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mercredi 31 octobre 2012

Coming soon


Oui, de nouveau, la couleur est faite à l'arrache.
Bientôt mon fancomics sur Samourai Jacques et Perceval.
Au titre fort commode, si je décide d'interrompre sa production.

Les étoiles si lentes pp. 11-12 couleur

vendredi 26 octobre 2012

Science, magie ; science-fiction et fantasy.

...Et les concepts-Atlas.


La série My Little Pony : Friendship is Magic (abrégé MLP:FiM ou MLP tout simplement, déjà évoquée à propos du personnage de Rarity et de la tripartition fonctionnelle) met en scène un monde ou le pouvoir des éléments de l'harmonie permet de vaincre les méchants. The elements of Harmony (Générosité, Joie(Laughter), Honnêteté, Loyauté, Gentillesse et... Magie) réunis permettent de rendre sa forme à Nigthmare Moon ou à pétrifier Discord. En gros, comme le titre de la série l'annonce, l'amitié c'est magique ! On n'était pas loin du pouvoir de l'amour, et cela se confirma : le mariage final de la saison 2 vainquait la méchante reine polymorphe par un gros cœur fulgurant qui chassait ses mignons.
Cependant, la protagoniste principale de la série, du moins de son début, Twilight Sparkle, non contente d'écoper d'un attribut qui n'est même pas une qualité de cœur, il fallait que ce soit la magie !
Chose d'autant plus ironique quand c'est elle qui est censée être férue de science !
Ainsi dans l'épisode Feeling Pinkie Keen quand elle cherche à débusquer la source des prémonitions de Pinkie Pie. En effet, son amie se voit dotée d'étranges presciences : elle sent sa queue gratter, pouf une enclume tombe du ciel, ses oreilles vibrer, c'est soudain un essaim de guêpes qui leur foncent dessus...
Là, Twilight sort tout son attirail scientifique afin de démontrer à quel point tout cela est insensé et impossible ! Ce n'est pas scientifique !
... De la part d'un poney qui personnifie la magie ?... Sérieusement ?


Même pour mon petit poney, la magie, bien entendu on négocie avec tout les jours, les soleil se lève grâce à l'action de Celestia, mais par contre, des prémonitions étranges, vous n'y pensez pas ! Ca n'a aucun sens ! C'est impossible d'expliquer cela causalement !
Et c'est bien ça le problème : la causalité.

Science et magie.

Plus vous creusez la catégorie de magie, plus vous vous rendez compte que c’est une façon complétement arbitraire de définir ce que vous ne comprenez pas. Pour les chrétiens, ça servira d’étiquette pour discréditer les religions des autres peuples. Le terme même de «mage « servait à l’origine pour les grecs à désigner les prêtres perses.
La magie se définit toujours selon ses rapports avec la religion et la science. Soit une science primitive, soit une religion primitive, soit une fausse science, soit une fausse religion.
J’en avais déjà parlé ici(long) et là(court)en rapport avec Tolkien, utilisant le fameux exemple :

Science-fiction et fantasy ?

Pratchett a depuis longtemps tranché la différence entre science-fiction et fantasy : pour lui il n’y en pas. «La science fiction c’est de la fantasy avec des boulons.» dit-d’ailleurs. A titre d’exemple on peut citer son cycle de romans le mieux connu : les Annales du Disque-Monde. Parodiant l’Anneau-Monde de Niven, Pratchett prend plaisir à nous décrire un monde plat, posé sur le dos de quatre éléphants, eux même posés sur le dos d’une tortue qui vogue à travers l’espace. Il se barre donc dans les étendues fourmillantes de la fantasy parodique et délirante et géniale et émouvante. (oui je sais, trop de conjonctions de coordinations, mais que voulez-vous, un commentaire positif sur Pratchett n'est jamais complet, c'est un peu comme pi, il y a toujours des décimales de compliments plus avant, si vous poursuivez...)

Mauss, Frazer et l’Ether

N’empêche, vous me direz que la science n’a rien à voir avec ces fariboles, ce vaudou, ces artifices faits de sang et de feu que serait la magie. Après tout, la magie, ça ne marche pas. C’est bien le point de vue de Frazer. La magie est une fausse association d’idées. Je suis persuadé qu’en enchantant vos cheveux, je vais vous atteindre, alors même qu’ils ont été séparé du reste de votre corps, impliquant donc qu’il n’y a plus de relation de cause à effet entre la mèche de cheveux et vous. La magie ne serait donc qu’une «gigantesque variation sur la causalité» disent Hubert&Mauss. Une invention constante de causalités fictives qu’on s’imagine fonctionner.
Bien sûr de temps en temps ça va marcher, vous maudissez quelqu’un et il tombe malade, paf, ainsi comme le dit Mémé Ciredutemps :

Mais ce ne serait qu’une coïncidence. Et justement ce qui définit les coïncidences, c’est l’inexistence d’une relation de cause à effet.
La magie ne serait qu’un tatonnement idiot, parfois chanceux. Les remèdes des tribus amazoniennes procéderaient de pénibles tentatives essayées sur des malades.
...Exactement comme la science, au fond. Ainsi ces mages - censés représenter les scientifiques - dans le Père Porcher de Pratchett toujours :

