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lundi 24 septembre 2012

Samourai Jacques et Perceval

…ou La quête du Graal et du portail temporel.

Un projet qui me trotte en tête depuis un moment, Samurai Jack et Perceval, deux mecs lancés dans des quêtes infinissables, qui se rencontrent. Bien sûr, il s'agirait de pousser le personnage de Samourai Jacques (pan dans les dents du copyright) bien au-delà des quatre saisons offertes sur Cartoon Network, au point que, j'en ai peur, on ne le reconnaisse plus vraiment.






mardi 18 septembre 2012

Les familles d'artistes selon Scott Mc Cloud

Avant-propos : ces catégories énoncées par Scott Mc Cloud valent pour la bande dessinée mais j'imagine qu'on peut trouver dans tous les médias et chez tous les artistes une échelle de priorité entre beauté, forme, contenu et vérité. Même si, à mon sens, la musique fait bande à part, puisqu'elle cherche à évoquer une beauté immédiate et pure et que le critère de "vérité" ne transparaitrait que dans les paroles, bagage pas forcément utile dans la composition.


Comment se font les oeuvres d'art ?
Dans l'Art Invisible (V.O. : Understanding Comics, 1993) une bande dessinée sur les bandes dessinées ,qui pourtant en profitait vous parlait de l'art en général et du sens de la vie, Scott Mc Cloud décrivait les différentes composantes dans la fabrication d'une oeuvre en 6 étapes qui se suivent.

  1. L'idée : qu'est-ce que je veux faire, qu'est-ce que je veux dire ?
  2. La forme : Est-ce que ça va être une peinture à l'huile, une chaise couverte de craie, une vache coupée en deux couverte de mouches, un film, un dessin animé ?
  3. L'idiome : quel genre est-ce que ça va être ? Si c'est une peinture, serai-je impressionniste, hyperréaliste, impressionniste ? Si c'est un film, sera-ce un Western, de la science-fiction, une comédie romantique, un thriller, etc. ? Ou bien est-ce que mon oeuvre est si particulière que j'aurais besoin de créer un genre à part et donc d'édifier de nouveaux codes ?
  4. la structure : l'architecture de l'oeuvre.
  5. la technique : les ficelles du métier. L'anatomie pour le dessin, le cadrage et le montage en cinéma, etc. Tout ce qui est de l'ordre du "savoir-faire" du "comment est-ce que je vais faire ça ?" 
  6. Et finalement : l'apparence. Ce qui tape à l'oeil quand on regarde l'oeuvre, la finition, le style de l'image ou de la musique.
Scott Mc Cloud notait que très souvent les artistes faisaient le chemin à l'envers. On commence par recopier des oeuvres dont on aime l'apparence, puis seulement après on travaille les techniques qui permettent d'atteindre ces apparences (dans le cas du dessinateur, on planche sur l'anatomie et la perspective). Enfin on se rend compte que la structure est presque plus importante. Que l'enchaînement des cases peut faire beaucoup plus qu'une grosse contre-plongée de ninjas à gros nichons en tenues moulantes sur des motos qui explosent en tombant de la tour Eiffel, qui a pris 20 heures à dessiner. Et si un auteur va plus loin que la structure, il devra trouver un genre particulier, un type de voix qui lui soit propre, un genre d'oeuvre tellement particulier que ce changement de genre devra influencer toute son oeuvre.
Et s'il va encore plus loin, l'auteur devra se poser la question suivante : Qu'est-ce que j'ai à dire ?

