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dimanche 1 juillet 2012

YO-HO-HO ET UNE BOUTEILLE DE RHUM



Je sais que j'en ai déjà causé, et qu'il y aura redite. Désolé.
Moi aussi, j'aimerais bien que le Parti Pirate se manifeste à moi autrement que par des clowns pseudo-libertaires. Mais je n'ai pas de chance : je tombe toujours sur des Gorgias au rabais qui veulent à tout prix télécharger leurs films et leurs séries et convoquent tous les arguments possibles, fussent-ils contradictoires, pour venir en aide à leur petite marotte. Or, comme disait un certain Romain : "moi aussi, je télécharge, c'est pas pour autant que j'en fais un parti politique."
Ce qui est dommage, c'est que je suis même d'accord avec nombre d'autres doctrines professées par le Parti Pirate (laïcité, humanisme, transparence politique, moins de surveillance de la part de l'Etat) mais que le coeur de leur doctrine, comme on le voit au sein de leurs militants, reste le "piratage" et les moyens de le justifier. Bon, vous me direz : ils s'appelent "parti pirate", pas le parti "laïc" ou "humaniste" ou "libertaire", alors c'est cohérent.
Quand je dis qu'ils convoquent tous les arguments, c'est TOUS les arguments : la culture appartient à l'humanité, et d'abord les majors volent les artistes, et d'abord la musique c'est trop cher, et d'abord la musique des majors c'est de la merde, et d'abord je devrais avoir le droit de la télécharger puisque c'est un bien non-rival, et d'abord personne devrait posséder la culture, et d'abord c'est la société qui devrait la posséder. On s'approche beaucoup de Freud parlant du déni : "Tu ne m'as jamais prêté de marmite. Et puis je te l'ai déjà rendue. Et elle était toute percée." Chacune de ces excuses pourrait fonctionner indépendamment. Ensemble, elles s'auto-détruisent.
Rappelons ce que disent les Pirates dans leur programme (je mets le programme Helvète, j'imagine que ce n'est pas tant différent d'ailleurs, malgré la variété inhérente à ce parti, vu le peu de culture commune, i.e. télécharger illégalement. En passant : sixième ligne c'est écrit "jetter". Bravo, les mecs.) :
Les Droits d'Auteurs doivent revenir à leur situation initiale. Les lois doivent être changées de façon à ce que seule l'utilisation et la copie commerciale d'oeuvres protégées soit régulée. Le partage de copies ainsi que l'utilisation générale d'oeuvres dans un cadre non-commercial ne devrait jamais être illégal puisqu'une telle utilisation équitable bénéficie à toute la société
"Toute la société", dans la vulgate des pirates veut trop souvent dire "tout le monde sauf les auteurs et ceux qui ne piratent pas". Ils disent également plus loin que le partage de fichier devrait être légalisé "dans les deux directions". Quoi, entre un connard et un autre connard ? De quelle "deuxième direction" ils parlent ? Ils volent les producteurs, qu'est-ce qu'ils rendent ? Que dalle. Là, j'ai pas compris.

Parlons donc des droits d'auteur. Pour commencer – contrairement à ce que veulent vous faire dire les pirates – on autorise des "entorses" au droit d'auteur, même du côté de ses défenseurs. Ou plutôt ce ne sont pas des entorses, puisque le consentement de l'auteur est généralement requis (ce qui fait que son droit à disposer de son oeuvre est maintenu) mais c'est plutôt une suspension de la rémunération.  Typiquement le droit de citation. Il est justifié dans un contexte :

1) De critique (de cinéma, musique, ou autre). Il parait difficile d'apprécier la qualité d'un film en n'en parlant absolument pas, et encore plus dur d'en faire part au lecteur. Puisque les succès peuvent dépendre de ces relais que sont les critiques, il parait difficile de les blâmer pour cela. On peut parler des films sans évoquer leur contenu, mais ce sera à leur détriment. Aucun réalisateur ou producteur ne s'est emporté contre les critiques de cinéma, étonnamment. Qu'on prenne quelques images du film pour illustrer celui-ci, qui s'en plaint ? Personne. Le pirate voudrait donc user de cette liberté et l'étendre jusqu'à lui.
 C'est le fameux argument "j'te fais de la pub" que certains sont venus rabâcher à la gueule d'Alexandre Astier sur Twitter :
"Pas de dl gratuit = moins de transmission = moins de gens qui découvrent Kaamelott = moins connu = moins de ventes = marche moins." – @PetitSeb7
Sauf que le pirate ne fait pas vraiment de la pub : il consomme l'oeuvre et en relaie simplement le contenu un peu plus loin, à un de ses potes qui , lui aussi, va télécharger en se disant "je fais de la pub". Sauf que s'ils font de la pub parmi des gens qui pensent comme eux, en espérant vaguement que cela touche finalement quelqu'un qui ne partage pas leur principes et achètera effectivement le produit, cela n'a aucun bénéfice pour le producteur. Autrement dit : si tout le monde pensait comme eux, leur argument s'effondre puisqu'il n'y a plus que des gens qui se "font de la pub" entre eux sans reverser un centime. Par conséquent, la célébrité du produit augmenterait énormément, mais sans faire gagner un sou à ses auteurs. Il y a ici une application à faire de l'impératif catégorique : supposons que votre argument "j'te fais de la pub" tienne effectivement la route, et appliquons-le à tout le monde. L'auteur se retrouve célèbre et pauvre puisque plus personne n'achète. C'est donc que ce principe s'appuie sur l'argent des gens qui ne partagent PAS ce principe. Par conséquent on peut difficilement considérer cela comme la base d'une moralité générale puisque si on étend son application, il s'effondre.
Prêtez-moi attention : je ne fais pas usage du sophisme de la pente glissante. Je ne dis pas "si on commence à pirater, ben après tout le monde il piratera et on sera pauvre", non. Je dis simplement que si ton comportement dépend pour être moral de l'action de gens qui font parfaitement le contraire de ce que tu fais, c'est toi le problème, pas eux. Si tu voles dans un magasin en affirmant ensuite "ouais, mais il va pas mourir, le vendeur, y'a plein de gens qui lui achètent ses produits", c'est idiot. Ils agissent bien, et toi tu ne le fais pas. Le vendeur pourrait se passer des voleurs, il ne pourrait pas se passer de ceux qui lui achètent ses produits.
De même, on pourrait se passer des pirates. Leur utilité, ils se l'inventent. Ils prétendent qu'ils aident à la popularisation des oeuvres, mais, comme c'est surprenant, ils ne popularisent que celles qui sont déjà populaires au possible et qui ont déjà eu un gros travail de promotion derrière ! Une putain de culture de blockbusters ! Ils confisquent le succès, ils ne le créent pas.

