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lundi 28 janvier 2013

I WANT TO BELIEVE

Un moyen simple de réduire les raisonnements.
Axiome 1 : Si ça me rend malheureux, c'est faux.
- citation approximative de SMBC par Zach Weiner


Now, Andy did you hear about this one
Tell me, are you locked in the punch
Andy are you goofing on Elvis? Hey, baby
Are we losing touch
If you believed they put a man on the moon, man on the moon
If you believe there's nothing up his sleeve, then nothing is cool

- Man on the Moon, R.E.M.







Nous avions besoin d’y croire, il nous fallait un ciel sur lequel poser nos fronts engourdis, des étoiles pour cerner l’infini dans lequel nous chutons.
Il nous fallait y croire, cela venait comme une pommade.


Prenez l’Islande.
Tous les vrais-connaisseurs-de-la-démocratie-vraie par tirage au sort ou autre subterfuge électoral afin d’éviter que le peuple ne choisisse ses dirigeants, non mais, nous la foutaient sous le nez à toutes les sauces. Regardez l’Islande. Regardez comme elle a botté le cul des banquiers ! Regardez comme elle a accepté d’être en faillite et d’en chier grave avant de remonter la pente et d’être dans une croissance de folie ! Regardez, ils ont manifesté tellement fort qu’ils ont fait démissioner leur gouvernement, regardez ! Regardez, ils ont tié une assemblée constituante au sort (Etienne Chouard répand sa semence partout en convulsant de joie, puis décide de les poursuivre en justice parce que c’était rien que son idée) ! Regardez ce mouvement démocratique, anti-dette, anti-méchante finance qui régit nos vies !
Regardez le peuple vengeur ! Les Anonymous hurlent de joies ! Les Indignés décident de défroncer les sourcils pour l’occasion ! La Corée du Nord, l’Iran, les Emirats, la Russie, bref le conglomérat du Grand Club des Tyrans anti-peuple suent à grosses gouttes, empaquettant de l’argent au cas où.
L’île magnifique, autrefois cible des quolibets pour la quantité critique de poisson ou de baleines qu’elle consommait, pour sa langue étrange, pour ses volcans aux noms de douze syllabes qui paralysent le trafic aérien mondial se retrouvait acclamée, elle brillait dans les brumes de la Crise comme un Avalon lointaine d’où promettait de se lever un Roi Arthur furieux, qui une fois ses blessures guéries pourrait enfin s’exporter.
Il nous fallait y croire.
Sauf que tout ça était faux.


Pourquoi ces mythes sont répandus sur l’Islande ? Pourquoi les gens pensent-ils que l’Islande est un paradis progressiste alors qu’en réalité c’est un rêve humide thatchérien ?
D’accord, on a pas renfloué les banques, mais c’est pas faute d’avoir essayé. Le gouvernement a échoué à les sauver, mais il a bien fait tout ce qu’il pouvait.
D’accord il y a eu une constituante tirée au sort, mais elle n’avait qu’une vertu consultative, et on annonce d’ores et déjà qu’on ne tiendra pas compte de ses remontrances.
D’accord, on est en croissance, mais c’est probablement du à une putain de bulle immobilière, là c’est plutôt l’inflation à tous les étages, le niveau de vie baisse pour tout le monde.
D'accord on a nationalisé-plus-ou-moins les banques, et juste après on a tout reprivatisé
Le paradis fendu en deux et couvert de cendres.
Et il a fallu attendre ce mec pour que je me rende compte du schmillblick. Comme tout le monde, quand on m’annonce des atlantides, des contrées magiques pleines de solutions et de technologies bien plus avancées que les nôtres, j’ai tendance à les écarter d’un sourcil méfiant : surtout quand la plupart du temps, le paradis démocratique qu’on me vend, c’est la Suisse. Pourtant, si l'Islande me paraissait clairement une idiosyncrasie, je ne la considérait pas fabriquée de toutes pièces, je ne remettais pas en doute et je n'allais pas chercher les sources. Quand on me cite des faits je m'attends à ce qu'on débatte sur l'interprétation. Pas les faits.
Parce que justement l'interprétation, tout le monde peut danser dessus sans connaître queue de nouille ou sujet, sans lire les notes en bas de page, les rapports de 2000 feuillets. Et c'est parce qu'il est plus facile d'interpréter que de vérifier que ces mythes se répandent.
Il a fallu attendre des mises au point SIMPLES pour que je me rende compte que c’était du pipeau. Confronté frontalement par les chouardiens (qui ont eu l’honnêteté de relayer l’article, après avoir défendu l’islande, et néanmoins mis en garde contre la récupération du mouvement qui s’y effectuait) j’aurais perdu pied, je n’aurais pas su répondre à leurs chiffres, leurs faits, leurs articles de huitante pages sur des faits tronqués, cela m’aurait pris trop de temps de démêler le mythe, je trouvais des réfutations circonstancielles : l’Islande est un petit pays, tiens, c'est pas exportable, et je pensais un peu plus loin. Après tout, il est souvent vital d'arrêter de tout remettre en question sinon on fini par débattre, je ne sais, des américains qui ont été sur la lune, ou autre. On a besoin d'une certaine inertie des paradigmes.
Comment se fait-il qu’on soit tombés dans le panneau ? Je suppose que c’est dû en partie parce que a) l’Islande c’est loin et b) Ils parlent une langue impossible. Ca ne nous incite pas à vérifier.
Bon, d’autres mythes mériteraient d’être démasqués chez Chouard, notamment sa vision d’Athènes qu’il invoque à tort et à travers pour se donner une stature, mais où sa vision ne correspond pas vraiment à ce qu’il en était.
(Oh, bien sûr, le fait que ça aient été comme ci ou comme ça à Athènes au IVe s. av. J.C. ne nous contraint pas à faire pareil, mais justement, inutile dès lors d’y faire référence.)

Diffusé sur France Deux je crois.

Puisqu’on parle d’île merveilleuse, ça me rappelle L’atlantide : une histoire du communisme, un documentaire attristant sur l’URSS et sur le statut mythique que cette terre avait pour les communistes français(oui, on sait, vous, vous auriez deviné tout de suite que l'U.R.S.S. était gros méchant). Un pays où tout était beau et bien. Et bien sûr, la désillusion des militants. Le vrai caractère de Staline, les vrais crimes qu’il a commis, quand ils se repandirent, le réel état du pays, et ce qu’il en était vraiment du communisme : il n’existait pas.
Il était resté à l’état d’Atlantide : un continent mythique, loin derrière. Que personne n’a vu. Qui n’a jamais existé, qui n’a jamais été là, en fait.
Et pourtant il fallait qu’on y croie, il fallait qu’il soit là, au bout de l’Est, qu’il soit un rempart, un repère, qu’on puisse croire qu’un autre monde est possible.
Qu’il y a de l’espoir.

