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lundi 8 avril 2013

Helsinki

De retour de Finlande.
Pas grand chose à dire, nous sommes restés dans Helsinki même, et le finnois étant ce qu’il est, ne nous sommes pas vraiment mélangé au peuple finlandais.
J’entends, c’est une langue étrange, impossible. Inutile d’essayer de parler à base d’infinitifs et de noms jetés pêle-mêle, on ne vous comprendra pas (du moins moi on ne me comprend pas) et vous passerez pour encore plus con que vous n’êtes déjà, surtout quand on vous RÉPONDRA, vous aurez l’air malin, tiens. Tous les mots font dix mètres, et dès que vous essayez de vous en souvenir, vous allez en rajouter, les mots s’augmentent de syllabes en syllabes au fur et à mesure que vous vous les répétez. N’essayez pas, cette langue est son propre système immunitaire, rejetant l’étranger qui viendrait travestir sa pureté.
D’ailleurs je crois que je sais ce qui me gêne dans le Finnois : toutes les lettres se prononcent, point. Pas de diphtongues. Parfois une lettre se répète, mais c’est tout. Cette langue n’hérite pas de tous nos malentendus, de la conjonction des orthographes approximatives, de la traduction étrange des mots, de la transmutation lente des mots. Pas l’air d’y avoir des cas particuliers, des conjonctions spéciales de caractères, dues à des grammairiens capricieux qui voulaient faire ressembler notre langue au grec, et sublimer les racines latines dans les mots.
J’ai pas l’impression de saisir les diphtongues. On me dit qu’il y en a, que dans Maito ai se dit différemment, mais j’ai l’impression que ça se dit juste maito. Je fais pas la nuance entre ce qui est censé se prononcer et l’accent qu’y mettent les gens. Vous me direz ce n’est pas
Langue jetée tardivement à l’emporte-pièce dans l’alphabet latin afin qu’on puisse la transcrire. JE la perçois comme le turc, je trouve.
#DrogueEtLinguistiqueDeComptoir
Et au final vous vous retrouvez à bredouiller le même anglais que partout, parce que vous êtes nuls comme moi.
Ou alors vous parlez finnois, bon.
Sinon un autre truc, c’est que tout soit écrit à double en finnois et suédois, y compris les noms de lieu, qu'on s'imaginerait fixés, les rues et tout. C’est très frustrant parce que tu commences à paniquer que BON SANG DE BOIS, ON EST CENSÉS ALLER A KRALENKATRAKATU PAS A FRALUGTOSLIGARS ON EST DESCENDU AU MAUVAIS ARRÊT ah ben en fait c'est le même lieu, tiens.



