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mardi 18 juin 2013

Balancer La Morale : Pourquoi ces morales me laissent froid, Doctor Who sous RTD et Superman : Red Son

Balancer la morale
Doctor Who sous RTD et Superman : Red Son


«Oh, I'm just doing this thing where I use a slice of wisdom from someone else's life to solve a problem in my own life..» — John Dorian, Scrubs, My Waste of Time (7x10).

Qu’on conclut une fable en pontifiant la petite leçon qu’on a appris aujourd’hui ne me pose aucune problème, cela a même un charme auquel je suis sensible. Pourquoi regarderais-je My Little Pony : Friendship Is Magic ou South Park, sinon ? J’aime bien pouvoir comparer le message que l’auteur voulait transmettre et sa transcription dans l’histoire, comment ses acteurs, par leurs actes, font s’affronter des valeurs, des concepts.
Parfois, par contre, c’est très mal fait.
Par exemple, la morale énnoncée contredit parfaitement ce qui est arrivé dans l’histoire.

Les gens sont des cons

Typiquement, parce qu’elle omet certains paramètres. Ceux-ci peuvent être, entre autres, que les gens sont parfaitement cons. E.g. Superman : Red Son nous montre des gens qui semblent, d’après Superman, prêts à se mettre en danger juste pour l’appercevoir, figure d’espoir dans leur quotidien grisâtre et soviétique.
(Parce que oui, Superman : Red Son montre l’histoire de Superman s’il avait atteri dans l’URSS stalinienne.)
Donc les gens sont des cons qui tiennent pas à la vie, chouette. Autre occurrence : il dit qu’à cause de lui, les gens se laissent carrément aller à ne plus porter de ceinture de sécurité. Autrement dit les gens sont des cons. Je ne crois pas que la prudence devienne caduque en présence d’un remède d’urgence. Je veux dire, je sais qu’on a des doses de sérum antirabique au coin de la rue, mais c’est pas pour autant que je fricote avec des chiens ou des renards aggressifs.
Et si les gens sont des cons, je risque d’avoir du mal à tirer les leçons de la morale et à m’identifier à ces débiles.
Dans le même genre, vous avez Doctor Who sous l’ère Davies : On voit l’humanité qui s’adonne à regarder de la télé-réalité macabre, où on tue des gens. (Bad Wolf, 1x12) Parce que c’est connu, on est sur la pente glissante, le sensationnalisme conduit forcément aux snuff movie parce que tout le monde rêverait de voir des gens mourir à l’écran. Humanité qui accepte de se faire implanter des natels dans les oreilles, ce qui les conduit, malheur à être convertis en Cybermen. (Rise of the Cybermen/The Age of Steel, 2x5-6) Humanité qui accepte d’équiper toutes ses bagnoles du système A.T.M.O.S., qui amène les Sontarans à empoisonner l’atmosphère de la planète.(The Sontaran Stratagem/The Poison Sky, 4x4-5) Humanité qui accepte de réduire les Oods en esclavage et de les garder comme tels, alors qu’ils se sont rebellés plusieurs fois(The Impossible Planet/The Satan Pit, 2x8-9 ; Planet of the Ood, 4x2). Humanité qui accepte sans sourciller la présence de «Spectres» en son sein, assumant sans aucune source ni preuve que ce sont des manifesations des morts, les conduisant à se faire envahir de Cybermen. (Army of Ghosts/Doomsday, 2x12-13)
Même genre de morale de merde que Idiocracy ou Wall-E : regardez, on est bête et fainéants, alors on va glisser lentement vers l’obesité et l’idiotie et on va rien pouvoir faire, puisqu’on choisit toujours la facilité. Exagérons ces traits au maximum histoire de vous montrer que l’obésité et la bêtise c’est mal. J’entends, personne ne se méfie de rien dans le putain d’univers qu’on nous décrit ? Si le but de l’histoire c’est justement de nous faire bouger, changer, c’est qu’on en est capable. Comment dès lors s’identifier avec une version innamovible de l’humanité ? Comment s’identifier avec une version de l’humanité qui cèderait toujours à la facilité ?



Balancer la morale avant l’histoire

Erreur plus subtile mais non moins agaçante : on balance la morale de façon parfaitement indépendante à l’histoire. Genre on la balance au début de l’histoire, avant même que le personnage ait la preuve de la nocivité de ce qu’il dénonce.
Ainsi le Docteur qui dénonce dans Rise of the Cybermen/The Age of Steel la dépendance à la technologie, bien avant que qui que ce soit soit transformé en Cyberman, mais bien sûr tout l’épisode lui donnera raison a posteriori :
DOCTOR: You lot, you're obsessed. You'd do anything for the latest upgrade.
ROSE: Oi, not my lot. Different world, remember.
DOCTOR: It's not so far off your world. This place is only parallel. Oh, look at that. Cybus Industries, owners of just about every company in Britain, including Vitex. Mister Pete Tyler's very well connected. Oh, okay. I give up. Let's go and see him.
…Eeeeet le fait qu’une compagnie possèe la moitié du pays, par contre, ça c’est pas mauvais, non, c’est la tendance des humains à vouloir être connectés entre eux.
Autre exemple du type : dans Gridlock (2x3) que j’aime beaucoup, le Docteur débarque et voit des stands de vendeurs d’humeurs. Vous pouvez acheter de la Joie, de la Colère, de l’Honnêteté, et le Docteur de pontifier à quel point c’est mal que les hommes achètent des sensations chimiques.

MARTHA: Are they selling drugs?
DOCTOR: I think they're selling moods.
MARTHA: Same thing, isn't it?

Oui bien sûr, bande de cons, les drogues, qui te détruisent, qui peuvent mener à la mort, c’est exactement la même chose que se prendre un shot de joie. Les effets secondaires n’en sont pas décrits et la seule manifestation qu’on voit c’est quelqu’un qui porte un patch d’Honnêteté. Oui, parce qu’avoir un patch qui te rend honnête, c’est exactement la même chose que te détruire à la cocaïne. Connerie.
Je veux bien que les drogues soient prises pour les sensations qu’elles causent (et le manque) mais la fait est que la joie, l’appaisement, la colère, etc. sont des émotions ressenties naturellement, et qu’on peut chercher à susciter par d’autres moyens, je veux dire, qui n’essaie pas d’être heureux ? Si le shot de joie n’a pas d’autre effet que de te rendre joyeux, je vois mal comment le dénoncer. Comme paradis artificiel, soit, mais si on avait inventé des antidépresseurs du genre, sans effets secondaires, je crois qu’on résoudrait déjà quelque problèmes.
Est-ce pour faire passer a pilule auprès des enfants ? Peut-être. Mais montrer le personnage d’une aspirant médecin avec aussi peu de jugeotte, c'est assez triste.Doctor Who me semble ici la victime de naïveté, et fait passer une morale au chausse-pied qui n’a rien à voir avec l’épisode.

