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samedi 8 septembre 2012

Réflexion sur les métaphores filées dans les histoires.








Oui, je sais, le débit de laru.ch a cruellement décru, mais j'essaie de revenir avec deux-trois articles. Le souci, c'est que je regarde principalement du Doctor Who ces temps-ci et qu'un article pour vous faire découvrir ça, c'est un peu trop large pour moi. Je veux dire, des épisodes de l'ancienne série j'ai du en regarder trois. Faut dire qu'ils font 3h60 mais bon. Tentons pour l'instant une petite réflexion…   Comme le disait David TMX dans la chanson qui nous a inspiré ce titre, une métaphore c'est quand tu parles d'un truc, mais qu'en fait tu parles pas vraiment du truc. (clique) Une métaphore remplace ou abstrait des éléments du sujet dont on veut parler pour les réduire à ce dont on veut vraiment s'occuper, en faisant ainsi une analogie, un remplacement afin de faciliter la compréhension ou de déclencher une certaine émotion, de par le symbolisme fort que la métaphore peut véhiculer. Si je cherche à vous montrer l'affection qui unit une famille en les symbolisant dans un film ou une BD par des canetons à la file, il est probable que le coefficient "mignon" des animaux se reporte en retour aux sentiments que vous porterez à la famille. D'où l'utilité des métaphores.
Prenons par exemple Maus, chef d'oeuvre acclamé de la bande dessinée contemporaine, publiée de 1981 à 1991, et aujourd'hui rééditée en version Méta-Maus pour son anniversaire(20 ou 30 ans, du coup ?…). Cette BD raconte l'histoire de Vladek Spiegelman, déporté juif polonais pendant la seconde guerre mondiale, et qui raconte cela à son fils. Dedans, les personnages sont, suivant leur "nationalité" représentés sous les traits d'un animal, associé à leur "peuple" (ainsi on voit Art Spiegelman griffonner en cherchant à savoir ce que sera sa femme dans sa BD, étant donné qu'elle est française. Il tente un lapin, mais dit que ce serait trop gentil pour les français après les siècles d'antisémitisme, l'affaire Dreyfus, et opte donc pour des grenouilles. Le frenchie reste frog. Les clichés ont la vie dure…). De même les américains sont des chiens, les polonais des cochons ; les allemands, des chats et les juifs, des souris. Le chat et la souris… Cette symbolique est très importante, au-delà du tragique jeu de cache-cache juif/nazi qu'elle souligne. Spiegelman l'héritait des affiches de propagande nazies elles-mêmes, qui présentaient les juifs comme des parasites, des vermines. Et les Polonais comme des cochons, ce qui posa quelques problèmes lors de l'édition polonaise de Maus en 2001. La polémique avait retardé la publication de la BD, mais en plus il fallut que  Piotr Bikont crée sa propre maison d'édition afin de mener à bien le projet. Toutefois présenter les polonais comme des cochons quand Hitler les traitait de "Schweine" et qu'ils ont aussi souffert de l'Holocauste… Spiegelman répondit que oui, la propagande nazie les dépeignait ainsi, de même qu'elle considérait les juifs comme des souris. (les caricatures de Fips pour Der Stürmer entre autres) et que ce qu'il voulait retourner ces caricatures, et les user dans un sens complètement différent, créer le malaise en montrant les gens tels que les Nazis les dépeignait, en les déshumanisant, puisque c'est ce qu'ils subissaient. (même s'il admet que le ressentiment de son père contre certains de ses ex-compatriotes polonais et leur manque de solidarité  – notamment de l'avoir foutu dans un camp de concentration –  a sûrement contribué à ce choix péjoratif). Certes, dépeindre la deuxième guerre mondiale avec des animaux est loin, très loin d'être une invention de Spiegelman comme le montre la BD La Bête est Morte de Calvo, publiée en 1944 alors que la France est libérée mais que la guerre continue, mais qui dépeignait Hitler en loup, Göring en cochon, et Staline en Ours (polaire, je crois ?) par exemple. C'était premier degré. Très premier degré, par l'usage des animaux on condamnait la fatuité ou la bestialité du personnage. Nul n'aurait songer à récupérer la propagande honnie du régime nazi pour la recoller sur les juifs et les polonais en 1944, faut dire.
Les recherches susdites de Spiegelman quant au design de sa femme Françoise.

Cependant Spiegelman s'interroge, lorsqu'il arrive dans un appartement meublé de chats et de chiens : "puis-je les représenter, ou bien est-ce que ça ruine ma métaphore ?" Si on représente les allemands comme des chats, on peut représenter des chats ? Parce que si "allemand = chat" alors chat =  quoi ?
Vladek avec un "masque" de Polonais.

