur la planète se retrouve couvert des symboles présents sur les tablettes, il a les yeux rouges et il est possédé par Satan, il commence à tuer des gens.
"Bouh, bouh, je suis possédé par satan, bouh, c'est très discret"

Bref, un puits sous Terre s'ouvre, où Satan est censé être contenu pendant que Toby, possédé et rageux de ne pas avoir de scènes à la Indiana Jones (ce pourquoi il est devenu archéologue, merde) finit par se calmer à moitié, un type menace de l'abattre mais c'est pour la blague. Ils décident de tuer les Oods méchants en balançant une vague télépathique qui les tuera tous, mais pour ça, ils doivent passer dans des tuyaux de canalisation et y laisser mourir un personnage secondaire de plus, scène au cours de laquelle on voit d'ailleurs que Toby est toujours méchant.
Le Docteur, descendu au fond de la planète, après que l’ascenseur se soit cassé, saute dans le puits, puisque sa corde n'est pas assez longue. Arrivé en bas, il se retrouve face à un démon géant et enchaîné, type Tenacious D, rouge et cornu.
Le Docteur comprend qu'il était attendu, puisqu'un coussin et de l'air l'attendaient en bas, pour amortir sa chute. Ce sont les geôliers qui lui ont préparé ce terrain. Le Diable se contente de lui grogner dessus, alors le Docteur se rend compte qu'il ne peut pas parler, puisqu'il ne s'agit que de son corps. Il n'entend plus la voix que tout le monde entendait avant, donc son esprit s'est échappé. En entendant la fusée quitter la surface, notre timelord comprend qu'il a pris possession de Toby. Simplement, s'il détruit le champ gravitationnel, la planète tombe dans le trou noir, et la fusée avec. Et Rose meurt. Donc le Docteur hésite, mais finalement, puisqu'il croit en Rose, il pète les pots, et la planète tombe dans le trou noir. Le Docteur trouve le TARDIS derrière lui, ce qui lui permet de s'échapper de la planète. Rose voit Toby les yeux rouges qui vocifère "I AM THE BEAST" ce qui n'est pas très discret, niveau s'échapper tranquillement. Elle détache la ceinture du polisson agité et tire un boulon dans le vitre, ce qui l'aspire à l'extérieur de la fusée, puis vers le trou noir. Le TARDIS tracte le vaisseau à l'extérieur et tout le monde est sauvé.
Bon, on revient sans cesse sur le fait que le Diable ne serait qu'une idée, et qu'on ne pourrait pas tuer une idée. Cependant j'ai une question : si le Diable a pu posséder les Oods et Toby juste avec deux trois fragments de poterie maléfiques, à quoi servait cette prison, vu que son esprit peut s'échapper ?
Et puis, là, on arrive à l'inconscient collectif. Notre gallifréen préféré demande au Diable "quel Diable êtes-vous ? Parce que vous savez, il y a beaucoup de religions depuis que vous êtes partis – Je suis tous ces diables." En outre il dit plus loin qu'il a été combattu "avant le temps" et notre timelord conclut qu'il serait "the thought at the back of every sentient mind", genre qu'il aurait marqué l'univers tellement fort que chaque esprit en garderait la trace. "Il y a des représentations de dieux cornus maléfiques partout dans l'univers", nous dit le Docteur. "Peut-être que c'est de là que vient l'idée."