2) Universitaire. Comme vous avez pu le constater dans mon mini-mémoire de socio des religions, j'ai cité plein d'autres ouvrages, comment aurait-il pu en être autrement ? Comment aurais-je pu connaître les Etats-Unis du XVIIIe sans me référer aux oeuvres de gens qui eux-mêmes se référaient aux sources de l'époque ? Je ne pouvais pas réinventer l'histoire, ni la sociologie. En sciences humaines, la citation est la loi et le plagiat, un crime. Un universitaire ne tirerait aucun profit de la prolifération de son oeuvre, mettons un article. Que cet article soit publié dans une revue est excellent, qu'il le soit dans plusieurs serait stupide : les revues s'enorgueillissent de leur contenu et de l'exclusivité/originalité de celui-ci. Par conséquent, il est inutile d'en multiplier les émissions. Quelqu'un doit pourtant bien payer pour y avoir accès : les comités de lecture, le travail de selection et de rigueur, ça demande du temps. La plupart des universités investissent dans des bases de données ou des abonnements à de multiples revues afin que leur personnel puisse avoir accès à cette masse de savoir, qui est considérée comme un patrimoine commun s'enrichissant des contributions particulières.

Pour autant ils n'estiment pas y avoir automatiquement droit gratuitement. En outre, il ne sauraient se vexer qu'on se serve de leur travail ou qu'on le cite pour conforter un travail ultérieur – tant qu'ils sont cités – puisque c'est un peu le concept, et qu'ils étaient d'accord de s'y exposer et d'y contribuer. Par contre ils s'opposeraient contre la publication intégrale et non-payée de leurs articles dans d'autres revues. Les cinéastes, à plus forte raison, n'ont pas donné leur accord pour cette utilisation de leurs oeuvres, puisque c'est un système bien différent, ni pour que leurs films soient balancés en entiers sur la toile.
Le pirate aimerait étendre cette vision au monde… Du cinéma. 'Faut pas vous étonner, ils veulent juste télécharger, je vous le rappelle. Alors la Culture (majuscule) serait vue comme appartenant à l'humanité et ce serait la freiner que d'empêcher la copie, vu qu'après tout c'en est une facette indispensable ! Ce qui nous amène au troisième point :

3) la Parodie. Elle est défendue par le code de la propriété intellectuelle, de même que le reste. Il est toléré dans une certaine mesure qu'on use d'extraits d'oeuvres qu'on veut pasticher, dans un contexte de parodie, de satire tout comme dans celui de la critique. Pas parce qu'on s'imagine que l'oeuvre va avoir un succès grandissant grâce à cela (même si c'est parfois le cas) mais bien parce que ça appartient à la liberté d'expression. Et parce que si on n'avait pas le droit de parler d'une oeuvre, bon, quel intérêt de vouloir la diffuser ? Le pirate justement pleure, affirme qu'ACTA et ce genre de trucs va nous empêcher de faire quelque parodie que ce soit. Plus jamais ne verrons-nous de fanfictions, ni de fanarts ! Franchement, il essaie de vous faire croire qu'il est attaché à ses fanfictions. Mais lol, mec, quoi.
Nul ne conteste le droit à une certaine souplesse du droit d'auteur dans ces domaines, parce qu'ils procèdent de logiques différentes, voire divergentes, et qu'elles se justifient parfaitement dans leur champ d'action. Le pirate veut l'étendre en dehors de ce champ d'action. Quel serait le sens d'admettre qu'on a le droit de piquer des morceaux de film comme des articles de l'American Review of Sociology ? Quel sens ça aurait de comparer le fait de mettre un fichier sur TPB et celui d'illustrer une critique de Moonrise Kingdom par une image de ce film ? Ce n'est clairement pas la même échelle, ni le même domaine. Pourquoi le pirate manquerait-il de bon sens à ce point ? Penchons nous sur ses arguments.

Faux dilemme : pas de blagues de toto OU BIEN pas de droits d'auteur.

