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jeudi 3 janvier 2013

Quatrième méditation sur la loi scoute, le conservatisme et la morale (encore)

Lors de la dernière édition de BM News, le 15 décembre dernier, lors d’un week-end de brigade à Adelboden dans les alpes bernoises, j’eus la chance, moi, Merlin, de retrouver Husky et Mouette*, premiers ténors du premier BM News**, enfin réunis après moult séparations.
Les séparations (prolongées sur presque un an, entrecoupées de brèves entrevues sur des quais de gares ou des bistrots attenants) avaient pour cause, notamment, l’armée Suisse, tendre amante de tous les citoyens Suisses (non je déconne, pas les filles, chacun sait que ce ne sont pas des citoyens comme les autres) les entraînant des ses bras impérieux au fin fond de la suisse allemande afin de, pendant quelques mois voire plus (si on veut le faire en une fois) parfaire leur entraînement aux armes et aux techniques requises pour contrer toute éventuelle attaque talibano-soviétique. Au-delà de l’improbabilité de subir les affres de la guerre dans un pays cerné par l’europe, et qui plus est une europe forcée d’aller taper en Côte d’Ivoire ou en Afghanistan pour taper sur des machins, il est déjà pas super de se voir extraire de son foyer pour, cinq jours par semaine, changer des impôts en munitions, et changer ces mêmes munitions en trous dans des cibles.
On y causait de l’armée, de la morale, du scoutisme.
 
Le sujet revient souvent, très souvent, entre scouts. Notamment la similarité avec l’armée, justement. Après tout, le scout apprend à ne pas mentir, à obéir, à être loyal, etc. tout ce qu’on exige du bon petit soldat.
Les militaires en semblent en tout cas convaincu, vu le sort qu’ils réservent au Pfadi*** : grader. C’est à dire avoir quelques dorures au col être un peu mieux payé, mais SURTOUT rester plus longtemps au service militaire, et ça ne compte même pas comme “service long”****, vous vous êtes fait niquer. En somme, de nombreux scouts font TOUT pour qu’on ne sache pas qu’ils le sont. Ils portent des pantalons, ils font semblant de ne pas savoir faire des noeuds de chaise et quand un message en morse passe, ils sautent sous une table pour s’empêcher de l’interpréter.
Je rigole, mais j’essaie par ce sarcasme de montrer que c’est facile de cacher qu’on est scout (i.e. ne pas le dire), quand au contraire on s’imagine que ça transparaît. Husky, Epervier et Mouette ont d’ailleurs fait un sketch [Soundcloud] dans la veine de 120 secondes où ils mimaient les officiers suisse-allemands qui prêtent au scout des qualités mythiques : propre sur soi, un ordre en chambre nickel, c’est magique.
Et justement la question se posait au-delà de la structure paramilitaire et de l’uniforme (traités dans ma troisième méditation) : est-ce que ce serait pas vrai, par hasard, est-ce qu’on n’exige pas les mêmes vertus qu’à l’armée ?
Force, vaillance, courage, obéissance, loyauté ? Ce ne serait pas une manière de soumettre des esprits jeunes et malléables à nos terribles desseins, qui seraient selon certains théoriciens du complot de préparer la jeunesse à l’armée ?
Réduisons d’un cran l’accusation pour la rendre crédible. Le sentiment dominant d’Husky et Mouette à l’armée c’était d’être réduit à l’état d’outil (8'17 de l'émission). Des corvées s’entassent, vous les faîtes, vous dormez, on vous réveille à deux heures du matin pour aller marcher, etc. Mouette moins, puisqu’il était devenu sous-officier (Sergent-Major) et participait dès lors à la formation des recrues suivantes. Il ne crache pas sur l’armée, et lui reconnait volontiers le profil d’une école de vie, propre à instiller aux jeunes la discipline que leurs années sur les bancs scolaires ne leur ont peut-être pas donné. On peut le supposer. En tant que méchant libertaire j’ai bien entendu choisi de m’en dispenser frauduleusement, via un entretient psychologique qui estima que je serais plus utile (et moins dangereux j’imagine) à la protection civile, mais ça n’empêche que je suis néanmoins prêt à admettre que le service militaire peut avoir des effets positifs sur les gens, malgré la privation de liberté qu’il suppose, que je réprouve absolument.
Dans les écoles de recrues Suisse se forment souvent des liens indéfectibles, parfois même chez les plus réticents. Mais je pense que c’est un effet secondaire de la méthode, justement, qui vise à entasser les gens. Entassés, on apprends la tolérance, le respect mutuel, l’organisation, la coordination, la solidarité face à l’adversité. Une adversité d’ailleurs bien inoffensive, et bricolée, puisque malgré les talibano-soviétiques rêvés par l’état-major, la difficulté qu’affrontent nos soldats se compose bien plus souvent des peines du service militaire lui-même : marches, manque de sommeil, manque d’affection, effort physique.
Et cette méthode (réunir les gens en petites unités, leur faire former un esprit d’équipe par la compétition) c’est celle du scoutisme, c’est celle que Baden-Powell a isolé, se disant “hey, pendant ce siège de Mafekin j’ai été vachement aidé par des gars de 12 ans, finalement les gosses c’est pas si con, peut-être que je pourrais dans un même mouvement leur apprendre des trucs utiles, les former, leur inculquer des vertus, et les distraire”.
En tant que scout je pense que les marches, la nature, la pratique de la vie en commun c’est quelque chose de très bien, ça développe des solidarités qu’ensuite vous pouvez étendre au reste du genre humain. Si le simple fait de dormir à 8 dans une tente prévue pour 6 tisser des liens aussi forts et simples que ceux que j’ai pu observer dans ma brigade, alors il n’est pas difficile dès lors d’étendre cette générosité au clochard dans la rue, au cycliste en difficulté, au passant démuni.

