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vendredi 18 janvier 2013

Enoncé de fait, énoncé de valeur


<Note épistémologique : Je dis qu’on s’en fout des bonobos qui s’enculent, des sociétés matrilinéaires, des sociétés préhistoriques. C’est faux, c’est très intéressant et ça doit être connu, mais dans un but purement scientifique et académique, pas pour décider de ce qui est. La loi de Hume n’est pas prouvée ou prouvable, c’est plus un règle de prudence philosophique, de méta-éthique : ne pas passer sans raisonnement de ce qui est à ce qui doit être.>

Ce n’est pas parce que c’est comme ça que ça doit être comme ça







Parlons de la Dysaethesia Aethiopica.
C’est une maladie inventée par Samuel Cartwright qui ferait que les esclaves n’ont plus envie de bosser. Donc, le traitement c’est de stimuler leurs nerfs pour mettre fin à leur apathie. En les… Fouettant.
Comment justifier l’esclavagisme ambiant et les mauvais traitements imposés aux noirs, par la (pseudo)science. Ca parait tellement gros qu’on peine à y croire. L’exploiteur blanc qui prétend traiter une maladie en fouettant ses esclaves, et qui plus est une maladie qui fait qu’ils n’ont pas envie de travailler, et qui a une théorie scientifique pour l’appuyer.
Woh.
C’est plus d’ironie que 4chan ne pourra jamais en porter.

Bon exemple d’à quel point un système scientifique se soumet facilement au système de pensée qui le produit, et à quel point on peut s’en servir pour prétendre que nos postures politiques sont fondées scientifiquement. Bel exemple de comment changer l’exercice d’une domination par le maniement du discours «scientifique».

Certains me diraient que la VRAIE science nous démontrerait la fausseté de l’assomption, qu’il n’y aurait pas de VRAIE maladie derrière ces délires esclavagistes.
Certes, mais à mon avis, il y a plus dangereux qu’invoquer une fausse idée de la «Nature» pour aligner la société dessus ou justifier des réformes sociales.
C’est d’invoquer une VRAIE science, une VRAIE idée de la nature pour aligner la société dessus. Après tout, il y a de multiples faussetés mais comme le dit Détective Conan, il n’y a qu’une seule vérité. (clique sur "plus d'infos" pour voir la suite)




Prenons le débat sur le mariage homosexuel assez récent. Nombre de personnes se sont servi de plusieurs arguments qui dans leurs discours étaient équivalents :
a) C’est pas naturel.
b) Toutes les sociétés se basent sur le mariage d’un homme et d’une femme.

(Dans le même ordre d’idées «Je mange de la viande, j’ai le droit parce que les animaux mangent de la viande»)

Vous voyez bien que ce sont des thèses sur des plans différents. Utiliser la notion de nature pour empêcher son voisin de faire des trucs c’est très courant, mais ça existe aussi en sens contraire : certains vont utiliser les mêmes sophismes, mais pour répondre à ces arguments.
Premièrement, le «c’est pas naturel». La première réponse qu’on pourrait faire, sensée, c’est que le mariage lui-même n’est pas très naturel, qu’on trouve rarement des dindes ou des iguanes avec des alliances et que mêmes les espèces proverbialement monogames semblent plus frivoles que ce qu’on croyait. Bon argument, puisqu’il marque bien la différence : nature et culture se basent sur des plans complétement différents. On ne peut pas juger l’homme à l’aune de la nature.
Deuxièmement, on pourrait dire «mais l’homosexualité existe dans d’autres espèces animales. Ce qui est vrai, et ce qui semble contredire le «c’est pas naturel». Mais ça prête le flanc à un mauvais sophisme parce que ça ne supprime qu’une partie du syllogisme.
En réalité : on s’en fout que des bonobos s’enculent. On n’en a strictement rien à foutre, parce que les relations homosexuelles des bonobos n’ont clairement rien à voir avec les relations homosexuelles telles que nous les entendons, vécues par des hommes, avec une vie intérieure et sociale un million de fois plus élaborée que celle de tout animal. Nous n’avons pas besoin du consentement des bonobos pour faire ce qu’il nous plait.
Repensez à cet argument : veut-il dire que si nous étions la seule espèce à pratiquer l’homosexualité, alors l’argument «c’est pas naturel» serait valable ?
Nous ne pouvons pas nous servir du consentement des bonobos.