Le Prêtre Jean sur une carte, représenté ici régnant sur l'Ethiopie, accompagnant les dragons qui peuplaient les étendues inconnues de ces cartes. Dans un atlas portugais pour Marie Ière, 1558. (Source : Wikimédia)


Au Moyen-Age : semblables désillusions. On s’imaginait, pour des raisons fortuites, l’existence d’un Royaume chrétien sur lequel règnerait un certain Prêtre Jean, perdu aux confins des Indes. Quand on luttait contre l’ennemi musulman en Terre Sainte, que les derniers pied-à-terres chutaient, c’était un soulagement de s’imaginer que quelqu’un pouvait prendre les musulmans en tenaille, qu’il y avait une poche de justice, que l’oeil de Dieu se posait quelque part au Levant.
Qu’il y avait de l’espoir. Que nous avions un allié.
Pas étonnant qu’on ait situé dans le Royaume du Prêtre Jean, pêle-mêle, le Paradis Terrestre et la Fontaine de Jouvence.
Alors quand Gengis Khan débarque, détruit l’empire Khorezmien, met à sac Bagdad et tue la Calife, on essaie de mettre ça en conformité avec le mythe : ça doit être un des fils ou petits-fils ou arrière-petit-fils du Prêtre Jean qui vient nous sauver ! D’où de multiples tentatives d’entrer en contact avec le Grand Khan et de conclure une alliance avec lui contre les musulmans.
Ils ne se doutaient pas vraiment que les Mongols pouvaient être la perte de l’Europe, tant ils étaient préparés, mendiant, priant pour une aide venue de l’Est. Qui allait la refuser sous prétexte qu’ils avaient l’air de tueurs sans pitié et irrespectueux des alliances ? Bien sûr que c’était des tueurs sans pitié ! comment tu veux qu’on latte les bougnoules sans ça ? Bien sûr qu’ils ont trahi les musulmans, mais bon, c’étaient des infidèles, c’est normal.

Nous voulons y croire, nous voulons rêver.
Ne nous réveillez pas.



Propagande colorisée



Inspiré par l'image bien plus belle d'Angus Mc Bride sur la scène du Roi-Sorcier d'Angmar passant le seuil de Minas Tirith (de mémoire, hein, j'avais pas l'illustration sous les yeux.)

samedi 19 janvier 2013

Les femmes chez Tolkien


J'aime beaucoup Tolkien, je n’aime pas beaucoup les critiques de Tolkien, c’est sans doute lié, je suis un fanboy. Un peu.
Pourtant, s’il est un point où ils touchent juste, c’est dans les accusations de machisme, ou du moins, le manque de femmes dans son univers. C’est un monde sans femmes. A tel point que les Ents sont voués à la disparition parce qu’ils n’ont plus de femmes et que Peter Jackson se sent obligé de rajouter le personnage de Tauriel, elfe de la forêt noire, dans les suites du Hobbit, tant ça manque (le rajout de Galadriel au Conseil Blanc n’aide pas vraiment, on va dire). C’est cohérent, la première version des Deux Tours devait faire en sorte qu’Arwen vienne en renfort au Gouffre de Helm, prolongeant le côté «princesse guerrière» qu’elle arborait déjà dans la séquence où elle vient secourir Frodon des Nazguls, remplaçant Glorfindel.
Certes, les femmes qu’il nous décrit sons censées représenter une sorte d’idéal de la Muse/vierge, des femmes en arrière plan, qui se contentent de briller de beauté et de supposée sagesse pendant que leurs hommes sauvent le monde. Arwen tombe sous le coup, ce qu’elle fait de plus significatif étant de coudre une bannière du Gondor pour Aragorn. Qui a dit Pénélope ?
Cependant il faut nuancer : le côté «je suis pur, je suis inactif» touche les elfes en général : Galadriel est recluse dans la Lorien, tout comme Elrond à Fondcombe. Je supposais que c’était dû au pouvoir de leurs anneaux. Ils ont réussi à créer une zone sécurisée autour de leurs anneaux et doivent éviter d’en sortir sans quoi ils sombrent sous le pouvoir de Sauron, un truc du genre, me suis-je toujours figuré. Elrond tout comme Galadriel remplissent la fonction «être en arrière-plan et ne servir à pas grand-chose.
Dans les films, ils ont souhaité rendre les elfes un peu moins «on brille, on est beaux, on joue de la harpe» et plus «BADASS BOUM t’as vu je bute un oliphant avec trois flèches et demi, nique tout, REP A SA SAURON». Si tous les elfes valent Legolas, c’est à se demander comment Morgoth et Sauron ont pu avoir un quelconque avantage tactique contre eux.
En outre, si on regarde sa mythologie, la première elfe à mourir, c’est Miriel de par le chagrin qu’à causé l'accouchement de son premier enfant. Péché originel ? Sa "mort" (son corps intact ne peut périr en Valinor, son esprit rejoins les portes de Mandos) engendrera la discorde.

Autre point extrêmement ambigu : Eowyn. D’un côté, elle s’émancipe en venant participer au combat plutôt que garder sa maisonnée, en plus de quoi elle tient Aragorn en respect en lui disant que ce n’est pas son rôle d’attendre dans son foyer que les hommes rentrent. Aragorn lui répond que vient peut-être un temps où personne ne rentrera à la maison. Eowyn lui dit que ta gueule arrête de botter en touche, sale machiste, et puis à quoi ça sert que je reste à chauffer les plats si c’est pour que vous reveniez pas ? C’est complétement con.

D’un autre côté son plus grand exploit, d’avoir tué le Roi Sorcier d’Angmar est entièrement lié à son statut de femme.

En effet, la prophétie de Glorfindel disait qu’aucun homme vivant ne peut tuer le Roi Sorcier. D’où le retournement de situation quand celui-ci dit :
«No man can kill me. Die now.
— I am no man !», réplique Eowyn, découvrant sa chevelure qui vole au vent, et brandissant son épée.
(«— Aucun homme ne peut me vaincre 
— Je ne suis pas un homme !»)

Puis elle le bute. En gros. Et l’armure se tord et se concasse sous l’action de l’esprit qui la quitte. La prophétie disait qu’aucun homme (man) ne pouvait vaincre le Roi-Sorcier. Et comme le français «homme», l’anglais «man» est ambigu, puisqu’il recouvre à la fois le genre humain dans son ensemble et sa seule portion masculine.


Interprétation 1 : Tolkien est un connard qui considère que les femmes ne sont pas des êtres humains.
C’est con.

Interprétation 2 : Tolkien veut montrer la double ambiguité du terme homme : non seulement on peut considérer que ça veut représenter les hommes dans son entier, mais également les mâles d’autres espèces, en l’occurence un hobbit, Meriadoc Brandebouc, qui planta sa lame dans le mollet du Roi-Sorcier, ce qui nous rappelle la taille minuscule des hobbits, très proche du moment où Peregrin Touque, son compère de la citadelle, agrippe Gandalf au genou.
Autrement dit, rappelez-vous, le masculin est le genre non-marqué en français et en anglais aussi dans ce terme de «man» qui peut remplacer «human», à l’opposé de «woman».
Cependant, la leçon, au-delà de l’aspect traître du langage, nous invite au contraire à nous retourner vers ce point de langage : c’est parce que tout le monde part du principe que «man» signifie «tout homme» que tout le monde pense le Roi-Sorcier d’Angmar invincible, lui y compris. (pourtant les elfes devraient se démerder du coup, non ? Legolas, tu veux pas tenter ?)
C’est parce qu’il a oublié que «man» ne signifiait pas forcément les humains dans leur ensemble qu’il s’est fait avoir par un hobbit-homme et une femme humaine.
C'est une critique du masculin comme genre non-marqué, pas son approbation. C'est la confiance dans ce point de grammaire qui consacra l'impuissance des hommes et la témérité du Roi-Sorcier.