Nos scientifiques sont-ils si éloignés de ces mages de fiction ?
Après tout, on bidouille, on bidouille, on trouve une "force" invisible qui emplirait l'univers, ferait tomber les pommes et tourner les étoiles, alors boum on dit que c'est la gravitation et on sort les calculettes.
Prenez par exemple, le concept d’Ether, édifié par Aristote, et repris de façon passablement modifiée par la physique moderne. Au fond, puisqu’on ne veut pas admettre l’existence du vide, on imagine un milieu très subtil dans lequel baignerait les planètes et les étoiles. Pourquoi ? Parce qu’on a pas encore établi la dualité onde/particule de la lumière et qu’on décrit le monde comme fait principalement d’ondes. L’atomisme ? Bof, c’est une façon de voir les choses, un mythe de chimiste pour se représenter le monde, ça n’a pas de réalité propre, voyons. S’il y a des atomes, il y a du vide. S’il y a du vide, les ondes ne peuvent pas se propager dedans. Or, la lumière est une onde. Donc, puisqu’elle se propage entre le soleil et nous, il doit exister un milieu entre cette étoile et nous pour que l’onde puisse se propager dedans.
Encore aujourd’hui j’ai du mal à me figurer comment une onde se balade dans le néant. Je veux dire, un caillou dans l’eau, ça fait des vagues parce que l’eau s’agite, pareil pour le son qui crée des fronts de pression dans l’air. Mais à ce qu’il parait c’est parce qu’un champ magnétique induit un courant éléctrique qui induit lui-même un champ magnétique, ou quelque chose du genre.
Mais en attendant, Fresnel considérait l’éther comme une réalité et l’atome comme une fiction.
Cependant l’expérience de l’interféromètre de Michelson-Morley, Einstein allant jusqu’à décrier l’existence même de l’ether. Après cela, les partisans de la théorie étherée gardèrent leur position : ils ajoutèrent simplement une théorie supplémentaire, selon laquelle l’éther se dilaterait plus ou moins selon la vitesse et donc, on ne pourrait pas détecter de changement. Einstein leur rétorquerait alors qu’un éther insensible, invisible et inutile ne fait qu’encombrer la théorie.
Kuhn a écrit sur les paradigmes et les changements de paradigmes. Remémorez-vous les épicycles rajoutés à la théorie géocentrique. Mais non, machin, mars ne tourne pas autour de la terre, elle tourne autour d’un point qui tourne autour d’un point qui tourne autour de la terre, voilà tout. (C’est ce qu’on appelle une cycloide raccourcie. Pensez au trajet fait par la lune autour du soleil.)

De même, on rajoutait toujours plus de caractéristiques inutiles à l’éther, jusqu’au point où cela devient un bagage encombrant et dispensable. C’est beaucoup plus simple de tout balayer et de dire que la terre tourne autour du soleil ou bien que l’éther n’existe simplement pas.
Néanmois à l’époque cela faisait sens. On avait des concepts («ondes») difficile à transposer dans un monde atomique, alors on a conservé des concepts-Atlas, qui soutiennent la théorie et nous la rendent supportable. On imaginait donc de la matière conceptuelle, chargée de faire tenir le schmillblick.
Cependant la pensée magique procède de même façon. Incapable d’expliquer la propagation de certains phénomènes, ou désireuse de provoquer des évènements impossibles, elle chevauche des concepts qu’elle a inventé, afin de soutenir son raisonnement. Ainsi, alors même que l’éther est considéré comme du béton scientifique, Frazer et Mauss s’en servent pour le comparer à la pensée magique d’un fluide qui baignerait le monde et permettrait la transmission des influences !

Ainsi compris, comme « une sorte d’éther, impondérable, communicable, et qui se répand de lui-même »*, le mana rend transmissible « toute espèce d’influx magique » (les qualités, les maladies, la vie, la chance, etc.) et suppose qu’il y a une entité invisible qui se développe, hors de la perception sensible ordinaire, dans un milieu extra-empirique.  La notion de mana se pose donc comme une énergie cachée susceptible d’être appropriée. En suscitant des réseaux de sens, elle met en relation le  visible avec l’invisible sur les divers plans symboliques. En ce sens, elle  permet de déchiffrer le rapport de la finitude humaine à l’infinité comme s’inscrivant dans un système symbolique : en attribuant simultanément des  qualités diverses à ce qui relève de la finitude humaine et à ce qui la dépasse,  elle les « sépare », et les « unit » dans un cadre déterminé et les fait entrer  dans « un jeu de jugements de valeur » ; en traduisant les émotions et  les affects humains ressentis vis-à-vis de cette finitude en référence de ce  qui la transcende, elle produit un état de mal et un état de salut dans leur opposition symétrique.
*Henri Hubert et Marcel Mauss, « Esquisse d’une théorie générale de la magie », (1902-1903), 
in Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1999, p. 105.
– Park Jung Ho, Du mana au salut religieux par la transformation du don, Durkheim, Mauss et Weber, Revue du Mauss,  p.11 [lien]


Et Frazer :
Homoeopathic Magic, is a mistaken association of ideas; its physical basis, if we may speak of such a thing, like the physical basis of Homoeopathic Magic, is a material medium of some sort which, like the ether of modern physics, is assumed to unite distant objects and to convey impressions from one to the other. The most familiar example of Contagious Magic is the magical sympathy which is supposed to exist between a man and any severed portion of his person, as his hair or nails; so that whoever gets possession of human hair or nails may work his will, at any distance, upon the person from whom they were cut. This superstition is world-wide; instances of it in regard to hair and nails will be noticed later on in this work. 
– James G. Frazer, The Golden Bough.

