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jeudi 7 mars 2013

Les rêves, cette mise en scène déloyale


J’ai fait un cauchemar horrible.
Zoé était là, mais pour une raison grand-guignolesque qui m’échappe, en plus de son auguste compagnie, je m’étais fichu dans l’idée de fricoter avec une autre fille.
Le prénom de l’autre fille, souvenir fait de cette étoffe dont on fait les rêves m’échappe aussi. C’est un peu comme un captcha, en fait, j’arrive pas du tout à remettre la main dessus, mais en tout cas, c’était autre chose que Zoé.
Mais force est de constater que «Machine» était en fait une Zoé bis, qui avait absolument toutes ses caractéristiques. Sa taille, sa mignonneté, sa beauté, sa tendance à jouer aux jeux vidéos, à dessiner.
Vous imaginez mon trouble. Après tout, qui pouvait me détourner de Zoé, sinon Zoé’, sa copie presque conforme. Bien sur, la Zoé originale prit sa réplication en jalousie. Confronté par les deux, je fus sommé de choisir laquelle des deux j’aimais. C’était horrible. D’un côté je ne savais pas ce qui m’avait pris de me détourner de Zoé et de rompre sa confiance et d’un autre côté, je trouvais absolument impossible de me détourner d’elle puisqu’elle avait à double les capacités de mon aimée.
Ce qui fait le dilemme, c’est que j’étais persuadé d’avoir à faire à deux personnes absolument différentes. Dès le réveil, il me sembla évident qu’elles n’étaient que des avatars de Zoé, l’une et l’autre, mais pris dans le rêve, cela ne me frappait pas. Il y avait Zoé, qui était petite, belle et qui dessine, et <Machine> qui est petite, belle, qui dessine, mais qui n’a rien à voir, malgré une ressemblance que je ne remarquais absolument pas.

Les rêves ont des manoeuvres semblables.
Je me souviens d’il y a longtemps — je devais avoir quoi 14 ans ? — après une désillusion amoureuse, j’étais confronté par un personnage de ma bande dessinée, Lucifer, qui me disait que c’était pas grave et que de toutes façons, je ne la connaissais pas bien, et réciproquement. Comme tout adolescent, j’étais imbu de moi-même et sûr de la pertinence de mon amour d’antan. Je rétorquais donc. Après un changement de décor du type de ceux qu’on voit dans A Christmas Carol sous la houlette des esprits de Noël, nous nous trouvions dans une salle de classe, avec des pupitres beaucoup trop petits, qui coinçaient les jambes. Lucifer m’empêchait de me retourner, me donnant des coups de canne quand j’essayais seulement. Il dit «de toute façon tu ne te souviens pas de la couleur de ses yeux.» Et je voulus répondre, mais j’étais incapable de m’en souvenir, tout comme je ne pouvais pas faire le point sur le nom de Zoé’ quoique j’étais certain qu’il était différent de Zoé, sans quoi bien sûr, le dilemme du rêve ne faisait plus sens.
Et bien sûr, je voulais tricher, je me retournais pour regarder le fond de la salle, où, bien sûr, la fille était là, voulant vérifier, me souvenir de la couleur de ses yeux.
Mais ils clignotaient
Rouge, vert, jaune, rose, bleu, rose, vert, gris, noir, blanc, rouge. En boucle, toutes les couleurs.
Lord English, dans Homestuck. http://mspaintadventures.com

Même des couleurs improbables pour des yeux. Pourtant ç’aurait pu être n’importe laquelle.
Ca n’aurait pas fait sens qu’elle ait les yeux jaunes ou roses. Rouge non plus. Gris ou vert, c’était rare, bleu et bruns des choix plus plausibles, mais mon esprit m’empêchait l’accès à ces informations. J’étais contraint à l’ignorance, oublieux de tout ce qu’il y a de plus évident sur les yeux.
Si nos rêves nous marquent autant, c’est parce qu’ils sont mis en scène par quelqu’un de l’intérieur. Quelqu’un qui peut nous masquer les informations les plus évidentes, les plus grosses ficelles, et nous faire croire à n’importe quoi : ça fera sens tant qu’on est immergé.
Recréer une atmosphère de rêve, ou du moins un monde qui génère sa propre logique est d’une grande aide pour le scénariste, ça lui permet ensuite de créer des histoires choquantes, marquantes, une fois que son lecteur est prêt à admettre que des personnages évidemment identiques ne le sont pas, juste pour qu’il soit surpris d’apprendre qu’ils ne font qu’un.

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Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
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- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.