 "REP A SA LA GRAMMAIRE"

vendredi 18 janvier 2013

Enoncé de fait, énoncé de valeur


<Note épistémologique : Je dis qu’on s’en fout des bonobos qui s’enculent, des sociétés matrilinéaires, des sociétés préhistoriques. C’est faux, c’est très intéressant et ça doit être connu, mais dans un but purement scientifique et académique, pas pour décider de ce qui est. La loi de Hume n’est pas prouvée ou prouvable, c’est plus un règle de prudence philosophique, de méta-éthique : ne pas passer sans raisonnement de ce qui est à ce qui doit être.>

Ce n’est pas parce que c’est comme ça que ça doit être comme ça







Parlons de la Dysaethesia Aethiopica.
C’est une maladie inventée par Samuel Cartwright qui ferait que les esclaves n’ont plus envie de bosser. Donc, le traitement c’est de stimuler leurs nerfs pour mettre fin à leur apathie. En les… Fouettant.
Comment justifier l’esclavagisme ambiant et les mauvais traitements imposés aux noirs, par la (pseudo)science. Ca parait tellement gros qu’on peine à y croire. L’exploiteur blanc qui prétend traiter une maladie en fouettant ses esclaves, et qui plus est une maladie qui fait qu’ils n’ont pas envie de travailler, et qui a une théorie scientifique pour l’appuyer.
Woh.
C’est plus d’ironie que 4chan ne pourra jamais en porter.

Bon exemple d’à quel point un système scientifique se soumet facilement au système de pensée qui le produit, et à quel point on peut s’en servir pour prétendre que nos postures politiques sont fondées scientifiquement. Bel exemple de comment changer l’exercice d’une domination par le maniement du discours «scientifique».

Certains me diraient que la VRAIE science nous démontrerait la fausseté de l’assomption, qu’il n’y aurait pas de VRAIE maladie derrière ces délires esclavagistes.
Certes, mais à mon avis, il y a plus dangereux qu’invoquer une fausse idée de la «Nature» pour aligner la société dessus ou justifier des réformes sociales.
C’est d’invoquer une VRAIE science, une VRAIE idée de la nature pour aligner la société dessus. Après tout, il y a de multiples faussetés mais comme le dit Détective Conan, il n’y a qu’une seule vérité. (clique sur "plus d'infos" pour voir la suite)

Pensée sur le Hobbit


Un des soucis majeurs que j'aurais avec The Hobbit, c'est qu'il a voulu changer les Nains de "petits mecs rigolos aux noms redondants qui se prosternent en disant 'à vot' service' et en s'entassant sur le pas de la porte" à "gros bourrins qui portent trois marteaux, se tatouent le crâne et taillent leur passage à la hache.
D'un côté, les évènements du livre, l'escapade par les tunnels de gobelins appelait une certaine dose de baston. Les dix minutes d’échafaudages où l'on pulvérise six cents gobelins sans que soient le moins du monde en danger nos compères nains était peut-être de trop, mais la scène est magistrale, techniquement. Ce n'est pas ça qui me gêne. Vouloir changer un conte pour enfant en récit épique n'est pas tant dérangeant : après tout, c'est ce qui se produisit dans l'esprit même de Tolkien lorsqu'il décida que l'anneau d'invisibilité que Bilbo soutirait à Gollum était en fait un artefact maléfique qui contenait la puissance du simili-Satan Sauron, et était le truc le plus dangereux de tout l'univers.




***

Piège de la Forme : Tolkien edition.

D'ailleurs savez-vous que Tolkien, se complaisant dans son rôle "d'historien de la Terre du Milieu" botte parfois en touche quand on lui pose des questions et blâme ses manquements sur ses personnages : ainsi les deux récits de la scène où Bilbo s'empare de l'anneau(chapitre Riddles In The Dark). (autre exemple quand il dit dans une de ses lettres ne pas connaître le nom des deux mages bleus)
En premier lieu, Gollum devait parier l'anneau, comme enjeu du concours d'énigmes. Genre je m'ennuie tellement que je parie mon bien le plus précieux. C'est ce qui prévalut dans la version de 1937.
Plus tard, quand le rôle de l'Anneau dans la corruption de Sméagol devint plus clair, cette attitude devenait inexplicable : si l'emprise de l'anneau était si puissante, pourquoi aurait-il pris le risque de le miser ? D'où la deuxième version de l'histoire dans l'édition suivante, réécrite pour coller avec LotR.
Il fait référence à la victoire controversée du Hobbit dans Fellowship of the Ring, dans le sommaire du début : 
The Authorities, it is true, differ whether this last question was a mere 'question' and not a 'riddle' ... but all agree that, after accepting it and trying to guess the answer, Gollum was bound by his promise" (FR, 21).
 Mais il ne précise pas que l'enjeu a changé  : d'abord l'anneau, puis lui montrer la sortie. Il existe donc deux versions de l'histoire, désormais. Comment l'historien Tolkien s'en accomode-t-il ? Va-t-il organiser un auto-autodafé des Hobbit de 1937 ?
Que nenni ! Il va - et ce serait suffisant pour figurer dans un article entier dédié au Piège de la Forme - prétendre que Bilbo mentait dans la première version. Sous l'influence de l'anneau, ou de la pression de ses pairs, il ne voulut pas admettre qu'il avait volé le précieux bijou (ironique, quand on songe qu'il fut recruté comme cambrioleur). Il mentit donc à Gandalf et aux Nains, puis consigna la version mensongère dans son journal (Le grand livre rouge qui est censé devenir le Hobbit ET le Seigneur des Anneaux). Se basant sur les écrits de Bilbo libéré de l'influence de l'anneau (quand il était à Fondcombe ?) ou simplement sur le témoignage de Frodo, qui aurait compris l'histoire du point de vue de Sméagol qui braillait "ils nous l'ont volé" à longueur de temps, Tolkien l'aurait "corrigé dans la deuxième version. Très astucieux.



***

Mon souci avec le film est le suivant : Bilbo se met au niveau des Nains. Au départ il devait leur enseigner une leçon : que la force pure n'est pas tout, que la ruse peut l'emporter (au moyen d'un anneau satanique plus que de ses talents, ce qui est une drôle de morale sous la plume d'un auteur catholique) Là, non, il saisit une épée et bourrine la gueule d'Azog. Il n'y a plus remise en question des nains, juste l'adaptation de Bilbo au schéma de virilité nanique. Lui qui aimait la porcelaine de sa grand-mère et les mouchoirs devra se contenter de cuir et de sueur COMME LES VRAIS HOMMES BURP PROUT.
Mes pensées sur la chanson Misty Mountains sont du même ordre.




jeudi 17 janvier 2013

Unus per omnibus

Dans l'idée de Hetalia ou Scandinavia and the world, j'ai envie de faire quelques petites BD sur le thème des cantons Suisses, sous forme de personnification anthropomorphiques.
Bon je serai pas aussi drôle, mais voilà.
Ca ne s'appellera pas Helvetia and the world, mais plutôt Unus per omnibus, "un pour tous" en latin, qui fait référence à la devise officieuse de la Suisse, mais aussi au fait qu'une seule personne représente dans ces BD un canton entier, voire un pays, donc "un pour tous".
 