Art Spiegelman se rend bien compte de cela. On voit d'ailleurs deux scènes où ses parents se font passer pour Polonais et portent donc… Des masques de cochon par-dessus leurs visages de souris. De même quand on voit l'auteur travailler à sa planche à dessin, c'est un homme, avec un masque de souris. Il voyait également l'ambiguïté comme le montre justement la séquence de l'appartement rempli d'animaux. Justement, les deux protagonistes ont des masques de souris. Comme s'il fallait, le temps où l'on fait intervenir des animaux, rappeler que les gens, là, ne sont pas des animaux dépeindre les limites de la métaphores(en outre, le passage est en Bas de casse, et non en capitales comme le reste de la bande dessinée, montrant qu'il se situe dans un temps différent, puisque d'ailleurs Art y évoque la mort de son père et la fabrication du premier tome de Maus).



Et comme le dit Spiegelman lui-même, parfois, mener la métaphore à son terme nous amène à des extrémités folles :  à un moment, Vladek et Anja sont enfermés dans un Bunker et il y a… Des rats  ! Comment faire ? S'il avait choisi de représenter les juifs sous forme de souris très simplifiées, presque sans bouches, un simple triangle, là il fit ressortir toute l'animalité du rat, toute sa particularité :




La première fois que j'ai vu cette scène et Vladek qui dit "mais non, ce ne sont pas des rats, ce sont des souris", mis dans sa bouche et dans ce contexte, je me suis dit que c'était à prendre au sens le plus ironique et le plus profond, comme pour dire "les juifs sont innoffensifs", par contraste avec le traitement qui leur était infligé. Toutefois ça n'a aucun sens. C'est un réel évènement, et les rats ne sont que des rats, la remarque rassurante de Vladek n'est qu'une remarque rassurante. Néanmoins la métaphore constante Homme/souris faisait que je m'étais fait cette reflexion , qui n'aurait jamais émané autrement. Art Spiegelman confia même : "Pendant un moment je me suis dit : "Je peux peut-être transformer le rat en cafard, en araignée ou autre chose d'inférieur sur l'échelle de l'évolution", ce qui est complètement idiot, mais je trouvais que c'était le seul moyen de faire en sorte que mon concept ne s'effondre pas." (Métamaus, p.135) En outre, il dit qu'il ne s'en soucia plus une fois qu'il eut fait la comparaison avec les BD de son enfance. Après tout, on y voyait bien Riri, Fifi et Loulou aller chez Grand-Mère Donald pour manger de la dinde à Thanksgiving ! Voire pire : Mickey a un ami-chien anthropomorphiques, Dingo, qui marche sur deux pattes et un chien-chien chienmorphique, Pluto, qui se contente d'aboyer ! Et pourtant, ça ne gêne pas les enfants, qui se posent jamais de questions.




D'autres métaphores peuvent être usées de façon occasionnelle, parfois à cause du mode de narration ou du public auquel on s'adresse. Ainsi dans How I Met Your Mother, où le cannabis que les protagonistes fument est remplacé par, des sandwichs, ce qui rend leurs interactions non-corrigées très drôles, puisque justement il parait impossible de remplacer les joints par des sandwichs et de raconter la même histoire. (tousser en mangeant  le sandwich, l'écraser dans l'évier quand on manque d'être découverts…) Certains prétendront également que cette symbolique pouvait être observée dans Scooby Doo, de par le design psychédélique du van, les sandwichs, les scooby-snacks, le fait qu'ils balisent complètement en voyant des monstres partout… Seulement, là, c'est une métaphore qui est inventée par le public, pas du tout par les auteurs. C'est du bricolé après coup, de l'humour 9gag. Parfois, c'est plus subtil que ça, et on est en droit de se demander qu'est-ce que la métaphore fait là. Prenons Doctor Who.

 