Là il se trouve devant les deux premiers choix, en réalité :
  1. Veut-il dire quelque chose sur le monde et la vie en général (idée) ?
  2. Ou veut-il dire quelque chose sur la forme de son oeuvre (la bande dessinée, le cinéma, le roman) ?
Dans la première famille, on trouve les grands raconteurs d'histoire. Côté BD ça donne Barks, Hergé ou Will Eisner. Ils s'en foutent de faire des beaux dessins ou des enchaînements de cases complètement dingues (même s'ils en font souvent) ce qui compte c'est que le message passe. Dans la deuxième, ceux qui veulent explorer les limites et les possibilités de la bande dessinée, au risque d'être monstrueusement chiants : par exemple, Spiegelman (j'ai pas d'autres idées j'en lis pas d'autres, ils sont souvent affreusement chiants quand ils ne se consacrent qu'à ça).
Donc beaucoup de gens me disent que ce qui importe en BD, cinéma ou autre, c'est pas du tout l'histoire. Ce à quoi je répond poliment :
D'ailleurs je débattais souvent avec Giovanni Zuccarino sur internet quant à la question est-ce que la réalisation est plus importante que le scénario ? Pour moi, adepte invétéré de l'Odieux Connard dès ses premières heures (bon, disons ses premiers mois), le scénario doit forcément l'emporter. L'histoire, l'essence, la morale de l'histoire. La réalisation étant, sans vouloir vexer personne, un emballage. Sans quoi, on se contenterait de filmer des scènes sans qu'elles soient reliées, en exploitant leur pure beauté plastique. Débat peu intéréssant parce que je dispose de peu d'arguments, et que les deux postures se valent :
Soit on dit que l'histoire est plus importante parce que sans elle on pèterait les plombs.
Dans Faire de la Bande Dessinée (V.O. Making Comics, ) Scott Mc Cloud développait cette distinction pour l'étendre à quatre familles d'artistes. Entendons-nous bien : il ne veut pas dire, par "famille" un groupe d'individus clos et qui ne pourrait jamais sortir de son identité propre. On peut cumuler ces intérêts et ces aspirations artistiques. Lui-même comparera ces quatre "familles" à des feux de camps, rassemblant divers auteurs et dont on pourrait s'approcher plus ou moins, voire se tenir à équidistance de deux feux. On trouve pour commencer les plus répandus, en tout cas en bande dessinée :


Les Animistes

(en traduction française quoique je ne comprend pas le choix de ce mot) Ce sont les auteurs qui s'intéressent le plus fondamentalement à l'histoire, aux personnages, aux émotions suscitées. L'idée que la forme ne compte pas. Qu'une bonne histoire transcendera toujours une forme maladroite, un dessin gâché, un film amateur, un mauvais jeu d'acteur. Du coup, si l'on doit faire passer le contenu avant le contenant, on doit diminuer les fioritures, rechercher l'essentiel, l'efficacité, la simplicité pour faire passer le message. Le style, la technique, les choix doivent être soumis au message, à l'histoire.
On voit que dans les deux familles de l'Art Invisible, ils se situent dans la catégorie qui veut dire des choses sur l'existence, la vie, les hommes, l'amour, etc. plutôt que sur la BD en soi.
Par exemple, XKCD, le webcomic traitant de sujets scientifiques, informatiques ou autres, généralement très complexes. Inutile par contre de se fatiguer à dessiner comme Michel-Ange pour faire passer ces théories, des bonhommes en bâtons suffisent.

http://xkcd.com/1088/
On peut dire que justement c'est rébarbatif, et qu'on apprécierait bien un peu de décors de temps à autre,  des prouesses techniques ou autres. Mais Scott Mc Cloud lui-même disait que le dessin simple était beaucoup plus éfficaces pour faire passer un message, pour s'identifier avec le personnage dessiné :

Les prouesses techniques, c'est justement le job de ce que Mc Cloud appelle…

Les Classiques.




Ceux qui cherchent la beauté plastique, l'esthétique pure. Faire des beaux décors, des beaux travelling, bref tout ce qui claque et qui évoque la beauté pure. En bande dessinée, on pourrait trouver, parmi de nombreux autres, j'imagine. la série Rork par Andreas, mon coup de coeur du moment :
Dieu, j'aimerais bien avoir un trait aussi clair et pur.
 Cependant, comme il existe de nombreux types de beautés, il parait parfois difficile de faire la distinction entre ce groupe et le suivant, selon le média. La beauté dans Watchmen tient beaucoup plus dans les enchaînements de cases que dans le dessin de Gibon. En outre, la beauté d'une illustration ne fait pas la beauté d'une BD contrairement à ce que me disait un des mecs du Staff du BD-FIL : "L'IMPORTANT CAY LES BO DESSINS" Oui, clairement, t'as tout compris.