Ca fait référence à plusieurs choses  :
  1. Appenzell Rhodes-Intérieures et Appenzell Rhodes-Extérieures sont deux demi-cantons résultant de la scission d'Appenzel entre les catholiques (Rhodes-Intérieures) et les protestants (Rhodes-Extérieures) en 1597. D'où les "faux-frère", "frérot".
  2. La Suisse est un des derniers pays occidentaux à avoir accordé uniformément le droit de vote aux femmes. La tradition de démocratie directe et de fédéralisme faisait que c'était aux cantons, enfin, aux messieurs de ces cantons, de décider quand ces dames auraient le droit de vote d'où les îlots subsistants d'inégalités. Le problème c'est que les cantons chambrés par les autres comme "primitifs", ou appartenant à la "Suisse profonde" s'y sont mis très tard(après la votation fédérale de 1971 : Uri, Schwytz, les Grisons, Nidwald, Obwald en 1972) et Appenzell Rhodes-Extérieurs en 1989. La landsgemeinde, tradition du vote public à main levée, n'aidait pas. En effet, par la landsgemeinde du 29 avril 1990, les hommes d'Appenzel Rhodes-Intérieures refusaient le droit de vote aux femmes. Et c'est par décision du tribunal fédéral, ce sale connard de pouvoir fédéraliste oppresseur, que le droit de vote fut accordé, de force, aux femmes d'Appenzell Rhodes-Intérieures. Comme le résume cet article, cela n'alla pas sans mal(ma citation préférée : "Des femmes dans le Ring? Non merci. A Appenzell, nous sommes les derniers, avec certaines tribus de nègres en Afrique, où les hommes ont encore la parole», José, 20 ans"). Je suppose que des fusils remuèrent dans des caves, accompagnés de grommellements libertariens, des type affirmèrent que jamais plus ils n'iraient à la landsgemeinde, mais apparemment aujourd'hui ça va mieux.
  3. En outre, la première votation fédérale (i.e. pour toute la Suisse) qui suivait la décision du Tribunal Fédéral c'était le 3 mars 1991, si je ne me trompe pas, qui accordait le droit de vote et l’éligibilité aux plus de 18 ans. C'était un peu distribution générale de cartes d'électeurs ces temps-ci "You get the right to vote ! You get the right to vote ! Everybody's got the right to vote !".
  4. Et bien sûr les remarques blasées de Vaud et Appenzell à la fin font référence à la pléthore de votations qu'on trouve en Suisse, parfois un peu lassantes, quand tu te rends compte que tous les partis sont d'accord pour un projet (tous, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche) mais qu'on te demande quand même ton avis pour un putain de projet contre les épizooties.
  5. Les tenues des divers cantons se basent sur leurs blasons. Fribourg a, en plus de son vêtement noir aux épaules puis blanc en bas, un col blanc de soutane, puisqu'il est réputé pour son catholicisme. Vaud est gros avec un nez grêlé, je sais pas, j'ai toujours figuré mon canton un peu comme ça, suffit de lire la Venoge et d'entendre son accent. Neuchatel a une couronne princière puisqu'il fut décidé lors du congrès de Vienne que le Roi de Prusse serait également Prince de Neuchatel. Son accession au principat le marque encore. Le pull de Berne est à l'envers sur un des dessins. Schwytz récupère la croix Suisse pour des raisons évidentes. Saint-Gall porte un fascio, pour des raisons évidentes. Genève avait un blason trop compliqué pour en faire une robe dessinable, aussi il aura un costard et une chemise rouge, ainsi que la couronne qui décore son aigle. Glaris c'est pas compliqué, ils ONT un bonhomme sur leur blason : un mec avec une coupe afro, un bouc et une bible. Wat.


Sinon Obwald et Nidwald en mode Kingdom Hearts. Soyez indulgents, je débute à la tablette graphique.


mercredi 16 janvier 2013

Cycle de Méditations

J'ai une gueule de Bogdanov là-dessus.


Ces derniers temps j'ai beaucoup écrit.
C'était un moyen commode de ne pas travailler pour mes examens.
Au final ce cycle de six méditations, commencé le 10 décembre, atteint les 36 pages A4 en Times 12, 22'487 mots,  135'625 caractères (espace compris) mais 113'371 (sans espaces).
C'est beaucoup. (et je ne compte pas les standalones Super-Nietzsche, Nègre fantôme, la Surenchère Super Sayian, Lou! creepypasta ou La fin de la nostalgie sur internet, rédigés indépendamment dans le même temps)
La quantité est quelque chose d'inessentiel, certes, mais moi j'aime bien la vision des pages alignées.
Et puis, étrangement, ça donne souvent envie de lire. Je sais pas pourquoi, mais parfois, au lieu de décourager, on est attiré par les grosses oeuvres, elles vous mettent au défi.
Ces temps-ci beaucoup de gens m'ont dit "tiens, j'ai lu tes réflexions philosophiques. Sans doute plus que d'habitude, c'est chouette.
Si vous souhaitez les lire :
  • Ma première méditation s’appliquait à montrer que l’éthique minimale, chère à Ruwen Ogien ne suffisait pas toujours à trancher un dilemme par la simple mention de "préjudice" commis. 
  • Ma seconde méditation décrivait les différentes acceptions du principe de non-nuisance et parlait aussi de la notion de préjudice. 
  • Ma troisième méditation cherchait à montrer que le métatexte qui affligeait les scouts et les liait aux jeunesses hitlériennes entre autres était injustifié, ou du moins qu’il devrait dès lors être étendu aux dojos de judo, ce qui n'était pas le cas . 
  • Ma quatrième quant à elle cherchait à voir si la morale scoute n’était pas conservatrice, si les accusations de congruence avec l’armée n’étaient pas justifiées et concluait qu’au final le scoutisme se basait bien sur une éthique des vertus — puisque centré sur l’individu et prônant une loi faite de caractéristiques individuelles — mais des vertus sociales, tournées envers les autres et donc forcément bénéfiques à la société. 
  • Ma cinquième traitait de la langue, du fait qu'il fallait que tout le monde parle à peu près la même de l'espéranto, des vacatopies, du conservatisme, et qu'il était idiot de mettre sur le même plan langue et société pour juger l'une à l'aune de l'autre.
  • Ma sixième parlait des points de Schelling, de l'unanimité, et du fait qu'un compromis n'avait parfois pas de sens mais que puisque tout le monde le suivait, il se justifiait.



Une des choses que je n'ai pas traité : le lien entre morale et justice, entre loi et morale, entre loi et punition, morale et punition, bref, ce que j'annonçais pourtant.
Voyez le côté faux, maladroit de la phrase (2ème méditation) :
"Punir une action n’entre pas du tout en ligne de compte dans l’éthique minimale, ça nous permet juste un set de règles pour vivre ensemble, si tant est qu’elles soient respectées, la loi est d’une autre portée. C’est en tant que citoyen, et pas d’être humain, que nous payons des impôts. Qu’on tue un étranger sur votre pallier vous scandalisera, même s’il ne paie pas d’impôts dans votre pays."

Je sais même pas ce que j'essayais de dire. Je fous tout sur un plan complètement étrange et non-problématisé : c'est en tant que citoyen qu'on paie des impôts, bon, la morale est d'une autre portée, espérons-le, mais je ne traitais pas la nuance. Bref, ce passage m'emmerde, je sais plus ce que je voulais dire, en tout cas ce n'est pas ce qui est écrit là, et je n'arrive pas à cerner le problème.


