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samedi 19 janvier 2013

Les femmes chez Tolkien


J'aime beaucoup Tolkien, je n’aime pas beaucoup les critiques de Tolkien, c’est sans doute lié, je suis un fanboy. Un peu.
Pourtant, s’il est un point où ils touchent juste, c’est dans les accusations de machisme, ou du moins, le manque de femmes dans son univers. C’est un monde sans femmes. A tel point que les Ents sont voués à la disparition parce qu’ils n’ont plus de femmes et que Peter Jackson se sent obligé de rajouter le personnage de Tauriel, elfe de la forêt noire, dans les suites du Hobbit, tant ça manque (le rajout de Galadriel au Conseil Blanc n’aide pas vraiment, on va dire). C’est cohérent, la première version des Deux Tours devait faire en sorte qu’Arwen vienne en renfort au Gouffre de Helm, prolongeant le côté «princesse guerrière» qu’elle arborait déjà dans la séquence où elle vient secourir Frodon des Nazguls, remplaçant Glorfindel.
Certes, les femmes qu’il nous décrit sons censées représenter une sorte d’idéal de la Muse/vierge, des femmes en arrière plan, qui se contentent de briller de beauté et de supposée sagesse pendant que leurs hommes sauvent le monde. Arwen tombe sous le coup, ce qu’elle fait de plus significatif étant de coudre une bannière du Gondor pour Aragorn. Qui a dit Pénélope ?
Cependant il faut nuancer : le côté «je suis pur, je suis inactif» touche les elfes en général : Galadriel est recluse dans la Lorien, tout comme Elrond à Fondcombe. Je supposais que c’était dû au pouvoir de leurs anneaux. Ils ont réussi à créer une zone sécurisée autour de leurs anneaux et doivent éviter d’en sortir sans quoi ils sombrent sous le pouvoir de Sauron, un truc du genre, me suis-je toujours figuré. Elrond tout comme Galadriel remplissent la fonction «être en arrière-plan et ne servir à pas grand-chose.
Dans les films, ils ont souhaité rendre les elfes un peu moins «on brille, on est beaux, on joue de la harpe» et plus «BADASS BOUM t’as vu je bute un oliphant avec trois flèches et demi, nique tout, REP A SA SAURON». Si tous les elfes valent Legolas, c’est à se demander comment Morgoth et Sauron ont pu avoir un quelconque avantage tactique contre eux.
En outre, si on regarde sa mythologie, la première elfe à mourir, c’est Miriel de par le chagrin qu’à causé l'accouchement de son premier enfant. Péché originel ? Sa "mort" (son corps intact ne peut périr en Valinor, son esprit rejoins les portes de Mandos) engendrera la discorde.

Autre point extrêmement ambigu : Eowyn. D’un côté, elle s’émancipe en venant participer au combat plutôt que garder sa maisonnée, en plus de quoi elle tient Aragorn en respect en lui disant que ce n’est pas son rôle d’attendre dans son foyer que les hommes rentrent. Aragorn lui répond que vient peut-être un temps où personne ne rentrera à la maison. Eowyn lui dit que ta gueule arrête de botter en touche, sale machiste, et puis à quoi ça sert que je reste à chauffer les plats si c’est pour que vous reveniez pas ? C’est complétement con.

D’un autre côté son plus grand exploit, d’avoir tué le Roi Sorcier d’Angmar est entièrement lié à son statut de femme.

En effet, la prophétie de Glorfindel disait qu’aucun homme vivant ne peut tuer le Roi Sorcier. D’où le retournement de situation quand celui-ci dit :
«No man can kill me. Die now.
— I am no man !», réplique Eowyn, découvrant sa chevelure qui vole au vent, et brandissant son épée.
(«— Aucun homme ne peut me vaincre 
— Je ne suis pas un homme !»)

Puis elle le bute. En gros. Et l’armure se tord et se concasse sous l’action de l’esprit qui la quitte. La prophétie disait qu’aucun homme (man) ne pouvait vaincre le Roi-Sorcier. Et comme le français «homme», l’anglais «man» est ambigu, puisqu’il recouvre à la fois le genre humain dans son ensemble et sa seule portion masculine.


Interprétation 1 : Tolkien est un connard qui considère que les femmes ne sont pas des êtres humains.
C’est con.

Interprétation 2 : Tolkien veut montrer la double ambiguité du terme homme : non seulement on peut considérer que ça veut représenter les hommes dans son entier, mais également les mâles d’autres espèces, en l’occurence un hobbit, Meriadoc Brandebouc, qui planta sa lame dans le mollet du Roi-Sorcier, ce qui nous rappelle la taille minuscule des hobbits, très proche du moment où Peregrin Touque, son compère de la citadelle, agrippe Gandalf au genou.
Autrement dit, rappelez-vous, le masculin est le genre non-marqué en français et en anglais aussi dans ce terme de «man» qui peut remplacer «human», à l’opposé de «woman».
Cependant, la leçon, au-delà de l’aspect traître du langage, nous invite au contraire à nous retourner vers ce point de langage : c’est parce que tout le monde part du principe que «man» signifie «tout homme» que tout le monde pense le Roi-Sorcier d’Angmar invincible, lui y compris. (pourtant les elfes devraient se démerder du coup, non ? Legolas, tu veux pas tenter ?)
C’est parce qu’il a oublié que «man» ne signifiait pas forcément les humains dans leur ensemble qu’il s’est fait avoir par un hobbit-homme et une femme humaine.
C'est une critique du masculin comme genre non-marqué, pas son approbation. C'est la confiance dans ce point de grammaire qui consacra l'impuissance des hommes et la témérité du Roi-Sorcier.

 "REP A SA LA GRAMMAIRE"

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- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.