Blog Archive

jeudi 23 août 2012

Quelle éthique, aujourd'hui ?

Pour un de mes examens de philo, j'ai du rendre un dossier de dissertations et répondre à de multiples questions, à choix. 
Une d'entre elles me parut presquer réutilisable, quoique maladroite dans son exécution. Dans mes travaux académiques, je n'écris jamais librement, d'où un aspect rapiécé peu agréable, au final.
Voici :

B. 4. Dans quel courant de l’antiquité voyez-vous le plus de potentiel pour une éthique aujourd’hui ? Discutez le pour et le contre par rapport aux différentes écoles.










Pour commencer, il paraît absurde de construire une éthique sans se préoccuper du monde dans lequel on vit. C’est même un trope dans l’antiquité. C’est pourtant dans cette optique là que Descartes critiquait la morale de Sénèque comme « un palais bâti sur du sable et de la boue »[1] en cela qu’il n’avait pas fondé de physique scientifique afin d’appuyer ses maximes morales qui se retrouvaient du coup à pendre dans le vide. Pourtant, la prédication morale détachée de la préoccupation cosmologique n’est pas une caractéristique propre à la philosophie antique. C’est même plutôt une exception, dans le stoïcisme impérial (et le cynisme). Dès l’origine de la pensée grecque, la « philosophie de la Nature » fut certes d’importance pour Thalès, Anaximandre, Anaximène, et les autres présocratiques. Toutefois, c’est bien avec Platon[2] que commence la volonté de lier morale et physique. Le dogme platonicient de l’immortalité de l’âme fonde la morale platonicienne de façon transcendante. Ce sont des concepts non-empiriques et non-accessibles à l’expérience personnelle. Toutefois, les atomes d’épicure, l’hégémonikon et la divinité des stoïciens, la souverain bien d’Aristote étaient-ils plus empiriques ? Emile Bréhier allait jusqu’à décrire les stoiciens comme les tenants d’une « philosophie-bloc » dont la physique était inséparable de la morale. Pour Épicure c’est même flagrant : c’est l’existence des atomes qui permet de se libérer de la peur de la mort puisque la mort ne saurait être rien d’autre qu’une dispersion, qu’un retour à la nature : « la mort n’est rien pour nous car ce qui est dissous n’a pas de sensation, or ce qui est privé de sensation n’est rien pour nous » (Maximes, II)


Par conséquent, il est inutile de chercher à transplanter ces paradigmes dans des mondes différents. A un athée matérialiste il serait inutile de comprendre le voyage de l’âme décrit par Platon dans le Phèdre, puisqu’il ne saurait y ajouter créance. Il nous faut premièrement regarder quel type de monde a-t-on élaboré au XXIe siècle, à moins de vouloir réinvestir la pensée archaïque des grecs, sur le plan cosmologique (géocentrisme). Quel monde devant nos yeux ? Nous semblons vivre dans un monde d’atomes, ce qui favoriserait a priori la pensée d’Epicure, néanmoins rappelons-nous, afin d’éviter les anachronisme que l’atomisme d’un Démocrite ou d’un Epicure s’éloigne énormément de celui de Bohr, par exemple. En outre notre physique s’est longtemps passée de l’atome. Fresnel et Maxwell, deux pionniers de la théorie des ondes, ne croyaient pas à la réalité des atomes. Certes, cela permettait aux chimistes d’effectuer leurs petits calculs, mais cela ne saurait être rien de plus qu’une façon de voir qui était certes pratique, mais fausse. Eux-mêmes fondaient tous leurs calculs sur la vision d’un monde continu[3]. En effet, Maxwell intégrait encore l’éther dans sa théorie, qui était donc le milieu vibratoire dans lequel les ondes se propageaient dans l’espace.[4] L’éther était alors un concept « métaphysique » pour Poincaré[5]. Il soutenait la théorie, et peu importe s’il était réél ou non, les équations se fondaient sur son existence et elles fonctionnaient. On peut relier à cela la phrase de Niels Bohr : « il serait absurde de dire que la physique s’occupe du monde en soi. Elle s’occupe de ce que l’on peut en dire. » On utilise un modèle du monde pour ses résultats, on ne se prononce pas sur sa véracité. Comment le pourrait-on ?