On nous pousse : vous voulez défendre le droit d'auteur, soit, mais alors, quelle différence avec les blagues, pas vrai ? Une blague, y'a des gens qui sont payés pour en produire, des comiques. Donc si tu la racontes à leur place, tu leur prends leur gagne-pain, pas vrai ? Et les paroles de chansons ? Elles sont sous copyright, alors tu devrais pas avoir le droit de les chanter sous ta douche pas vrai ?
On aurait bien envie d'aquiescer que c'est logique, puis on se rend compte que non : il n'est absolument pas logique de parler de cela en ce lieu. Aucun comique ne se plaint que les gens racontent des blagues, ni les musiciens que les gens reprennent en choeur leurs chansons pendant les concerts. Donc il n'y a effectivement pas de problème autour de la diffusion des blagues et des paroles de chansons, dans un usage non commercial toutefois. Puisque personne ne s'en plaint la vraie question n'est pas "pourquoi les blagues de toto ne sont pas sous copyright" mais bien "quelle différence entre les blagues de toto et le dernier album de Jay-Z" ?
Dans un débat qui partait du fait que quelqu'un s'était fait tatouer un dessin de TanXXX sans lui demander et sans reverser un sou, et qui avait dérivé sur les habituels "mais non, t'es dessinateur tu vis ton rêve" ou "tu es un méchant capitaliste" quelqu'un a invoqué cet "argument des blagues". Boulet a répondu, résumant mieux que je ne saurais le faire :

Merci Boulet.
Pourquoi les pirates tentent-ils de vous placer dans la posture de quelqu'un qui voudrait interdire de se raconter des blagues, au-delà de vouloir vous diaboliser ? Pourquoi prenez-vous les blagues de toto en otage ? Rendez-nous Toto ! Il ne vous appartient pas ! Il vit dans le coeur de tous les hommes libres !
C'est une figure de rhétorique qu'on dénomme souvent sous le nom de faux dilemme. On voudrait vous faire croire qu'il n'y a que deux (ou trois, ou quatres) possibilités, et de montrer que seule la sienne est viable, alors qu'il en existe des centaines d'autres. En prenant ainsi les blagues de toto en otage le pirate affirme qu'il n'existe que deux camps. Soit :
  1. On accepte le droit d'auteur, alors on ne peux plus raconter de blagues, ni chanter de chansons, ni de citer des articles universitaires, ou de faire quoi que ce soit.
  2. Soit on accepte que le droit d'auteur, c'est idiot. Et voilà, j'ai le droit de télécharger, puisqu'il n'y a aucune différence entre mater Walking.Dead.S03E08.DvdRip.avi et citer un article de Chaves dans un travail de sociologie.
Alors que c'est un putain de faux dilemme, il existe des milliards de solutions composites entre "considérer que le téléchargement gratuit est légal" et "considérer qu'il est illégal de raconter des blagues". D'ailleurs nous vivons dans une de ces solutions, de part la tolérance envers certaines entorses au droit d'auteur. Mais le pirate s'en fout, il veut pousser la "logique" jusqu'au bout et de sa rhétorique vide, il pousse les frontons hargneux de sa volonté jusqu'à ce moment où il semble avoir montré que tout lui est dû, et qu'il n'a pas à payer les artistes en retour. Vous voulez avoir le droit de citer un article de sociologie, ce qui est indispensable à votre travail, puisque vous n'allez pas réinventer la discipline ? Alors vous devez m'autoriser à télécharger. Vous voulez raconter des blagues ? Vous devez m'autoriser à télécharger. Vous voulez chanter sous la douche ? Vous devez m'autoriser à télécharger. Alors qu'il n'y a pas de lien entre les deux. Il y a une énorme différence entre une parodie, une citation scientifique ou une blague de toto avec la diffusion gratuite, totale et intégrale d'une oeuvre, mais le pirate fait semblant de ne pas le voir. Fi, vous dit-il, un esprit aussi altier ne saurait traiter des questions de quantités. Le pirate est une conscience suprême qui plane dans les cieux et ne travaille qu'avec les absolus. Ne parle qu'en absolus ? Prétend que tu es avec lui ou contre lui ?…



…ET LA LE PIRATE JOUIT DANS SON SLIP DE PETIT LIBERAL-LIBERTAIRE EN BAS ÂGE. Parce que j'ai mis treize secondes d'un film qui se trouvaient sur Youtube, les pirates affirment que je suis un sale petit hypocrite, que les principes, c'est bien beau mais que voilà personne les applique et que "fais ce que je dis, pas ce que je fais" et qu'il n'y aucune différence entre insérer cette vidéo Youtube avec le fait de regarder intégralement le film, d'en graver des copies et de le mettre en ligne à disposition de millions d'inconnus. ALORS QU'IL Y A UNE DIFFÉRENCE. Personne ne comprend cet extrait (ou ne peut même savoir de quoi il s'agit) sans avoir vu les films. Si regarder treize seconde du film vous donnait la même satisfaction que le regarder en entier, alors je ne vois pas ce que fait la version entière en ligne, contentez-vous des treize secondes et arrêtez de défendre le piratage. En outre, cet extrait est tiré du troisième volume de la "prélogie Star Wars" qui est elle même une grosse entorse au droit d'auteur. Un certain Lucas George s'est approprié la franchise Star Wars (qui avait été élaboré par le cinéaste bien connu George Lucas) et prétendit en faire un prequel dans lequel il massacrait tous les personnages de la susnommée saga Star Wars. Par conséquent, devant un tel non-respect du droit d'auteur je m'estimais libéré des égards nécéssaires en l'occurrence.
Blague à part, le pirate est tellement fier d'user de l'argument ad hominem qu'il a joui partout en découvrant que je citais, de mémoire, le contenu d'une émission de radio dans un de mes articles, soi-disant sans en indiquer l'auteur :
Et il réitère, fier de sa trouvaille :