…Euh, déjà sur terre y'en a pas beaucoup.
Certes, il y a des êtres maléfiques dans de nombreuses mythologies, me dira-t-on. Moui, mais des cornus rouges entièrement voués au mal et qui cherchent à y faire plonger l'humanité ? La plupart des méchants des différentes mythologies que j'ai pu aborder ne cherchent absolument pas à être  vénérés par l'humanité (tout de même caractéristique du diable, j'imagine. On voit dans ce double-épisode plusieurs références au fait que les Ood le vénèrent), voire s'en foutent complètement de l'humanité. Le Typhon grec, les titans, les géants sont-ils des diables ? Que font-ils de mal à part s'en prendre aux dieux ? Typhon coupe les tendons de Zeus, mais jamais il n'entre en contact avec l'humanité, de même les titans ne sauraient être si maléfiques, puisque les dieux en descendent. Les Asura hindoux sont certes maléfiques et il arrive qu'ils passent leur temps à perturber les sacrifices, kidnapper des donzelles, etc. Mais jamais ils ne cherchent à détourner le culte des dieux, ni à ce qu'on leur sacrifie (à ma connaissance) alors que la caractéristique essentielle du diable c'est qu'il cherche à détourner l'humanité de dieu.
D'ailleurs dans l'épopée du nain Vamana (un des avatars de Vishnu) celui-ci se présente devant les Asuras alors qu'ils sont en train de prendre le contrôle du monde et les interrompt… Quand ils sont en train de faire un sacrifice ! A qui sacrifient-ils, vu qu'ils combattent les dieux ? (au-delà du fait que le sacrifice védique a une efficacité intrinsèque, sans égards aux dieux, mais passons) Et s'ils sont si maléfiques, pourquoi les voit on effectuer un sacrifice, acte pieux, et l'apanage des brahmanes ? En outre, Vamana requiert un cadeau des Asuras, puisqu'il est brahmane, ils y consentent.* Donc les méchants respectent les brahmanes aussi ? Bref, les asuras sont plus les antagonistes des dieux que des personnages réellement maléfiques. Certains reçoivent même des dons de Brahma pour leur ascèse et leur bonté (l'immortalité ou des trucs du genre). En outre n'avoir qu'un seul être maléfique est très très rare. Les plus courant, c'est des dieux farceurs/chaotiques, type Loki. Ou alors des monstres énormes et inhumains, mais le plus souvent vaincus avant le commencement des temps (et bien souvent leur corps sert à construire le monde, une fois démembré)..
En outre, il cite plusieurs termes, émanant de plusieurs planètes, mais le seul terme terrestre c'est "satan". Pas le Typhon grec, aucun nom de Rakshasa hindou... La religion zoulou, j'en parle même pas ! C'est Satan ! Bim, chrétien.
Et les incohérences du type : "je me suis fait enchaîner ici avant le commencement des temps par des mecs hyper balèzes, par contre y'a des peintures de petits bonhommes sur les murs" je les pardonne souvent, mais là, bof, y'avait plus rien à sauver.
Un des Oods en transe, récite : "Some may call him Abaddon. Some may call him Kroptor. Some may call him Satan..."
Et surtout, dans la cafétéria : "The Beast and his Armies shall rise from the Pit to make war against God." OKAY LES MECS
Et les récurrences du chiffre 666, COME ON ! C'est de la théologie, point barre.
Disons Doctor Who trouve parfois des excuses à ses penchants universalistes : tout l'univers parle anglais parce que le Tardis traduit. Tout l'univers abrite des forme de vie humanoides parce que les Timelords ont imprimé leur forme sur le temps même. Mais là, si Satan est vraiment "la pensée primitive à la base de toute forme de pensée" dans tout l'univers, ça rejoint les théories de Jung sur l'inconscient collectif, ou le "cerveau reptilien", et ça m'énerve. Si il est vraiment à la BASE de tout esprit, c'est difficile d'imaginer que des gens puissent y échapper et faire des mythes sans y penser.
Autrement dit : si Satan est présent dans tous les esprits, POURQUOI seuls les juifs, chrétiens, et musulmans, l'auraient mis dans leurs mythes et pas les autres ? Deux réponses. Soit 
  1. Doctor Who refuse la catégorie de "religion" au shintoisme**, à l'hindouisme, à la religion égyptienne antique, à la religion grecque, aux religions nordiques, etc. pour ne l'accorder qu'aux "trois grands monothéismes". C'est dramatique, puisque réducteur et profondément ethnocentrique.
  2. Cette théorie ne fonctionne pas, puisqu'elle se passe sur notre Terre, on ne peut pas en négliger les conditions fondamentales.
"Tout le monde croit en Satan" c'est gros  comme la pluie ; principalement quand il est lié à une guerre contre les "fils de la lumière", qu'on parle de "guerre contre dieu", et tout et tout. On parle de choses UNIVERSELLES mais au fond, on reste monstrueusement chrétiens ! Et ça c'est terrible, que même en décrivant le fin fond des étoiles on reste chrétiens, ça montre un manque d'imagination, je trouveBref, ça veut dire quoi, que ce démon a inspiré des légendes à travers tout l'univers mais que seule la religion chrétienne a "capté" ses ondes maléfiques et en a fait des mythes ? Qu'il y a toujours une vérité derrière le mythe ? Que seuls les chrétiens ont raison ?
Parce que, oui, fournir de la réalité à un mythe c'est admettre que ses producteurs ont raison et que les autres ont torts. 
Et ce n'est pas le rôle d'une série de science-fiction de pontifier de la théologie, à mon sens. Du moins, ce n'est pas pour cela que je regarde Doctor Who.

Mais côté "symboles universels", on trouve aussi…

Le Jeu du Phénix

Voilà des symboles universels, d'après ce qu'on raconte, mais nous y reviendrons.

Qu'est-ce que le jeu du Phénix ? C'est un jeu de tarot à la con avec un milliard de nouvelles règles et de nouvelles clés d'interprétation pour tirer les cartes. Mais attention, ce n'est pas de la divination à la con pour prédire l'avenir, nononon monsieur, c'est un tarot philosophique. Philosophique. Ah. Tirer des images mélangées au pif dans un ordre complètement fortuit c'est de la philosophie ? Putain, je sors ma DeLorean faudrait que j'avertisse Socrate qu'il peut arrêter de blablater parce que 2400 après sa mort un connard de glandu se prétendra philosophe parce qu'il a fait mettre des images sur des cartes et vous explique comment les tirer.
En fait, peut-être que quelqu'un lui a dit. Ca expliquerait pourquoi il a bu la Cigüe du coup.
Il y a 26 cartes illustrées, et nommées "flammes" pour faire cool. Le paquet de cartes s'appelle "le feu" aussi. Voilà. Ces mecs inventent des noms, mais pour des choses qui en ont déjà, juste pour faire cool. Et la plupart du temps ils ne se servent pas de ce nom, parce que sinon on aurait l'air bien con, parce qu'on comprend plus rien. "Alors je tire les flammes du feu, hihihi", dit la trentenaire hystérique et vide,  ta gueule, répond-on. Quand on invente des mots ou des surnoms, c'est pour des choses particulières, qui n'ont pas déjà de termes permettant de les exprimer, point barre. Un peu d'économie du vocabulaire, s'il vous plaît.
"Putain, non, Socrate, fais pas ça !
– Les mecs,  j'ai eu une vision du Jeu du Phénix et j'entends Cespedes qui me cause dans la tête, j'en peux plus, désolé
."