Le cas particulier

Quand je vois dans The Idiot’s Lantern (2x7), qu’un alien possède des télévisions et aspire l’âme/le visage des téléspectateurs, je me dis, waow, il faut que j’évite que je me fasse posséder ma télé. Certains argueront que ça nous permet de réfléchir sur la télé en général, et son rôle négatif : moi je réponds non, ce sont des conneries. Si tu veux me parler des conséquences nocives de la télévision, tu dois la prendre pour ce qu’elle est et faire une histoire sur les conséquences de l’usage de ce média, pas inventer un monstre, le glisser en son sein, le détruire en ton récit, puis me faire croire que tu viens d’émettre une théorie pertinente sur la télévision.
Vous me direz «c’est pas du tout le sujet, on parle justement de la cohésion des gens autour du couronnement d’Elisabeth II, qu’un alien exploite» soit, mais tout le monde dit que RTD fait de la bonne science-fiction qui nous amène à nous poser des questions et tout, mais tout ce que je vois, ces ce genre de tirage de cheveux, de critiques périphériques. En quoi c’est supposé me faire réfléchir sur la télévision ?
(Remarquez «The Idiot’s Lantern»… Dès le titre Mark Gatiss disait tout le mal qu’il pensait de la télévision, quoiqu’en même temps ça soit pour une histoire qui sera diffusée à travers elle.)
La remarque du Docteur sur la technologie dans Rise of the Cybermen/Age of Steel serait pertinente, à ceci près que la technologie dont je dépends ne va pas me transformer en Cyberman, que les dispositifs que nous avons sur nos voitures ne vont pas préparer le nid de futurs Sontarans, que les Spectres susmentionnés n’existent simplement pas, et que dans la télé-réalité, on ne tue pas les gens.
On peut bien prétendre que c’est du domaine de la caricature, soit. Mais quel est le mérite ? Je glisse des monstres meurtriers dans tout ce que j’aime pas et au final la morale c’est que c’est mal ? N’aurait-on pas mieux fait de parler de la chose en soi, et de ses réelles conséquences ?
(C’est au fond ce que fait Moffat, dans Day of the Moon : le Docteur montre la puissance de la télévision en se servant de la vidéo de Neil Armstrong sur la lune pour implanter un message subliminal dans les esprits de tous ceux qui ont regardé l’alunissage. Là, on parle des propriétés de la télévision et d’à quel point un tel évènement sera inoubliable grâce à sa diffusion. Avoir une femme qui crie «hungry !» dans une télé en bouffant des visages ? Non, désolé, je crois pas que ça fasse voler la réflexion philosophique beaucoup plus haut)
Autrement dit, le problème du cas particulier c’est qu’il ne résoud que des problèmes qu’il a créé, puis qu’il prétend avoir traité un cas moral plus général.
Beaucoup de gens ont conclu de The God Complex (6x11) que la foi était mauvaise, or non, la foi est constamment invoquée par le Docteur pour faire tenir les gens, il les invite à se recentrer sur ce qui les motive vraiment, sur ce en quoi ils croient. C’est uniquement parce qu’ils sont la proie d’un monstre qui se nourrit de la foi des gens, qu’ils doivent renoncer à cette tactique. Etant donné que les monstres aliens qui mangent de la foi sont rares, il ne me semble pas que la morale «la foi c’est mal» puisse être tirée de cet épisode.
Prenez sinon The Long Game (1x7), on vous montre que la hiérarchie et les consortiums de médias sont maléfiques… Si ils sont pris en charge par des aliens mutants qui ont vampirisé leur satellite et se servent de l’humanité comme bétail.
Bon. Comment en tirer une leçon ? Aux dernières nouvelles les médias du monde ne sont pas contrôlés par une seule entreprise ni par un alien.
Ou encore The Lazarus Experiment (3x6) où l’on voit le professeur Lazarus devenir immortel, rajeunir en «réécrivant son ADN», sauf que ça a l’inconvénient de le changer par intermittence en monstre anthropophage et difforme, parce que ça aurait réveillé toutes les potentialités dormantes que l’évolution de l’espèce avait remisée dans son génome.
"La morale de l'histoire, c'est que vouloir vivre plus longtemps, c'est comme être un scorpion cannibale"

«DOCTOR: Probably from dormant genes in Lazarus's DNA. The energy field in this thing must have reactivated them. And it looks like they're becoming dominant.
MARTHA: So it's a throwback.
DOCTOR: Some option that evolution rejected for you millions of years ago, but the potential is still there. Locked away in your genes, forgotten about until Lazarus unlocked it by mistake.
MARTHA: It's like Pandora's box.
DOCTOR: Exactly. Nice shoes, by the way.»
NON CE N’EST PAS COMME LA BOITE DE PANDORE CA N’A RIEN A VOIR FERME TA GUEULE STEPHEN GREENHORN TU AS CITÉ T. S. ELIOT CA DEVRAIT TE SUFFIRE BORDEL ON TE CROIT TU ES CULTIVÉ BRAVO
(Putain, surtout que Martha a une formation médicale, bordel, elle devrait comprendre tout ça plus facilement qu’un gosse de 5 ans)

Donc la morale c’est que la mort fait partie de l’humanité et que vivre pour toujours, c’est mal parce que les gens autour de nous dépérissent, etc. :

«LAZARUS: You're right, Doctor. One lifetime's been too short for me to do everything I'd like. How much more I'll get done in two or three or four.
DOCTOR: Doesn't work like that. Some people live more in twenty years than others do in eighty. It's not the time that matters, it's the person.
LAZARUS: But if it's the right person, what a gift that would be.
DOCTOR: Or what a curse. Look at what you've done to yourself.
(…)
DOCTOR: What about the other people who died?
LAZARUS: They were nothing. I changed the course of history.
DOCTOR: Any of them might have done too. You think history's only made with equations? Facing death is part of being human. You can't change that.
LAZARUS: No, Doctor. Avoiding death, that's being human. It's our strongest impulse, to cling to life with every fibre of being. I'm only doing what everyone before me has tried to do. I've simply been more successful.
DOCTOR: Look at yourself. You're mutating! You've no control over it. You call that a success?
LAZARUS: I call it progress. I'm more now that I was. More than just an ordinary human.
DOCTOR: There's no such thing as an ordinary human.»