On compare l’éther, le truc vrai, avec le mana, le truc faux. N’est-ce pas l’aveu qu’on trouvait là une pensée réellement scientifique ? Ou alors que notre science pensait magiquement ?

L'éther et la matière noire sont des concepts-Atlas, si on les enlève, notre ciel s'effondre.

Oh bien sûr, la position de Frazer, qui voit la magie comme une forme primitive de science a ses tares aussi, mais passons. Et d’ailleur profitons en pour mettre au point un truc : le mana n’est PAS pour les peuples mélanésiens une sorte de force invisible qui baignerait le monde. Ils disent que leurs rituels sont mana, que leurs filets de pêche sont mana, que leur bateaux sont mana, alors l’anthropologue conclut qu’il baigne dans une pensée magique complète, incapable de s’imaginer le fonctionnement de son filet sans magie. Alors que c’est faux. Le terme «Mana» recouvre simplement l’efficacité. Tout ce que dit l’indigène c’est que le soleil fonctionne, que le filet fonctionne, que les bateaux fonctionnent... Et que ses rituels fonctionnent. Simplement, donc, qu’il place tout cela sur le même plan d’efficacité. Et c’est bien normal, après tout, s’il ne croyait pas ses rituels efficaces, les ferait-il ?

Positivisme.

Cependant, malgré l’aspect laborieux de ces échaffaudages la science méprise tout ce qui n’est pas elle-même, de même que Twilight Sparkle rechignait à reconnaître le bien-fondé des prémonitions de son amie. (morale de l'épisode : faire confiance à ses amis même s'ils sont cinglés)
Attention : je ne dis pas que la science est pourrie parce qu’elle tatonne. C’est normal. Je dis que la science est pourrie quand elle va juqu’à refouler tout ce qui a conduit à la créer. Elle se retourne sur ce qu’elle était et se vomit dessus de mépris. La magie pense comme elle ? Voire plus, la science pense magiquement ? Bof, impossible nous avons des mathématiques et des résultats. Et quand je dis refouler ça y va à la pelle.
Copernic était un moine, on s’en souvient. De même que Galilée était chrétien. Néanmoins on ne le rappelle que pour souligner la méchanceté de l’Inquisition type «oh les cons, ils attaquent leurs propres fidèles alors même qu’il aurait fallu évoluer !». On ne présente pas Galilée comme un chrétien, mais bien commme le type du chrétien catholique moderne qui arrive à concilier science et ordres de l’Eglise. Pareil, qui se souvient que Copernic inscrivait que le soleil devait être placé au centre du monde parce qu’il était «l’image vivante de la divinité» ?
Giordano Bruno était brûlé à Rome en 1600. En même temps, il l’a bien cherché, sa défense était une parodie de l’Apologie de Socrate, réclamant d’être nourri aux frais de la Cité jusqu’à sa mort. On se rappelle qu’il soutenait la rotation de la terre, de même que la pluralité des mondes. Néanmoins, son raisonnement était que la puissance de Dieu étant infinie, le monde devait être infini également. Aussi chaque étoile apperçue dans le ciel devait être un soleil identique au nôtre, avec ses divers mondes tournoyant autour... De même pour Bruno, il n’est pour la science qu’un alibi. On ne rappellera pas ses côtés les plus ésotériques, sa théorie sur le fait que les dieux égyptiens seraient des cristallisations de facettes de l’âme qui pourraient ordonner nos pensées.
Amusant, puisqu’il se trouve que c’est sans doute très proche de la vision des théologiens égyptiens, qui utilisaient les dieux pour classifier le monde, ainsi quand on disait d’un énervé qu’il avait «seth en lui» ce n’est pas pour dire qu’'il est possédé par le meurtrier d’Osiris, mais bien qu’il est énervé. C’est une figure de style, ainsi qu'on dirait d'untel qu'il a "le diable au corps" sans pour autant évoquer une possession en bonne et due forme. Le panthéon égyptien fait donc figure d’un répertoire de concepts, en plus d’être des protagonistes de diverses histoires. Les mythes sont des affrontements de concepts. Ce qui explique sans doute qu'une fois le langage abstrait de la philosophie grecque parfaitement répandu dans le royaume de Pharaon, les dieux devinrent un vocabulaire désuet. Exprimer l'abstrait se faisait plus efficacement avec des mots.