Enfin bref, 24 de ces "flammes" ont un sens différent selon qu'on les tire à l'endroit et à l'envers, mais c'est pas du tout pour copier les règles du tarot, nonon. Elles ont deux sens, opposés. Donc (24x2)+2 = 48+2 = 50 flammes.
Leur signification varie également selon dans quelle "case" vous l'avez tirée, parce que vous devez poser vos cartes dans une grille de 3x3, donc neuf "dimensions" telles qu'ils les appellent.
Ensuite, une fois que vous avez votre jeu de cartes, il vous faut faire une "plongée", donc tirer 26 cartes. On aurait pu dire un "tirage" comme pour n'importe quel jeu de cartes, mais non, malheureux ! Si on utilise des mots sensés, on va se rendre compte qu'on est comme n'importe quel jeu de cartes, alors qu'on est FILOSOFIK ! Bon, je suis tout excité comment je fais, je prends 26 cartes ? Oui, jeune freluquet, mais une seconde. Ce n'était pas assez mystérieux et stupide, euh pardon, je voulais dire "inspirant" alors il fut décidé qu'on tirerait les cartes en comptant n'importe comment. Ca change quelque chose ? Non, il s'agit toujours de 26 cartes, mais vous devez compter en montant et descendant de la manière suivante :

6 5 4 3 2 1 2 3 4 5 4 3 2 1 2 3 4 3 2 1 2 3 2 1 2 1

…Ce qui fait toujours 26 cartes. Alors pourquoi s'emmerder ? Ah ben parce que la "plongée" c'est un travail de concentration. Nom de dieu, vous êtes sûrs que ces mecs n'ont pas confondu philosophie et cultes à mystères ? Je vous rappelle que Socrate n'y était pas initié, précisément parce qu'il essayait d'édifier une raison qui puisse rendre compte d'elle-même et pas submerger les gens de commandements stupides. En quoi c'est philosophique d'inviter les gens à se soumettre à des ordres idiots jamais justifiés et jamais expliqués ? C'est un truc de secte et d'ésotéristes, pas de philosophes.
Ensuite les cartes sont séparées en ondes de choc (= pas bien) et ondes de charme (= bien). Les "ondes de charme" étant ce qui propage l'amour, la beauté et les cunnilingus, tandis que les "ondes de choc" , elles, transportent, la haine, Francis Lalane et la Syphillis. Le Phénix et le Voyage (les deux cartes non-numérotées et qui ne se retournent pas) sont spéciales puisque la première est à la fois charme et choc, quand la deuxième n'est ni l'un ni l'autre, allez savoir ce que ça veut dire. Donc logiquement, une carte "onde de choc" quand elle est retournée, devient "onde de charme". Genre l'Epée c'est la domination, le mal, le fouets et les tenues en cuir, mais si on la retourne, ça devient l'arbitrage, la justice, et blablabla.
Mais quel merdier. Et c'est que la première vidéo. Ensuite de ça, la signification des 50 flammes et détaillée sur la vidéo. Euh, c'est gentil mais j'ai pas le temps de lire et encore moins de retenir, ils sont cons ou quoi ? Ca vous aurait cassé le cul de juste mettre ça en texte à côté plutôt que dans une vidéo où ça n'a aucune utilité. Pendant ce temps, des cosmonautes et des trucs bizarres défilent derrière, mon dieu, stop.
Après ça on nous explique qu'il faut faire quatre parties, l'entretien, la lumière, la voie et le prof… STOP VIDEO CA NE SERT A RIEN, JE NE T'ECOUTE PLUS, VIDEO. DÉSOLÉ.