«DOCTOR I'm old enough to know that a longer life isn't always a better one. In the end, you just get tired. Tired of the struggle, tired of losing everyone that matters to you, tired of watching everything turn to dust. If you live long enough, Lazarus, the only certainty left is that you'll end up alone.»

Mais toute la morale se casse la gueule parce que :
1) Le Docteur a près de 1000 ans, son espèce a inventé un système très perfectionné, précisèment pour éviter leur décès, il est mal placé pour dire que la mort devrait faire partie de l’existence. Surtout quand une saison plus tard (4x10) il transfère l’âme de River Song dans un ordinateur pour éviter qu’elle meure définitivement.
2) Lazarus mange des gens. Ca n’a rien à voir avec l’immortalité, on a juste rajouté cette condition arbitraire pour avoir un dilemme moral du type «l’immortalité c’est mal parce qu’on mange des gens». Comme il est facile de dénoncer un concept quand on glisse des démons évidents à l’intérieur. La semaine prochaine, RTD vous montrera que les énergies fossiles c’est mal, parce qu’elles sont faites à base de bébés chiots.
Un peu comme dans Full Metal Alchemist. Ca donne le dilemme «peut-on sacrifier des gens pour l’immortalité» qui n’a absolument rien à voir avec l’immortalité en tant que concept propre. Pourquoi pas, ça dérive sur la question de la fin et des moyens, du sacrifice de vies humaines, etc. Mais là, c’est juste mal fait.
Le Docteur est immortel. Est-ce que pour autant ça implique le décès d’autres personnes ? Non. La morale pue du cul.

Superman : Red Son  et la théodicée


Sinon, l’inverse de balancer la morale au début, c’est de la balancer à la fin, mais sans la prouver, grosses soldes sur la morale, tout doit disparaitre, et on balance le mot FIN le plus vite possible.
Superman : Red Son fait ça de façon assez précipitée à la fin.
Basiquement Superman règne sur une union soviétique internationale, le socialisme est la norme, seuls les Etats-Unis et le Chili veulent encore du capitalisme et sont en proie à des émeutes en permanence. Ouah, la guerre froide dans un miroir, tsé, le monde à l’envers.
Sauf que Lex Luthor veille. Après diverses crises sociales, il est élu président, prend le contrôle de l’économie en 2001 «jusqu’au dernier dollar», bloque tout commerce avec l’étranger et fait remonter le niveau de vie de tout le monde, de façon incroyable. Il double le niveau de vie de janvier à février, puis il le double à nouveau de février à mars. WTF. En Avril, Luthor atteint le Plein Emploi, Mai, il a éradiqué le problème des SDFs et en Juin, les 14 états qui avaient fait sécession lors de la guerre de 1986 reviennent sous le contrôle de la maison blanche. Il est approuvé à 100% par le peuple, en SIX MOIS il a relevé le pays, qui était précédemment au bord de la famine.
WTF.
Luthor, plus tôt dans l'histoire avait donné à Olsen une formule pour "équilibrer le budget" et promettait un "remède permanent contre l'inflation". C'est cool, et explicite et tout. Sauf qu'on ne nous montre rien, en fait.

(Il dit même avoir amené l’économie la plus prospère depuis 1776, date de publication de la Richesse des Nations d’Adam Smith. Oh Irony.)
Ceci met en péril la réussite de l’union mondiale de Superman qui comptait sur l’effondrement rapide des USA, puisqu’il ne voulait pas attenter à ses principes, il ne voulait pas verser le sang, puisque sa conquête jusque là était pacifique.
Après avoir lancé une attaque inutile de Green Lantern, Luthor déclenche la contre-attaque de Superman et Brainiac, qui décident finalement d’envahir les états-unis puisque la guerre, calcule Brainiac est inévitable, et que le nombre de morts (estimés à 6.5mio) doublerait toutes les heures durant lesquelles Superman délaye la décision.
Ils attaquent, vainquent sans peine les Greens Lanterns et les Amazones, Brainiac et Superman se retrouvent à la maison blanche pour prendre le contrôle du pays, mais il reste une dernière chose : Lois Luthor (ex-Lane) a une lettre pour Supes. Luthor l’a écrite, pour résumer tout ce que Superman hait et craint à propos de lui-même.
Il la lit : «Why don’t you just put the whole WORLD in a bottle, Superman ?»
Il s’effondre «OH MY GOD WHAT HAVE I DONE» et décide de décommander l’attaque. Il dit à Brainiac qu’il est pareil que lui : un alien qui tire son pouvoir de sa superiorité physique. Il dit n’avoir pas à intervenir puisqu’il n’est pas né ici. Brainiac refuse et se retourne contre lui, disant qu’ils sont au bord de l’utopie, que c’est leur devoir, etc.
(Je trouve la réaction de Supes exagérée, franchement. Mais bon, admettons.)
Luthor, qui avait été avalé par Brainiac, coupe le courant. Superman détruit le CPU de Brainiac, mais ça enclenche un compte à rebours jusqu’à sa destruction. Or, il est propulsé par des trous noirs, donc ça va mal se passer. Supes le prend très loin et explose avec.