En parlant d'enchaînements de cases audacieux, on peut par contre s'attacher plus à la forme qu'au contenu ou à la technique. A faire évoluer la bande dessinée, c'est ce que font…


Les Formalistes

Ils cherchent à promouvoir de nouvelles formes de médias, à repousser les limites formelles. Le premier type qui a pensé à utiliser une bulle de bande dessinée en était un. C'est un réservoir d'avant-gardistes qui utilisent des techniques complètement folles, au risque de rendre leur oeuvre illisible. Souvent, leurs créations seront reprises par des auteurs moins talentueux qui les dilueront dans leurs histoires, et les rendront populaires.
Ils sont utiles pour que le média progresse, très utiles. C'est même la cellule d'innovation de la BD. C'est  eux qui inventent les gimmicks que tout le monde reprendra ensuite. Si on fait des petits traits partout, qu'on utilise des bulles ou de cases c'est grâce à certains de ces élans. Mais parfois…
Disons que quand je lis une bande dessinée sans histoire, avec seulement des cadrages successifs de pièces d'une maison, comme visitée par une caméra, je me dis, "ouah, c'est beau" que ce soit le dessin, les perspectives, les transitions. Pour autant, ça reste de la force dépensée en vain. Ces décors devraient servir à illustrer une histoire, pour moi. Là, ils perdent de leur intérêt quand ils n'accueillent pas de protagonistes.
Un exemple d'exercice formel de la part de Spiegelman : les cases peuvent être lues selon un ordre différent, et en boucle, suivant les flèches jaunes.  
La dernière catégorie est la plus difficile à distinguer des animistes, en fait.

Les iconoclastes 

(sérieusement la V.F. ?)


Contrairement aux "animistes" qui cherchent juste à raconter des histoires émouvantes, drôles, horrifiantes ou étranges selon le genre et les buts de l'artiste, les "iconoclastes", eux, veulent faire des histoires vraies. Montrer les verrues du visage de la vie, ce genre de truc. On recherche l'authenticité, la violence de la réalité, au détriment de la beauté. Mais quelle différence fondamentale avec les Animistes ? Eux veulent raconter des histoires, là, c'est simplement qu'on veut des histoires authentiques.
Iconoclaste signifie simplement "destructeur d'images" et ce que Mc Cloud voit comme une "famille" d'artistes à part entière, j'ai bien peur que ce ne soit qu'une excuse pour saloper ses dessins, pardonnez-moi l'expression. La seule chose qui les distinguerait serait vaguement une histoire de style de dessin et une de contenu. C'est plus un genre au sein des animistes, pour moi.

J'avais causé de Maus, ici.

L'archétype de cette BD serait pour moi Maus de Spiegelman, racontant le parcours de Vladek, le père d'Art Spiegelman, dans les camps de concentration pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Le dessin est simple, voire simpliste, mais c'est une BD qui bouleverse. Spiegleman avait envisagé de la réaliser à la carte à gratter, en faisant preuve de la virtuosité souvent associée à cette technique, néanmoins il y avait renoncé, avec les mêmes arguments que McCloud : ça augmente la distance avec le spectateur. Ca lui clame à la gueule "je sais dessiner comme ça", ça nous rappelle qu'il y a un dessinateur et qu'on lit une BD, nuisant à l'immédiateté du récit, d'autant plus qu'on s'arrête pour admirer chaque case.

Bien entendu, dit McCloud, ces familles ne sont pas des clans étanches : Moebius réussissait à produire un dessin magnifique et à arriver à des prouesses formelles également. De même qu'on peut être formaliste et animiste, ou classique et iconoclaste. Après tout, tout le monde voudrait faire une BD belle, émouvante, innovante et vraie ; mais souvent un auteur ne favorise qu'une ou deux de ce priorités.

Au final, je pense que la grosse différence entre formalistes et classiques, non seulement c'est que les formalistes vont du côté de l'innovation et les classiques de la tradition, mais aussi que la beauté mise en place par les classiques est évidente. La beauté des paysages ou des personnages saute aux yeux tandis que la beauté formelle doit être cachée et justement faire son office sans crier quelle est là.



mercredi 12 septembre 2012

Power Girl la mal-aimée



"Power Girl(…)often came off as a bitch, as was often the case with strident feminists" – Mike Madrid, Supergirls, chap. 7, p. 167