Donc oui, Vincent Cespedes veut libérer l'esprit, libérer la philosophie, le langage, créer un monde d'amour et de joie, et pour ce faire, il commence par inventer des mots inutiles et inutilisés et par vous expliquer comment tirer vos cartes sur une grille, comment les mélanger, et comment les interpréter avec le livre, vendu pour la modique somme de 25€. Tudieu, je me sens beaucoup plus libre, maintenant que j'ai obéi à tes ordres qui n'avaient aucun sens, merci Vincent. 
Je ne vais pas me faire chier à analyser le méandre indiscutablement tortueux de connerie qui émane de ce jeu, il  a un site officiel, un livre de règles (vendu avec le jeu pour un prix soi-disant correct) et un putain de wiki si vous cherchez de la matière. Chaque règle est liée à d'autres règles qui sont liées à d'autres conditions qui sont toutes arbitraires. Résumons donc : un mec a décidé que si tu tires la carte du Pénis Farfelu à l'envers sur la case "patate" ça signifiait une déficience d'attention/un frigo/un dilemme irrésolu (rayez mentions inutiles), point barre, pas de discussion. Comme tout jeu de cartes divinatoires le postulat étant bien sûr que plutôt que de réfléchir à votre situation, de peser le pour et le contre des différentes alternatives, à discuter de vos relations avec les gens avec lesquels vous êtes en conflit et de chercher les causes de vos problèmes, eh bien il vaut mieux battre des cartes, étaler les zolies imazes devant soi et faire ce qu'elles vous disent. Par pitié, est-on tombé si bas que désormais on ne supporte plus de réfléchir à nos problèmes et qu'on se sent le besoin infantile de les endormir dans une sérénade d'images aléatoires, dans les mains desquelles on remet nos destins ?
Ca me fait penser à un des seuls hymne "laïcs" du Rg-Veda, Le joueur, où l'auteur s'adresse aux dieux et les supplie de le libérer de son addiction au jeu (une sorte de jeu de dés, mais avec des noix). Il y a là-dedans une expression magnifique. Il est dit que les "dés" dominent sans mains ceux qui ont des mains. Voilà tout ce qu'il y a à savoir. Le Jeu du Phénix ne vous propose rien de plus que de vous abandonner au hasard et à l'arbitraire de la matière, des cartes battues. De laisser vos mains dominées par ce qui n'a pas de mains.
Et c'est censé être philosophique, seigneur.
Je veux dire prenez ce clip promotionnel : on y voit des sumos, des tambours, des chinois qui font les cons avec les images des cartes en surimpression. Je vous en prie, admirez : TRO FILOSOFIK.



Pas un gramme d'explication. TRO FILOSOFIK
Il propose même de résoudre des problèmes philosophiques de cette façon. Réfléchir c'est has been. C'est d'ailleurs ce qu'il dit dans un entretien à Libération :
Prenons plutôt un sujet de philosophie classique proposé un jour de juin au baccalauréat. Monsieur l’interprète, mesdames les flammes, «Le langage est-il un obstacle à la connaissance d’autrui ?» Six cartes sont piochées tour à tour par le joueur. La carte qui représente «le tigre» sort en premier et Cespedes la dépose sur la dimension de la complicité. «Le tigre induit la prédation, la violence. Le langage est agressif, tient de l’instinct pulsionnel.» Puis «l’ancêtre fou» ou le «langage est le fait d’avoir un ascendant moral sur l’autre». Sortent maintenant du paquet «les vivants», ou le langage qui crée de la solidarité et de la communauté. Il résume : le langage sert d’abord à flinguer puis à créer un lien. Voilà qu’apparaît le phénix en quatre, l’idée de régénération de soi par rapport à soi. «Le langage permet une transformation constante», souligne Cespedes. «L’enfant» ensuite, qui souligne la dimension de l’émerveillement par rapport au monde, du «langage réinventé dans un mode ludique, du retour à une forme d’innocence». Enfin, «l’arbre», qui induit le déploiement pérenne. «Le langage, c’est communiquer et thésauriser l’expérience. Il permet de se sentir vivant dans une communication de l’être humain avec lui-même», conclut Vincent Cespedes, prêt à passer à la «voie», suite du tirage censée montrer le chemin optimal. (lien)
Donc ouais, il tire la carte du tigre et il dit que le langage est violent. La carte des vivants, le langage crée un lien avec les vivants. Je suppose que s'il tirait la carte de la Bite, il dirait que le langage sertà pécho des meufs, et la carte du didjeridoo, que le langage sert à chanter, voire la carte du Parapluie que le langage sert à s'abriter, c'est du génie. En quoi ça avance la problématique ? Non mais sérieusement, connard, ce ne sont pas des arguments, ce n'est pas fondé, ce n'est qu'un catalogue de liens stupides avec des images aléatoires.
Je sais pas trop ce qui s'est passé à Libération.

"Alors monsieur Cespedes, le langage est-il un obstacle ?
– Bon, ben regardez, je tire la carte des "vivants", voilà… Alors je répondrai non, parce que le langage crée un lien avec autrui et de la solidarité.
– Euh oui, mais c'était un peu la question.
– Ben j'y ai répondu, regardez, j'ai tiré "les Vivants", ça ne trompe pas.
– Euh oui, mais je vous pose une putain de question, c'est pour que vous développiez des putains d'arguments, pas que vous me répondiez "oui" ou "non" en pointant le doigt vers des images.
– Oh, ben oui, mais regardez comme elles sont jolies.
– Ah oui, c'est joli. Bon ben, je suppose que ça répond à la question, du coup."