Libérée de Superman, l’URSS mondiale sombre dans le chaos, jusqu’à ce que les Batmen (qui faisaient principalement péter des trucs) ramènent un semblant d’ordre. Luthor crée un «brand new style» de gouvernement, que bien sûr on ne va pas se fatiguer à nous décrire.
Ensuite, il éradique le cancer et le SIDA (véridique) ainsi que le diabète et la cécité. A 75 ans, Luthor est parti à la retraite et il a créé un gouvernement mondial composé d’artistes, d’écrivains et de scientifiques. Ensuite, quand il, eut 120 ans, le système solaire avait été colonisé, et l’homme ordinaire vivrait 800 ans (comment ils le savent si ça fait que 120 ans ?)
A l’aube du quatrième millénaire, Luthor est toujours là, dans une chambre cryogénique. Voilà. Et il meurt. Ensuite sa dynastie guide l’humanité vers le progrès, parce que l’intelligence est bien sûr génétique.
D'ailleurs, ironie, on voit à la fin que la terre devient Krypton et que Jor-L et donc Superman étaient en fait des descendants très lointains de Luthor. Le Conseil ne voulant pas écouter Jor-L sur l'imminence de l'explosion du soleil, celui-ci envoie Superman dans le passé, histoire qu'il rende le monde meilleur et n'aboutisse pas à l'apathie satisfaite du Conseil. Boum, le soleil explose, et Superman arrive en Ukraine en 1938. Ironie : Superman était en fait humain, et c'est grâce au chemin sur lequel Luthor a mis l'humanité que celui-ci avait ces pouvoirs.
Jor-L dit de son fils qu'est né dans un monde "with nothing else to conquer" d'où l'apathie. Les membres du conseil n'ont "rien d'autre à faire que de mourir. La morale reste celle-ci : un monde trop parfait c'est mal. Il faut du crime, de la mort, des trucs comme ça, sinon qu'est-ce qu'on se ferait chier, hein.
Ca me rappelle un épisode des Super-Nanas, See Me Feel Me Gnomey lui aussi accuser de critiquer le communisme, on y voyait un nain rouge supprimer le crime en échange des pouvoirs des Super Nanas. Sauf que la morale c'est qu'il n' y a pas de bien s'il n'y a pas de mal, donc les bébés brutalisés, les gens tués et volés, c'est pour le bien de tous.
On voyait d'ailleurs le professeur Utonium, chantant que les gens renonçaient à la liberté pour la sécurité matérielle, et à toute individualité. Ce faisant il tranche un jambon dont le gras marquait l'argent(la richesse, je suppose ?), une maison (la propriété privée) et deux personnes se tenant la main, donc les liens familiaux, trois choses qu'on accuserait le socialisme de dévoyer voire d'éradiquer. (15'15-15'20)
Bref.
Superman dit qu’il a échoué à faire confiance à l’humanité pour innover, que l’absence de liberté a empêché ces progrès et qu’au fond l’humanité aurait pu se débrouiller toute seule.
Ca pourrait être la fable libérale et libertaire classique : une utopie sans liberté ne vaut pas la peine, sauf que ce n’est pas tout à fait le cas. On l’a dit, le libéralisme est une théodicée. Une théodicée, c’est la discipline théologique de l’excuse de Dieu. On cherche des causes ou des excuses à l’existence du mal. On dit que la pauvreté et tout ça n’est qu’un moindre mal dans le développement de l’espèce humaine, donc arrête de chialer sale morveux, parce que d’ici quelques années on vivra tous 800 ans et je vais faire quadrupler le PIB.
Je comprends bien l’idée : on a besoin de liberté pour développer des innovations. Mais en quoi donner du pain aux pauvres empêche-t-il d’inventer l’immortalité ? En quoi le crime et les accidents contribuent-ils à l’expansion de l’humanité dans le système solaire ? En quoi supprimer ces maux évidents empêche-t-il l’avènement d’une technologie meilleure ?
Ce n’est pas explicité.
De même on dit que l’homme sait très bien se démerder, mais il ne s’agit pas de l’idée libérale que chacun n’aurait qu’à faire ce qu’il veut pour qu’une harmonie préétablie, la meilleure configuration possible émerge des intérêts divergents : Lex Luthor parvient à ces merveilles grâce à une économie planifiée au dernier degré et un gouvernement mondial.
Superman gère l’économie du monde ? Bouh, c’est mal. Lex Luthor gère l’économie du monde ? Yop-di-doo, all hail Luthor.
C’est libertaire mais pas libéral.
D’ailleurs on nous montre que Superman change les rebelles en robots, en leur implantant un truc dans le cerveau qui modifie leur personnalité, c’est horrible, est-on sensé s’exclamer.
Mais de l’autre côté, Lex Luthor a tué tous ses collaborateurs sur un caprice. Donc bon.
C’est la même manoeuvre : changer les gens en robots pour les réintroduire dans la société, c’est mal, les implants en fer dans le cerveau, c’est mal, donc on va en conclure quoi ? Que l’économie planifiée c’est mal ? Non — Luthor lui doit ses succès tout comme Supes — juste que l’absence de liberté c’est mal, d’ailleurs là est la raison du gouvernement mondial d’artistes de Luthor. C’est pas mauvais si c’est des artistes fantasques et forcément libres d’esprits qui gèrent le monde.
Le point Tu Changes des Gens en Robots est là comme pour dans RTD, rajouter un truc répulsif juste pour nous dégoûter d’une option.
Alors qu’il était inutile. On aurait pu garder le concept soviétique, des goulags pour les réfractaires. Ca suit la même idée de réinsertion dans la société. Imaginons qu’il mette à part tous les rebelles dans des sociétés parallèles, qu’il les mette au travail, qu’il rende cela supportable voire confortable bien sûr, voire qu’il les laisse choisir leur travail. Un goulag soft(Comme dans Kingdom Come quoi). On aurait les mêmes problèmes, et plus de cohérence historique, sans pour autant avoir l’aspect intrinséquement maléfique de la trépanation cybernétique.

Et surtout on ne nous montre pas pourquoi ni comment Luthor réussit ces tours de force là où Superman n'y arrivait pas. On n'explique simplement pas. On nous dit "Luthor a réussi ça, c'est la preuve qu'il avait raison". Hail to the chief, America fuck yeah.