Scientifique ou magicien ?
«Newton n’était pas le premier au siècle de la Raison, il était le dernier du siècle des Magiciens, le dernier des Babyloniens et des Sumériens, le dernier grand esprit qui perçait le monde du visible et de la pensée avec les mêmes yeux que ceux qui commencèrent à édifier notre patrimoine intellectuel il y a un peu moins de 10000 ans.»
John Keynes
Qui rappellera que Newton faisait de l’alchimie ?.. Là, c’est intéréssant parce que plus proche de nous. Et accablant. On ne peut pas citer les trvaux d’optique, de physique de Newton sans parler de l’alchimie qu’il a pourtant pratiquée jusqu’à la fin de sa vie. En contraste, ses grandes découvertes sur la nature de la gravitation et de l’optique étaient toutes pliées entre 20 et 25 ans (même s’il mit plus longtemps pour publier).
Aussi vous pouvez pratiquer le test Newton, regardez comment ils abordent son étude de l’alchimie. Demandez à votre prof de physique, ça peut être marrant. Quelle sera sa réponse ?
  1. «C’était un passe-temps» le mec ne s’est pas renseigné. Si remplir trois malles de papier gribouillé par mois pendant trente ans est un passe-temps, ouais.
  2. «La chimie n’existait pas encore vraiment. Puisqu’il n’existait que l’alchimie pour rendre compte des transformations de la matière il était normal qu’il la pratique, comme de nombreux esprits de son temps. C’était une forme de chimie primitive.»
  3. «Les expériences sont décrites dans un baratin incroyablement farfelu, mais elles fonctionnent, on peut les refaire. Ca a donc réellement fait progresser la science, simplement c’était encore entiché d’une symbolique énorme et difficile pour nous à saisir.» Alors dans ce cas c’est tout à fait vrai, et ça montre que votre bonhomme s’est un peu renseigné. Sans entrer dans les détails, on parlait par exemple d’ «ouvrir le ventre de Saturne» pour dire «voilà ce qu’on obtient en observant cette mixture de plomb» ou un truc du genre, saturne étant associé au plomb, encore aujourd’hui lorsqu’on parle de Saturnisme. C’était juste un jargon un peu spécialisé et ésotérique mais qui renvoyait à tout autant de réalité que vos équations couvertes de sigles latins désignant les divers composés chimiques. Difficile de se scandaliser qu’ils désignent cela par des noms de dieux, surtout quand un bon bout du tableau de Mendeleiev doit son nom à des êtres mythologiques : Uranium, Tantale, Neptunium, Plutonium, Mercure, Titane (pout titans), Vanadium (de Vanadis, divinité scandinave de l’amour et de la beauté), Thorium (de Thor, dieu de la foudre, puisqu’il émet des étincelles quand il est frappé), Palladium (de Pallas, attribut d’Athéna)

Matière Noire = le nouvel éther ?


Regardez aujourd’hui. Des cosmologistes se sont aperçus que POUF y’a des galaxies qui tournent trop ou pas assez vite. Situation au CNRS :
«Que fait-on, Bob ? On suppose qu’Einstein et donc peut-être Newton, et donc peut-être Galilée, avai(en)t tort ?
- Non, parbleu, Patrick, vous n’y pensez pas. Saint Einstein, Saint Newton et Saint Galilée, pas possible. N’importe quoi. Eux, tort. De quoi on aurait l’air, hein ? On n’a qu’à dire qu’elle tourne à la bonne vitesse (ça tombe bien) mais que simplement elle est plus massive qu’elle en a l’air. C’est les rayures verticales. Ca mincit. Donc y’a juste une grosse quantité de...truc autour.
- Mais Bob, pourquoi on la voit pas ?
- Ben c’est parce qu’elle est noire. Du coup on la voit pas.
- Mais si c’est de la matière, à force d’être chauffée par les étoiles alentours elle devrait émettre un rayonnement, non ?
- Ben, c’est qu’elle est froide. Du coup elle émet pas de rayonnement.
- Mais vous êtes sûr que c’est de la matière ? Parce qu’avec toutes ces exceptions...
- Ben oui, ça me fait chier d’inventer une nouvelle théorie, déjà qu'on n'a pas trouvé le Boson de Higgs.
- Oh, j'ai peur, Bob.
- Viens dans mes bras. Là, c'est fini.»

«Et l’oscar du chiffre le plus tiré à la louche de son chapeau au pif est attribué ààààààà....»

(Non sérieux, si vous savez d'où vient le CHIFFRE de 95% au-delà de nous appeler à l'humilité devant la puissance infinie de l'infini infini, n'hésitez pas à vous manifester)
Mais remarquez néanmoins que personne ne semble faire le lien avec l'éther, précédent trou dans la théorie, et continue à s'obstiner plutôt que de repenser entièrement leurs équations (je déconne, on croule sous les théories alternatives, mais dans le mainstream on balbutie les mêmes excuses. Mais dès qu'il faut triturer la théorie pour la faire coller au faits, elle est où l'objectivité de la physique ?).
Nous n'apprenons pas de nos erreurs.


Bref, vous voyez bien que la science et la magie sont si proche qu’il sera toujours difficile de discernr Science-fiction et fantasy, mais pas du fait des auteurs ou de la matière, mais bien de notre monde, ou plutôt de la façon dont on le comprend.
Pour comprendre notre monde, nous édifions des concepts, qu’on classe dans la science ou la magie, c’est selon, mais parfois simplement parce que c’est plus gracieux qu’une pancarte «j’y pige que dalle» c.f. matière noire. Et ces concepts étant fluctuants on ne sait pas toujours ce qui est possible ou non dans notre monde.
Donc une licorne, un vaisseau spatial et des télépathes peuvent bien se côtoyer sans que vous ne trouviez où les classer.
Et Doctor Who a bien compris cela, eux qui hébergent des dieux, des demi-dieux, des dinosaures, des aliens, des télépathes, du voyage dans le temps, des trous noirs, Satan, Satan dans un trou noir, Satan dans un trou noir en feu avec serpent à la rose...
Et en chacun de nous sommeille un homme des cavernes fatigué, qui préférerait bien que le monde soit magique et fonctionne plutôt que rationnel et hostile.
Et qui crie "magique !" sur ce qu'il ne veut pas comprendre.