Pas de conclusion, pas d'introduction, pas de réponse pertinente à la question. Trois phrases déliées. TRO FILOSOFIK. Sérieusement, comment ce mec a fait pour passer le bac, vu comment il est incapable de justifier sa connerie de tarot, ni même de construire un raisonnement propre avec ? Ah oui, pardon, le bac ça ne vaut rien. Surtout qu'il aurait pas le droit de faire mumuse avec ses petites cartounettes pendant les exams, à ce moment-là. Pire, comment il ose se prétendre philosophe ? 
Je suppose que s'il tombe sur ce texte il aura du mal à comprendre. C'est compliqué les phrases qui s'enchaînent et qui se suivent sans faire de reférence mystique complètement stupide. Tiens pour la peine Vincent, on va mettre une image, pour te reposer un peu le cerveau, on est gentils.

Tenacious D n'a rien à voir, mais bon, c'est sans doute parce que vous êtes obtus et fermé d'esprit. FAITES LES LIENS AVEC LE GRAND SCHÉMA DE L'UNIVERS, nom de bleu.


Attaquons-nous à leur "wiki", pour voir. Ca commence fort, mesdames et messieurs, ces charlatans ont de la culture, dîtes-donc (ou alors ils ont cherché "phénix" dans Google et collé les premiers trucs qui sortaient, je suis pas sûr) :
Tel un phénix ressuscité
Renais des ruines fécondes,
Toi seule est grande, ô Vérité,
Brûle, brûle, brûle vieux monde !
Maurice Rostand, Le Phénix

Pauvre Maurice Rostand, ici invoqué. Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.

Si la parenté unissant le Benu égyptien au Phoinix grec est scientifiquement établie depuis quelques années, Zhang Hongzhao fut sans doute le premier, en 1918, à établir un lien phonétique et symbolique entre le Phénix méditerranéen et le Fenghuang chinois. D’après un grand nombre de textes, ce Phénix œcuménique représente l’incarnation animale du Soleil et du renouvellement cyclique. Roi des oiseaux fabuleux, la beauté flamboyante, avec des inscriptions qui couvrent un plumage à dominante rouge, il habite dans les montagnes de contrées lointaines associées au Sud, et n’apparaît dans le monde humain qu’en de très rares occasions pour annoncer un événement de bon augure, nimbé de lumière et accompagné d’un cortège d’oiseaux. Son chant et sa danse surnaturels, sa nourriture à base de rosée caractérisent un raffinement extrême ; toute son attitude exhale des parfums de perfection.

Rendez-vous compte. Le mec parle de symboles "universels" et juste après il vous raconte le lien entre le Benu égyptien, le phénix grec et ensuite il admet que le seul autre endroit où on le trouve, il a été importé de la grèce. Ouah, tellement universel. Ce serait comme de prétendre que le coca-cola est une recette universelle de l'humanité sous-prétexte qu'on le retrouve un peu partout. C'est invraisemblable.  "Symboles universels" tatoué un peu partout, et il est forcé d'admettre que le symbole qui donne son nom au jeu, qui en est le centre et la carte la plus importante ne l'est pas du tout et que s'il s'est diffusé c'est par les voyageurs et les contacts entre les peuples, et non parce qu'il serait installé dans la conscience humaine comme un des programmes de démarrage windows par défaut.

La littérature méditerranéenne fait du Phénix un rêve d’éternité. Lorsqu’il sent venir sa mort, il se construit un bûcher d’aromates, l’incendie, s’y consume et renaît de ses cendres, instaurant un nouveau cycle de plusieurs siècles. Appelé « Milcham » dans la tradition juive, il refuse de goûter au fruit défendu que lui propose Ève, et reçoit l’immortalité en récompense. Dans la nouvelle religion chrétienne du Ier siècle, il devient logiquement le symbole même de la résurrection du Christ. On le retrouve, gigantesque, dans les récits de la Perse antique sous les traits du Simorgh, ou du Rukhdans les récits arabes(Les Mille et une Nuits). Il devient l’Oiseau de Feu du folklore slave (le Zhar-ptitsa russe), Garudadans les légendes hindouistes et bouddhistes, Karura au Japon, Khyungau Tibet, Khangariden Mongolie… D’après Imre, un paléontologiste mongol en ferait même remonter l’origine symbolique aux oviraptosaures, ces dinosaures à plumes qui ont permis aux dinosaures de devenir oiseaux, après le cataclysme qui provoqua leur extinction. « Une renaissance par une comète incandescente… Par le feu du Soleil, en somme. »

Donc… ta gueule, Cespedes. C'est juste des gens qui ont repris un mythe antérieur. Ce symbole n'a aucune légitimité. La diffusion de Star Wars ne fait pas de Yoda un symbole universel. Je passe sur l'abruti qui fait remonter leur origine aux dinosaures. Mais oui, champion, bonne idée, je suis sûr que nos ancêtres étaient là à l'époque de la mort des dinosaures pour s'en souvenir et écrire des légendes dessus. Je veux dire, à ce moment-là, nos ancêtres avaient à peu près la forme de petites musaraignes, alors bonne chance pour prétendre que la mémoire s'est propagée depuis cette époque.
Comment dîtes-vous ? L'inconscient collectif aurait permis la diffusion de ces images à travers le temps ? Très bien, mais dans ce cas POURQUOI est-ce que seuls les égyptiens et les grecs (qui l'ont peut-être piqué aux égyptiens) ont réussi à écrire des légendes dessus si cet inconscient collectif est si puissant et si efficace ?
Et AU NOM DU CIEL, expliquez moi cette phrase : "La littérature méditerranéenne fait du Phénix un rêve d’éternité." QU'EST-CE QUE CA VEUT DIRE ? "un rêve d'éternité" ? Apprends à écrire, bordel !