Le fait que l'émission de radio soit payée par les impôts des citoyens romands(ce qui explique sa gratuité apparente), que cette émission soit disponible gratuitement sur le site de la RTS, que je mettais dans mon article le lien jusqu'à l'émission, où vous trouviez sans peine le nom des intervenants et des animateurs, non, le pirate n'en tient pas compte. Et lorsqu'on lui fait remarquer l'absurdité de comparer les deux situations, étant entendu que l'auteur est cité :


…C'est donc à moi de me prémunir contre l'idiotie et le dilettantisme de mes lecteurs ? C'est pas gagné. Comme le pirate en question donnait dans l'argument ad hominem, à savoir regarder quelles entorses je au droit d'auteur je commettais, et qu'en outre il était pas foutu de lire plus de trois lignes de mes articles,  j'estimais que le débat ne valait plus la peine. Ma moralité personnelle n'y a rien à voir. Le débat sur ce qui est juste n'a pas à être mené par des anges pour être valide. Confondre les propos et l'auteur, c'est donc bien un argument ad hominem, ça faisait trop de sophismes pour moi.
Le fait est que des gens travaillent, et que d'autres profitent de leur travail et ne reversent rien en retour. Et comme le dit Boulet :

Métaphore à géométrie variable.

J'avais parlé de la difficulté d'user de métaphores dans ce débat, difficulté résumée par Gally dans le "point boulangerie" :


J'en causais déjà ici, si l'on m'autorise à me citer sans honte :

Toute métaphore fait abstraction d'éléments parfois essentiels avant de poser un signe "égal" entre deux choses. D'où son côté généralement inadéquat dans une argumentation. On voit souvent les adeptes du piratage disqualifier les accusations qui leur tombent dessus (principalement contrefaçon et vol) en arguant la différence de support. Qu'il est ridicule de parler de baguette de pain dans ce monde informatisé ! "En téléchargeant, je n'ai rien détruit ou soustrait, je n'ai fait que multiplier une œuvre", peut-on lire ici ou là. Argument des biens non-rivaux, évoqué également dans la vidéo de l'Ermite Moderne sur la fermeture de Megaupload. Le pirate n'a aucune peine en général à dire que le changement de support change absolument tout, en arguant toutefois que le piratage c'est
  • "la même chose qu'enregistrer un film à la télé"
  • "la même chose qu'emprunter un livre à la bibliothèque"
  • "la même chose qu'enregistrer une cassette à la radio"
  • "la même chose qu'acheter des trucs d'occasion, qui ont déjà rapporté de l'argent à l'auteur et n'en rapportent plus"
Alors que non, c'est pas la même échelle, il faut pousser loin pour croire que prêter un CD à un ami c'est la même chose que mettre un single à disposition de millions d'inconnus.

De la même manière, alors qu'on vous explique que l'oeuvre n'est pas la même chose que son support, que la carte n'est pas le territoire, que le roman et le livre c'est pas pareil, on arrive toujours à vous sortir des énormités pareilles :


O_O
Etonnement.
Je suppose que dans sa métaphore, le pirate veut dire que quand il va à Ikea, il se barre gratuitement avec une chaise. Parce que dans le cas contraire, mon petit gars, tu dois AUSSI payer Ikea. Cette métaphore est tellement stupide : je veux dire, c'est quoi l'équivalent d'Ikea pour des dessinateurs de BD ? Et pourquoi est-ce qu'il parle d'Ikea comme d'un endroit magique où on pourrait aller se servir, sans "payer pour avoir ce qu'on veut" ?
Mais non, rien à voir, nous dit-il aucun rapport entre un ébéniste et Ikea. Par contre, l'ébéniste et le dessinateur, c'est pareil :

Magistral. Pas de différence entre un ébéniste et un dessinateur. Donc pas de différence entre un ébeniste et un cinéaste, je suppose. Autrement dit Peter Jackson, Scorcese ou Spielberg devraient passer leur vie à faire des travaux de commande, et à réaliser des clips publicitaires ou à filmer l'anniversaire de gosses de milliardaires. Passant un instant sur ces absurdités, je m'interposai : tous les achats consistent à s'emparer d'un produit fini qui correspond à nos besoins.  Dans les deux cas, ikéa comme ébéniste, tu paies pour avoir un produit fini, et tu ne paies pas des "compétences" hypothétiques. Quel genre de personne débarque dans un atelier et hurle "oh mon dieu, vous avez des compétences, c'est de la folie !" avant de jeter des liasses de billets au visage de notre ébéniste stupéfié ? On paie une chaise pour avoir une chaise, point barre. Quelle différence entre acheter une table à un ébeniste ou à Ikea ?
…La personnalisation. C'est tout. Le fait que l'ébéniste est un artisan, et donc un statut particulièrement différent, on s'en fout, tiens. Le fait que dans les deux cas on doive payer ne met pas la puce à l'oreille de notre vaillant pirate. Quel maître de la métaphore. Je me scandalisai donc, personne ne paierait…
(vous excuserez la faute d'orthographe de ma part, sic. Sic et resic.)