(Voilà, j’ai dit du bien de l’armée pendant quinze lignes, foutez-moi la paix maintenant.)
Mais j’ai sûrement fait plus de mal que de bien puisque l'armée, je l’ai comparée au scoutisme dans un sens positif, c’est mal, c’est très mal, les accusations de connivence vous nous retomber dessus.
Mais remarquez justement que je disais que LA SEULE CHOSE positive dans l’armée c’était l’effet secondaire de leur METHODE (leur but, on s’en fout, défendre la Suisse, bon, quand ils ont le temps) et que c’est CELA et non pas leur BUT que Baden-Powell a voulu reprendre dans le scoutisme. Soldat de la paix, pas soldat de la guerre.

Cela dit, reprêtons le flanc, puisque ce n’est clairement pas de tisser des liens très forts que nous reprochent les partisans de l’argument “armée=scoutisme”, c’est au contraire de devenir un outil, et l’outil de buts qui nous dépassent. Faire une Bonne Action par jour, est-ce que ce n’est pas collaborer à plus de mal ? J’entends, si le reste de la société ne fait que de la merde, commet une bonne action peut-elle changer cela ? Comment aider à porter une valise est-il bénéfique si elle est remplie d’armes à feu et participe d’un massacre ? Vous collectez de l’argent pour des gens pauvres, et ils s’en servent pour financer des groupes d’extrême-droite, etc. etc. inventez tous les exemples de bonnes intentions qui paveraient par des concours de circonstances divers les neuf cercles de l’enfer.
Typiquement au camp d’été 2012, un mec nous a demandé de porter une armoire, puisqu’on passait par là. Tant mieux pour le mec, tant pis pour les dos des porteurs. Mais en devenant un outil au service du premier venu, est-ce qu’on ne collabore pas justement à maintenir la société dans l’état dans lequel elle est ?
N’avoir qu’une parole ? C’est se rendre prévisible aux autres. Être loyal ? Idem, cela implique la stabilité, l’inertie, rester dans les mêmes groupes, aider les mêmes gens. Aider son prochain ? Se soumettre au vouloir du premier venu. Être un bon fils ? Maintenir l’ordre de la société et des familles. L’ami de tous ? Idem, aucune animosité, aucun jugement portés envers nos semblables, fussent-ils les plus méprisables des criminels, les pires des fascistes. Courtois et chevaleresque ? Encore servir. Savoir obéir ? Idem. Être vaillant, sourire dans les difficultés ? Ca signifie simplement ne pas se plaindre sous le fardeau qu’on vous impose. Être travailleur et économe ? Bien mettre des sous de côté pour la société, ne pas être un poids pour elle.
On devient un robot, un outil formaté, on remise tout ce qui restait de préférence personnelle pour n’être plus qu’un engrenage aux ordres des “autres” donc techniquement ceux qui ne sont pas scouts.