Je vais tenter de faire une méta-méditation, une méditation de synthèse.

mardi 15 janvier 2013

Sixième méditation sur les points de Schelling, l’unanimité et la bibliothèque.


<A la base ça devait être une méditation 5.5, puisque je ne trouvais pas qu’elle aurait la longueur nécéssaire de par le manque de matériel. Je ne sais pas ce que va être la suite de cette réflexion. Je n'ai vraiment pas de pensée politique construite. Gageons que pour la septième, comme Dieu, je me reposerai.
Ma première méditation s’appliquait à montrer que l’éthique minimale, chère à Ruwen Ogien ne suffisait pas toujours à trancher un dilemme par la simple mention de "préjudice" commis.
Ma seconde méditation décrivait les différentes acceptions du principe de non-nuisance et parlait aussi de la notion de préjudice.
Ma troisième méditation cherchait à montrer que le métatexte qui affligeait les scouts et les liait aux jeunesses hitlériennes entre autres était injustifié, ou du moins qu’il devrait dès lors être étendu aux dojos de judo, ce qui n'était pas le cas .
Ma quatrième quant à elle cherchait à voir si la morale scoute n’était pas conservatrice, si les accusations de congruence avec l’armée n’étaient pas justifiées et concluait qu’au final le scoutisme se basait bien sur une éthique des vertus — puisque centré sur l’individu et prônant une loi faite de caractéristiques individuelles — mais des vertus sociales, tournées envers les autres et donc forcément bénéfiques à la société.

Ma cinquième traitait de la langue, du fait qu'il fallait que tout le monde parle à peu près la même de l'espéranto, des vacatopies, du conservatisme, et qu'il était idiot de mettre sur le même plan langue et société pour juger l'une à l'aune de l'autre.>

Quand je bosse à la bibliothèque, je me rend compte 1) de l’importance de l’ordre dans les cotes qui classent les livres. Quand on les connait, ça augmente la vitesse pour classer/retrouver des livres de façon impressionnante. et 2) des gens n’en ont rien à foutre de cette importance. Que ce soient des gens distraits ou pressés qui foutent des livres n’importe où, parce qu’il n’ont pas trouvé la bonne cote, qu’ils les confondent ou qu’ils n’ont pas compris le concept.
On se retrouve du coup avec des rayons désordonnés. Rien de plus fatigant qu’interrompre sa recherche des DVDs de la section de français parce que vous remarquez que quelqu’un a classé une oeuvre de Renaud Camus dans celles d’Albert Camus, et que vous prenez sur vous d’aller traverser la moitié des rayons pour réparer le dilettantisme du précédent lecteur.
Puis on arrive au champ de morts, au Mordor, à la dévastation ultime qu’est le rayon de science, pour les biceps et les yeux des bibliothécaires : des dictionnaires tombant en lambeaux, écrasés les uns sur les autres, lourds, laids. Des manuels de biologie, de physique, de médecine, d’anatomie, d’histiologie, de chimie, souvent énormes et dupliqués en douze exemplaires. Vous vous luxerez l’épaule en les manipulant s’ils ne détruisent pas les tendons de votre main quand vous essayez de saisir d’une seule poigne leur épaisseur de quinze centimètres. Retors, poussez-les un peu, ils claquent sur votre main et broient vos phalanges.
Cauchemar du rangeur.
(N.b. Ceci me fait penser que si j’élabore jamais un jeu de rôle sur le milieu universitaire «Rangeur» sera une classe à part, pour le jeu de mot avec «Ranger»)
Cependant, il faut savoir qu’un ouvrage est généralement rangé suivant une indexation qui commence par des trucs du type «2NH», ce sont les plus vieux, les plus abîmés. Ils cotoient des cotes exotiques telle «ANG» qui consacrait auparavant la section d’anglais. De mémoire, et à force de les voir défiler trois fois par semaine, suivent les BTA, BTB, etc, puis des SDA, SDB, SDC*, puis TOA, puis TVA, puis UMA, puis UPA et enfin XA ces dernières années. Ainsi un livre sera marqué d’une plaque d’immatriculation individuelle exemple «UPA54098».** Vous aurez remarqué qu’elles se suivent alphabétiquement. Bon.
Cependant, si un livre IDENTIQUE, je dis bien identique se voit se retrouver dans le rayon également, va-t-on gaspiller une cote ? Non, le Suisse qui sommeille en chacun de nous s’oppose à pareil gaspillage dispendieux : on mettra simplement un «+1» à la suite de la cote, ainsi qu’un internaute approbateur.
E.g. UPA54098+1
Si on trouve une deuxième copie, ce sera +2, +3, +4, etc.
Quand on arrive au rayon des sciences on est frappé par deux choses : sa petite taille, sans doute, deux rayons dos-à-dos suffisent à baliser ici les secrets des nombres, de l’homme et de l’univers. D’autant plus que, pris en étau entre le rayon cinéma (qui n’est qu’une sous partie de la section 7 : Arts graphiques) et le VASTE rayon de théologie, probablement 12 fois plus large, littéralement.
Bon, après, une fois que vous avez fini la supersymétrie, votre bouquin est fini, tandis que le théologien peut causer de ce qu’il veut. épiloguer, enchaîner sur les rognures d’ongles de Dieu, ce genre de choses. Le physicien a des règles qui lui imposent une certaine limite dans l’expression. Limites que les deux mille tomes reliés de patrologie n’ont pas.***
La deuxième chose qui frappe c’est la résurgence des bouquins. Par exemple la chimie d’Atkins et Jones. Douze exemplaires, au moins. A voir ça, les multiples copies différemment abîmées on semble avoir trouvé le grimoire ultime de chimie qui n’a nul besoin de se renouveler, simplement d’être multiplié et de conquérir le monde, les multiples innovations faites en chimie ces dernières années ne trouvant pas dans ces ouvrages de dogmes à déloger, apparemment.
On croirait, devant ce bégaiement des reliures avoir devant soi le triomphe du positivisme : les livres les plus empruntés n’évoluent plus, et en outre ils sont en nombre très réduits, de par le caractère élémentaire de leurs vérités.
Et vous pouvez compter pour qu’ils soient empruntés, oh oui, ou simplement pris sur les tables d’études et laissés là par des connards peu soucieux de rangement. J’ai l’impression de ranger toujours les mêmes, narquois, Sisyphe de bibliothèque.
Cependant, les étudiants ont l’air de remettre les livres n’importe comment, parfois posés sur le dos, sur la tranche, de travers, ou carrément couchés de tout leur long. Les rangées présentent des profils hétéroclites, mais, bien qu’on soit frustré de ne pas voir l’alignement parfait du garde-à-vous des reliures habituelles, qui ne montrent que leur dos on remarque quand même une régularité. Diantre, l’étudiant en médecine serait-il un animal intelligent ?
D’habitude on se contente de regarder les cotes, on fonctionne plus vite, le titre est une option. Aussi, là, tout me semblait discordant. Pêle-même étaient là des UMB et des UPB, au milieu d’une forêt d’UMA. Autrement dit, tous devaient être plus loins dans les rayons, et les UPB bien plus loin encore des UMB.
Cependant, alors que j’envisageais le déplacement et les souffrances qu’il impliquait je vis que c’étaient tous les mêmes livres, la Chimie d’Atkins et Jones, répartis entre deux cotes, disons UMB56098 et UPB56790, avec leurs +1, +2, +3, +4, +5, +6, complétement mélangés, ils occupaient la rangée entière. Pourquoi deux cotes ? Peut-être que c’était une maladresse ou simplement deux éditions différentes, des paginations variables.
La logique du système de bibliothèque voudrait que je les classe séparément, bien qu’ils remplissent la même fonction.
Mais les étudiants en médecine/bio/chimie les ont sciemment tous mis là, sachant où les trouver. De quel droit je leur imposerait le système, juste pour une histoire de...Système. Ca me boufferait du temps, ça leur boufferait du temps, et personne n’en profiterait.
Si on utilise tous les cotes et qu’on les comprend, c’est super, on devient tous des machines et on peut utiliser le temps gagné pour lire mes BD : Maîtres, les Etoiles si Lentes ou Les Inachevés. Tant mieux, mais si on les utilise pas tous, je perds mon temps à ranger des livres, les apprentis médecins perdent du temps à les chercher, et tout le monde meurt triste et malheureux, putain, c’est ça que tu veux, système bibliothécaire ?
En théorie des jeux, on parle de Points de Schelling, d’après le nom de Thomas Schelling, pour parler de ces cas où un choix avantage tout le monde pour la simple raison que tous les autres le font ausi.
Exemple typique : dix bars identiques dans une ville. Un d’entre eux s’appelle «le rendez-vous des célibataires». Il n’a rien de plus que les autres, si ce n’est son nom. Cependant, tous les célibataires masculins, comme féminins, hétérosexuels comme homosexuels vont dedans dans l’espoir de rencontrer des célibataires. Et puisqu’ils y vont tous, hé bien, leur attente est auto-réalisatrice.
Autre exemple : donnez cinq cases alignées à des gens dans deux pièces séparées, sans qu’ils puissent communiquer. S’ils cochent la même que le type d’à côté, ils reçoivent 100$. Les gens tendent à cocher la case centrale, parce que c’est celle qui se démarque le plus des autres, n’ayant pas de pendant symétrique. Et ils tendent à deviner que le type d’à côté aura le même instinct qu’eux puisque lâché avec aussi peu d’indices.
Je crois que beaucoup de choses tombent sous le coup du point de Schelling. Les rébellions, par exemple. Vous n’allez pas aller place Tahrir gueuler «A bas Moubarrak» si vous êtes tout seul. L’action n’a de sens et ne pourvoit de sécurité relative pour ses auteurs que s’ils sont beaucoup et qu’ils y vont tous en même temps. Mais qu’est-ce qui fera venir des gens dans la rue ? La certitude que d’autres y iront
On a tous entendu nos parents geindre «et si tous tes amis sautaient d’une falaise, tu le ferais aussi ?» mais soyons francs : de nombreuses actions n’ont pas de sens intrinsèque mais elles en ont parce qu’on les fait tous. Conduire à droite ? Ce n’est pas fondamentalement utile, ou bien (des pays très bien tels que le Royaume-Uni font ainsi) mais si tout le monde conduit à droite, se balader dans le sens inverse relève de la criminalité, personne pour autant n’estime que la conduite à droite est moralement supérieure à la conduite à gauche et donc que la moralité de nos automobilistes surplomberaient celle des Anglais.