Plus aucun physicien aujourd’hui n’oserait prétendre à connaître le monde tel qu’il est. Tout ce qu’on connaîte procède de tatônnements. On ne connaît les choses que dans leurs relations[6] les unes avec les autres. Un jour découvrira-t-on le Boson de Higgs ? Pas vraiment. On découvrira la trace de son interaction, avec une certaine probabilité que ce soit la sienne.[7] Le monde n’est plus connu. Il est appréhendé dans un modèle qui donne des résultats probants, avant que ce dernier ne soit remplacé à nouveau par le suivant.[8]


Par conséquent, que signifie dès lors « le monde dans lequel on vit » si le nôtre n’est plus donné ? Le principal dénominateur commun de la physique moderne, c’est qu’elle est complète(ne requiert pas de concepts externes), déterministe (ses lois s’appliquent toujours de même façon) et empirique (elle procède de l’expérience). Ce constat fait, aucune des visions du monde antique ne nous paraît désormais adaptée. Certes les Epicuriens sont atomistes, mais ils sont indeterministes. Certes, les Stoiciens sont déterministes, mais le monde y est sous-tendu par un principe spirituel (donc non-empirique, i.e. métaphysique). A plus forte raison, ce réquisitoire tient contre Platon : toute sa morale se fonde sur le voyage de l’âme immortelle et sa rétribution après la mort, jamais prouvé ni raisonné mais illustré par des mythes. Sans cette arrière-monde et les réincarnations rétributives, ses doctrines ne tiennent plus debout ; et Socrate est mort en vain. Si l’univers ne s’occupe pas de récompenser les bons et punir les méchants comme Platon le dit, alors son monde est parfaitement injuste et sa conception de la justice erronée. Certes on peut choisir d’y croire, mais l’on entrera dans le domaine de la foi, et par la même, de la religion.


L’antinomie fondamentale entre la Stoa et le Jardin procède de cet enracinement dans la physique des choses. Tous deux ne fondent pas tant leur morale sur la physique que sur la métaphysique[9]. Pour Epicure, l’indeterminisme du monde permet à la liberté humaine de s’intercaler, de même que le clinamen des atomes, leur dispersion au hasard ôte tout sens supérieur au monde[10], d’où la nécéssité de ne plus avoir peur de la mort. Pour les stoiciens c’est précisément ce qui serait effrayant : un monde vide et où la mort est néant. C’est l’antinomie entre la dispersion des atomes et le retour à l’unité(dans la raison du monde). En cela Epicure l’emporte sans doute sur les stoiciens puisque ceux-ci justement ne sont pas impassibles comme une fin en soi, il le sont uniquement parce que c’est leur fonction de s’inscrire ainsi dans l’ordre du monde[11] comme dans la « pièce de théâtre » décrite par Epictète. Si l’on s’accorde avec Aristote et Platon que le souverain bien doit se suffire à lui-même Epicure a trouvé dans l’ataraxie son souverain bien, puisqu’elle se justifie en soi, afin de pacifier l’existence et de la rendre supportable ; alors que pour un stoicien la vertu et l’endurance ne sont que des moyens, un devoir vis-à-vis du monde. Monde, qui comme nous le postulons peut être remis en question, donc ce bien ne saurait être souverain.


« Mise à jour » de la physique stoicienne : Descartes


On pourrait alors tenter de « traduire » ces systèmes de pensée afin qu’ils s’accordent avec nos paradigmes. C’est ce que tenta Descartes, dans sa relecture du Stoicisme, qu’il tenta de prouver par la physique[12].