Idem pour le «c’est comme ça depuis la nuit des temps» qui fait plutôt référence à un impératif culturel : toutes les sociétés ont fait comme ça, donc ça doit être pas mal, puisqu’elles ont survécu.
Là, vous vous opposez en disant qu’il existe des sociétés qui ne font pas ainsi, qui n’ont pas la même conception sociale du «père», par exemple les Mosos, ethnie du sud-ouest Chinois, on voit les enfants élevés par des fratries : les femmes élèvent leur progéniture avec leurs frères, et le «géniteur» n’a qu’un lien très éloignés avec ses «enfants», ne retrouvant leur mère que discrètement.
C’est un énoncé moins fort, et la même parade, mais ça reste un sophisme. Ce n’est pas la bonne réponse : la bonne réponse n’est pas «les sociétés n’étaient pas comme ça depuis le début des temps» la bonne réponse c’est «on s’en fout de ce que les sociétés étaient depuis le début des temps», ce n’est pas pertinent en l’occurence.

Cela se réfute via la loi de Hume : ce qui est ne nous donne aucune indication sur ce qui doit être, au sens d’un impératif moral ou sociétal. Il est erroné de lier un énoncé de fait avec un énoncé de valeur.
Ou selon les termes de Hume.
"Je ne puis m'empêcher d'ajouter à ces raisonnements une observation qu'on trouvera peut-être de quelque importance. Dans tous les systèmes de moralité que j'ai rencontré jusqu'ici, j'ai toujours remarqué que l'auteur procède quelque temps de la manière ordinaire de raisonner, et établit l'existence d'un Dieu, ou fait des observations, concernant les affaires humaines ; quand soudain je suis étonné de trouver qu'au lieu de rencontrer les copules habituelles est et n'est pas, je ne trouve aucune proposition qui ne soit connectée avec des doit ou ne doit pas. Ce changement est imperceptible, mais a néanmoins de grandes conséquences. Car comme ce doit ou ne doit pas exprime quelque nouvelle relation ou affirmation, il est nécessaire que celle-ci soit observée et expliquée, et qu'en même temps une raison soit donnée pour ce qui semble tout à fait inconcevable, que cette relation puisse être une déduction d'autres qui en sont entièrement différentes. Mais comme les auteurs n'utilisent pas fréquemment cette précaution, je me permets de la recommander au lecteur, et je suis persuadé que cette petite attention fera succomber tous les systèmes vulgaires de moralité et nous fera voir que la distinction entre le vice et la vertu n'est pas fondée simplement sur la relation entre objets ni n'est perçue par la raison."
 – Traité de la Nature Humaine, 1739-1740.(trouvé là)
Ce n’est pas parce que les hommes portent des pantalons et les femmes des robes qu’il FAUT que les hommes portent des pantalons et les femmes des robes.
Certains défendront ce conservatisme extrême mais je pense qu’ils n’ont pas vraiment d’arguments intéréssants, car ils ne s’attachent pas vraiment à la nature.
Ils semblent s'en soucier, mais ce n’est que de prime abord. Après tout, la nature, si on en fait effectivement partie et qu’on suit ses lois, nul besoin de rajouter du contrôle humain par-dessus. Après tout, les sales gauchistes progressistes qui défendent le mariage gay, tout comme les gays eux-mêmes sont issus de l’application des lois de la physique aux conditions fondamentales de l’univers au moment du Big Bang, comme le furent toutes les étapes de l’univers.
(Autrement dit soit l'homme fait partie du règne de la Nature, et donc ça n'a pas de sens d'accorder plus de sens à son action qu'aux météorites ou à la pluie, on ne peut pas la contredire ; soit il n'en fait pas partie et c'est donc idiot de le juger à l'aune des "fonctions" des choses dans la nature.)
La politique, l’histoire sont du domaine de la liberté quand les sciences sont du domaine de la nécéssité, confondre les deux nous conduira à notre petre. (Dilthey)
Comment prétendre que notre passé aurait une vertu supérieure invulnérable au temps ? Après tout, nous, saletés de gauchistes progressistes en sommes issus, c’est donc que cet état des choses n’était pas si parfait et immuable que cela, il portait les vers de sa propre putréfaction (i.e. nous).
Le conservatisme ultime, ce n’est pas de vouloir que les choses soient établies suivant la nature (la nature se débrouille très bien, nous sommes soumis à ses lois en permanence, coment y aurait-il quelque chose hors de la nature quand on prétend en faire partie ?) mais c’est de rajouter du contrôle humain dedans, cherchant à empêcher tout progrès, alors que notre histoire est faite de progrès, la Nature est faite de progrès, sans quoi on serait encore des singes vivant dans des huttes en excréments.
Certes, ce conservatisme est déterminé par les lois de la nature, ces gens ne sont que des tas d’atomes tout comme le sont les progressistes, peu importe. Dans cette optique, soit personne n’a de libre-arbitre (et donc tout ça n’a aucun sens) soit tout le monde en a. Toute opération politique, toute discussion présuppose le libre-arbitre de tous ses intervenants, au moins à une certaine échelle.
Le problème c’est de mélanger tout et de vouloir subordonner les produits de l’esprit humain à l’ordre de la nature, alors qu’ils sont d’une nature différente.
Le conservatisme ultime c’est d’avoir peur de l’esprit humain au point de lui refuser la possibilité de toute innovation, toute optimisation du monde, toute réflexion dessus : veuillez laisser le monde dans l’état où vous l’avez trouvé. Mais comme vous vous en doutez, si votre devise pour le monde semble de celles qu’on placarde sur les toilettes, ce n’est pas de bon augure.
Alors que le progressisme devrait assumer de s’émanciper de la nature et de faire ce qui est bien, indépendamment de ce que «la nature», qu’elle ait un architecte ou pas, a prévu. Penser dans une perspective naturiste, finaliste et téléologique, c'est un instinct de mort. Pour exagérer : si on ne déviait pas les choses de leur "fonction" (leur entéléchie au sens aristotélicien), alors on ne mangerait pas de fruits parce qu'ils ont pour seul but de propager la plante, non de nous nourrir. Le même argument s'appliquerait aux œufs(futurs animaux), au lait(fait pour nourrir les petits), aux animaux(faits pour… Euh. Bon).