P.S. : pourquoi toutes ces histoires qui concluent "le mal est nécessaire" ? Je pense simplement qu'en fiction, le mal est intéressant, et raconter les utopies est barbant, donc on met du mal partout, confondant l'intradiégétique et l'extradiégétique ; l'intérieur et l'extérieur de l'histoire, alors que la morale devrait précisément avoir une portée hors de l'histoire, c'est son but.
P.P.S. (25 juin) : Typhon mentionne que Scott Alexander en parlait sur son ancien blog, avec plus d'intelligence et de concision que moi, ici et là. Etant donné que je suivais ledit blog, notamment grâce à Typhon, on peut supposer que j'avais lu tout ça, digéré, et revomi ici en me sentant original.
Si c'est le cas, j'ai tout oublié au point de rire en relisant:
It was (appropriately enough) in a paper on John Rawls that I first read the phrase "rigging a thought experiment". And that's exactly what's going on here. You set up a thought experiment - what would happen if instead of keeping criminals in prison for a decade or two, we could just delete the ability to be violent from their brains? And this is an interesting thought experiment, and one could go on in detail about the implications for free will and personal identity how those criminals think of themselves. The only problem is, at the end of all of that, some people might think "Well, if it would save people decades in prison where they usually get physically and sexually abused and turned into even worse criminals, and it would make them productive members of society and save the lives of their future victims, I guess I'm okay with the free will implications". So instead of touching on any of that, Burgess just makes the technology destroy music and joy and personality so we know it's evil.
Dammit.
Réminiscence, j'écris ton nom.

jeudi 6 juin 2013

Le Docteur serait humaniste v. 1.2


...Quoique ça veuille bien signifier.
Je tombe sur beaucoup de gens qui disent que Doctor Who est une série «humaniste». Au-delà du galvaudage du terme, usité à tort et à travers, je pense que c’est problématique.

N.b. Je vais mettre cet article à jour, au fur et à mesure de mes visionnages/revisionnages/reflexionnages sur la série.


Admettons, d’accord, le Docteur est fou de l’humanité, il est fier de ses capacités, et la croit destinée à de grandes choses, au meilleur comme au pire, d’accord. Il est pour la liberté des individus et combat toute forme d’oppression, d’accord. Pour beaucoup de gens «humaniste» ça veut juste dire «il aime les humains». Ici par exemple, article qui pense le docteur comme un «secular humanist» mais qui ne traite pas ses liens avec la religion.(?)
Ou : «on y retrouve retranscrit ce si fort attachement du Docteur à l'Humanité, dans lequel se mêle un optimisme enthousiaste communicatif.»
Sauf que pour d’autres, vu le contexte de la Renaissance dans lequel émerge l’humanisme qu’on apprend à l’école, celui dans lequel on jette pêle-mêle Érasme, Rabelais et De Vinci, s’affirme surtout dans le rejet de l’autorité religieuse arbitraire et restrictive pour laisser place à l’auto-détermination. Du coup, être humaniste c’est juste être anti-religion et arbitraire. Dans cet article, principalement :
«What does remain true to this day, however, is how the Doctor remains a hero who prizes knowledge and individuality in thought and action, who abhors despots, conformity and the external imposition of control – whether it’s on a planet, a people or a single mind. Such an innately liberal slant should hardly be surprising, given the similar cultural position of the institution that makes it – the British Broadcasting Corporation. From sun-worshipping cavemen in its first broadcast story (100,000 BC in1963) to the “fish people” of Atlantis (Enemy of the World, 1967); from the murderous religious wars in 16th century France (The Massacre of St Bartholomew’s Eve, 1966) to the Exxilons worshiping the sentient city built by their own space-travelling ancestors (Death to the Daleks, 1974), it’s arguable that religious belief has never been shown in a favourable light in Doctor Who.
At best, it’s presented as the misinterpretation of technology and science (for example, Face of Evil, 1977); at worst, faith is shown to be a potentially fatal weakness (The Curse of Fenric, 1989 and The God Complex, 2011) while dogma is frequently a source for brutal social oppression and control (Planet of Fire, 1984). »
(Ca vient du freethinker «the voice of atheism since 1881», donc voilà, c’est orienté.)

The God Complex.

Booon, je connais pas les vieux épisodes, alors admettons-les aveuglément.
Mais au contraire, dans la nouvelle série, je pense que les chrétiens futurs, dans Time of Angels (2011) notamment, sont vus assez favorablement, organisés en petites escouades vaillantes et courageuses, pleines d’esprit de sacrifice (d’ailleurs ils meurent tous). En outre, dans The God Complex, la foi n’est vue comme négative que parce qu’ils tombent sur une créature qui s’en nourrit. Tout au long de l’épisode, le Docteur, au contraire, invite tous les prisonniers de «l’hôtel» à se concentrer sur ce qui les fait tenir, sur leur foi la plus fondamentale. Ce faisant, il provoque leur mort, et conclut l’épisode par dire à Amy qu’elle doit abandonner sa foi indéfectible en lui s’ils veulent s’échapper.

«Lose you faith in me. I took you with me because I was vain. Because I wanted to be adored.»

J’aime beaucoup cette réplique, parce qu’elle questionne une vanité moins mise en exergue : qu’il a un égo un peu démesuré. Son espèce faisant qu’à chaque mort il doit abandonner une grande part de sa personnalité n’aide pas. Le Dixième Docteur était parmi les plus vaniteux : il a refusé de se régénérer dans The Stolen Earth & Journey’s End, utilisant sa main et un gros plot twist pourri pour pouvoir se régénérer à l’identique. Et dans The End of Time, bien sûr, il ne voulait toujours pas partir.

Le Docteur se prendrait pour Dieu

Du coup, la vanité résiduelle du Onzième irait beaucoup mieux avec Tennant, mais soit. Et je préfère qu’on attaque également la vanité du Docteur sous l’angle du «Je prends des humaines londoniennes de vingt ans avec des seins dans mon vaisseau pour me faire admirer» plutôt que le CLASSIQUE «Oh regardez, il sauve des gens, c’est mal, il a trop de pouvoir.» Au bout d’un moment c’est gavant que des scénaristes en manque d’imagination se mettent à dire «Hé, tu sauves des gens, tu as des superpouvoirs mais tu te prendrais pas un peu pour Dieu ? Ouhlala cette tentation prométhéenne.»
Quand c’est bien fait, type Kingdom Come, qu’on interroge vraiment le statut quasiment omnipotent de la Ligue des Justiciers, et sa volonté d’hégémonie et de contrôle du monde, pourquoi pas. Quand c’est simplement que chaque méchant, chaque gentil, chaque connard vient dire au Docteur : «hééééé tu te prends pour Dieu !!!!! C’est mal !!!!!» non, c’est à chier contre les murs. Arrêtez de faire chier, les pompiers ne se prenennent pas pour des dieux, les médecins ne se prennent pas pour des dieux.