Certes la physique cartèsienne est tout aussi désuète que celle des stoiciens. Dans la Dioptrique, il affirmait que le fait de regarder plus ou moins loin dépend de la dilatation de la pupille, alors même qu’il reconnaît qu’elle varie en fonction de l’éclairage de la pièce. Aujourd’hui on dirait que c’est le fait de la contraction du cristallin – qui peut donner l’impression d’une pupille agrandie selon l’angle sous lequel on regarde. Toutefois dire que ce mouvement doit être appelé volontaire puisqu’il participe de notre volonté de bien voir peut encore être soutenu. Cristallin ou pupille, ça ne change qu’un des termes de la phrase. Toutefois, si on affirmait que puisque 1) la dilatation de la pupille conduit à voir loin et 2) la lumière peut faire s’étrecir ladite pupille alors il serait possible de contrer nos volontés (ou même de voir bien sans action de l’œil) serait faux. Et si la morale cartèsienne se basait là-dessus, elle ne saurait plus être valable aujourd’hui. Mais quand sa physique ne décrit qu’une chaîne de conséquence, elle peut être « mise à jour ». Par exemple, la chaîne entre l’âme qui veut et la main qui se meut – qui passe par la glande pinéale, les reflux d’esprits animaux le long des « canaux » dans le bras, qui vont activer les esprits animaux contenus dans les muscles pour déclencher les mouvement – peut être remplacée sans autre par des nerfs, leurs axones et les interactions électriques et chimiques du système nerveux puisque le problème reste le même : entre nos mouvements et nos pensées se trouve une chaîne causale parfaitement explicable d’un bout à l’autre sans qu’on n’ait besoin d’invoquer l’esprit en quelque façon que ce soit. Où l’insérer ? Ceux qui rient des thèses cartésiennes et s’imaginent avoir résolu toute la philosophie de l’esprit en remplaçant la glande pinéale par le néocortex ne font que transposer le problème. Et c’est justement ça qui nous permet de faire abstraction de la désuétude de la physique cartésienne : le problème est transposable, dans tout système admettant que notre corps est déterminé et clos. Voir la physique cartésienne comme un prologue à la modernité triomphante et positive serait un non-sens : Descartes n’était ni atomiste, ni matérialiste. Mais la place laissée à la res extensa suffit pour y sertir nos paradigmes.[13]


Le déterminisme des stoiciens se fondait en partie sur l’astrologie et la conviction attenante de l’alliance des mouvements celestes et terrestres. (e.g Marc-Aurèle, Pensées, VII, 47) mais on peut évacuer ces conceptions problématiques en ne retenant que l’aspect déterministe précédemment évoqué. En cela ces doctrines restent pertinentes, puisque les succès de la science nous crient au visage que nous vivons bien dans un monde déterminé, il faut bien apprendre à s’insérer dans cette continuité. Astres ou atomes, tant que le monde est déterminé, le stoicisme trouvera preneur, peut-être pas en tant que système du monde mais en tant que praxis de maîtrise de soi et de ses désirs. C’est sans doute pour ça d’ailleurs que ce courant s’est, dans son devenir romain, peu à peu recentré sur la prédication morale. (Sénèque, Epictète, Marc-Aurèle)


Indifférence de la physique : Marc-Aurèle.


Certes notre titre prête à confusion. Bien sûr que oui, Marc-Aurèle se soucie de physique et est persuadé que la Providence et la Raison guident le monde. Néanmoins il n’a aucun problème à mettre ses conceptions en balance avec l’indeterminisme matérialiste des Epicuriens[14] : ainsi « Tout faire tout dire et tout penser en homme qui peut à tout instant sortir de la vie. Quitter les hommes s’il y a des dieux n’a rien de redoutable, car ceux-ci ne sauraient te vouer au malheur, mais s’il n’y en a pas, ou s’ils n’ont aucun soin des choses humaines, qu’ai-je à vivre dans un monde sans Dieux et sans Providence ? » (Pensées, II, 11)[15]


Marc-Aurèle parvenait à dépasser le clivage[16] et à dire « au fond, s’il y a des atomes, je peux toujours raisonner pareillement ». Il ne s’agissait pas de trouver quelle était la physique correcte mais bien de trouver une morale qui s’adapte à n’importe quel type de physique. Après tout pour nous cela nous semble logique : le contrôle de soi stoicien, et l’éthique des désirs utiles/inutiles épicurienne ne se croisent-elles pas après tout, pour peu qu’on parvienne à considérer leurs postulats (atomes, providence) commes des hypothèses ?