Ainsi je pense que l'Académie Française peut être une sorte de point de Schelling : ce n'est pas fondamentalement bien qu'une bande de connards aigris avec rien de moins con que des sabres personnalisés et un nom aussi débile que "les Immortels" décide de la grammaire française, ou plutôt, décide dans quelle mesure ils ne doivent absolument rien en changer (à moins qu'on le leur ordonne). J'allais faire une blague sur le fait que c'est des vieux phallocrates, et faire une blague sur Simone Veil, exception précoces parmi eux, mais comme elle a défilé dimanche contre le mariage homosexuel, gageons que c'est un sujet sensible et évitons de remuer la tronçonneuse dans l'hémorragie.

Je pense que parfois les points de Schellings nous amènent à, d’une certaine façon, rejeter la magie du libéralisme, qui voudrait que tout se régule. Quand le schéma optimal, ou simplement le seul schéma profitable nécessite l’unanimité on ne peut pas compter sur du désordre supposément auto-régulateur. (l'exemple suivant est librement inspiré d'un exemple disponible dans la F.A.Q. non-libertarienne de Scott Siskind, auteur d'un blog très sympa que je cite régulièrement, notamment plus haut sur les points de Schelling et la révolution)
Imaginons une forêt de ce type de bambous qui poussent super vite. Des imprimeurs s’installent dans cette forêt, afin de fabriquer du papier avec les bambous, et d’imprimer des bibles dessus.
Cependant, les rejets d’encre abîment la forêt. Alors que la productivité de la forêt permet de se faire 1000$/mois en vendant des bibles, les rejets d’encre de chaque imprimeur font baisser de 10$ la productivité mensuelle de la forêt, pour tout le monde.
Ainsi si on suppose 100 imprimeurs, la productivité tombe à 0, pour tout le monde en l’espace d’un mois.
Un type débarque et propose une solution d’encre naturelle qui coûte 300$ par mois. Tout le monde accepte bien, puisqu’il faut sauver la forêt, et du coup tout le monde plafonne à 700$. Cependant, on découvre bien vite que sa technique rejette beuacoup de compost, qui est bénéfique pour la forêt. En fait, avec des efforts minimes, on arrive à augmenter la productivité globale de la forêt de 1$ avec les rejets de chacun.
Ainsi si tout le monde s’y met, on augmenterait de 100$/mois la productivité de tout le monde, et au bout d’un an, on tournerait à 1900 chacun ! Au aurait presque doublé la production du temps de la pollution, alors on s’y met ?
Un an après, la forêt n’a pas quadruplé de volume, elle semble même se rabougrir. Une enquête montre que cinq gros malins ont compris qu’ils pouvaient reprendre l’exploitation polluante à l’ancienne sans que ça se voit. 5 mecs qui coûtent 20$ à tout le monde contre 95 qui rapportent 1, au final la forêt perdait 5$ de productivité chaque mois. Au bout d’un an, on est à 640$ et plus 700$. Sauf bien sûr les cinq profiteurs qui ont craché sur l’augmentation générale du PIB de la forêt pour s’en mettre plein les poches pendant quelques mois.
Ici, on aura toujours intérêt, dans l’immédiat, à repolluer, et si on a pas de bol, alors tout le monde reprend la pollution en se disant «de toutes façon, tous les autres font ce qu’il faut pour que mes actions soient viables» et la forêt clamse en un mois, alors que l’autre solution aurait avantagé tout le monde.
(On pourrait dire que c’est un point de Schelling inversé : on compte sur les autres pour faire quelque chose, mais on fait une action inverse)
On pourrait bien sûr tenter d’imposer cette solution quand le libéralisme fera toujours émerger des profiteurs. Machin se proclame Roi de la Forêt, marche avec les autres sur les possessions des cinq profiteurs, les éventre, et proclame que tout le monde fera avec l’encre naturelle qui pue du cul, point.

Je crois que c’est même une des arguments contre l’impératif catégorique.
Kant dit grosso modo : ben pour tester une loi morale, imagine que tout le monde le fait.
«Tue ton prochain» ne marche pas très bien, du coup, si on tient à la société. Ca peut pas devenir une maxime universelle.