(Et quand bien même les fauves mangent des animaux, quel droit ont-ils de s’écarter ainsi des buts de la Création ? On pourrait supposer que le péché commençait avec la viande, après tout.)

Pour résumer, regardons
Disons que dans le syllogisme anti-mariage gay suivant :
1) Ce qui est dans la nature est bien.
2) L'homosexualité n'est pas naturelle.
(1) + (2) -> 3) L'homosexualité, c'est mal.

On peut réfuter la prémisse (1) avec la loi de Hume (et dire que ce qui est n’a aucun impact sur ce qui doit être ou ce que nous voulons créer) ou réfuter la (2) en montrant que de "l'homosexualité" (avec une définition très minimale) existe dans la nature, mais c'est dommage, parce que ça laisse intact le reste du raisonnement qui consiste à se baser sur la "nature" pour déterminer les bonnes actions.
Et c’est bien ce raisonnement fallacieux qui guide pareil conservatisme aberrant.
Je sais que c’est plus difficile, mais il faudrait essayer de n’en plus user. Il faut se libérer de ce recours à la science. Parce que si vous justifiez votre décision par l’argument «je pense que c’est meilleur pour x ou y raison et que ça accomplit les buts z ou w», tant mieux, vous pouvez argumenter. Si vous dîtes par contre «dans la nature c’est comme ça», hé bien, même si c’est dans un but noble vous subbordonnez votre discours à la science, et vous n’avez pas autorité pour décider ce que dit la science : elle se fait, implacable et vous y souscrivez ou la contredisez (suivant ses méthodes) et nul ne peut la modifier. Il vaudrait mieux balayer d’une main ferme les premiers raisonnements et les dire infondés (contrer la prémisse 1) en général plutôt que de leur apporter des contre-arguments spécifiques(contrer la prémisse 2).
Des gens causaient dans l’émission Dégenrée (22.02.2012) des «mythes de la préhistoire», autrement dit, la femme, handicapée par sa condition féminine frêle et sa grossesse, reste dans la caverne à repriser les peaux de Mammouth pendant que l’homme chassait, fort et viril. Elles disaient que ces mythes étaient instrumentalisés pour justifier un certain sexisme du type «oui mais ça a toujours été comme ça les hommes sont plus forts.» Elles contre-attaquent avec le peu de preuves qu’elles ont* : non, les femmes étaient plus importantes que ça dans les sociétés préhistoriques.
Mais on s’en fout ! Quand bien même les hommes des cavernes traitaient leurs compagnes comme de la merde, ce n’est en aucun cas une raison pour que nous le fassions aujourd’hui !

Ou alors vous choisissez d’instrumentaliser la science comme le faisaient les esclavagistes susnommés, en lui faisant dire ce que vous voulez qu’elle dise. Je vous laisserais alors dans la charmante compagnie de Samuel Cartwright.