Le nom FOYN évoque donc le Phénix traversant différentes cultures, et le Jeu du Phénix a pour vocation de servir de socle symbolique à une « culture foyn ». Les personnes qui s’y adonnent se nomment d’ores et déjà les « foyn », et le suffixe « foyn(o)- » permet de construire les mots dérivés, tels « foynart » (création artistique utilisant le Jeu), « foynologie » (recherche sur le Jeu), « foynaddict », « foyndation »… La Flamme 13 est aussi appelée la « Flamme sans Nom ».

Ah oui, je vous ai pas dit, ils ont inventé une langue en plus, pas qu'ils soient prétentieux, hein, bientôt ils revendiqueront un pays. Et en plus, malgré le fait qu'ils ont inventé une PUTAIN DE LANGUE ils ne donnent pas de nom à la "flamme 13" comme c'est mignon. Je veux dire, si tu inventes une langue, tu pourrais pas te démerder pour créer des noms aux trucs que tu inventes, non ?
MAIS C'EST PAS DU TOUT POUR COPIER LE TAROT, HEIN, NONONON, PAS DU TOUT QU'ALLEZ-VOUS IMAGINER. LA FLAMME SANS NOM C'EST NOUS QU'ON A INVENTÉ.

L’étude de la place centrale que le nombre 13 tient dans le Jeu demanderait un livre à elle toute seul. Ce nombre fait l’objet d’une peur superstitieuse le plus sérieusement pise en compte dans nos sociétés modernes, ce qui explique qu’il n’y ait parfois pas de nombre 13 pour les sièges de cabine de grandes compagnies aériennes, pour les chambres de grands hôtels, pour les lits d’hôpitaux ou pour les Formules 1. Le moins que l’on puisse dire alors, c’est que le Jeu du Phénix constitue la meilleure antidote à la triskaidékaphobie, ou « phobie du nombre 13 » (en grec, treiskaideka). Du nombre de cartes (13 x 2) au numéro désignant le Phénix qui donne son nom au Jeu, le 13 y est omniprésent, séparant ainsi les ondes de choc et de charme des Flammes franches et folles.

Oui, vas-y étudie tes propres déjections pseudo-philosophiques en boucle, écris deux cents livres sur la signification du nombre 13 dans ton tarot à la con et laisse-nous tranquille, par pitié. Je veux dire ce mec passe son temps à s'inventer des sens cachés dans ses propres créations. Plus de masturbation intellectuelle, je crois que c'est pas possible. Quand Vincent Cespedes va aux toilettes, il doit probablement se retourner, contempler son caca et lui inventer un millier de significations en harmonie avec le grand ordre de l'univers. 
Classiquement, le 13 est l’élément de trop, celui qui fait passer d’un cycle à un autre, avec le lot d’inquiétudes dues à l’arrivée d’un nouveau cycle inconnu. Treize est le nombre des marches que le soleil doit monter et descendre pour que le cycle du jour et de la nuit soit complet : six marches pour arriver au zénith, et six pour descendre jusqu’au couchant, le zénith lui-même étant la treizième marche.
Et attendez, vous n'avez rien vu :
En une année, treize constellations sont traversées par le soleil – et non douze, comme l’affirment les charlatans du ciel. La treizième, entre le Scorpion et le Sagittaire, est Ophiucus (ou le Serpentaire). La plupart des astrologues ignorent ce glissement des constellations, comme le fait que le soleil ne traverse pas chaque constellation pendant une durée identique ; il passe par exemple 45 jours dans la constellation de la Vierge et seulement 6 jours dans celle du Scorpion, ce qui rend totalement absurde le classement des astrologues. [lien]

