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vendredi 18 janvier 2013

Pensée sur le Hobbit


Un des soucis majeurs que j'aurais avec The Hobbit, c'est qu'il a voulu changer les Nains de "petits mecs rigolos aux noms redondants qui se prosternent en disant 'à vot' service' et en s'entassant sur le pas de la porte" à "gros bourrins qui portent trois marteaux, se tatouent le crâne et taillent leur passage à la hache.
D'un côté, les évènements du livre, l'escapade par les tunnels de gobelins appelait une certaine dose de baston. Les dix minutes d’échafaudages où l'on pulvérise six cents gobelins sans que soient le moins du monde en danger nos compères nains était peut-être de trop, mais la scène est magistrale, techniquement. Ce n'est pas ça qui me gêne. Vouloir changer un conte pour enfant en récit épique n'est pas tant dérangeant : après tout, c'est ce qui se produisit dans l'esprit même de Tolkien lorsqu'il décida que l'anneau d'invisibilité que Bilbo soutirait à Gollum était en fait un artefact maléfique qui contenait la puissance du simili-Satan Sauron, et était le truc le plus dangereux de tout l'univers.




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Piège de la Forme : Tolkien edition.

D'ailleurs savez-vous que Tolkien, se complaisant dans son rôle "d'historien de la Terre du Milieu" botte parfois en touche quand on lui pose des questions et blâme ses manquements sur ses personnages : ainsi les deux récits de la scène où Bilbo s'empare de l'anneau(chapitre Riddles In The Dark). (autre exemple quand il dit dans une de ses lettres ne pas connaître le nom des deux mages bleus)
En premier lieu, Gollum devait parier l'anneau, comme enjeu du concours d'énigmes. Genre je m'ennuie tellement que je parie mon bien le plus précieux. C'est ce qui prévalut dans la version de 1937.
Plus tard, quand le rôle de l'Anneau dans la corruption de Sméagol devint plus clair, cette attitude devenait inexplicable : si l'emprise de l'anneau était si puissante, pourquoi aurait-il pris le risque de le miser ? D'où la deuxième version de l'histoire dans l'édition suivante, réécrite pour coller avec LotR.
Il fait référence à la victoire controversée du Hobbit dans Fellowship of the Ring, dans le sommaire du début : 
The Authorities, it is true, differ whether this last question was a mere 'question' and not a 'riddle' ... but all agree that, after accepting it and trying to guess the answer, Gollum was bound by his promise" (FR, 21).
 Mais il ne précise pas que l'enjeu a changé  : d'abord l'anneau, puis lui montrer la sortie. Il existe donc deux versions de l'histoire, désormais. Comment l'historien Tolkien s'en accomode-t-il ? Va-t-il organiser un auto-autodafé des Hobbit de 1937 ?
Que nenni ! Il va - et ce serait suffisant pour figurer dans un article entier dédié au Piège de la Forme - prétendre que Bilbo mentait dans la première version. Sous l'influence de l'anneau, ou de la pression de ses pairs, il ne voulut pas admettre qu'il avait volé le précieux bijou (ironique, quand on songe qu'il fut recruté comme cambrioleur). Il mentit donc à Gandalf et aux Nains, puis consigna la version mensongère dans son journal (Le grand livre rouge qui est censé devenir le Hobbit ET le Seigneur des Anneaux). Se basant sur les écrits de Bilbo libéré de l'influence de l'anneau (quand il était à Fondcombe ?) ou simplement sur le témoignage de Frodo, qui aurait compris l'histoire du point de vue de Sméagol qui braillait "ils nous l'ont volé" à longueur de temps, Tolkien l'aurait "corrigé dans la deuxième version. Très astucieux.



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Mon souci avec le film est le suivant : Bilbo se met au niveau des Nains. Au départ il devait leur enseigner une leçon : que la force pure n'est pas tout, que la ruse peut l'emporter (au moyen d'un anneau satanique plus que de ses talents, ce qui est une drôle de morale sous la plume d'un auteur catholique) Là, non, il saisit une épée et bourrine la gueule d'Azog. Il n'y a plus remise en question des nains, juste l'adaptation de Bilbo au schéma de virilité nanique. Lui qui aimait la porcelaine de sa grand-mère et les mouchoirs devra se contenter de cuir et de sueur COMME LES VRAIS HOMMES BURP PROUT.
Mes pensées sur la chanson Misty Mountains sont du même ordre.




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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.