Je veux dire regardez, le nombre d’occurences.
Dans The Waters of Mars : Il sauve Adelaide Brooke, alors que sa mort sur Mars était un point fixe dans le temps et l’espace que même les Daleks, apparemment n’ont pas osé toucher, l’épargnant. Par contre, le Docteur le fait et s’auto-proclame «Victorious Time Lord», après tout, vu qu’il est le dernier des Timelords (tout comme Superman était le dernier des Kryptoniens, hahahahahah. Haha.) il a le pouvoir absolu sur l’histoire et peut en faire ce qu’il veut, puisque c’était le rôle des timelords d’être des espèces de connards divins qui régissent l’histoire depuis leur bulle temporelle alors que le Docteur, justement, veut aider les gens, et pas suivre le «sens de l’histoire» ou autre théorie auto-validatoire des évènements «ça devait arriver» n’est pas une excuse, en somme. Il veut refaçonner l’histoire à la mesure de son pouvoir, de sa compassion, et de ses convictions, tant mieux :
«I'm not just a Time Lord, I'm the Last of the Time Lords. It’ll never come back, not now. I've got a TARDIS. Same old life, last of the Time Lords. And they died, took it all with them. The walls of reality closed, the worlds were sealed, gone forever. 'The Time Lords skept their eye on everything. And it's gone now. But they died, the Time Lords! All of them, they died! I'm the last of the Time Lords.»
«DOCTOR : For a long time now, I thought I was just a survivor, but I'm not. I'm the winner. That's who I am. The Time Lord Victorious.
ADELAIDE: And there's no-one to stop you?
DOCTOR: No.
ADELAIDE: This is wrong, Doctor. I don't care who you are. The Time Lord Victorious is wrong.»
(Waters of Mars)
…Mais pourquoi ? C’est ce qu’il a fait, toujours fait, et il continue juste à le faire, juste dit plus crûment. Il a déjà sauvé des gens à Pompéi, justement, d’une catastrophe inéluctable, là c’est pareil. Sauf que la capitaine de l’expédition se suicide chez elle, juste après parce qu’elle estime que c’est «mal» qu’elle ait survécu ? Mais elle est complétement conne. En outre, elle était sur Mars cinq minutes avant, on va retrouver son corps chez elle, c’est pas hyper suspect ? J’entends, on a déjà UN MILLIARD de mecs qui croient qu’on n’a pas été sur la lune. Ajoutez à ça que la capitaine de l’expédition, censée être sur Mars se retrouve sur Terre instantanément, tout le monde croira à la supercherie, et à juste titre, étant donné qu’en l’absence de voyage dans le temps ou de téléportation ça semble l’hypothèse la plus plausible. Ca ne va pas faire reprendre le cours de l’histoire, ça ne répare rien, non, ça va probablement peiner la rechercher spatiale plus qu’autre chose.

Dans Boom Town (1x11), la Slitheen qu’il promet à la mort en la ramenant sur sa planète natale lui dit :
«MARGARET : I almost feel better about being defeated. I never stood a chance. This is the technology of the gods.
DOCTOR: Don't worship me - I'd make a very bad god. You wouldn't get a day off, for starters. Jack, how we doing, big fella?»
Mais surtout :
«MARGARET: I promise you I've changed since we last met, Doctor. There was this girl, just today. A young thing, something of a danger. She was getting too close. I felt the blood lust rising, just as the family taught me, I was going to kill her without a thought. And then I stopped. She's alive somewhere right now. She's walking around this city because I can change. I did change. I know I can't prove it
DOCTOR: I believe you.
MARGARET: Then you know I'm capable of better.
DOCTOR: It doesn't mean anything.
MARGARET: I spared her life.
DOCTOR: You let one of them go, but that's nothing new. Every now and then, a little victim's spared because she smiled, because he's got freckles, because they begged. And that's how you live with yourself. That's how you slaughter millions. Because once in a while, on a whim, if the wind's in the right direction, you happen to be kind.
MARGARET: Only a killer would know that. Is that right? From what I've seen, your funny little happy go lucky little life leaves devastation in its wake. Always moving on because you dare not look back. Playing with so many peoples lives, you might as well be a god. And you're right, Doctor. You're absolutely right. Sometimes you let one go. Let me go.»

En outre, la prophétie de the Face of Boe, parle de lui en tant que «lonely god».
Et j’avoue que j’aimais bien cet épisode, puisqu’il abordait franchement la question de la peine de mort : le Docteur ne s’estime pas bon juge pour une Slitheen, mais la livrer aux siens équivaut à la tuer, ce qui est contraire à ses principes et traite, en définitive, du respect des cultures : laisse-t-on les Slitheen juger leurs criminels comme ils l’entendent, même si on ne veut pas cela ? A-t-on le droit d’intervenir ? Et pour une fois, effectivement, il s’agit de peine de mort et pas de la mort accidentelle que le héros donne au méchant en contrecarrant son plan diabolique. Regardez Davros :
«Never forget, Doctor, you did this! I name you forever: You are the Destroyer of Worlds!» (Journey's End, 3x13)
Oui, bon, il a détruit ton vaisseau, alors que tu voulais détruire la totalité de l’Univers, réalité parallèles comprises, à l’exception des Daleks, c’est NORMAL, ho, on va pas s’appitoyer.

Adoration réelle du Docteur comme un Dieu, et religion réelle.


Surtout que quand le Docteur est vraiment traité comme une divinité, ça n’est pas problématisé. Par exemple dans The Sound of Drums(3x13), quand toute l’humanité crie «Docteur ! Docteur !» et pense très fort à lui, en priant, ça active un réseau télépathique de merde qui… Euh… Lui fait retrouver la santé, subitement pour cause de magie, dans un halo de lumière messianique ? Comment tu pouvais prévoir un truc pareil ? Rargh.
Dans The Fires of Pompei (4x2), il est adoré, sur un autel familial Romain en tant que «Dieu du Temps» par la famille qu’il a sauvé de l’éruption, mais ça on s’en fout, quoi. C’est de l’adoration pure et simple, mais ça, c’est mignon, alors que sauver des gens, CA c’est la marque de l’orgueil diabolique.
Dans The Impossible Astronaut (6x1), on apprend que les statues de l'île de Pâques représentent de Onzième Docteur, parce qu'ils l'adoraient, au sens religieux (worship) :

River Song: All right, then. Where are we? Have we done Easter Island yet?
The Doctor: Um, yes! I've got Easter Island!
River Song: They worshiped you there. Have you seen the statues?