«Sinon ils parlent d’invoquer l’impératif catégorique...»
Les deux philosophes explosèrent de rire simultanément.
L’impératif catégorique était une notion de Kant, que beaucoup de gens reprenaient à leur compte. C’était une extension de la fameuse règle d’or «ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.», comme si on avait rajouté des fusées et des canons dessus. Maintenant c’était «n’agis que suivant une loi morale que tu puisse rendre universelle.» Autrement dit : imagine-toi que tout le monde fasse comme toi, est-ce que ça fonctionne ?
Genre tu jettes tes déchets par terre, paf, si tout le monde devant ton charisme redoutable se mettait à t’imiter on pataugerait vite fait dans une mare d’excréments, et on en conclut sans peine que ce ne serait pas viable. Au fond, ça tire juste toute action à l’extrémité selon laquelle tout le monde deviendrait une armée de singe répétant la même chose. Un raisonnement à la limite.
«Le problème c’est que pris isolément l’Impératif Catégorique néglige toute action complémentaire. D’accord, si tout le monde se prostituait, la société foutrait le camp. Mais ce serait le cas...
- Pour tout métier, compléta David.
- Exactement. Si tout le monde était meunier, et qu’on n’avait plus de cultivateur de blé, on aurait pas de farine, et donc pas de pain. Pareil si on avait que des meuniers, et plus de blé à moudre. Mais comme il faut bien vivre, on conclurait qu’il vaut mieux du blé non moulu et non-cuit que des machines à faire de la farine impeccables mais sans blé à moudre. Donc cultiver du blé est plus moral que le moudre, donc on devrait tous bouffer du blé cru.
- Et on ne parle même pas des boulangers.
- Même pas. A moins de faire soi-même tout ce dont on a besoin, on n’est pas moral. Aucune complémentarité.
- Ce qui devient problématique au moment de faire des enfants.
— Les Philosophes, partie 3.

Ce genre d’argument de la règle d’or lvl 2 pousse souvent les gens à dire «oh tiens, si tout le monde était scout, le monde irait mieux».
Ouais.
Mais si tout le monde était taliban, le monde irait mieux aussi.

On peut relier cela à ce que je disais au sujet de la langue,
Les systèmes ne valent pas en soi, il valent parce que tout le monde compte dessus et agit subséquemment.
Oui.
Si tout le monde était taliban, le monde irait mieux, aussi.
________________________________

* Les A, B et C à la fin de la partie non-numérale de la cote signifient en fait le format : A pour les petits, B pour les moyens et C pour les livres qui ont été conçu sans se soucier qu’il faudrait une grue et démolir une fenêtre pour les acheminer là. J'ai mis longtemps à le comprendre.
**En plus, il aura un matricule plus général qui se rapporte à sa matière. Par exemple 840’’19CAM1 sera pour les œuvres complètes de Camus, et marquera du coup plusieurs bouquins.
***Pourquoi si peu de livres de science et tant de théologie ? En bref, je pense que :
1. L’université n’aborde pas les domaines controversés. Les manuels s’arrêtent au général.
2. On ne peut pas renouveler les programmes tous les ans, on fonctionne par consensus, par dogme commun.
3. Il faut pas trop fatiguer l’étudiant en médecine, constitué de deux yeux et d’une mémoire, s’étant débarrassé du reste au cours d’une fastidieuse évolution.
Paradoxe. Que le dogme existe en science, mais plus en théologie de par la multiplicité des courants, explique qu’il y ait tant de livres de théologie et si peu de science, pas besoin de douze exemplaires de la vérité, enfin, sauf pour les révisions, bien sûr, mais pas besoin de douze variantes de la vérité.

lundi 14 janvier 2013

Lou! creepypasta

<Note : Ca tient mi-partie du creepypasta et mi-partie de la fan-spéculation, la fanon. On se doute des multiples failles de la théorie. En fait le tome 6 de Lou m’a beaucoup fait penser à House’s Head et Wilson’s Heart, le double épisode final de la saison 4 de Dr House. Et un peu aussi à Community avec Abed’s Uncontrollable Christmas : Duncan hypnotise Abed et lui demande d’aller dans la Cave «aux Frozen Memories» dans un gros rippoff de l’histoire sans fin.



De même, ici les cristaux roses m’avaient bien l’air d’un gimmick d’accès à l’inconscient.>

Lou! C’était une petite série jeunesse très sympa sur l’adolescence et les tourments de l’adolescence chez les adolescents.
Et aujourd’hui on parle des des tourments de l’adolescence des adolescents, mais plus vieux. On se contente plus d’aller tomber dans le coma en tutu et bottes de cuir dans un cimetière d’autobus, non, c’est pas assez baroque, là on a des cristaux roses avec des petits lapins qui apparaissent de partout, et subitement tout le monde devient une sorte de super-héros vengeur qui se balade sur les toits au crépuscule. TINTINTIN
Et la première réaction de tout le monde c’est : «Ok, Julien Neel a craqué son slip.»


Tout le monde pète les plombs. Neel dit que c'est pour marquer le côté destructuré de l'adolescence.
Baleineau, ma petite soeur, a pourtant une théorie folle pour expliquer les recoins secrets du tome 6 de Lou! : elle subirait une thérapie par l’hypnose et pouf, ça donnerait le pêle-même bizarre de souvenirs.
Extrait, p.4. Copyright Glénat.

Premier mystère : Richard semble reparaître sous les traits d’un suédois qui ne parle plus français. Rien d’étonnant, dans Laser Ninja (t.5) c’est le traumatisme dû à une certaine marque de meubles en kit suédois qui l’avait poussé à fuir femme et enfant, et abandonner Fulgor pour une retraite d’ermite grand-guignolesque dans la Graoute. Mystère résolu.
Deuxième mystère : le titre. L’age de cristal, c’est l’adolescence, bon. Mais c’est aussi le titre français d’un film nommé «Logan’s run» en anglais. Or, Logan c’est le nom de la chaîne de restaurants dans laquelle ils vont toujours. Peut-être un clin d’oeil ? Un sens plus profond ? J’ai pas vu ce film, donc bon.
Troisième mystère : Les G. Il y a des G partout. Vraiment partout. Dans tos els recoins des cases, sur les murs, sur les livres, dans l’éclairage public, sur les trams, la compagnie de télégraphe porte une enseigne «téléGraphe»(petit mystère en soi : ce délire steampunk où elle va chercher ses messages télégraphiques alors qu’avant ils avaient des portables).
Si on nage dans la vulgate pseudo-freudienne, on dirait que c’est l’initiale de quelqu’un. Son père ? Sa mère ?
Mais le plus gros mystère c’est la question des cristaux roses qui apparaissent partout : tout le monde les aime bien, Marie-Emilie et sa mère vont communier de façon New Age en appuyant leur main dessus, parlant de réseaux d’énergie pendant que Lou cherche à en mesurer les vibrations à l’aide d’instruments. Ses cours à l’université parlent d’ailleurs de l’étude des cristaux.

Réaction  typique des lecteurs(3ème case) :
Prise sur la page Facebook I love LOU very much qui donne des infos sur Julien Neel et ses BDs.