Par conséquent, la morale du stoicisme impérial a réussi à partiellement synthétiser l’apport de l’épicurisme. En effet, le stoicisme pourra toujours servir comme praxis servant à s’insérer dans un monde déterministre et l’épicurisme pour appréhender un monde sans apports de croyances en Dieu ou en la providence.[17]


Et voilà peut-être le critère qui permet de juger les grands systèmes : ils se peuvent poursuivre dans le temps. Car tant qu’il y aura de la souffrance et des émotions négatives, le stoïcisme trouvera preneur ; et tant que nos concepts nous décriront notre corps comme un automate, les « esprits animaux » ou la Providence trouveront leur traduction dans les nouveaux paradigmes. On peut postuler que ces adéquations avec notre pensée procède d’un hasard voire de la vision déformée que nous appliquons sur le passé et que nous nous efforçons d’accorder à nos concepts, mais j’ai pris ici le parti de considérer que la « modernité » des stoiciens n’était pas accidentelle.






Morale indépendante : Aristote.


Aristote se démarque quelque peu. Sa morale semble un domaine parfaitement indépendant du reste du corpus[18] en quoi elle serait donc toujours applicable puisqu’elle ne se fonde pas sur des concepts empiriques tels que l’amitié, la cité, la confiance, l’équité, etc. dont on trouve les équivalents aujourd’hui sans besoin d’une théorie d’arrière-plan pour tout faire concorder. La vertu d’Aristote et le souverain Bien sont détachés – ou détachables – du contexte : « Si nous posons que la fonctiond de l’homme consiste en un certain genre de vie c’est-à-dire dans une activité de l’âme et dans des actions accompagnées de raison (…) c’est donc que le bien pour l’homme consiste dans une activité de l’âme en accord avec la vertu» (EN I 6, 1101a13-16) En cela l’Ethique à Nicomaque ne vieillira sans doute jamais. Certes les autres pensaient graver dans le marbre leurs doctrines en les démontrant, mais combien ambitieuses peuvent nous sembler ces entreprises désormais quand les atomes d’épicure, le Dieu stoicien ou les esprits animaux de Descartes ne sont plus désormais qu’un moment de l’histoire que peu de gens voudraient réssuciter. La perspective eudémonique d’Aristote est donc toujours viable, même si elle manque peut-être parfois de précision dans ses prescriptions et l’application qu’on doit en faire aujourd’hui.


Conclusion : le monde, la cité ?


Marc-Aurèle ne cesse de le répéter, le monde pour lui est une cité. (Pensées, [IV, 4], [IV, 3]) on a déjà critiqué ce point de vue. Ne revient-il pas à absoudre le monde, à donner son consentement à tout ce qui survient puisque tout participe d’un ordre du monde dicté par la raison, que tout est nécéssaire ? (« Souviens-toi que tout ce qui arrive arrive justement. » Pensées, IV, 10) N’est-ce pas précisément ce que Marx disait des philosophes ? Qu’ils n’ont fait qu’interpréter le monde alors qu’il fallait le transformer ?