Il n’y a guère que deux commandements qui s’en sortent : être bon pour les animaux et protéger les plantes ; et être propre dans ses pensées, ses paroles et ses actes(beaucoup trop large et vague).
Au fond c’est une éthique des vertus : cela doit développer des réponses stéréotypées chez vous, en abandonnant tout discernement, toute discrimination. Peu importe l’homme ou la situation : vous devez servir. Et tout cela vise à maintenir la société telle qu’elle est. Et pas le droit de se plaindre, veuillez sourire et chantonner, s’il vous plaît.
Si vous n’approuvez pas votre société, comment dès lors respecter ces commandements ? Si vous êtes un marxistes révolutionnaire vous vous opposerez à cette propagande conservatrice au possible : cela maintient les dominés au service des dominants, et cela les maintient dans leur mouise et leur donnant un sentiment de supériorité moral, comme pouvait le faire la religion, et toutes les idéologies. C’est foncièrement traditionaliste et conservateur.
J'avais dit "soldat de la paix" mais pour beaucoup, la paix, la paix sociale n'est pas suffisante, c'est même ce qui va maintenir un statu quo horrible, par la lâcheté et la complaisance des défenseurs de la paix.
"Paix, Justice, Obéir", par Franck Shepard Fairey. Pour certains la paix est un crime, et nous admettons y aspirer, si c'est tout ce dont on nous accuse.


Si vous considérez infâme le régime de votre pays, alors la paix sociale est un acte de trahison, servir des gens au hasard un acte de collaboration. Les scouts français de 1942, dont les revues (La Route, Le Chef) abondamment prônaient la stabilité chrétienne du pays, ont-ils bien fait d’obéir, d’être loyaux, de courber l’échine ? N’auraient-ils pas dû, comme certains Chevaliers du Foulard de Sang, se rebeller ?
Avec beaucoup de sympathie pour ces scouts rebelles, je suppose qu’on parlera dès lors de 1984, de régimes totalitaires, etc. puisqu’il faut bien boucler la boucle. Mais avouez que ce n’est pas cela du tout. Le programme du scoutisme n’a jamais été d’installer des élites dirigeantes auxquelles on obéirait aveuglément, non, au contraire, il se compose d’un set de commandements qui demandent, au final, de se mettre à la disposition de n’importe qui. Plutôt que de vouloir imposer, on propose de se soumettre.
Ce n’est pas conservateur ou traditionaliste à mon avis. Ca ne vous interdit pas les positions progressistes, ça suppose par contre que ce n’est pas à vous de les proclamer, vous êtes simplement là pour prolonger les entreprises dans ce sens qui vous environnent. (je contesterais ce point mais admettons)
Au fond tout cela repose sur un présupposé d’un optimisme dégueulasse : que tout le monde contribue à améliorer la société et qu’en participant à leurs efforts conjugués on ne peut que mieux faire.
Rien n’est moins sûr, mais il y a de la beauté dans le geste.
"Obéir, Propagande, Paix", idem.