Mais là, par contre, c'est que du bonheur, que de la joie.
Par contre, sauver des gens, oulala, c'est se prendre pour Dieu.

L'humaniste, mais qui prend l'humanité pour des assistés

Bref,
The God Complex n’a pas mis fin au fait que le Docteur n’arrête pas de sauver des gens, c’est le concept même de la série : je débarque, je comprends tous vos problèmes géopolitiques et scientifiques, je les répare et je repars pour le thé. Quand bien même, on le fait partir à la retraite de temps en temps, pour le faire revenir, ainsi après The Angels Take Manhattan, retiré à Londres. Tu comprends : «Vous étiez le meilleur, on a besoin de vous ! — Non, petit, je suis à la retraite maintenant, kof kof, too ol’ for this shit.» et s’il l’évoque et donne son titre à l’épisode, ça prend seulement deux lignes :

«The Doctor: Rita! Brilliant! How are you? Not panicking, are you? Good. Good. 'Cause I am literally an ostrich's toenail away from getting us out of here.
Rita: Why?
The Doctor: Excellent question. Excellent question. Why what?
Rita: Why is it up to you to save us? That's quite a God Complex you have there.»

Au fond c’est une bonne question : tu n’as PLUS ta machine à remonter le temps, tu n’as pas de turbo-lasers, et la technologie ici en jeu te dépasse au point que tu n’est pas plus puissant que les autres personnes en danger. Alors pourquoi prétendre que TU vas les sauver ? Ils sont adultes, ils peuvent se démerder pour mourir tout seul, merci.
Et MERCI RITA d’avoir justement pointé ça. Le problème n’est pas que tu te «prends pour Dieu», mais que la série infantilise les personnages secondaires, voire ses companions. Qu’il sauve les gens à Pompéi ou sur Mars avec sa machine à voyager dans le temps, quand il faut s’échapper d’un endroit dangereux, soit. Qu’il s’oppose aux Daleks et aux Cybermen, qu’il connait mieux que tout le monde, soit, mais la plupart du temps, il prends les rênes des opérations, alors qu’il ne connait rien à la situation, et très souvent l’empire, jusqu’à buter tout le monde sauf ses proches, puis il repart. (The God Complex en est exemplaire : tout le monde meurt sauf Amy Rory et le Docteur)
Et pour être «humaniste», il ne suffit pas de choisir ses partenaires sexuels sur terre, non, il faut vraiment croire aux capacités de l’humanité à se démerder, à sa beauté, sa science, sa morale, etc.

Ah oui,je parle pas d'eux parce que voilà.

Ce qu’il fait. Maaaiiis... De jure, disons. Dans le discours. Pas forcément dans ses actes. De la même manière qu’on dit que les Zocci sont incroyables (The End of Time, part 2) alors que tout ce qu’on a vu d’eux c’est un petit cyborg rouge qui meurt, et ne fait pas grand chose. (Voyage of the Damned) Le Show Don’t Tell est un GROS SOUCI de Doctor Who. On n’arrête pas de dire les capacités des gens, on ne les montre pas. On se contente de répéter que tel ou tel est fantastique et que tel ou tel est maléfique, sans jamais problématiser leurs actions, d’où le potentiel quand on parle du Docteur en Time Lord Victorious, et qu’on retourne le discours pour montrer que d’un certain point de vue, il est méchant. Ouuuh, le relativisme. Ouuuh, le mindfuck ultime.
Pourquoi ? Hé bien, suivant l’hypothèse de Diamanda Hagan, on peut raisonnablement estimer que Russel T. Davies et Steven Moffat ont été marqué semble-t-il par le discours de Tom Baker sur l’humanité et son potentiel incroyable et on tenté de le reproduire à de multiples reprises :
«Homo sapiens. What an inventive, invincible species. It’s only a few million years since they crawled up out of the mud and learned to walk. Puny, defenseless bipeds. They’ve survived flood, famine and plague. They’ve survived cosmic wars and holocausts. And now, here they are, out among the stars, waiting to begin a new life. Ready to outsit eternity. They’re indomitable. Indomitable.» (The Ark in Space (12x2))
Genre le Dixième Docteur :
«Well, yeah, you could, yeah. You could do that, of course you could. But why? Look at these people, these human beings. Consider their potential. From the day they arrive on the planet, blinking step into the sun. There is more to be seen than can ever be seen. More to do than... No, hold on. Sorry, that's the Lion King. But the point still stands. Leave them alone!» (The Christmas Invasion, 2x0, Christmas Special)

Alors qu’avant c’était un peu plus contrasté, même pour Tom Baker:

«[About humans] Your ancestors have a talent for self-destruction, but it borders on genius!» (Image of the Fendhal (15x3))
«The Doctor: You humans have got such limited, little minds. I don't know why I like you so much.
Sarah: Because you have such good taste.
The Doctor:....That's true! That's very true!» (The Masque of Mandragora (14x1))
«It may be irrational of me, but human beings are my favorite species.» (The Ark in Space (12x2))