Pourtant ils ont essayé de parfois le transformer, du moins en pensée. Zénon aurait écrit une République, très admirée, mais ce qui est sûr c’est que Platon l’a fait. A défaut d’être sûr que l’ « univers est une cité » on pourrait essayer de créer une cité au sein de l’univers, d’ordonner le monde, si l’on est pas sûr qu’il le soit de lui-même. N’est-ce pas l’entreprise de fondation de la Cité dans la République ? Une tentative de trouver ce qui est juste ? Après tout, ce qui est juste, c’est de remplir sa fonction à sa place. Et si pour les stoiciens notre place est à trouver dans l’univers, Platon donne à chacun sa place et c’est fini : il n’y a plus qu’à se tenir coi et à faire marcher le monde. Ceux qui ne sont pas heureux n’ont pas à rechigner parce que des gens entièrement heureux ne pourraient faire fonctionner une société. (le potier cesserait de faire des pots, etc.) N’est-ce pas la fin des utopies que de dresser le tableau d’une cité parfaite où pourtant les individus ne sont pas heureux ? (417b-422c) D’admettre que malgré toutes les concessions faites, malgré les mensonges, l’eugénisme et les tirages au sort truqués la cité ne satisfaira pas tout le monde et s’effondrera quoi qu’il advienne ? (voir plus bas, transitions entre les divers régimes imparfaits, livre VIII et IX) Nous avons dirigé notre démarche en regardant le lien de la physique avec la morale. D’aucuns nous objecteront que nous aurions du la regarder en lien avec l’économie ou le tissu social et peut-être également bâtir notre cité idéale. Cependant nous n’avons plus aujourd’hui le privilège de rêver de la cohérence. Tout le monde s’imagine avoir la solution à tous les problèmes du monde, mais personne n’arrive à se coordonner. N’a-t-on le choix qu’entre ces deux éventualités pour enfin comettre une action juste : soit bâtir une cité idéale dans laquelle toutes les actions deviennent automatiquement justes, de par le fait que les citoyerns consentent à leur asservissement ; soit justifier le monde entier dans une grande théodicée, une tentative d’absoudre le mal ?[19] Et peut-être que c’est mieux ainsi, que les utopies totalitaires ne peuvent plus nous tomber dessus et que c’est tant mieux, puisqu’après tout l’unanimité n’existe pas. Nos systèmes, comme la cité de Platon sont devenus trop grands pour échapper à la corruption. Nul ne peut contrôler uniformément tous ces assemblages complexes. On peut bien tenter d’édifier dans notre coin des temples de pierre dans leur froide symétrie, mais nous ne sommes pas seuls, et les temples s’entasseront les uns sur les autres. Descartes disait que les lois de Sparte n'étaient pas bonnes par leur bonté ou leur beauté mais bien parce qu'elles étaient l’œuvre d'une seule volonté, que c'était la cohérence, comme dans un édifice conçu par un seul architecte, qui lui donnait sa fonction et évitait que les lois Spartiates se contredisent. Mais si les bâtisseurs ne parlent pas la même langue, au lieu du cercle parfait de l’Atlantide on aura le tas informe de la tour de Babel. Centrer mon étude sur l’individu et le monde est était sans doute égoiste et négligeait la société, mais il semblerait bien que nous n’ayons plus le privilège de rêver de la cohérence.








[1] « comme au contraire je comparois les écrits des anciens païens qui traitent des mœurs, à des palais fort superbes et fort magnifiques qui n’étoient bâtis que sur du sable et sur de la boue : ils élèvent fort haut les vertus, et les font paroître estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde ; mais ils n’enseignent pas assez à les connoître, et souvent ce qu’ils apprennent d’un si beau nom n’est qu’une insensibilité, ou un orgueil. ou un désespoir, ou un parricide.» – Discours de la Méthode, première partie.


[2] Peut-être avec Démocrite, mais il est difficile de juger.


[3] Et non discontinu(i.e. atomique).


[4] Le problème peut se comprendre ainsi : les ondes sonores sont de l’air qui vibre, si je lance une pierre dans l’eau, je verrai les ondes de choc se propager à la surface, parce qu’elles font vibrer de l’eau. Mais si le monde est fait d’atomes, il y a nécéssairement du vide entre les atomes (sans quoi alors, s’il y a un fluide entre les atomes, c’est que le monde n’est pas entièrement fait d’atomes…) et s’il y a du vide, comment une onde peut-elle se propager ?


[5] Certes nul ne prétend qu’Einstein est un métaphysicien, puisqu’il a réussi à montrer à l’aide de l’expérience des interféromètres de x la non-pertinence du concept d’éther. En effet, les mouvements de la lumière dans l’éther auraient du varier de vitesse en fonction de la direction dans laquelle elle nouse parvenait, vu la rotation de la terre. Or elle était la même dans toutes les directions. Les partisans de l’éther affirmèrent dès lors que l’éther se « contractait » dans les directions attenantes pour expliquer cela, ce qui faisait que les déformations étaient indétectables. Ce à quoi Einstein répondit que dans ce cas le concept d’éther, en plus de ne pas être empirique était par conséquent inutile puisque ses effets étaient indetectables. Auparavant Schopenhauer avait déjà décrié le concept d’éther comme une « fiction ». En outre, le même type de discours s’effectue aujourd’hui autour de la matière noire : la matière noire aide la recherche en astrophysique, néanmoins c’est un concept qui émane d’un vide de la théorie, pas d’une observation ou d’une expérience. Ou plus exactement, du fait que la théorie ne marche plus et que les galaxies ne tournent plus à la « bonne vitesse ».


[6] C’est d’ailleurs ce que Nietzsche dit dans le livre du philosophe : « ».