C'est magnifique. Un charlatan qui dénonce le charlatanisme.
Déjà, non, c'est pas complétement con parce qu'il y a 13 constellations, mais bien parce qu'à cause de la précession des équinoxes, le soleil ne traverse de toute façon pas les constellations qui désignent les portions du ciel dans lesquelles il se trouve. Comme le dit André Barbault dans son traité pratique d'astrologie :
Il convient de ne pas confondre les signes du zodiaque et les constellations qui portent le même nom. Il fut un temps où les uns et les autres se superposèrent. Mais par la suite d'un mouvement dit de précéssion des équinoxes, le point vernal se déplace d'une façon continue (1° en 72 ans) dans les douze constellations zodiacales (en sens inverse de l'ordre des signes) et passe actuellement de Pisces à Aquarius. (note : on est en 1961) La coincidence des signes et des constellations ne se reproduit que tous les 26'000 ans environ. L'astrologie ne s'intéresse qu'aux signes, exclusivement et néglige les constellations. (op. cit. p. 27)
Vous n'êtes pas scorpion parce que le Soleil est "sur" la constellation du scorpion au moment de votre naissance, même si cela peut se produire. C'est une division arbitraire, purement arbitraire du ciel en douze. De même les diverses planètes qu'on découvre sont englouties par l'astrologie. On découvre Pluton en 1930, dix ans après les mecs savent qu'elle a "une mauvaise influence". Euh, mais comment ils le savent, je veux dire, ça fait dix ans qu'on la connait, comment vous connaissez ses effets ? Et du coup quelle valeur ont les horoscopes que vous avez promulgué avant sa découverte ? Si ils étaient si précis n'auriez vous pas dû découvrir une "influence néfaste" dans vos horoscopes et donc prédire l'existence de Pluton et sa trajectoire ? De même Pluton a une influence néfaste… Alors que Pluton(i.e. Hadès en grec) est dieu des enfers ! Comme par hasard ! Et de même Mars induit un comportement belliqueux et et martial, ça c'est une sacrée coïncidence dîtes donc, que le nom mythologique de la planète colle avec le type d'influence qu'elle a. Par exemple Pluton, vous savez pourquoi on a donné son nom ? Son découvreur se nommait Percival Lowell, et ses initiales étaient donc PL (qui forment d'ailleurs le symbole de Pluton : ). On chercha un nom en "Pl…"et on trouva que Pluton collait bien à ce monde froid, si éloigné du soleil.
Et une fois que le nom Pluton fut donné, qu'il était simple pour les astrologues de la classer dans les influences malsaines et négatives… Cespedes critique en ces lieux le "classement absurde" des astrologues, on ne peut pas le lui reprocher, vu l'idiotie du système. Il faut combattre les divisions stupides du monde qui vous amènent à en avoir une vision stupide et à remettre votre vie aux planètes, ces cailloux tournoyants !
…Hum, une division arbitraire et stupide en concepts idiots qui pèseraient sur votre vie en vous amenant à vous soumettre à des choses fortuites comme des cartes mélangées, ou des cailloux tournoyants. ça ne me rappelle rien du tout, dis donc. Et apparemment à Cespedes non plus.

D'ailleurs en parlant d'arbitraire, tournons-nous vers la description de cette carte du phénix.
La triple queue du Phénix, en forme de chaînes métalliques, symboliserait d’après Imre la structure de la matière, d’où procèdent les mutations. Sa huppe possède quatre boules – le nombre du temps (saisons), de l’espace (directions cardinales), et de la vie (ADN). La forme de ses pattes rappelle l’humain sous l’animal fabuleux. Sa tête, androgyne, est orientée vers l’avenir. Sous lui : une vaste étendue de villes et de nature en flammes, bordée de mer et de nuages. La Terre est son bûcher. C’est en incendiant les affaires humaines et les préoccupations bassement terrestres qu’il retrouve son essor et renaît dans le Soleil. [même page]
Trouvez-moi des légendes où le phénix a trois queues et quatre boules sur la tête, s'il vous plait. Notez toutes les conneries qui suivent et qui sont déduites du DESIGN PRÉCIS de la carte. C'est magnifique. Le mec commande une illustration de phénix et ensuite il vous donne le sens de la vie à partir de cette carte. Pas à partir des légendes chinoises, égyptiennes ou grecques, nonon, mais bien grâce à l'image qu'il a lui-même confectionnée et qui ne correspondrait qu'à quelques représentations minoritaires des phénix, si ce n'est à aucune.
Ouah, qu'est-ce que c'est universel, dîtes donc.

Et tout ça n'était qu'une seule page des "règles" de ce jeu.
UNE SEULE PUTAIN DE PAGE A LA CON.
Bon.

Prenons quelques symboles présents dans le Jeu du Phénix.

Le phénix,
on l'a vu est loin d'être un symbole "universel", mais reste un truc égyptien repris par les grecs et deux trois autres peuples. Même les Cespedes sont forcés de l'admettre même s'ils se sentent obligés de faire remonter leur origine au subconscient des musaraignes qui auraient vu des dinosaures en feu.
J'en profite pour parler de la rediffusion d'une émission de Rien n'est Joué avec Michel Pastoureau, un super bon gars qui a fait des travaux impressionnants d'héraldique et sur les couleurs, et qui là s'attaque aux bestiaires médiévaux. Ici, pour écouter en ligne, et là pour télécharger l'émission.

La licorne,
Loin de moi l'idée de détester les licornes, comme on peut voir, je leur accorde une place importante ici, malgré mon animosité envers Rarity. Comme par hasard, c'est les grecs qui nous ont lancé sur la piste de la licorne - le monocéros - en s'aidant de tous ce qu'ils trouvaient ; des bas-reliefs sur des murs perses avec un machin de profil qui semble avoir une seule corne, pouf, c'est une licorne. Une corne de narval faisant illusion ici ou là en Europe. De même, la licorne devait être attirée par la virginité, et donc associée finalement au Christ ou à la Vierge Marie, tiens, c'est pas du tout occidental. Oh, il y a bien une licorne chinoise, mais elle n'a pas grand chose à voir avec notre licorne, on dirait un croisement entre un lion et un crapaud.