Et justement, si on ne se mêle pas à la population, qu’on parle anglais, et que des Mc Donalds ponctuent les boulevards, à quoi bon aller à Helsinki ? En dehors de la langue - que je ne comprends pas - je ne relève rien d’exotique en arrivant. Un style néoclassique très prégnant, des collonnades, des arcades, du placoplâtre baroque à péter les rétines, le tout sur des immeubles énormes, pavant des rues de six rues de large. Vu d’en haut, on peut dire, GG sur l’échelle de Sim City, bravo. Par contre, les rues larges ne sont pas vraiment accueillantes, pas de petites maisons, de recoins, de ruelles. Pratique pour s’orienter, peu pratique pour être surpris.
Côté architecture y’avait aussi des maisons en briques rouges clichés hyper-bandantes, faisant penser qui à Warhammer 40’000, qui à l’Angleterre du XVIIIe, la pochette de Animals de Pink Floyd. J’aime beaucoup. Et bien sûr, si vous n’aimez pas Engel, inutile de venir à Helsinki. A s’y promener, on croirait qu’Engel a construit la Finlande et que Mannerheim a empêché qu’on la détruise, point, aucun autre finlandais n’a été important.
Sinon, un goût prononcé pour le marbre rose, le bronze verdi par les siècles, les statues édifiantes semées au milieu de ces immenses tas de pierres et de briques. Statue d’Alexandre Ier d’ailleurs, avec ce qui semblait des personnification des arts et de la science (portait un… Microscope ?) je suppose que cette statue du Czar vient d'une amitié réciproque entre les deux peuples, fruits d'une histoire neutre et pure, de collaboration gentille. Haha. J’aime bien cet urbanisme au bulldozer, ces trams, ce système de transport auquel je pige rien, mais c’est très uniformisant. Si on change la langue, on pourrait se croire… N’importe où, à vrai dire. La ville présente un visage neutre et lisse, la vie finlandaise se planque derrière ces façades de multiples magasins, les appartements se perdant dans les étages cubiques.
«La vraie vie est absente», disait Rimbaud. On le sent là, ou du moins dissimulée.
Yourcenar écrivait dans Les Mémoires d’Hadrien que «Peu d’hommes supportent longtemps le voyage, ce bris perpétuel de toutes les habitudes» et Cendrars disait que «tu n’as plus de coutumes et pas encore d’habitudes» et le bourlingueur inusité se sent ainsi : à quelles habitudes doit-il renoncer ? Ce qu’il a l’habitude de consommer se retrouve là, à l’exception de deux trois trucs. De la raclette me manquait le soir et du Cenovis© le matin, mais bon, on peut vivre sans pendant trois jours. Ce n’est que la cerise sur le gâteau.
Et justement, nos particularités locales ou nationales deviennent, dans ce bouillon de cultures diluées, des cerises.
A BAS LA MONDIALISATION, DEVENONS TOUS DES IDENTITAIRES, ce qui revient, j’imagine, à manger des trucs qui puent, porter des fringues qui grattent en parlant des langues qui crissent et en aimant pas les mecs pas comme nous. Je suis pas encore sûr, hein, je débute à l’identitairisme, et encore, même pas sérieusement.
Limite je m’en fous, en fait. J’aime pas beaucoup voyager. Je pense que c’est juste le fait des capitales, à force d’engranger des habitants, elle doivent se contruire de larges panses aseptisées, si on veut éviter les bouchons, si on veut éviter, ben Paris, quoi.
L’histoire et ses cicatrices, c’est très bien, ça donne du goût et de la personnalité, quand tout le monde construit sa maison où il veut, s’entassant. Mais le désordre tortueux des ruelles de pavés creusés par les semelles se trombhosent plus vite que les boulevards.
Comme la transcription de sa langue, les avenues d’Helsinki sont propres, lisses.
Mais quelles cerises ?
Je dirais le sauna. Bon, c’est cliché.
Mais l’ambiance du Sauna public Arla (Mercredi-Dimanche, de 14 à 20h, je crois. Tout près de Kaarlenkatu sur la ligne de Tram 3B. 10€, compter un supplément de 2€ pour les serviettes si vous en prenez pas) est bon enfant, comme notre hotel, couilles sur les bancs, bien en évidence, pas de chichis, bières dans les vestiaires.
(D'ailleurs j'ai toujours pas compris le système de numérotation des bières)
A un moment, j'étais en train de mourir dans l'air chaud, de part mon eczéma, fruit de pas assez de sélection naturelle auprès de mes ancêtres, me préparant à redescendre d'une marche. En tant qu'étrangers mollassons, nous n'avions pas la force de gagner les cimes que gardaient les autochtones avec bonhommie, jetant seulement de temps à autre un peu d'eau sur le sol, pour y reposer leurs pieds, ou sur d'espèces de plaquettes de bois pour y reposer leur fondement. Nous étions seulement sur le deuxième pallier, le sauna en comptant cinq.
Mais avant que je puisse descendre, un père et ses deux enfants entrèrent. Sauf que bon, les enfants avaient l'air d'avoir à peine deux ans, voire moins pour le plus petit. Genre. Et bien sûr, ces petits cons s'asseyent au même niveau que nous.
Alors que mon inclination première aurait plutôt été de me rouler par terre en geignant que c'est trop chaud, j'allais quand même pas descendre quand ces deux machins à peine différenciés du foetus tiennent la chaleur, j'ai même hésité à remonter d'un cran pour affirmer ma virilité, mais quand je tâtais des hauteurs, pfouah, je supportais pas la brûlure.
Je pus profiter pour remarquer que parmi les deux ex-foetus, le plus jeune était une fille, vu le bob rose, et les espèces de sandalettes du même accabit, accompagnés de l'absence de pénis.
Je sais pas si sous nos latitudes on amènerait sa fille de même pas deux ans au milieu de vieux bonhommes suant, les organes génitaux en évidence. Autre rapport au corps, diront certain, peut-être, je pense que c'est plutôt un autre rapport au sexe.
J'avais remarqué en Syrie : souvent les femmes ôtent leur voile, même en présence d'hommes quand ceux-ci sont de famille proche (puisque la concupiscence sexuelle parait hors de question) ou qu'ils sont trop jeunes, i.e. prépubères. Avant la puberté on considère les enfants comme indifférenciés du point de vue social, ce qui me parait assez logique, finalement. Vous me direz, ici on habillait nos garçons ainsi.
J'imagine que c'est un raisonnement du même ordre qui a lieu là.
Tandis que chez nous dès qu'un gosse est là, on s'empresse de le badigeonner de rose partout, pour qu'on s'assure que c'est bien une fille, surtout quand la distinction est encore difficile à effectuer (i.e. tout le temps). Aux louveteaux je vois ça : les filles ont toujours AU MOINS un accessoire rose. A partir de 11 ans, ça diminue.
Saletés de sociaux-démocrates, qui imposent le tracé des villes, tiens. Ces gauchistes oppresseurs qui veulent diriger tous les registres de la vie, le goulag, l’oppression depuis Platon, etc.
D’ailleurs je crois que j’ai jamais autant dit «social-démocrate» que ces trois jours. On n’arrêtait pas les vannes, mauvaises pour ma part.
Tout le monde a ses putains de clichés sur les pays scandinaves : tout est subventionné, les congés paternités durent une décennie, ils payent l’université à tout le monde, y compris les clochards, les prisons sont des hôtels cinq étoiles, fermez vos gueules j’ai déjà dit ce que je pensais de ces putains d’hyperborées ressuscitées, ramenées au rang de pays mythiques pour peu qu’elles soient loin et parlent des langues à coucher dehors, on leur prête la réalisation de toutes nos utopies, nos sans-lieu.
Au niveau du manger, rien de spécial, sinon les Latthipiraka ou je sais plus comment ça s’appelle, un espèce de pain fourré de viande grasse et chauffé un instant à la friteuse, comme un beignet. Le machin dégouline de gras et vous le sentez couler au fond de votre gorge.
Pour le dormir, vous pouvez essayer d’aller crécher à l’hôtel Errotajanpuisto, sympa, avec Wi-fi, possibilité d’être en dortoirs, une cuisine (niveau économie pour la bouffe, c’est pas mal parce que les prix puent du cul, plus qu’en Suisse, ce qui est un exploit. Et il y a apparemment une loge de franc-maçon dans l'immeuble (vu les symboles peints aux fenêtres) mais je doute que ça soit vraiment pénible.
Sumenlinna c’est sympa, mais bon, vite fait le tour. Une dizaine de kils de marche, tout de même, si vous faîtes les recoins.
Ils ont un truc avec Angry Birds, sinon, je sais pas du tout pourquoi.