[7] Et une fois découvert, on pourra dire que c’est parce que le Boson de Higgs interagit plus avec certaines particules qu’elles ont une masse plus élevée. Et pourquoi interagit-il plus ?… La plupart des réponses aux « pourquoi » sont en définitive des « parce que ».


[8] La physique quantique, la théorie des cordes, la théorie de la gravité quantique à boucles sont tant d’autres modèles qui viennent se superposer à celui de la supersymétrie.


[9] Au sens contemporain du terme métaphysique.


[10] Ou plutôt : même si le monde est ordonné, cet ordre est fortuit.


[11] E.g. « Les œuvres des dieux sont pleines de providence ; celles de la Fortune ne se font pas sans la nature ou sans être filées et tissées avec les évènements que dirige la Providence. Tout découle de là. De plus tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie.(…) » Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, II, 3.


[12] Troisième maxime provisoire du Discours de la Méthode (3ème partie) mais également «presque toutes les choses du monde sont telles, qu'on les peut regarder de quelque côté qui les fait paraître bonnes et de quelque autre qui fait qu'on y remarque des défauts.» – Lettre du 6 octobre 1645 mais ce philosophème aux teintes stoiciennes se retrouve dans deux précédentes ; autour de juin 1645 ("Car il n'y a point d'événements si funestes, ni si absolument mauvais au jugement du peuple, qu'une personne d'esprit ne les puisse regarder de quelque biais qui fera qu'ils lui paraîtront favorables") et du 24 mai 1645 : (« (…) l'inclination que j'ai toujours eue à regarder les choses qui se présentaient du biais qui me les pouvait rendre le plus agréables, et à faire que mon principal contentement ne dépendît que de moi seul (…)»)


[13] Même si chez Descartes, le rôle de Dieu est souligné et affirmé. « (…) Par la nature, il ne veut pas entendre nos inclinations naturelles, vu qu'elles nous portent ordinairement à suivre la volupté, contre laquelle il dispute ; mais la suite de son discours fait juger que, par rerum naturam (la nature), il entend l'ordre établi de Dieu en toutes les choses qui sont au monde, et que, considérant cet ordre comme infaillible et indépendant de notre volonté, il dit que : rerum naturae assentiri et ad illius legem exemplumque formari sapientia est (donner son assentiment à la nature et se conformer à sa loi et à son modèle, telle est la sagesse), c'est-à-dire que c'est sagesse d'acquiescer à l'ordre des choses, et de faire ce pourquoi nous croyons être nés; ou bien, pour parler en chrétien, que c'est sagesse de se soumettre à la volonté de Dieu, et de la suivre en toutes nos actions » - Lettre du 18 aout 1645


[14] Ni à leur donner de l’argent lorsqu’il finance les écoles de philosophie Athéniennes.


[15] Voir également : « Mais peut-être as-tu de l’amertume pour le lot que l’ensemble t’assignes ? Rappele-toi le dilemme : Ou une providence ou des atomes, et par quels arguments il a été prouvé que l’univers est comme une cité »(IV, 3) « Sur la mort : c’est une dispersion s’il n’y a que des atomes. Mais s’il y a retour à l’unité, c’est une extinction ou une émigration » (VIII, 32) « Qu’il y ait des atomes ou qu’il y ait une nature, il faut d’abord admettre que je suis une partie du tout. »(X, 6)


[16] Au fond à dépasser cette aporie que Kant inscrivaiit dans ses antinomies de la raison pure.


[17] Certes il faut donner son assentiment à l’existence des atomes, qui ne sont pas non plus un concept empirique, mais cela ne suppose pas de consentir à un ordre du monde ou une raison qui ordonne le monde, par conséquent, ça laisse le monde intact. Entre un monde sans lois et un monde avec un concept plaqué par-dessus qui n’a que peu de conséquences logiques.


[18] Tout comme quasiment chaque part du corpus. En ce sens, ce n’est plus du tout une philosophie-bloc et la scission entre sciences naturelles et sciences humaines est déjà fortement amorcée.


[19] Leibniz a écrit une théodicée, mais Hegel affirmait également que toute son entreprise était une théodicée. A ce stade, on peut plutôt parler de cosmodicée.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.