Le labyrinthe.
Le mot est grec, le concept est grec. Où en trouve-t-on ? Dans les légendes, en Grèce. Et Hérodote parle d'un labyrinthe égyptien, construit par un pharaon, nous dit Wikipédia :
Les Égyptiens s'étaient trouvés libres après le règne de Héphaïstos. Mais, incapables en tout temps de vivre sans roi, ils s'en donnèrent douze, en divisant l'Égypte entière en douze lots [...] Une de leurs décisions fut de laisser un monument commun qui rappelât leurs noms : ceci décidé, ils firent construire un labyrinthe au-dessus du lac Moéris et proche de la ville qu'on appelle Crocodilopolis [Hérodote, histoires]
Oh tiens, Grèce, Egypte, ma parole c'est dans toute la galaxie. Je crois que ces gens ne sont pas mauvais c'est juste qu'ils utilisent le terme "universel" comme un joujou et qu'il correspond pour eux à "en Égypte + en Grèce + vaguement en Chine".
Des gribouillis de spirales sur des cailloux, ou des piles de pierres agencée en svastika, non, ça ne me convainc pas, désolé. C'est pas le concept du labyrinthe tel qu'il est dessiné ici. Et puis je suis sûr que dans les sociétés nomades, qui vivent sous des tentes qui n'ont qu'une seule pièce le terme "labyrinthe" doit leur évoquer tant d'images.

L'idole,
là c'est magique. Proprement. Le terme idole, s'imaginer qu'il a une portée universelle, c'est magnifique de naïveté. C'est projeter des débats européens sur le monde. Ce sont les juifs, puis les chrétiens qui dénoncent le culte des images. (eidolon, image, fantôme, en grec)
Cependant, les romains, les égyptiens, les babyloniens et autres peuples perçus comme idolâtres par les chrétiens ne se percevaient sans doute pas comme ça. Pour un chrétien, c'est un péché de vénérer une statue, puisqu'il s'agit de quelque chose, fait par la main de l'homme. Et l'homme lui même a été fait par Dieu. Par conséquent l'idolâtrie, pour un chrétien, c'est adorer la créature de la créature, alors qu'on devrait adorer le créateur.
Cependant un polythéiste qui adresse des libations à une statue ne les adresse pas à une statue mais à la puissance qu'elle représente, il est pas con, non plus. Nous parlions de la capacité à symboliser des choses. Si l'on s'attache tant à la propriété symbolique des choses, comment peut-on décrier aussi fortement le polythéisme, alors même qu'on cherche soi-même à symboliser des force occultes par des images ? Seul le chrétien s'imagine que l' "idolâtre" ne vénère qu'une image. Seul le chrétien utilise le terme d'idole.
Car oui, le terme idole porte en lui des siècles de luttes chrétiennes, tout comme cet épisode de Doctor Who précité. Les catholiques et les protestants se le balançaient à la gueule, les réformés disant que les catholiques étaient idolâtres parce qu'on trouvait nombre de statues dans leur lieux de culte, voire qu'on les emmenait en procession, lors de la Fête-Dieu, par exemple. Et on s'exclamait que ces pratiques étaient
Le terme d'idole rappelle le Veau d'Or, on s'imagine que les païens vénèrent de la matière morte. Sinon on n'utiliserait pas le terme idole, mais simplement "statue d'un dieu". Le seul fait d'utiliser ce mot montre mépris envers la pratique de la représentation, qui marque nos sociétés profondément monothéiste où on jouait à qui était le moins païen.

Conclusion

Cher adepte du jeu du Phénix, je sais ce que vous me répondrez : que déverser sa haine, ce n'est pas très philosophique non plus, et pas très constructif***, et je ferais mieux de propager de la vraie philosophie, plutôt que critiquer les gens. D'autant plus que toute cette haine, c'est une "onde de choc", ça propage le mal, alors que vous cherchez à propager l'amour par "ondes de charme".
Vous avez bien raison, c'est une onde de choc. Mais vous n'avez qu'à le lire à l'envers, n'est-ce pas, puisque d'après vos règles à la con, une onde de choc à l'envers devient une onde de charme


Notes:
*Vamana demande aux Asuras toute la terre qu'il pourra couvrir en trois pas. Les Asuras consentent. Vamana reprend sa forme de Vishnu et devient donc gigantesque. D'un pas, il enjambe le monde terrestre, d'un autre, les mondes inférieurs, et d'un troisième les mondes supérieurs. Puisqu'en trois pas il a parcouru tout l'univers, les Asuras doivent se retirer et rendre le monde aux dieux, vaincus.

**On peut discuter sur "est-ce que le shintoisme est une religion", mais j'admets ici que ouaip.

*** Et toi, le sac à merde sans vocabulaire qui prétendra "cet article est vide de sens" ou "est une branlette intellectuelle", tu peux disposer, je n'ai pas besoin de toi.