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Notes :

*Ce n’est pas une attaque contre ces gens précisément. La préhistoire est, par essence, un tissu de conjectures. Va dire comment se comportait une société avec trois pointes de flèches et deux côtes avec des entailles dessus. D’où le problème des docus type l’Odyssée de l’Espèce, qui font des postulats erronés deux ans plus tard, et des théories foireuses, notamment, sur l’origine de la religion. (coucou E. B. Tylor)

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TL;DR :

  1. Répondre à de mauvais arguments avec la même rhétorique qu’eux propage la mauvaise rhétorique.
  2. Juger l’homme d’après ce que la Nature «est» ou «doit être» c’est absurde. Nous jugeons de notre destin et en décidons en conséquence.
  3. Peu importe ce qui était pour définir ce qui peut être.
  4. Soit l'homme fait partie du règne de la Nature, et donc ça n'a pas de sens d'accorder plus de sens à son action qu'aux météorites ou à la pluie, on ne peut pas la contredire ; soit il n'en fait pas partie et c'est donc idiot de le juger à l'aune des "fonctions" des choses dans la nature.

Articles liés :

  • Article de Scylaax(Twitter|Profil Blogger) sur son blog «Aletheia», sur la dyade culture/nature.(lien) Quoiqu'il s'appelle "Zaryel", maintenant ? Tant pis, ne respectons pas ses choix de vie.
  • Article de Claude Guillon sur la distinction sexe/genre, les catholiques semblant préférer le premier au second. Auparavant, l’Église catholique refoulait tout ce qui était "naturel", ce qui était "animal", parce que le sexe doit être usité uniquement pour la procréation, et contrôlé dans ce sens. Mais là, cul par-dessus tête, on se met à brandir des pancartes "on veut du sexe (naturel) pas du genre (culturel) !" alors même que la répression des désirs naturels faisait une bonne part de l'éthique catholique. On veut la nature, pas la culture. Le genre émane du formatage humain, de la pression sociale et culturelle, et - s'il se forme à partir du sexe biologique - n'est pas déterminé par celui-ci, de même que l'orientation sexuelle. Alors que l'Eglise se voyait auparavant comme une forgeuse d'hommes, qui devait réformer leurs pulsions dans le droit chemin, culturellement inventé, là elle semble plutôt prompte à "suivre la nature", qui subitement n'est plus maléfique dans son entier.
    • Note : Je ne pense pas qu'il s'agisse de l'implosion de l'idéologie chrétienne mais de sa reconversion terrible : plutôt que de dire "voilà comment il faut traiter vos viles pulsions naturelles" on est passé à "voilà quelles pulsions sont naturelles et lesquelles sont contre-nature", on tente de grounder son discours dans la nature et la science, ce qui est exactement le sophisme que je décris ici. Et comme il n'y a qu'une seule nature, on n'admet qu'un seul système de copulation, de procréation, d'éducation des enfants.
    • Suivre la nature semble être un truc de gros païens en plus, c.f. Marc-Aurèle, Sénèque. etc. Même Descartes ne pouvait suivre Sénèque quand il disait qu'il fallait suivre la nature, puisqu'il faut suivre Dieu « (…) Par la nature, il ne veut pas entendre nos inclinations naturelles, vu qu'elles nous portent ordinairement à suivre la volupté, contre laquelle il dispute ; mais la suite de son discours fait juger que, par rerum naturam (la nature), il entend l'ordre établi de Dieu en toutes les choses qui sont au monde, et que, considérant cet ordre comme infaillible et indépendant de notre volonté, il dit que : rerum naturae assentiri et ad illius legem exemplumque formari sapientia est (donner son assentiment à la nature et se conformer à sa loi et à son modèle, telle est la sagesse), c'est-à-dire que c'est sagesse d'acquiescer à l'ordre des choses, et de faire ce pourquoi nous croyons être nés; ou bien, pour parler en chrétien, que c'est sagesse de se soumettre à la volonté de Dieu, et de la suivre en toutes nos actions » - Lettre du 18 aout 1645
    • En outre, si j'ai fait cet article c'est parce que ce mouvement dialectique n'est pas neuf, et est loin de se restreindre à la chrétienté.
  • En outre, des chrétiens très anti-mariage gay se rendent également compte de cette dérive et la critiquent. Il ne cherche pas à montrer qu'il faut que ça soit comme ça parce que ça l'est, ou parce que c'est naturel, il critique même cette dérive réactionnaire naturaliste. Il n'approuve pas pour autant la méchante "théorie du genre", qu'il ne considère pas possible de battre sur son terrain : "il faut encore avoir quelque chose de solide à leur opposer. Et là, je ne suis pas certain que les prises de position anthropo-laïco-philosophiques soient opérantes." Et les méchants "anthropologues", en passant, même s'il admet leur utilité. Il se rend compte qu'il doit prouver sa thèse sur un plan rationnel. Certes, pour lui "rationnel" signifie "théologique" et il s'aventure du côté de l'anthropologie "biblique", mais ça a le mérite de la sincérité et de la cohérence.
    • Extrait significatif : "Car ce n’est qu’en contemplant le Père que l’on peut comprendre et dire ce qu’est un père. Plus exactement, ce n’est qu’en regardant son Fils – car qui l’a vu a vu le Père – et en le montrant, que l’on montrera ce qu’est un père. Un père ce n’est pas le protecteur qui fait la guerre et va chasser, ou qui travaille et ramène l’argent pour nourrir la famille, pendant que maman s’occupe des enfants."