2 commentaires:

  1. «J’ai pas l’impression de saisir les diphtongues. On me dit qu’il y en a, que dans Maito ai se dit différemment, mais j’ai l’impression que ça se dit juste maito. Je fais pas la nuance entre ce qui est censé se prononcer et l’accent qu’y mettent les gens. Vous me direz ce n’est pas »

    Outre le fait que ce paragraphe se termine par une phrase inachevée, je tiens à signaler que dans maito il y a bel et bien une diphtongue. Ça se prononce mai-to, en deux syllabes.
    S'il n'y avait pas de diphtongue, on dirait "ma-i-to", en trois syllabes.

    C'est la même différence de prononciation entre le mot anglais "mice" et le français "maïs".

    Typhon

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    1. Encore ces fins de phrases.
      Je ne sais pas comment je terminais la phrase mais c'était sans doute "vous me direz ce n'est pas pertinent, tu parles pas finnois, on s'en fiche, mais c'est mon ressenti". Enfin, j'imagine.

      Merci de la précision, sinon.
      J'ai effectivement beaucoup de mal à saisir les diérèse et synérèse dans les diverses langues (quoique ces termes soient inadaptés j'imagine ?) j'avais déjà remarqué ça avec l'italien. En même temps, on me dit que j'ai un accent russe, quand je parle italien, donc ça ne doit pas être mon seul défaut.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.