"Tu vois, c'est comme un ébéniste, sauf que tu les paies pas."

Le fait est qu'on ne paie pas le travail, mais le fruit du travail, et le droit de l'utiliser(coucou Marx, je sais que ça te fait chier, mais c'est comme ça). Et ça, ça ne change pas. Quel est le problème dans la vision du pirate ? C'est qu'il estime que le fruit du travail des artistes, puisque facilement copiable, peut être acquis gratuitement. Imaginons que la doctrine des pirates soit la règle en notre monde : plus aucun éditeur ne financerait quoi que ce soit, puisqu'il n'aurait aucune assurance de récupérer son argent. Par contre, le dessinateur a toujours besoin d'argent, afin de ne pas mourir de faim, et ce genre de désagréments. S'il n'a plus d'espoir de trouver de l'argent en son travail artistique, que fera-t-il ?
Soit il se fait salarier par quelqu'un qui aime bien le voir transpirer sur ses planches, ce qui est plutôt rare, convenez-en, malgré le mythe pirate suivant lequel on "gagnerait" à lui passer des commandes. S'il vit de ses commandes, alors c'est qu'il fait de la BD pour le fun et survit autrement. Ca ramène la BD au rang de loisir, une fois que le loyer est payé en accomplissant les caprices de quidams. Défenseurs de la culture, les pirates.
Soit il doit faire "de l'alimentaire", et ce sera très souvent un autre métier.
Par conséquent, ils voudraient condamner les artistes à devoir gagner leur croûte et ne plus produire que sur leur temps libre. Beaucoup moins de temps pour produire, des contraintes en plus, et en face des abrutis ricanants qui t'arrachent des mains tout ce que tu arrive à produire sur la marge de ton quotidien. Ils ne proposent pas d'alternatives, ils volent, et tant pis pour ta gueule. Ils veulent faire plonger la culture au niveau de l'amateurisme.
Et ils prennent la pose de ses défenseurs.
Seigneur dieu.

Mais bon sang, un seul exemple, regardez seulement la quantité d'énergie investie par l'équipe du film the Hobbit à travers les multiples vidéos qu'ils ont diffusées. Vous pensez sérieusement que ce film serait mieux si tous ces gens devaient avoir un deuxième boulot ? Comme le dit Sandra Cado :


Oh, et bien sûr, on est de mauvaise foi, quand on ose souligner que les achats cités ne concernent que des produits finis, et donc que personne ne paie pour du travail, mais qu'on paie le fruit du travail. Le pirate vit dans un monde magique. Il s'invente des fables où les ébénistes se font salarier, une fois recrutés par des patrons bienveillants ; ou alors qui enchaînent les missions, croulant sous les demandes. A condition qu'ils soient bons, bien sûr, dans le cas contraire, ils meurent de faim, c'est tout à fait normal. Et de la même manière, les dessinateurs, les cinéastes, les écrivains sont censés être magiquement salariés, j'imagine, puisqu'il n'y a "aucune différence entre un ébéniste et un dessinateur", non ?

Donc, d'après eux on gagne à jeter des liasses de billets à des gens qui "vivent du droit d'auteur", ah bon. J'aurais dû mieux regarder, alors, si c'était si rentable, je me demande pourquoi on ne le fait plus. S'ensuivit une passionnante liste de gens qui étaient salariés et "vivaient du droit d'auteur" comme par exemple les  développeurs informatiques, les journalistes, la Comédie Française et… Les acteurs de Secret Story (sic). Passons sur le fait que la Comédie Française, avec ses acteurs salariés, dispose d'un statut presque unique au monde, et qu'ils en sont bien conscients ; que les journalistes se vexent rarement qu'on reprenne leur travail ou qu'on le cite (tant qu'eux-mêmes sont cités) puisque leur rôle est bien souvent de produire et de diffuser de l'information. En outre, les journalistes d'information produisent des oeuvres évanescentes, appelées à se périmer rapidement. Quelle sorte de royalties imaginez-vous qu'ils touchent ? Dans quel contexte un article d'actualité serait réédité ? Puisque son utilisation est unique et sa publication à courte échéance, je doute qu'on parle du même type de droits d'auteur. De même pour les développeurs : peut-on vraiment dire qu'ils "vivent du droit d'auteur" ? Pour la publication en revue spécialisée, ça se rapproche du milieu académique que je décrivait plus haut, et vous pouvez y tirer les mêmes conclusions. Donc bien que le salariat soit loin, très loin d'être la norme dans les milieux concernés par les entorses au droit d'auteur, le pirate érige deux-trois exceptions en règle : comédie française, développeurs informatiques, journalistes (?). Pourquoi parle-t-on de développeurs, d'ailleurs ? Oh, probablement parce qu'ils le sont, ou alors ils sont informaticiens, étonnamment. Je ne veux pas discuter du fait que le code informatique soit un art ou non, mais c'est vrai que la question pourrait se poser en ces lieux.
Or les dessinateurs de BD ne sont pas salariés, du moins pas en Europe. Les avances que leur font les éditeurs sont des investissements, que généralement ils doivent rembourser sur lesdits droits d'auteur. En cas d'échec commercial, les contrats ne sont généralement pas renouvelés. Alors que personne ne nie la fragilité du système, et voudrait la pointer du doigt afin d'inciter le public à la modération, le pirate la reprend à son compte : Ah, regardez  ! On reverse peu d'argent aux dessinateurs ! Donc, ce système est pourri ! Il n'y a donc pas de problème à pirater !
Enfin, bref, je laisse tomber. Oh, pourquoi cet article s'appelle "YO-HO-HO ET UNE BOUTEILLE DE RHUM", d'ailleurs ? Parce que c'est ce qu'il me faut pour me consoler d'une discussion avec ces animaux.