Il a été avoué depuis longtemps (dans l'épisode 10 saison 1 de Doctor Who Confidential, un documentaire/supplément sur la série) que dans l'épisode The Doctor Dances, la danse était une métaphore sexuelle. Bon, on aurait pu s'en douter, vu la tension sexuelle entre le Docteur et Rose, voire entre le Docteur et Jack Harkness, l'agent du temps bisexuel du 51ème siècle qui aura sa propre série Torchwood. Tension qui se montrait clairement dans cette scène où le timelord s'étonnait de l'affection que Rose portait à Jack :
ROSE (CONT'D) I trust him 'cos he's like you. Except with dating and dancing. 
The Doctor shoots her a look.
ROSE What? 
THE DOCTOR You just assume I'm...  
ROSE What? THE DOCTOR (vulnerable) You just assume that I don't... dance.  
ROSE (grinning) What, are you telling me you DO...dance?  
THE DOCTOR Nine hundred years old, me. I've been around a bit. I think you can assume that at some point I've DANCED.
Rose grins even more.
ROSE You?! 
THE DOCTOR Problem?  
ROSE Doesn't the universe implode or something if you... dance?  
THE DOCTOR (off-handed) Well, I've got the moves but I wouldn't want to boast. 
Rose, still grinning, stops shuffling around in her wheel chair and gets up to turn the music up. The Doctor looks around, completely wrong-footed. Rose walks slowly forward, flirtatiously. He looks determinedly back to the wall. Rose holds her hand out to him.
ROSE You've got the moves? 
The Doctor looks back at her.
ROSE (CONT'D) Show me your moves. 
THE DOCTOR Rose, I'm trying to resonate concrete. (note: cher à-peu-près anglophone. Le Docteur ne dit pas qu'il veut raisonner concrètement, mais bien qu'il essaie de faire entrer du béton en résonance avec son Tournevis Sonique) 
ROSE (not lowering his hand) Jack'll be back, he'll get us out. So come on - the world doesn't end 'cos the Doctor dances.  
Cette fois-ci, comme dans How I Met, c'est parce qu'on s'adresse à des enfants qu'on dissimules la copulation des personnages. Mais là, ce ne sont pas des enfants fictifs, le show est destiné à des enfants. Même s'il comporte nombre de morts violentes, voire horribles, et qu'il est flippant comme pas permis quand il est en forme, on doit rester pudique tout de même ! Montrer des gens dissous dans la lave, changés en robots ou en esclaves mentalement contrôlés, voire exterminés par un laser, pourquoi pas, mais du SAISQUE, vous n'y songez pas, fermez les yeux les enfants. Par conséquent la danse camoufla l'acte proprement dit de "se connaître" au sens biblique du terme. Elle revint d'ailleurs dans The Girl in the Fireplace également écrit par Steven Moffat (c'est fou, presque tous les épisodes mémorables étaient écrits par lui, une chance qu'il ait repris la série). Là, Madame de Pompadour, va jusqu'à demander au Doctor "Dance with me !", les yeux dans les yeux, brûlante de passion. "No, you have to dance with the King at the ball… – I'll dance with the king tonight, now I want to dance with you." Et histoire d'enfoncer encore le clou, BAM : "There comes a time, Time Lord, when every lonely little boy must learn how to dance." (The Girl in the Fireplace, 02x04) Adieu innocence. Bien sûr, maintenant qu'on a de la romance à tous les étages – contrairement à la période chaste de la série classique – ça pose d'autres problèmes, typiquement que toutes les héroïnes "companion" du Docteur tombent amoureuses de lui, paskil est trop beau et trop fort et qu'il me sauve la vie et qu'en plus il sauve le monde, et j'aime les hommes dangereux, hihihi, à l'exception notable de Donna Noble, hourrah(d'ailleurs les previews de l'épisode de la saison 7 probablement diffusé au moment où je vous écris ces lignes montrait Nefertiti éprise du Docteur. Ouahou, de l'amour exotique de la part d'une souveraine, très original). Je veux dire, les seuls hommes à voyager avec lui dans le revival c'est Jak Harkness (bisexuel du 51ème siècle, probablement amoureux du Docteur – c'est sous-entendu) Mickey (copain/ex-copain de Rose) et Rory (copain/mari/ex-mari [BAM SPOILERS SAISON 7 HAHA DANS TA GUEULE] d'Amelia Pond). C'est clair, pour monter dans la grosse boîte bleue faut soit avoir envie de passer à la casserole, soit qu'il ait envie de se faire ta gonzesse. OKAY. DAKOR. SUPAYR. C'est fou, c'est comme si le Docteur, en rajeunissant corporellement lors de ses régénérations, faisait une sorte de puberté à l'envers. Bref. 



"Je crois que Jack voudrais conduire cette danse… – J'en suis sûr, mais avec qui ? répond le docteur, soulignant ENCORE sa bisexualité. Dieu du ciel, vous savez, ce personnage peut être défini par un tas d'autres choses. Mais le problème de la danse=sexe, c'est que la métaphore ne peut pas être poursuivie à son terme, non plus. Louis XV organise un bal. Si danse=sexe, alors est-ce à dire que Versailles accueillait alors un orgie ? Dans la saison 5, une fois régénéré en Matt Smith, on le voit d'ailleurs danser, seul devant une rangée d'enfants, qui s'empressent de l'imiter, sous les rires d'Amy et Rory. Euh, je veux même pas penser à ce que ça signifierait dans ce cas.

QUAND TOUT A COUP la métaphore se casse la gueule, mais la soirée reprend.

 En outre, dans Let's Kill Hitler (Saison 6), le Docteur évoque ladite soirée : "I danced with everyone at the wedding! The women were all brilliant! The men, were a bit shy...". Veuillez également rougir poliment devant le sous-entendu. Je veux dire, maintenant, quand on parle de danse, je hausse les sourcils, j'ai peur, je blêmis, j'éloigne les enfants.

Après tout, comme disait Freud, un cigare n'est parfois qu'un cigare, et – ajouterais-je – une danse qu'une danse. D'où le problème de ce type de symbolisme, surtout quand il est là pour voiler la sexualité des personnages aux yeux chastes qui pourraient en être dérangés.

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- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.