Service militaire.




Librement adapté de "Alors, non, je vous arrête tout de suite ; je ne remonte pas sur le trône, ni un petit peu, ni en attendant, ni pour faire plaisir, ni pour rien du tout , démmerdez-vous sans moi !" – Arthur, Kaamelott, V, La régence. Griffonné sur un coin de table pendant les éternelles attentes imposées par le recrutement militaire.
 Finalement je fais la protection civile = j'ai les chaussures gratuites et je fais pas l'armée.

jeudi 18 octobre 2012

mardi 9 octobre 2012

Stochocratie : addendum

Le renouveau de la démocratie, sisi, puisqu'on vous le dit.

Je parlais déjà ici de la stupidité ou du désespoir de la FAE qui intéresse si peu de monde que dans une manoeuvre suicidaire pour attirer l’attention sur eux, ainsi qu’un adolescent timoré s’ouvrant légèrement les veines, ils décidèrent de faire désormais tirer une des deux moitiés de l’assemblée des délégués au sort. L’autre moitié émanant des diverses associations de facultés. (Médecine, Droit, Lettres, HEC, SSP, Géosciences)
C’est complètement con, soit.
Regardons de plus près POURQUOI ils commettent des insanités pareilles, des insultes à leur éléctorat, les estimant si dispensable qu’on peut les remplacer par un lancer de dés.

«Ce n’est un secret pour personne les candidat-e-s ne se pressaient pas au portillon. et moins d’un-e étudiant-e sur dix votait pour ses représentants (...)»

(vous remarquez qu’ils mutilent d’une greffe de semi-féminin tous les noms s’accordants, dans la plus pure tradition des tracts qui nient la réalité linguistique et ne veulent pas voir dans le genre masculin le genre non-marqué de la langue française)
Bon, ces éléctions n’intéréssaient personne, donc on les supprime ? C’est une histoire de paresse ? D’économie d’efforts ? Que nenni, un argument supplémentaire vient s’étaler :

«Les débats au sein de l’AD débouchaient fréquemment sur une polarisation gauche-droite relativement peu fructueuse»

Tirer au sort les députés ne va sûrement pas arranger cela, puisque ceux qui présentent leur candidature auront encore des orientations politiques, vous savez. Surtout quand la moitié de l’AD est composée par les diverses facultés suivant un mode électif, vous n’aurez que 50% de hasard dans le schmillblick. Et supposant que vous aboutirez à peu près à du moitié/moitié gauche/droite, ce qui est fort probable, que ferez-vous ?
Et si vous parvenez à l’inverse à une hégémonie de gauche, vous serez contents ? Admirez bien : dans un but qui se décrit comme démocratique, cette initiative veut en réalité combattre le pluralisme. La diversité c’est chiant et ça fait durer les débats, alors on va vous tirer au sort comme ça, y’aura moins de conflits ! But avoué : l’hégémonie afin que ça aille plus vite.
Vous me direz que j’éxagère. Soit. Mais pourquoi citer les divergences au sein de l’Assemblée comme un défaut de celle-ci ? Si l’on estime que ce problème se résoudra avec le tirage au sort, c’est qu’on compte sur lui soit
1) Pour établir une majorité incontestable, afin de prévenir les débats.
2) Pour effacer les opinions politiques des candidats, afin de prévenir les débats.
Rien de plausible, ni même de souhaitable, mais passons outre.

«Cet automne il suffira donc pour tout étudiant-e intéréssé-e de déposer sa candidature dans les délais, et le hasard s’occupera de désigner les heureux élus.»

Ah oui, parce que comme je l’ai laissé entendre, il ne s’agit pas de piocher dans la masse des étudiants surchargés, sans quoi on le sait très bien, le poste sera délaissé, mais bien de tirer au sort parmi des candidats. La moitié des travers qu’ils inventent au système électif se trouve donc conservé malgré la proclamation de nouveauté qu’affiche la manoeuvre, puisqu’il faut toujours se présenter. Et que seuls ceux avec la bonne "culture" le feront.
Qui a eu cette idée à la con, que je puisse éviter de l’élire l’an prochain ? Ah, merde, justement, je ne pourrais plus user de mon vote pour disqualifier les incompétents. Génial. En attendant on nous affirme que c’est l’AD dans son entier qui suggéra cela (entendre : un étudiant de philo/grec glapit un souvenir approximatif entendu lors d’un de ses cours pendant que tout le monde pionçait) arrachant au parlement enthousiaste un accord des plus fervents puisque :

Le tirage au sort en effet est intimement lié à l’histoire de la démocratie. Mécanisme central dans tous les régimes démocratiques historiques (d’Athènes aux communautés grisonnes du Moyen-Âge), il a été mis de coté au profit de l’éléction il y a seulement quelques siècles lors des révolutions française et américaine.