Un autre problème est la gratuité du geste. Certains vont dire qu’on se fait exploiter, alors que le travail a de la valeur. Je ne leur contesterais pas cela, mais je pense que cela ne vaut que dans le cas du travail forcé. Quand quelqu’un offre quelque chose – ce qui est le cas ici – on va pas chouiner que ça déprécie le travail des autres.
On va pas commencer à punir la générosité, sinon on est pas couché. Bénévole reste fidèle à son étymologie, si vous défendez la liberté, laissez tranquille les actions librement offertes.

Reste la question : est-ce une éthique des vertus, une éthique utilitariste ou une éthique déontologique ? Et est-ce que le conservatisme est une éthique des vertus, une éthique utilitariste ou une éthique déontologique ? Et est-ce que les deux concordent.
Merde, j’ai mis trois questions et trois termes pourris, au lieu d'une question. Allons-y.
  • Éthique utilitariste : Respecter la loi scoute est moral, parce que ça améliore la somme de bonheur de la société. Argument d'Husky(un peu), ça va améliorer la société et ça va finir par te rejaillir dessus. Il invoque un mécanisme psychologique (?) selon lequel ça amènerait les gens à plus de générosité, et donc, finalement, ça nous retomberait dessus. 
    • Personnellement je n'aime pas les morales "égoïstes". Fonder la morale sur son intérêt personnel je pense que ça revient plus souvent à la supprimer. Si on a "intérêt" à faire cela, où est la noblesse ? Où est la contrition ? Si j'ai vraiment "intérêt" à faire cela, quel sens y aurait-il à chercher des règles pour m'y contraindre, puisque poursuivre mon intérêt était déjà dans mes buts de base ? Si on peut démontrer que c'est dans l'intérêt de tous de le faire, alors comment imaginer que des gens puissent se rebiffer ? Autrement dit, si on pousse le raisonnement au bout : ça n'apprend pas aux gens à être altruistes, ça leur apprend juste à être égoïstes plus efficacement.
    • Et puisqu'on ne s'entend pas sur ce qui est de notre intérêt ou pas on aura toujours des mouvements de collaboration sociale négative, des gens qui prennent mais ne rendent pas. Dès lors, si ceux-ci se multiplient, les altruistes se font arnaquer et perdront la bataille, bref, s'il est possible  de profiter des autres sans leur rendre, alors il y a un intérêt personnel supérieur à celui qui vous impose d'aider les autres. La simple existence de cette possibilité invalide cette éthique particulière.
    • Cependant cela ne vaut pas pour l'éthique utilitariste en général. On peut toujours objecter ce qu'on a dit précédemment. Améliorer l'état de la société, tant mieux, mais si on n'aime pas cette société ou qu'on la trouve nuisible, quel intérêt ?
  • Éthique déontologique : C'est l'éthique qui insiste sur le devoir moral. La loi scoute est est morale parce que si on se fixe à la loi scoute d'un commun accord, alors c'est bien de se fixer à la loi scoute. Il est difficile de voir comment cela se justifie, comment on l'enracine, on la fonde. Plusieurs solutions :
    • Via les conséquences du respect universel de cette loi(impératif catégorique, quasiment). On imagine que tout le monde respecte la loi, et on regarde ce que ça donne. Cependant, si on se base sur le pur résultat on replonge dans l'éthique conséquentialiste (l'utilitarisme est une forme de conséquentialisme) puisqu'on juge au résultat, et non plus à l'impératif moral. Et si on juge le résultat selon le bonheur général, ou la moyenne du bonheur, alors on retombe sur la justification utilitariste, purement et simplement. Retournez d'une case en arrière
    • Pour Kant, c'est néanmoins la Bonne Intention qui est suprême et qui définit la moralité d'une action. Mieux vaut quelque chose de catastrophique, mais qui se voulait bon, plutôt que quelque chose d'accidentellement bénéfique. Là, on n'est plus dans le conséquentialisme. La loi scoute s'auto-justifierait, puisqu'elle nous donnerait une panoplie de bons sentiments, desquels on peut déduire des actions plausibles. Ces actions sont bonnes, les autres pas.
    • L'argument bateau de la soupe indistincte conséquentialiste/déontologique/utilitariste c'est de dire "le monde irait mieux si tout le monde suivait ces principes". Oui, mais le monde irait mieux si tout le monde était taliban, y'aurait moins de conflits aussi.
  • Éthique minimaliste : ah zut, on en a déjà trop parlé.
  • Éthique des vertus : Le scoutisme est moral puisqu'il développe les capacités des individus. Et effectivement, je pense que c'est la seule justification qui nous reste.
    • Comme on l'a dit avant, si vous ne soutenez pas, un minimum, la société dans laquelle vous vivez, alors c'est impossible de défendre cela.
    • Cependant, ces capacités ne se justifient que dans un contexte social (dire la vérité, être loyal, se rendre utile, ça ne marche que s'il y a des autres) il s'agit de développer des capacités mais des capacités utiles aux autres et à soi-même.
    • Les capacités utiles à soi-même, e.g. être économe sont plus difficiles à justifier. Si on veut rester dans une optique de rapport aux autres, on peut arguer qu'il faut être économe afin de garder de l'argent à donner, mais si c'est pour le donner, alors c'est qu'au final il ne vous en restera plus.
    •  La justification de Baden-Powell lui-même c'était qu'il fallait être économe afin de ne pas être un poids pour la société dans le cas où vous seriez dans le besoin. Ca implique donc qu'au moment où vous vous pèterez la jambe vous serez laissés à votre compte et qu'on ne trouvera pas de chevaliers de vertus aussi honorables que vous. On pourrait supposer que c'est une forme de contrat social, mais puisqu'on vous demande en plus de ne rien demander à la société c'est la preuve que non, c'est une éthique des vertus.
La plus difficile à justifier, la plus maximaliste, la plus intrusive.
Pas étonnant qu'on ne souhaite pas trop l'étendre et qu'on soit presque honteux d'en être à recruter pour les scouts.