Au départ, les premiers tomes, on était dans la tranche de vie, dans l’anecdotique, le choupinou, mais là on a des scènes du genre : (p. 22)

Lou arrive vers un gros cristal rose. Marie-Emilie et sa mère, en poncho rose, appuient leur main dessus.
Lou : B…Bonsoir…
Marie-Emilie : Lou ?
Sophie (Mère de Marie-Emilie) : Oh, ça alors !
Lou : Marie-Emilie ? Sophie ?
Marie-Emilie : Quelle bonne surprise !
Sophie : Hello hello !
Lou : C’est marrant de vous voir comme ça toutes les deux…
Sophie : Pourquoi ça ?
Lou : Bah euh… Je sais pas… Mais qu’est-ce que vous faîtes là exactement ?
Sophie : Nous communiquons avec le cristal !
Marie-Emilie : Tu n’as pas senti ? Les vibrations…
Lou : Si, j’ai relevé des formes d’ondes sinusoïdales assez inhabituelles ! Pourquoi vous riez ?
Marie-Emilie : T’es comme mon père, t’as besoin de ces trucs scientifiques !
Sophie : Henri n’a jamais su comment regarder les choses ! T’as pas besoin de ça, j’te jure, pour capter la fréquence ! Laisse-toi aller !
Marie-Emilie : (attrapant avec Sophie la main de Lou) Mets ta main là.
Lou : Non mais c’est ridicule, je…
M-E : Respire…
S : Ferme les yeux !
Lou : Bon…Ok… (ferme les yeux)
(ouvre un oeil)
(ouvre les deux yeux, surprise. Et s’aperçoit qu’elle n’est plus du tout au même endroit. Elle était au sommet d’une colline rase, elle est au milieu d’un bâtiment transpercé plein de chandelles, de ronces, de biscuits, un bol de fruits, des plantes grimpantes.)
L : Marie-Emilie ? So… Sophie ?
Le gars à lunettes (appelons le G) : Vos amies sont parties depuis un moment déjà.
L : Mais, je vous reconnais, vous êtes le garçon d’hier matin ! Enfin, de ce matin, je sais plus trop…
G : En tout cas, oui, c’est moi.
L : Qu’est-ce que tu lis ?
G : Un bouquin sur l’hypnose.
L : Et euh… C’est intéressant ?
G : Y’a des trucs pas mal… Mais tu n’y comprendrais rien.
L : Bon… Bah je vais y aller je vais chercher mes copines alors…
G : Oh, tu t’en vas ? On commençait juste à s’amuser. Si tu veux, je t’accompagnes.
L : Je veux bien, en fait… Je suis complétement paumée…
G : C’est la première fois que tu viens ?
L : Oui, il me semble… Je suis complétement paumée et, en même temps, j’ai l’impression de bien connaitre cet endroit… Et toi aussi, d’ailleurs j’ai l’impression de bien te connaître.
G : C’est normal, on est dans la même classe.
L (p.26 case 1): Je ne t’ai jamais remarqué. C’est bizarre, Mais bon…Je ne vais presque plus en cours…
Case 2, plan rapproché sur son visage, yeux fermés : depuis que…
Case 3, étonnement de Lou.
Case 4 : Elle est en cours, on parle de cristaux roses et des données prélevées.
(…)
Case 7 : Lou : «Je n’y comprends rien.» Hors-champ : «Je t’avais prévenue !»
Case 8 : on voit que c’est le garçon à lunette qui lisait un livre sur l’hypnose, livre qu’il a toujours et qu’il semble toujours en train de lire, orné du même oeil sur la couverture.

Il lui dit donc qu’elle ne comprendrait rien à l’hypnose. On saute à un autre moment, quand soudain, pouf, elle dit qu’elle ne comprend rien, sur quoi il lui dit qu’il l’avait prévenue, faisant référence à ce qu’il disait sur l’hypnose alors que Lou, elle, est déroutée par ses «absences», les changements brutaux de lieux.
Notre théorie ? Enfin, la théorie de Baleineau, c’est que l’hypnose est liée à ces sauts brusques dans le récit.
On peut imaginer que Lou passe en revue ses souvenirs à l’aide d’une thérapie hypnotique, ce qui expliquerait la résurgence de ce personnage doté d’un certain savoir sur l’hypnose ainsi que le lien qui est fait entre ces «absences» et l’hypnose.
En outre, à chaque fois qu’elle dit «DEPUIS QUE», on saute un passage et elle se retrouve en cours. Là d’où elle dit connaître l’étrange gars à lunettes fan d’hypnose et où on parle des mesures conduites sur les cristaux roses. A la page 39, ça recommence elle dit, cette fois, «Depuis quelque temps, j’y air repris goût, figure-toi… Depuis que…» ET POUF TELEPORTATION elle est en classe.
Une première fois elle dit avoir perdu goût aux cours depuis un évènement quelconque que nous n’avons pas le loisir de connaître, la deuxième fois, elle dit y avoir repris goût, sans qu’on sache de quel évènement elle parle, de nouveau.
Pour Baleineau, c’est la preuve qu’il y a eu un traumatisme, une source à son mal-être qu’elle cherche à expier, à élucider. Ceci pourrait expliquer également les questions du bonhomme à lunettes : (p.34)

G: T’as pas l’air heureuse de me voir
L : Jusqu’ici j’avais passé une bonne soirée normale. C’était chouette.
G : Ca ressemble à quoi, une de tes soirées normales ?
L : Je suis allée acheter un chiot avec mon ami l’homme-raisin. Oui, je sais, raconté comme ça, c’est…
G : J’ai rien dit.

p. 27 : elle s’étonne que le gars à lunettes connaisse ses amis, Jean-Jean, Mina, Tristan. S’il s’agit d’une incarnation de son psychothérapeute, rien d’étonnant à ce qu’il connaisse sa vie.

pp.40-41 : ils retournent à Logan et ont une discussion que Lou délaisse quant à savoir s’il est plus douloureux de mourir dans un chaudron de scorpions ou d’huile bouillante. Elle délaisse peut-être cette conversation parce que ça ne lui apprend rien et qu’elle est justement sous hypnose, cherchant un traumatisme. Et elle y arrive, au sortir de cette scène, elle est rattrapée par Tristan.
Là ils parlent d’un truc important.
<SPOILER> On apprend que Tristan savait que Lou l’espionnait, et qu’il a remarqué un changement chez elle dès qu’elle a rencontré Paul, ce qui l’invite à s’interroger sur sa relation avec Paul. A la fin de la BD on apprend qu’elle va partir voyager avec lui. Ca conclut d’ailleurs le tome.</SPOILER>

Marie-Emilie et Sophie lui disent : «Laisse-toi aller», «respire» et «ferme les yeux» autant d’injonctions qui feraient sens dans une séance d’hypnose.

En outre, elle semble tomber amoureuse du gars à lunettes("Demain je t'embrasserai. Peut-être."). Dans notre théorie, ça impliquerait un transfert psychanalytique, on reporte son affection sur le thérapeute alors qu'en réalité elle a pour objet une personne tout à fait différente (ici, Paul).

Autre chose : les tranches de vie, avec Fulgor, ont l’air normales. Nous ne disons pas «hé, tout ça n’est qu’un rêve.» Notre théorie c’est que tout est reconstruit par après, c’est pour ça que tout est dans le désordre.

Tout ça est tiré par les cheveux, mais sans déc’, Neel, si t’as balancé tout ça au pif pour nous énerver et que t’as pas de plan d’aterrissage, je t’en prie, sers-toi.