C'est fou comme Power Girl est mal-aimée.
Que ce soit par les critiques féministes habituels, que ses gros seins apparents à travers le trou béant sur sa poitrine la réduiraient à un fantasme sexuel masculin et donc s'ajouterait à la cohorte de personnages féminins négatifs déjà présents dans le monde des super-héros, en plus de sur-sexualiser son apparence ; ou bien par les autres critiques – plus souvent masculins, du coup – qui trouvent que c'est une "bitch" vu qu'elle est outrageusement féministe, qu'elle gueule sur les mâles qui la mettent de côté et qu'elle ne supporte pas d'être vue comme la subalterne ou le produit dérivé de Superman, son cousin. (ce qui explique en partie le trou sur sa poitrine. On lui avait confectionné un logo : un P agencé comme le S de Superman, mais elle l'avait refusé violemment, ne voulant pas être assimilée au Kryptonien)
Je comprends la première objection, celle de son apparence, forcément sexuelle, quoique plusieurs auteurs ait trouvé moyen de dévier les flèches qu'on leur lançait là. "Elle vient d'une culture extraterrestre qui n'a pas les mêmes standards de pudeur", ce genre d'excuses. Ou alors, interpellée en 1992 dansJustice Ligue Europe #37 elle dit que son costume montre "what I am: female, healthy. If men want to degrade themselves by staring, that's their problem, I'm not going to apologize for it."
Je trouve qu'elle a raison sur ce point : si des mecs regardent, tant pis pour eux. Elle dispose de son corps comme elle l'entend, et tant pis pour le reste du monde. Ce qui est également un message d'émancipation possible, mais qui, contrairement à une burqa, permet en plus de faire saliver le lecteur masculin pubescent, ce qui explique peut-être pourquoi il a été retenu.
Personnellement, je pense qu'on devrait dépasser le conflit sur son apparence. C'est sa marque de fabrique : gros seins, trou rond dans son costume blanc moulant. Dessiner Power Girl, c'est dessiner ce personnage, de même que superman a un costume bleu, personne ne s'en choque. Ces personnages ont été créés il y a plusieurs décennies, maintenant gravés dans le marbre et à utiliser tels quels avec leurs attributs, ou à délaisser. Le choix était peut-être maladroit, je ne pense pas. J'aime à penser qu'on puisse être un jour dans un monde suffisamment innocent pour voir des seins pareils sans sourciller.
Or ce n'est pas un personnage inintéressant. En quête de son identité et d'émancipation, si on arrêtait de mater sa poitrine cinq secondes on pourrait se rendre compte que les histoires où elle figure ne sont pas si bêtes, et qu'elle est loin d'y tenir le rôle d'une icône sexuelle (après, dans l'imaginaire des fans, c'est tout autre chose…).
Bref, ses actions parlent plus que ses seins, ils sont là pour qu'on la reconnaisse, pas pour qu'on bande dessus. Passez outre, et appréciez vos comics. Et arrêtez de traiter de pute tout personnage féminin un peu vindicatif. (Mike Madrid va jusqu'à utiliser le terme Superbitch)

samedi 8 septembre 2012

Réflexion sur les métaphores filées dans les histoires.