Notes :

*Oui, on est scout, et on totémise les gens. C’est l’occasion de leur montrer comment on les perçoit, de leur donner un nom qui a un sens, et pas juste qui “sonne bien”. Moquez-vous si vous voulez.

**Premier, c’est relatif, il semble que le anciens de la brigade avaient un BM News... Enregistré sur cassettes. Ne nous moquons pas non plus, nos supports seront bientôt désuets également, ou du moins égaré dans les méandres des internets.

***Pfadi = scout en allemand.

**** Le service long vous permet de claquer toutes vos obligations envers la patrie en une seule fois, alors que le service “court” vous demandera de revenir faire vos “cours de répétition” (=”cramer des cartouches”) annuellement jusqu’à vos 35 ans.(si j’ai bien compris) Techniquement, ça remplit nos trains et nos métros de gens avec des fusils et tout le monde trouve ça normal.

2 commentaires:

  1. Je précise mon point de vue :-):

    Je ne conçois pas l'éthique utilitariste comme étant égoïste dans le sens où, et je me suis certainement mal exprimé dans ce car pour Adelboden, c'est un peu un mix entre l'utilitarisme et la vertu.

    Tu fais des actes bons, non pas en attendant que ça te retombe dessus, comme si t'investissait des fonds quelque part pour tes 69 ans, mais bien avec un total bénévolat et le "te retombe dessus" est un constat que j'ai pu faire. Je n'ai pas voulu et je ne veux pas que mes bons actes me retombent dessus un jour, mais je suis de l'avis du "montre l'exemple". En faisant le bon, tu engendres le bon.