Mais d'ailleurs, pourquoi on s'engueulait sur Twitter ?

Le débat émergeait du problème suivant : quelqu'un s'était fait tatouer un dessin de TanXXX (vieux de 8 ans, je crois) sans demander de permission ou quoi que ce soit. Elle râla. Ce qui gêna quelque peu nos  chers internautes, d'où un "débat" de merde. (cliquez, franchement, c'est désopilant)
En l'occurrence je prends le parti de TanXXX. Je sais ce que vous allez me dire : le tatouage c'est une utilisation privée d'un dessin. Vous allez même me dire que selon l'endroit, on ne peut pas faire plus privé que cela. Néanmoins, essayons d'imaginer le dialogue entre le fan tatoué et l'artiste :

– Bonjour, TanXXX, comment ça va ? Oh, au fait, je me suis fait tatouer un de tes dessins. Il m'a tellement marqué, que j'ai décidé de me le graver sur la peau pour toujours. C'est une telle beauté que je ne peux pas accepter d'en être séparée une minute.
– Euh, tu me filerais un peu de thunes, non, parce que je crève la dalle ?
– Non, mais ça va pas, qu'est-ce que t'es capitaliste. C'est pas parce que ton dessin m'a fait une telle impression que je le porterai sur mon épiderme jusqu'à la fin de ma vie que je vais te filer un centime. Par contre j'ai filé 200€ au tatoueur, il méritait bien ça, hihihi. ^_^

Donc non, des connards qui paieraient un tatoueur, qui se font graver un dessin sur la peau pour toute leur vie et qui refusent de filer un peu d'argent à l'auteur, non, j'ai pas envie de discuter avec ces gens-là.
Oui, le petit smiley est indispensable, histoire qu'on ait vraiment envie de vous tuer, la preuve :

Ce spécimen a émergé dans le débat sur la page Facebook de TanXXX.
Au-delà du fait que si les sacs à merde pouvaient s'exprimer, ils le feraient sans doute suivant ce langage, remarquez que le code de la propriété intellectuelle, c'est de la merde, parce qu'il faut le lire pour le comprendre. Ah bon. S'il faut "potasser" la loi, c'est que c'est de la merde. Il faudrait des lois simples. Comprenez : des lois qui laissent nos petits rednecks de l'internet en paix et les laissent télécharger leurs séries, et surtout qui ne demandent pas d'être connues, parce que le parti pirate, c'est le parti de l'inculture crasse. Notez la phrase "toi qui t'y connais si bien en droit, es-tu sûre que la jurisprudence n'autorise pas…"
Autrement dit : j'y capte que dalle, je trouve cette loi inique et je vomis des conjectures dessus quand même. L'ignorance fière d'elle-même.
La volonté – ou la conséquence de la stupidité – des pirates ; ces clones dégénérés du néolibéralisme, ces libéraux sans culture économique, ces libertaires sans culture politique, c'est de précariser les auteurs. C'est tout. Soit ils veulent le faire, soit ils le font sans s'en rendre compte, et c'est encore plus grave.
Leur grand leitmotiv de déculpabilisation ; c'est que la vie c'est dur pour tout le monde, que tout le monde doit faire de l'alimentaire, que tout le monde est censé se débrouiller dans la vie, mais que les meilleurs s'en sortent. Autrement dit, si tu n'arrives pas à t'en sortir c'est que tu es mauvais, sinon on achèterait ton oeuvre et tu pourrais vivre mieux. Si tu n'arrives pas à vivre, fais autre chose. Va bosser au Mc Do, démerde-toi. Et la BD t'en feras après avoir passé ta journée à retourner des burgers, non mais.
… Euh, attends une seconde.
Non.
Non. Tu ne peux pas dire que mon talent me garantirait d'être rémunéré quand tu passes ton temps à me crier dessus que tu n'as pas BESOIN de me rémunérer et que tu as le DROIT de t'approprier mon travail sans RIEN me reverser en retour.
L'histoire de la marmite, toujours. On passe des heures à tenter de démontrer qu'on ne doit rien à l'artiste (parce que ça appartient à tout le monde, que la copie est indolore, que de toute façon l'artiste doit vivre d'amour de ses fans et d'eau fraîche, etc.) et ensuite on argue que si il perd de la thune, c'est parce que c'est un gros nul ("si tu manques de thunes, c'est à toi de te sortir les doigts du cul pour gagner ta vie et cela d'une autre manière si celle-ci ne fonctionne pas assez bien pour toi ^_^") et puis la pub est nécéssaire pour que tu aies du succès. par contre si tu mets quoi que ce soit sur internet, c'est normal qu'on te le prenne gratuitement. La marmite, les copains, la marmite…

La "dématérialisation", cette vaste fumisterie.