2 commentaires:

  1. Que pensez-vous des arguments du type:
    "Tous les groupes qui ont historiquement prospéré ont fait A, et ceux qui ont fait autrement se sont plantés." (et variantes: "Tous ceux qui ont fait B se sont plantés.")

    En l'absence de possibilité de faire des expériences contrôlées, n'est-ce pas un bon argument en faveur de A ou en défaveur de B?

    (Bien entendu, pareil argument exige de toute façon que l'on s'accorde sur le critère d'évaluation du succès ou de l'insuccès, c'est-à-dire sur les buts finaux, ou du moins sur les buts intermédiaires que l'on se fixe pour atteindre ces buts finaux.)

    Que pensez-vous également de tout l'argumentaire rappelant lourdement que les Arabes, pendant le Moyen-Âge, étaient plus avancés scientifiquement que les occidentaux et que c'est par eux qu'on a connu les textes antiques (avec le sous-entendu qu'il faudrait donc mieux les considérer actuellement)? N'est-ce pas également un sophisme, analogue à celui établissant une comparaison entre la femme préhistorique et la femme au début XIXe siècle?

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    1. Merci pour votre commentaire.
      Le problème des arguments historiques, c'est qu'il y a tellement de paramètres qu'on peut toujours tempérer l'impact et la nature des causes d'un évènement.
      Sur les questions morales, et de standards de moralité, ça me semble encore plus casse-gueule. Genre "le communisme ça marche jamais donc Marx a tort sur toute la ligne", négligeant les multiples bonds qu'il y a des Marx à Lénine ou Mao.
      Je pense refaire un article sur la distinction entre sciences sociales et naturelles, les premières étant du domaine de la liberté, les secondes de la nécessité. Est-ce que considérer l'histoire comme une science "dure" est un sophisme en soi ? La Loi de Hume n'a pas pour but d'empêcher tout raisonnement sur la nature humaine, ou ses tendances intrinsèques, mais bien à empêcher le passage sans autre argumentation du descriptif au normatif. Parce que quelque chose fonctionne, ça ne signifie pas que ça ne peut pas fonctionner autrement.
      Et puis, à ce compte-là, l'humanité se débrouillait bien sans la médecine moderne. Son apparition ne peut être jaugée qu'en fonction de ses résultats, non de la médecine antérieure. Et je pense qu'en définitive, il s'agit d'une question d'efficacité, de pertinence et de prédictibilité.
      Je devrais écrire un peu sur ces questions dans le courant de l'été, pour l'instant je nage dans le nébuleux.

      Mais comme vous dîtes, c'est surtout le critère d'évaluation du succès ou de l'insuccès, ainsi que les buts poursuivis qui vont primer.

      Dire qu'on "connait les textes antiques" grâce aux arabes est un argument qui cherche plus à répondre à l'idée que la civilisation arabe a été vide d'intelligence et fourbue de fanatisme de bout en bout et donc à jeter quoi qu'il en soit. Il s'agit d'une mauvaise réponse à une mauvaise accusation. Je pense que souligner le rôle d'Averroès dans la pensée occidentale serait plus pertinent, déjà, mais je vois peu de gens dire "on devrait estimer les arabes pour ce qu'ils ont fait il y a longtemps".
      Remarquez, ce serait tout aussi absurde que de dire "il faut sauver la grèce parce que c'est le berceau de notre civilisation".
      Ce que fit Churchill en 1945.
      Et pas mal de monde aujourd'hui devant sa faillite.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.