Oui, je sais, le débit de laru.ch a cruellement décru, mais j'essaie de revenir avec deux-trois articles. Le souci, c'est que je regarde principalement du Doctor Who ces temps-ci et qu'un article pour vous faire découvrir ça, c'est un peu trop large pour moi. Je veux dire, des épisodes de l'ancienne série j'ai du en regarder trois. Faut dire qu'ils font 3h60 mais bon. Tentons pour l'instant une petite réflexion…   Comme le disait David TMX dans la chanson qui nous a inspiré ce titre, une métaphore c'est quand tu parles d'un truc, mais qu'en fait tu parles pas vraiment du truc. (clique) Une métaphore remplace ou abstrait des éléments du sujet dont on veut parler pour les réduire à ce dont on veut vraiment s'occuper, en faisant ainsi une analogie, un remplacement afin de faciliter la compréhension ou de déclencher une certaine émotion, de par le symbolisme fort que la métaphore peut véhiculer. Si je cherche à vous montrer l'affection qui unit une famille en les symbolisant dans un film ou une BD par des canetons à la file, il est probable que le coefficient "mignon" des animaux se reporte en retour aux sentiments que vous porterez à la famille. D'où l'utilité des métaphores.
Prenons par exemple Maus, chef d'oeuvre acclamé de la bande dessinée contemporaine, publiée de 1981 à 1991, et aujourd'hui rééditée en version Méta-Maus pour son anniversaire(20 ou 30 ans, du coup ?…). Cette BD raconte l'histoire de Vladek Spiegelman, déporté juif polonais pendant la seconde guerre mondiale, et qui raconte cela à son fils. Dedans, les personnages sont, suivant leur "nationalité" représentés sous les traits d'un animal, associé à leur "peuple" (ainsi on voit Art Spiegelman griffonner en cherchant à savoir ce que sera sa femme dans sa BD, étant donné qu'elle est française. Il tente un lapin, mais dit que ce serait trop gentil pour les français après les siècles d'antisémitisme, l'affaire Dreyfus, et opte donc pour des grenouilles. Le frenchie reste frog. Les clichés ont la vie dure…). De même les américains sont des chiens, les polonais des cochons ; les allemands, des chats et les juifs, des souris. Le chat et la souris… Cette symbolique est très importante, au-delà du tragique jeu de cache-cache juif/nazi qu'elle souligne. Spiegelman l'héritait des affiches de propagande nazies elles-mêmes, qui présentaient les juifs comme des parasites, des vermines. Et les Polonais comme des cochons, ce qui posa quelques problèmes lors de l'édition polonaise de Maus en 2001. La polémique avait retardé la publication de la BD, mais en plus il fallut que  Piotr Bikont crée sa propre maison d'édition afin de mener à bien le projet. Toutefois présenter les polonais comme des cochons quand Hitler les traitait de "Schweine" et qu'ils ont aussi souffert de l'Holocauste… Spiegelman répondit que oui, la propagande nazie les dépeignait ainsi, de même qu'elle considérait les juifs comme des souris. (les caricatures de Fips pour Der Stürmer entre autres) et que ce qu'il voulait retourner ces caricatures, et les user dans un sens complètement différent, créer le malaise en montrant les gens tels que les Nazis les dépeignait, en les déshumanisant, puisque c'est ce qu'ils subissaient. (même s'il admet que le ressentiment de son père contre certains de ses ex-compatriotes polonais et leur manque de solidarité  – notamment de l'avoir foutu dans un camp de concentration –  a sûrement contribué à ce choix péjoratif). Certes, dépeindre la deuxième guerre mondiale avec des animaux est loin, très loin d'être une invention de Spiegelman comme le montre la BD La Bête est Morte de Calvo, publiée en 1944 alors que la France est libérée mais que la guerre continue, mais qui dépeignait Hitler en loup, Göring en cochon, et Staline en Ours (polaire, je crois ?) par exemple. C'était premier degré. Très premier degré, par l'usage des animaux on condamnait la fatuité ou la bestialité du personnage. Nul n'aurait songer à récupérer la propagande honnie du régime nazi pour la recoller sur les juifs et les polonais en 1944, faut dire.
Les recherches susdites de Spiegelman quant au design de sa femme Françoise.

Cependant Spiegelman s'interroge, lorsqu'il arrive dans un appartement meublé de chats et de chiens : "puis-je les représenter, ou bien est-ce que ça ruine ma métaphore ?" Si on représente les allemands comme des chats, on peut représenter des chats ? Parce que si "allemand = chat" alors chat =  quoi ?
Vladek avec un "masque" de Polonais.

Art Spiegelman se rend bien compte de cela. On voit d'ailleurs deux scènes où ses parents se font passer pour Polonais et portent donc… Des masques de cochon par-dessus leurs visages de souris. De même quand on voit l'auteur travailler à sa planche à dessin, c'est un homme, avec un masque de souris. Il voyait également l'ambiguïté comme le montre justement la séquence de l'appartement rempli d'animaux. Justement, les deux protagonistes ont des masques de souris. Comme s'il fallait, le temps où l'on fait intervenir des animaux, rappeler que les gens, là, ne sont pas des animaux dépeindre les limites de la métaphores(en outre, le passage est en Bas de casse, et non en capitales comme le reste de la bande dessinée, montrant qu'il se situe dans un temps différent, puisque d'ailleurs Art y évoque la mort de son père et la fabrication du premier tome de Maus).