On parle sans cesse de "dématérialisation du support", ça aussi j'en ai parlé ici. Mais le corollaire de cette idiotie, c'est de plonger vers le plus bête des matérialismes : on dénie de la valeur à tout ce qu'on ne peut pas toucher. Regardez les arguments de Butch : une expo ça te demande du temps et de l'argent donc c'est normal d'être rémunéré… Par contre un dessin ça ne te demande pas de temps, ni de matériel ? Mais oui, mon garçon, tiens ta pelle, tu peux retourner faire des petits châteaux de sable. Et là le pirate dira "ouais mais c'était y'a longtemps" elle l'a faite il y a 8 ans, cette illustration donc ça compte plus ! Bientôt, la proposition novatrice du Parti Pirate : un droit d'auteur qui dure deux semaines !
Après tout, si elle a réussi à survivre huit ans, c'est qu'elle est pas tant dans la merde que ça, et donc qu'elle a réussi à s'en sortir sans le profit de cette oeuvre, hein ? Donc on peut la lui piquer, vu que son revenu vient d'autre chose ! "Gyuhuhu blblblb gâteau".
Remarquez la finesse de l'argument : si tu es en vie, c'est que tu as réussi à te démerder et donc tu n'as pas le droit de plaindre. LE SIMPLE FAIT D'ÊTRE EN VIE vous ôte tout droit de vous plaindre !
Imaginons qu'un jour je publie Maîtres (impossible, mais laissez-moi rêver) et que des mecs s'en refilent les scans. Quand je leur demanderai des comptes, ils me répondront que je vivais aux crochets de mes parents quand je les ai produits, donc je n'étais pas dans le besoin et il serait mesquin de réclamer réparation : j'avais qu'à pas les dessiner, si je suis pas content. Néanmoins, imaginons qu'en finissant Maîtres, je sois contraint de m'échapper de la douceur de mon foyer et de subvenir à mes besoins au moyen de quelque petit boulot, les pirates diraient alors : "ah ben voilà, t'as réussi à avoir un boulot, donc t'étais pas dans le besoin, donc on peut te piquer tes trucs !"
Comme je le disais : si t'es en vie, tu peux pas te plaindre. Magique, non ?
On rémunère les expos, parce que "ça prend du temps"… On rémunère le tatoueur, ça, ça ne choque personne ! Un artiste censé disposer d'un catalogue de ses propres oeuvres à transférer sur ses clients vole le travail de quelqu'un d'autre, se fait payer, mais là c'est normal ! Il y a même des idiots qui iront jusqu'à prétendre que ce qu'ils achètent dans un DVD, ce n'est pas l'oeuvre, mais seulement le support matériel, puisque la beauté "ne s'achète pas". On ne paie que ce qui est matériel, et on enlève toute valeur à l'oeuvre et la production de celle-ci. C'est l'argument des biens "non-rivaux". Exemple : une pomme est un bien rival, puisque vous ne pouvez la posséder qu'un à la fois, vous êtes donc en compétition pour l'avoir (d'où le terme rival). Par contre un morceau de musique ça se copie aussi vite qu'un pirate bave, donc très vite. Plus besoin de payer, alors, hihihi.
J'y avais répondu. Je m'auto-cite :

Je le répète, supprimer les intermédiaires par l'informatique, c'est bien : plus d'impressions excédentaires ou de ruptures de stocksQu'un auteur débutant s'y mette, il se fera peut-être même plus d'argent. Ou pas, parce que des meutes de gens abrutis et habitués à considérer comme gratuit tout ce qui leur tombe sous le nez refuseraient de payer. Seule l’expérience nous le dirait. Par contre, prendre le fruit de l'ancien système éditorial, et le foutre gratuitement sur internet, ça c'est bâtard. On ne devrait pas forcer les gens à entrer de plain-pied dans cette ère nouvelle que vous prônez. Tu peux arguer tant que tu veux que ce sont des biens non-rivaux maintenant qu'ils sont sur ton ordi, les institutions qui les ont produites, ELLES, ne le sont PAS. Elles sont RIVALES. La bouffe que mange l'auteur, celle de l'éditeur, leurs frais divers, sont considérés comme de la merde. Et puis, nous rappelle Ploum dans sa grande sagesse, soit ils vivent dans des villas, soit ils sont déjà morts, alors pourquoi se priver ?
Oui, on sait, vous luttez pour la liberté et les bébés phoques mais on va parler de cinéma parce que ça nous concerne un peu quand même.
Et le modèle fictif ci-dessus, déjà risible, parce que peu d'auteurs peuvent s'endetter ou manger leur propre jambe pour survivre avant la vente de leur talent, devient carrément ridicule lorsqu'il s'agit d'évoquer le monde du cinéma, principal visé par la diatribe.
Principal visé, parce que le partage généralisé des livres aurait déjà été possible très tôt. Ça demande peu de compétences de recopier un livre à l'ordi en l'ayant sous le coude, et encore moins de le scanner en mode "reconnaissance automatique". Et ça demande encore moins de bande passante. 1 gigabyte et demi le film, ça passe difficilement avec un modem 56k. Le Nouveau Crève-Coeur en txt par contre, ça aurait pu. Mais non, ce n'est pas arrivé. Principalement parce que les gens s'en branlent. Ce qu'internet haut débit a changé, c'est la possibilité d'échanger rapidement des films, ce qui auparavant, relevait du fantasme le plus délirant pour qui n'avait pas le niveau de la nasa, et a du coup correspondu avec le désir du branleur moyen.
Faux de penser que la "dématérialisation" a changé quoi que ce soit :
Un livre ce n'est que de l'encre sur du papier, dans un arrangement très particulier, de même que les 0 et les 1 de vos fichiers .avi ne sont que de l'électricité délicatement agencée.
Toute œuvre n'est qu'un arrangement de matière qui diffuse de l'information. Toute œuvre prend plus de temps à produire qu'à copier. Qu'internet ait accéléré la chose change-t-il vraiment le raisonnement ? En outre, la "dématérialisation" n'est elle pas une fiction ? Dans un cinéma on vendait le droit de rester assis devant un écran sur lequel est projeté de la lumière. Si c'est matériel, qu'est-ce qui ne l'est pas, à ce moment-là ? Le cinéma et le théâtre étaient déjà des prestations non-rivales : si 50 personnes s'introduisaient par derrière dans une salle de ciné/théâtre (je l'ai fait, enfant, maintenant y'a trop de vigiles), ça ne nuit pas à la projection et ça n'empêche pas les autres d'en profiter (à part dans une très petite salle). 