    C'est un peu comme ces études de psycho-criminologie où, dans les années 40-50 ils ont mis une caméra devant chaque entrée d'ascenseur d'un immeuble entier. Dans l'ascenseur, y'avait 4 comédiens qui devaient faire des trucs précis suivant les étages. A chaque fois qu'un homme lambda entrait, les 4 complices avaient tous quelque chose en commun (tous tournés à gauche, ou à droite, tous ont enlevé leur chapeau, voire même tous les comédiens qui regardent bêtement en haut). Et qu'est-ce qu'on voyait sur les images ? Quand l'homme lambda entrait, il était surpris de voir la posture des complices, mais quand il ressortait à son étage...il avait exactement la même position que les complices (et le coup de la tête en haut a marché aussi...)
    Mais je te vois venir cher Lays, au vu du nombre de scouts dans la société, ce que je dis renforce plutôt le côté "moule de la société" que tu as décrit. Mais si on a un autre point de vue et qu'on part du constat suivant:
    En tant que scout, tu sors, tu vois, bref tu as plus de relations avec des scouts qu'avec des Moldus. Du coup, dès que tu es avec un non scout, il y a de fortes chances de rencontrer un autre scout etc... Phénomène d'agglutination, comme on le connait si bien. Du coup, nos actes scouts combinés vont faire que le Moldus se calque sur la méthode scoute, sans même s'en rendre compte, exactement comme dans l'histoire de l'ascenseur.
    Evidemment ça ne marche que si le nombre de scouts > le nb de Moldus. Mais personnellement j'y crois, et j'y crois en me disant que même si on est pas rassemblés au même moment, au même endroit, il est tellement probable que le Moldus ait beaucoup d'amis scouts, que si tous (scouts) appliquent la loi, le Moldus se calquera inconsciemment.

    Voilà, j'espère avoir été un peu clair, je sais que je dis souvent de la merde quand j'essaie d'expliquer un truc ^^. Je fais déjà un effort pour décortiquer ça de mon cerveau, soit indulgent ;-).

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    1. Alors, je serai indulgent, après tout, si j'appelle cette série de billets des "méditations" plutôt que des "réflexions" c'est bien parce que je ne leur prévois pas de structure précises, c'est un peu l'équivalent de penser à voix haute, d'où répétitions, manque de synthèses, etc.

      Pour ce qui est de l'éthique utilitariste comme étant "égoiste", disons que pour Mill, le chantre de l'utilitarisme après Bentham, ce n'est pas vraiment justifié égoïstement : il dit même qu'une des qualités les plus importantes de l'état c'est de développer les capacités de ses citoyens.(VERTU DANS TA GUEULE BAM)
      C'est simplement qu'ils choisissent de considérer la somme totale de bonheur de la société, et pour la considérer, il faut imaginer que le bonheur de chacun a la même valeur qu'un autre.
      Cependant, si on imagine que tous les efforts augmentent la société d'autant de bonnes volontés, on se retrouve à négliger plusieurs choses : parfois les efforts s'annulent et les bonheurs sont incompatibles. Si la moitié du pays est pro-OGM contre une moitié définitivement contre ces saloperies transgéniques, on risque difficilement de faire des heureux sur ce terrain.
      Etre utilitariste ne suppose pas que tu es égoiste, mais ça suppose quand même qu'on considère le bonheur de la majorité de la société. Si tu es dans la minorité, ben tant pis pour toi, quoi. Et si tu n'aimes simplement pas la société, si tu veux faire ton Thoreau perdu dans les bois, encore pire.
      Ce n'est pas égoïste dans le sens où tout bienfaiteur le ferait pour que ça lui retombe dessus directemenet - il n'en serait jamais garanti - mais c'est égoïste dans le sens où ça ne favorise que les gens qui adorent l'état actuel de la société, puisque seuls leurs efforts sont concluants et comptabilisés.
      Voilà c'est ce que j'essayais de dire un peu.
      La naïveté utilitariste participe de la naïveté scoute. Comme tu le dis, la morale que tu évoquais était composite, mi-vertu, mi-utilitariste.
      Pour le "donner l'exemple" c'est vrai que c'est une possibilité aussi.
      On les aura, ces moldus.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.