Et comme le dit Spiegelman lui-même, parfois, mener la métaphore à son terme nous amène à des extrémités folles :  à un moment, Vladek et Anja sont enfermés dans un Bunker et il y a… Des rats  ! Comment faire ? S'il avait choisi de représenter les juifs sous forme de souris très simplifiées, presque sans bouches, un simple triangle, là il fit ressortir toute l'animalité du rat, toute sa particularité :




La première fois que j'ai vu cette scène et Vladek qui dit "mais non, ce ne sont pas des rats, ce sont des souris", mis dans sa bouche et dans ce contexte, je me suis dit que c'était à prendre au sens le plus ironique et le plus profond, comme pour dire "les juifs sont innoffensifs", par contraste avec le traitement qui leur était infligé. Toutefois ça n'a aucun sens. C'est un réel évènement, et les rats ne sont que des rats, la remarque rassurante de Vladek n'est qu'une remarque rassurante. Néanmoins la métaphore constante Homme/souris faisait que je m'étais fait cette reflexion , qui n'aurait jamais émané autrement. Art Spiegelman confia même : "Pendant un moment je me suis dit : "Je peux peut-être transformer le rat en cafard, en araignée ou autre chose d'inférieur sur l'échelle de l'évolution", ce qui est complètement idiot, mais je trouvais que c'était le seul moyen de faire en sorte que mon concept ne s'effondre pas." (Métamaus, p.135) En outre, il dit qu'il ne s'en soucia plus une fois qu'il eut fait la comparaison avec les BD de son enfance. Après tout, on y voyait bien Riri, Fifi et Loulou aller chez Grand-Mère Donald pour manger de la dinde à Thanksgiving ! Voire pire : Mickey a un ami-chien anthropomorphiques, Dingo, qui marche sur deux pattes et un chien-chien chienmorphique, Pluto, qui se contente d'aboyer ! Et pourtant, ça ne gêne pas les enfants, qui se posent jamais de questions.




D'autres métaphores peuvent être usées de façon occasionnelle, parfois à cause du mode de narration ou du public auquel on s'adresse. Ainsi dans How I Met Your Mother, où le cannabis que les protagonistes fument est remplacé par, des sandwichs, ce qui rend leurs interactions non-corrigées très drôles, puisque justement il parait impossible de remplacer les joints par des sandwichs et de raconter la même histoire. (tousser en mangeant  le sandwich, l'écraser dans l'évier quand on manque d'être découverts…) Certains prétendront également que cette symbolique pouvait être observée dans Scooby Doo, de par le design psychédélique du van, les sandwichs, les scooby-snacks, le fait qu'ils balisent complètement en voyant des monstres partout… Seulement, là, c'est une métaphore qui est inventée par le public, pas du tout par les auteurs. C'est du bricolé après coup, de l'humour 9gag. Parfois, c'est plus subtil que ça, et on est en droit de se demander qu'est-ce que la métaphore fait là. Prenons Doctor Who.

 