…Je pourrais même rajouter que dans la mesure où il existe des centaines de copies d'un livre, le Seigneur des Anneaux était déjà un bien non-rival avant l'informatique puisqu'on avait divers moyens de le posséder et que tout le monde pouvait s'en trouver un exemplaire. Etonnamment personne ne fit vraiment ces raisonnements de merde avant l'arrivée d'internet haut-débit. Le seul raisonnement que font les pirates – libertaires égoistes – est le suivant : je peux le faire alors je le fais, et je vous emmerde. C'est la facilité qui fait le droit, c'est tout.

"Les Droits d'Auteurs doivent revenir à leur situation initiale" ? Quoi, la grotte de  Lascaux ? Les hiéroglyphes égyptiens ? Quelle situation initiale ? Tu veux qu'on parle de quand les artistes étaient rémunérés à la pièce, donc quand ils ne produisaient qu'UNE SEULE OEUVRE et qu'elle profitait à UNE SEULE PERSONNE ? Genre Virgile qui écrivit l'Énéide pour glorifier Auguste ? Michel-ange qui peint pendant quatre ans le plafond de la chapelle Sixtine, au bénéfice du pape Jules II ? Leonard de Vinci qui était au service de François Ier ? Devenir des amuseurs de tyrans, c'est ça votre plan pour les artistes ? Ah ben oui, c'est sûr, vous êtes tellement des défenseurs de la culture. Plus personne n'a les moyens d'entretenir des artistes à lui tout seul pour sa seule fantaisie. Les artistes vivent sur des copies, sur de multiples petits achats de ces copies, et pas sur la bourse des tyrans. La copie sauvage n'est donc pas sans dommage, puisque tu attaques directement le mode de distribution. Ou alors peut-être vouliez-vous parler de quand les livres étaient tous écrits par des rentiers qui faisaient ça dans leur temps libre ? Ouais, devenir un riche entretenu aux frais du peuple, ça me plairait bien aussi, mais c'est une carrière tout aussi fermée.
Loin de promouvoir de nouveaux modèles de production d'oeuvres (Kickstarter, ou que sais-je) leur discours s'applique plutôt à restaurer des modèles archaïques : un artiste produit une oeuvre, n'est payé qu'une seule fois et par une seule personne, bien qu'ils sachent qu'aujourd'hui plus personne n'a les moyens de nourrir des artistes par fantaisie, comme le faisaient Auguste, Jules II ou François Ier.

La prochaine fois que je croise un de ces sales gosses, maintenant, c'est marmite dans la gueule, et au pieu.

5 commentaires:

  1. Tu parles de quels artistes ?
    Cet aticle est uniquement de la branlette inteletuelle, vide de sens, sans style, j'ai lu mieu, ça me deçoi.
    Cordialement
    Ps : j'enmerde mon orthographe.

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    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    2. [edit] Si un raisonnement est à tes yeux de la branlette intellectuelle, je ne te contredirais pas, il s'agit bien de ça. Je décortique une posture rhétorique que je trouve détestable. Ce faisant, j'identifie quelques sophismes et paralogisme que je crois y débusquer, ainsi que l'émergence d'un matérialisme bête, qui ne défend pas la culture et – au contraire – lui dénie toute valeur. Un commentaire intelligent aurait été de me montrer en quoi ces paralogismes n'en sont pas, et en quoi ces raisonnements sont vrais. Etant entendu que vous ne le faîtes pas, c'est moi qui suis déçu.
      Si mon article est décevant et vide de sens à ce point, je ne vois pas de quelle sorte d'univers étrange sort la question "tu parles de quels artistes" au vu des exemples qui parsèment cet article et le précédent qui traitait des mêmes questions. Objections, arguments ? Vos effusions m'intéressent peu si elles ne sont pas en rapport avec ce que j'ai écrit. C'est un peu le concept d'un commentaire.
      Sinon effectivement, il y a quelque chose à dire du côté de ton orthographe.
      En fait, vu à quel point tu es fier de tes défaillances orthographiques, ajouté au fait que je critique cette fierté d'être inculte, j'ai l'impression de lire une parodie de commentaire. Je ne voudrais pas déplaire, mais : c'est une blague ?

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    3. ça ressemble trop à une parodie pour ma part.

      article très intéressant et récapitulatif sur le débat.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.