Parlons donc un peu d’Athènes, puisque c’est aussi le sujet de ce billet.
Une multitude de gens s’emparent du mythe athénien des grecs qui n’éliraient personnes et se contenteraient de se réunir par paquets d’un million pour décider en commun de l’avenir de la cité, beaux éphèbes barbus et libres. TRès répandu dans les rangs du parti pirate d’ailleurs (Argh et re-argh). D’autres encore vont jusqu’à exiger une assemblée tirée au sort.(LE MESSAGE infâme)
Bref, on se gargarise de ce paysage inventé, pour justifier des réformes sans fondements véritables. Alors un peu d’histoire, je fais mon Will Mc Avoy wannabe :

L’héliée (le Tribunal Populaire) était effectivement tirée au sort, selon un systme compliqué qu’Aristote nous relate dans la Constitution d’Athènes. Cependant malgré son implication parfois assez intrusive dans la politique Athénienne (alourdissant ou diminuant des peines suivant le comportement politique de l’accusé) il s’agissait de pouvoir judiciaire.
La Boulè (Le Conseil des Cinq-Cents) également tirée au sort à raison de 50 membres pour chacune des «tribus» édifiées par Clisthène. Chaque tribu se composait de trois tiers géographiques, issus du littoral (paralia) de la ville d’Athènes même (atsu) et de ses environs (le mésogée). Tous les citoyens athéniens signifiant qu’on retranchait bien sûr les femmes, les enfants, les esclaves et les métèques. Restait une population bien couillue de 30 à 45’000 hommes libres dans lesquels on piochait les 6000 héliastes et les 500 bouleutes, annuellement. On ne pouvait pas être plus de deux fois bouleute dans sa vie, d’où un nombre conséquent de citoyens accédant à cette fonction, avec indemnité vu le temps que cela demande.
L’année se divisait en dix mois. Aussi 50 bouleutes, à tour de rôle, endossaient le rôle de prytanes pendant un mois. Ce corps de magistrats encadrait les séances de l’Assemblée et se chargeait d’édicter les probouleuma, des résolutions embryonnaires, des projets de loi en somme, qu’ils devaient collecter auprès du peuple. Ainsi le dicton «Meden aprobouleuton» (=«Rien sans probouleuma»). Pour le meilleur comme pour le pire, les Bouleutes tenaient ce rôle de chambre haute, prononçant souvent des décisions politiques, voire de militaires. C’est ainsi la Boulè qui décidera des tributs à payer par la ligue de Délos. Elle gère également l’organisation militaire de la cité.
L’auteur de ce torchon nous dit que l’éléction fut remisée au placard jusqu’aux révolution américaine et française, c’est idiot. C’est faire abstraction, à Athènes même, de l’élection des stratèges. Ainsi Periclès brigua quinze années de suite la charge de stratège, chaque année recollectant la confiance du peuple. Il y avait un stratège par tribu, depuis les réformes de Clisthène, et il devait émerger de la première classe censitaire.
Parce que oui, ce que ces connards de libertariens ne disent jamais quand ils humectent le fond de leurs sous-vêtements du bout de leurs rêves raides, c’est que la cité d’Athènes était partagé en quatre classes censitaires, suivant la fortune des citoyens. Une belle oligarchie. Contredisez autant que vous voulez, la charge de stratège était la plus importante. Les dix stratèges dirigeaient cojointement l’armée, et comme vous le savez, l’armée et le peuple, c’est quasiment pareil à Athènes. Citoyen = Soldat.
Et il fallait pour cela être élu par le peuple et être riche. Peu de hasard là-dedans, messieurs.
Toutes les traces montrent pourtant que c’est l’ecclésia (l’Assemblée Populaire) qui possédait le pouvoir explicite et le plus évident en face de l’Aréopage, de la Boulè et des tribunaux, même si ces derniers avaient la suprématie pour les conflits entre individus et que les stratèges et archontes avait un rôle de potentats prépondérant.
Cependant examinons les faits : les paysans ou les pêcheurs s’en foutaient du résultat des votes, qui ne les concernaient que peu, et en plus ça devait les faire chier de venir de l’extérieur de la ville pour assister aux 40 séances annuelles de l’Assemblée, qui parfois pouvaient durer de l’aube au crépuscule. Fallait vraiment avoir rien à foutre de sa vie pour faire ça. Ou être riche. Parce qu’au contraire de l’Héliée ou de la Boulè, être citoyen, et donc membre de l’Assemblée, ne donne pas droit à une indemnité. Si t’es artisan tu risque pas de quitter ta boutique pour venir faire causette avec 3000 mecs.
D’ailleurs oui, ils étaient environ 3000. Et encore. Disons 6000 dans des cas exceptionnels, type haute trahison, quand on va pendre du déserteur. Mais sur 45’000 citoyens, ça fait un absentéisme de 87%. C’est beaucoup. (de toutes façons sur le Pnyx on y case pas 45000 gugusses)
Et ces grecs sont absents pour la même raison que moi je ne me présente pas au tirage au sort de la FAE (à moins qu’un camarade polisson ne glisse mon nom dans l’urne ainsi que Barty Croupton Jr. dans Harry Potter et la Coupe de Feu) parce qu’ils ont autre chose à foutre, ou simplement qu’ils n’en ont rien à foutre.
Certes, l’Assemblée ne faisait pas de distinction de Jure entre les différentes classes censitaires de citoyens, mais dans les faits, gloser du lever au coucher du soleil, c’était un passe-temps de riche. Les esclaves peuvent bien bosser, mais ça ne suffit pas à faire tourner une cité. Au final, la politique restait dans les mains des riches par la force des choses : parce quîls pouvaient se le permettre.
Vous voyez que dans cette complexité d’un côté des libertariens humides s’imaginent les grecs comme seuls maîtres d’eux-mêmes, responsables devant personne, de vrais rednecks antiques et de l’autre, le rédacteur de cet article les voit comme les proies résignées d’un hasard institué.
On n’y peut rien. Athènes est devenu un mythe, chacun a sa version.

