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mercredi 12 septembre 2012

Power Girl la mal-aimée



"Power Girl(…)often came off as a bitch, as was often the case with strident feminists" – Mike Madrid, Supergirls, chap. 7, p. 167

C'est fou comme Power Girl est mal-aimée.
Que ce soit par les critiques féministes habituels, que ses gros seins apparents à travers le trou béant sur sa poitrine la réduiraient à un fantasme sexuel masculin et donc s'ajouterait à la cohorte de personnages féminins négatifs déjà présents dans le monde des super-héros, en plus de sur-sexualiser son apparence ; ou bien par les autres critiques – plus souvent masculins, du coup – qui trouvent que c'est une "bitch" vu qu'elle est outrageusement féministe, qu'elle gueule sur les mâles qui la mettent de côté et qu'elle ne supporte pas d'être vue comme la subalterne ou le produit dérivé de Superman, son cousin. (ce qui explique en partie le trou sur sa poitrine. On lui avait confectionné un logo : un P agencé comme le S de Superman, mais elle l'avait refusé violemment, ne voulant pas être assimilée au Kryptonien)
Je comprends la première objection, celle de son apparence, forcément sexuelle, quoique plusieurs auteurs ait trouvé moyen de dévier les flèches qu'on leur lançait là. "Elle vient d'une culture extraterrestre qui n'a pas les mêmes standards de pudeur", ce genre d'excuses. Ou alors, interpellée en 1992 dansJustice Ligue Europe #37 elle dit que son costume montre "what I am: female, healthy. If men want to degrade themselves by staring, that's their problem, I'm not going to apologize for it."
Je trouve qu'elle a raison sur ce point : si des mecs regardent, tant pis pour eux. Elle dispose de son corps comme elle l'entend, et tant pis pour le reste du monde. Ce qui est également un message d'émancipation possible, mais qui, contrairement à une burqa, permet en plus de faire saliver le lecteur masculin pubescent, ce qui explique peut-être pourquoi il a été retenu.
Personnellement, je pense qu'on devrait dépasser le conflit sur son apparence. C'est sa marque de fabrique : gros seins, trou rond dans son costume blanc moulant. Dessiner Power Girl, c'est dessiner ce personnage, de même que superman a un costume bleu, personne ne s'en choque. Ces personnages ont été créés il y a plusieurs décennies, maintenant gravés dans le marbre et à utiliser tels quels avec leurs attributs, ou à délaisser. Le choix était peut-être maladroit, je ne pense pas. J'aime à penser qu'on puisse être un jour dans un monde suffisamment innocent pour voir des seins pareils sans sourciller.
Or ce n'est pas un personnage inintéressant. En quête de son identité et d'émancipation, si on arrêtait de mater sa poitrine cinq secondes on pourrait se rendre compte que les histoires où elle figure ne sont pas si bêtes, et qu'elle est loin d'y tenir le rôle d'une icône sexuelle (après, dans l'imaginaire des fans, c'est tout autre chose…).
Bref, ses actions parlent plus que ses seins, ils sont là pour qu'on la reconnaisse, pas pour qu'on bande dessus. Passez outre, et appréciez vos comics. Et arrêtez de traiter de pute tout personnage féminin un peu vindicatif. (Mike Madrid va jusqu'à utiliser le terme Superbitch)

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.