Il a été avoué depuis longtemps (dans l'épisode 10 saison 1 de Doctor Who Confidential, un documentaire/supplément sur la série) que dans l'épisode The Doctor Dances, la danse était une métaphore sexuelle. Bon, on aurait pu s'en douter, vu la tension sexuelle entre le Docteur et Rose, voire entre le Docteur et Jack Harkness, l'agent du temps bisexuel du 51ème siècle qui aura sa propre série Torchwood. Tension qui se montrait clairement dans cette scène où le timelord s'étonnait de l'affection que Rose portait à Jack :
ROSE (CONT'D) I trust him 'cos he's like you. Except with dating and dancing. 
The Doctor shoots her a look.
ROSE What? 
THE DOCTOR You just assume I'm...  
ROSE What? THE DOCTOR (vulnerable) You just assume that I don't... dance.  
ROSE (grinning) What, are you telling me you DO...dance?  
THE DOCTOR Nine hundred years old, me. I've been around a bit. I think you can assume that at some point I've DANCED.
Rose grins even more.
ROSE You?! 
THE DOCTOR Problem?  
ROSE Doesn't the universe implode or something if you... dance?  
THE DOCTOR (off-handed) Well, I've got the moves but I wouldn't want to boast. 
Rose, still grinning, stops shuffling around in her wheel chair and gets up to turn the music up. The Doctor looks around, completely wrong-footed. Rose walks slowly forward, flirtatiously. He looks determinedly back to the wall. Rose holds her hand out to him.
ROSE You've got the moves? 
The Doctor looks back at her.
ROSE (CONT'D) Show me your moves. 
THE DOCTOR Rose, I'm trying to resonate concrete. (note: cher à-peu-près anglophone. Le Docteur ne dit pas qu'il veut raisonner concrètement, mais bien qu'il essaie de faire entrer du béton en résonance avec son Tournevis Sonique) 
ROSE (not lowering his hand) Jack'll be back, he'll get us out. So come on - the world doesn't end 'cos the Doctor dances.  
Cette fois-ci, comme dans How I Met, c'est parce qu'on s'adresse à des enfants qu'on dissimules la copulation des personnages. Mais là, ce ne sont pas des enfants fictifs, le show est destiné à des enfants. Même s'il comporte nombre de morts violentes, voire horribles, et qu'il est flippant comme pas permis quand il est en forme, on doit rester pudique tout de même ! Montrer des gens dissous dans la lave, changés en robots ou en esclaves mentalement contrôlés, voire exterminés par un laser, pourquoi pas, mais du SAISQUE, vous n'y songez pas, fermez les yeux les enfants. Par conséquent la danse camoufla l'acte proprement dit de "se connaître" au sens biblique du terme. Elle revint d'ailleurs dans The Girl in the Fireplace également écrit par Steven Moffat (c'est fou, presque tous les épisodes mémorables étaient écrits par lui, une chance qu'il ait repris la série). Là, Madame de Pompadour, va jusqu'à demander au Doctor "Dance with me !", les yeux dans les yeux, brûlante de passion. "No, you have to dance with the King at the ball… – I'll dance with the king tonight, now I want to dance with you." Et histoire d'enfoncer encore le clou, BAM : "There comes a time, Time Lord, when every lonely little boy must learn how to dance." (The Girl in the Fireplace, 02x04) Adieu innocence. Bien sûr, maintenant qu'on a de la romance à tous les étages – contrairement à la période chaste de la série classique – ça pose d'autres problèmes, typiquement que toutes les héroïnes "companion" du Docteur tombent amoureuses de lui, paskil est trop beau et trop fort et qu'il me sauve la vie et qu'en plus il sauve le monde, et j'aime les hommes dangereux, hihihi, à l'exception notable de Donna Noble, hourrah(d'ailleurs les previews de l'épisode de la saison 7 probablement diffusé au moment où je vous écris ces lignes montrait Nefertiti éprise du Docteur. Ouahou, de l'amour exotique de la part d'une souveraine, très original). Je veux dire, les seuls hommes à voyager avec lui dans le revival c'est Jak Harkness (bisexuel du 51ème siècle, probablement amoureux du Docteur – c'est sous-entendu) Mickey (copain/ex-copain de Rose) et Rory (copain/mari/ex-mari [BAM SPOILERS SAISON 7 HAHA DANS TA GUEULE] d'Amelia Pond). C'est clair, pour monter dans la grosse boîte bleue faut soit avoir envie de passer à la casserole, soit qu'il ait envie de se faire ta gonzesse. OKAY. DAKOR. SUPAYR. C'est fou, c'est comme si le Docteur, en rajeunissant corporellement lors de ses régénérations, faisait une sorte de puberté à l'envers. Bref. 



"Je crois que Jack voudrais conduire cette danse… – J'en suis sûr, mais avec qui ? répond le docteur, soulignant ENCORE sa bisexualité. Dieu du ciel, vous savez, ce personnage peut être défini par un tas d'autres choses. Mais le problème de la danse=sexe, c'est que la métaphore ne peut pas être poursuivie à son terme, non plus. Louis XV organise un bal. Si danse=sexe, alors est-ce à dire que Versailles accueillait alors un orgie ? Dans la saison 5, une fois régénéré en Matt Smith, on le voit d'ailleurs danser, seul devant une rangée d'enfants, qui s'empressent de l'imiter, sous les rires d'Amy et Rory. Euh, je veux même pas penser à ce que ça signifierait dans ce cas.

QUAND TOUT A COUP la métaphore se casse la gueule, mais la soirée reprend.

 En outre, dans Let's Kill Hitler (Saison 6), le Docteur évoque ladite soirée : "I danced with everyone at the wedding! The women were all brilliant! The men, were a bit shy...". Veuillez également rougir poliment devant le sous-entendu. Je veux dire, maintenant, quand on parle de danse, je hausse les sourcils, j'ai peur, je blêmis, j'éloigne les enfants.

Après tout, comme disait Freud, un cigare n'est parfois qu'un cigare, et – ajouterais-je – une danse qu'une danse. D'où le problème de ce type de symbolisme, surtout quand il est là pour voiler la sexualité des personnages aux yeux chastes qui pourraient en être dérangés.