Bref dans l’Auditoire ils parlaient de l’alternative du hasard, remisée au placard :

«Depuis elle est restée soigneusement enfermée dans un coin poussièreux de la bibliothèque des alternatives politiques, bibliothèque elle-même soigneusement enfermée dans une pièce sombre par les apôtres du gouvernement représentatif.»

On est étudiants, les mecs. Quelle que soit la matière, on nous bassine avec la «démocratie Athénienne», si tant est qu’on en avait pas déjà entendu au gymnase, voire au collège. Pas la peine de faire comme si vous aviez exhumé des parchemins pour cette trouvaille.

Ensuite il chouigne que la démocratie c’est mal parce qu’on arrive pas à réunir tout le peuple, alors on se choisit des délégués. Bouhouhou. Et si t’as pas été éduqué comme il faut tu gagnes pas les éléctions et si t’es pas intéréssé par la politique, tu te présenteras même pas ! (je crois que tu commences à comprendre, tiens)

«le principe de l’élection contrairement à ce qui est communèment accepté, participe à la création d’une artistocratie cachée.»

Déjà non elle n’est pas «cachée» nos députés ne se réunissent pas en capuches larges dans des caves sombres où la mousse parsème les murs pour égorger des chèvres, ils agissent à la lumière du jour.
Ensuite, je crois que je peux diagnostiquer le problème et ça tombe bien. On va pouvoir enchaîner sur l’autre connerie habituelle.

Prendre les définitions d’Aristote et de Platon et les accoler sur notre monde.
Pour eux, Aristocratie de "aristo-" le meilleur signifie : le gouvernement des meilleurs. Et pour ces deux, ce qui définit la démocratie c'est le tirage au sort (de même que Montesquieu, cité dans l'article) parce que par définition ça peut donner le pouvoir à tout le monde.
Forcément si on présente ça comme ça, on aura aussi envie de d’être aristocrate, quoi. Foutredieu ! Mettre les meilleurs au pouvoir, qui ne le voudrait pas ? Maintenant le mode de désignation des meilleurs sera sujet à plus de controverses. S’agit-il de ceux qui ont le plus de voix ? De ceux qui ont les plus gros muscles ? De ceux qui sortent des couilles du précédent roi ? De celui qui arrache une épée d’un rocher ?
Prenant à la lettre cette description, nos jeunes naïfs se retournent vers notre monde et s’exclament «Bon sang ! Nous désignons par le vote notre gouvernement ! Nous sommes des aristocrates !» passant sur le changement de sens de ce terme jusqu'à notre époque. S’ensuit un raisonnement étrange : ils vont alors chercher quelle est la définition platonicienne ou aristotélicienne de la démocratie. Ils remarquent alors que pour ces deux penseurs, elle se démarquait principalement des autres par l’attribution des charges de magistrats au sort, et non par l’éléction qu’ils avaient personnellement gardé comme caractéristique de l’aristocratie, leur mode privilégié de gouvernement (ainsi Platon qui fera fictivement élire les philosophes rois dans sa République...).
On voit qu’ils pensent à l’Héliée et à la Boulè, et surtout à l'attribution des archontats au hasard en 487 sous Clisthènes, moyen de transition vers la démocratie réelle. Et pour Platon, il y a également une dimension généalogique, puisqu’il explique le passage de l’oligarchie à la démocratie par le fait que les pauvres finissent par tuer les riches (ou que ces derniers, gras, finissent par se faire tuer à la guerre) et qu’ils répartissent ensuite les magistratures aléatoirement, par manque d’imagination, je suppose. Pourtant la figure de Périclès, l’homme d’état positif entre tous, ne leur rappelle pas que lui, il était élu. Et émergeait d’un régime démocratique.
Le naïf proclame alors : Si nous voulons être démocratique, alors il faut tirer nos institutions au sort !
Il oublie un point important. Démocratique ne signifie plus ce que cela voulait dire au Ve siècle avant notre ère et encore moins ce que ça signifiait pour deux esprits déçus par les excès du régime Athénien. Sans doute Socrate condamné à mort pour Platon et peut-être sa tentative avortée de se présenter à la succession de Platon comme chef de l’Académie pour Aristote sont deux sévères écueils. Tous deux aigris tentèrent d’établir rationnellement le meileur type de gouvernement.
Et bien sûr entre «rationnellement établi» et «élu par le peuple» il y a un monde.
Platon et Aristote décrivaient ce que Weber dirait comme des «idéal-types», des modèles fictifs, qui ne correspondaient pas entièrement à ce qui était dans la réalité. Athènes n'est pas entièrement une démocratie et la séparation en classes censitaires ne suffit pas à en faire une oligarchie. Platon isole des types de régimes (aristocratie, timocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie) qui ne se matérialisent pas de façon pure et sans mélange. Même Sparte avait un semblant d'institutions et pas juste des couillus qui se cognent.
Et juste parce que Platon a dit que démocratie = tirer au sort, allez, pouf on change une élection en gros loto.
Il serait bien maladroit de transvaser des concepts sans traitement préalable de l’information. Le terme démocratique a acquis un tel prestige aujourd'hui qu’il suffit de le retrouver dans un texte antique (ou plus probablement sur une page wikipédia) pour qu’on commence à s’emballer et à tenter d’y coller au plus près, comme assoiffé d’un retour aux sources, sans aucune raison. Pourquoi imiterait-on quelque chose juste parce qu'ils ont inventé le terme "démocratie" qui plus tard voudra dire complètement autre chose.
Pourtant "démocratique = pouvoir du peuple", c'est un peu la définition depuis Clisthène et l’appel constant au démos par les politiciens athéniens pour soutenir leur action. Et le tirage au sort n’est démocratique que s’il peut tomber sur tout le monde, à l'exemple des Jurés dans certains procès azx États-Unis, si ça te tombe dessus t'es obligé d'y aller. Parce qu’en puissance dans l'exemple grec cité, tout le monde peut être appelé à servir son pays, et la plupart des athéniens finissaient bouleutes, vu qu’on ne pouvait l’être que deux ans maximum.
Mais là quand il faut postuler pour qu’on vous tire au sort ? Ca veut dire que pour avoir de l’influence sur l’issue du scrutin, il faut que je me présente. La seule manière d’influencer sur ce pouvoir c’est de le convoiter. Pas de débat, pas d'idées, pas de réflexion. Génial. En l'occurrence ça n'augmente le pouvoir que de ceux qui se présentent en nous en ôtant tout le nôtre.
Et ça uniquement parce que tirer complètement au hasard et annoncer à l’heureux étudiant élu «bravo, tu es le 10’000ème visiteur, youhou, tiens de la paperasse de délégué, et viens nous causer des plans d’études de philologie» tout simplement parce que 9 personnes sur 10 les enverraient au diable, et se désisteraient complètement.
D’où l’idiotie complète, à mon sens, de se prétendre «plus démocratique» ou «plus représentatif» quand il s’agit simplement de changer une éléction et une réflexion de chacun pour savoir qui défendra le mieux les intérêts estudiantins en une grosse tombola maquillée grâce à quelques touches de greco-romanisme, pour lui donner la teinte d’une démocratie primitive de barbus francs emplis d’une sagesse ancestrale.

Comment agir face à ces idiots :

  • Rappelez leur la réalité parlez leur un peu de la vraie Athènes.
  • Si on vous dit que la démocratie c'est fondamentalement du tirage au sort parce qu'un barbu l'a dit au commencement des temps, dessinez une croix gammée sur la tronche de votre interlocuteur en affirmant que c'est un symbole indo-européen très positif.
  • Si on vous dit qu'il faut tirer au sort parce que sinon c'est pas démocratique et que seul l'argent permet de gagner les élections, donc que nous vivons dans une oligarchie, invitez votre interlocuteur à jouer au loto et à se payer une campagne éléctorale avec le pactole.
  • Rappelez leur que le grec antique pouvait s'imaginer que le hasard était la manifestation du pouvoir des dieux (il avait cette excuse) et encore, on choisit d'élire les archontes au sort (parmi les riches) en 487 sous Clisthène. Cependant cela se fit au moment où le transfert de pouvoir se réalisa vers les stratèges, élus, eux, justement parce qu'on craignait que le tirage au sort ne désigne des crétins incompétents. Même les grecs en avaient peur, donc stop.

PS: J'ai oublié ce morceau magnifique :

Pour avoir une vraie représentation il faut sélectionner un corps qui représente réellement le peuple, pas seulement qui prétende être en accord avec ses idées. Les progrès récents et aujourd'hui bien acceptés de la statistique sont là pour cela : il suffit de tirer un échantillon représentatif de la population, suffisamment grand et de le prendre pour agir comme minipeuple.
Admirez comme il compare l'échantillonnage complexe, affiné, réfléchi et quantifiable de la statistique et le tirage au sort. C'EST MAGNIFIQUE. Sondeurs ! Arrêtez de bosser ! Arrêtez de vous faire chier avec vos carottages de population ! Il suffit de tirer les gens au sort, hé oui !
Et sans déconner, les progrès récents de la statistique, je leur ferai confiance quand 1) j'aurai été interrogé sur quelque chose dans ma vie (puisque rien ne garantit la représentation adéquate de mes idées en dehors de moi-même, et cet article semble plutôt montrer qu'au contraire la tête de mes contemporains s'emplit d'incohérences) et 2) quand ils arriveront à prédire le score du FN au premier tour en France, non ? Y'a sûrement jamais eu autant de sondages sur un truc, et paf, la tuile.
Bref, remarquez l'idiotie :
TIRÉ AU HASARD = REPRÉSENTATIF

vendredi 5 octobre 2012

Animation

Toujours ma petite animation pourrie en cours.
Attention, hein, c'est du fait dans le métro. Pour un générique d'émission.