Manifestations religieuses et spirituelles dans Doctor Who


Bref, pour terminer, je dois dire qu’il y a tout de même une espèce de tendance anti-religieuse et anti-magie dans Doctor Who. Tout est explicité, les pouvoirs magiques ont une base scientifique. Même les dieux sont faits d’atomes, pourrait-on dire, parodiant Epicure. Mais d’un autre côté, les composantes spirituelles non-matérielles sont remises au goût du jour : Amy doit faire revenir Rory à la vie en se rappelant de lui, la mémoire fondant la réalité, et c’est parce qu’elle se souvient du Docteur qu’il peut parvenir à passer au travers du Big Bang(The Big Bang, 5x13).
Cela s'accompagne d'une remise en valeur de la religion.
Dans Gridlock (3x3), les humains enfermés dans le réseau automobile souterrain chantent en choeur un sorte de chant religieux, une prière même, qui leur permet de garder espoir : "On a hill, far away, stood an old, rugged cross, the emblem of suffering and shame. And I love that old cross, where the dearest and best for a world of lost sinners was slain. So I'll cherish the old rugged cross, till my trophies at last I lay down. I will cling to the old rugged cross, and exchange it some day for a crown." Et à la fin de l'épisode "Fast falls the eventide. / The darkness deepens / Lord, with me abide. When other helpers fail". Vous pouvez tenter de me faire croire que ce n'est pas un chant chrétien, mais je pense que vous aurez de la peine.
En outre, Martha met sur le même plan cette chanson et sa foi dans le Docteur :
It is, though, because you haven't seen the things he can do. Honestly, just trust me, both of you. You've got your faith, you've got your songs and your hymns, and I've got the Doctor.
Dans The Time of Angels/Flesh and Stone (5x4-5) on l'a dit, les chrétiens sont des gros badass militarisés, qui aident le Docteur, qui ne semble pas les juger négativement("It's the fifty first Century. The Church has moved on.").
Dans The Rings of Akhaten (7x8), les habitants d’un système planétaire vénèrent un certain Dieu, notamment via la prière chantée d’une petite fille, la Reine des Années, apostolat héréditaire. Au cours du chant, de multiples objets à valeur sentimentale sont sacrifiés pour le Dieu. Au final, on découvre que le dieu était en fait le soleil, quand un visage se manifeste dessus (ben oui, il faut pas croire que toute forme de vie est basée sur le carbone, mais par contre elles ont des visages). Clara finit par le vaincre en le surchargeant d’émotion avec les potentialités infinies contenues dans la feuille d’érable qui a réuni ses parents dans une scène typique de toute comédie romantique(il me faudrait d’ailleurs un GIF «THE FEELS» avec cette scène).

Là, l’adoration est décriée, parce que le Dieu ne fait qu’exploiter ce peuple, et clairement vaincue, mais ce n'est pas simplement de l’humanisme séculier, y’a une grosse part de «on sait jamais, pourrait bien y’avoir un dieu ou quequ’chose du genre, hein, et le pouvoir de l’amour». Surtout quand le Docteur a basiquement rencontré Satan (The Satan Pit, 2x8-9, j’en parlais ici). Si l'on me permet de me citer sans honte :
Bon, on revient sans cesse sur le fait que le Diable ne serait qu'une idée, et qu'on ne pourrait pas tuer une idée. Cependant j'ai une question : si le Diable a pu posséder les Oods et Toby juste avec deux trois fragments de poterie maléfiques, à quoi servait cette prison, vu que son esprit peut s'échapper ?
Et puis, là, on arrive à l'inconscient collectif. Notre Gallifréen préféré demande au Diable "quel Diable êtes-vous ? Parce que vous savez, il y a beaucoup de religions depuis que vous êtes partis – Je suis tous ces diables." En outre il dit plus loin qu'il a été combattu "avant le temps" et notre Time Lord conclut qu'il serait "the thought at the back of every sentient mind", genre qu'il aurait marqué l'univers tellement fort que chaque esprit en garderait la trace. "Il y a des représentations de dieux cornus maléfiques partout dans l'univers", nous dit le Docteur. "Peut-être que c'est de là que vient l'idée."
…Euh, déjà sur terre y'en a pas beaucoup.
Certes, il y a des êtres maléfiques dans de nombreuses mythologies, me dira-t-on. Moui, mais des cornus rouges entièrement voués au mal et qui cherchent à y faire plonger l'humanité ? La plupart des méchants des différentes mythologies que j'ai pu aborder ne cherchent absolument pas à être vénérés par l'humanité (tout de même caractéristique du diable, j'imagine. On voit dans ce double-épisode plusieurs références au fait que les Ood le vénèrent), voire s'en foutent complètement de l'humanité. Le Typhon grec, les titans, les géants sont-ils des diables ? Que font-ils de mal à part s'en prendre aux dieux ? Typhon coupe les tendons de Zeus, mais jamais il n'entre en contact avec l'humanité, de même les titans ne sauraient être si maléfiques, puisque les dieux en descendent. Les Asura hindoux sont certes maléfiques et il arrive qu'ils passent leur temps à perturber les sacrifices, kidnapper des donzelles, etc. Mais jamais ils ne cherchent à détourner le culte des dieux, ni à ce qu'on leur sacrifie (à ma connaissance) alors que la caractéristique essentielle du diable c'est qu'il cherche à détourner l'humanité de dieu.
D'ailleurs dans l'épopée du nain Vamana (un des avatars de Vishnu) celui-ci se présente devant les Asuras alors qu'ils sont en train de prendre le contrôle du monde et les interrompt… Quand ils sont en train de faire un sacrifice ! A qui sacrifient-ils, vu qu'ils combattent les dieux ? (au-delà du fait que le sacrifice védique a une efficacité intrinsèque, sans égards aux dieux, mais passons) Et s'ils sont si maléfiques, pourquoi les voit on effectuer un sacrifice, acte pieux, et l'apanage des brahmanes ? En outre, Vamana requiert un cadeau des Asuras, puisqu'il est brahmane, ils y consentent. Donc les méchants respectent les brahmanes aussi ? Bref, les asuras sont plus les antagonistes des dieux que des personnages réellement maléfiques. Certains reçoivent même des dons de Brahma pour leur ascèse et leur bonté (l'immortalité ou des trucs du genre). En outre n'avoir qu'un seul être maléfique est très très rare. Les plus courant, c'est des dieux farceurs/chaotiques, type Loki. Ou alors des monstres énormes et inhumains, mais le plus souvent vaincus avant le commencement des temps (et bien souvent leur corps sert à construire le monde, une fois démembré)..
En outre, il cite plusieurs termes, émanant de plusieurs planètes, mais le seul terme terrestre c'est "satan". Pas le Typhon grec, aucun nom de Rakshasa hindou... La religion Zoulou, j'en parle même pas ! C'est Satan ! Bim, chrétien.
Et les incohérences du type : "je me suis fait enchaîner ici avant le commencement des temps par des mecs hyper balèzes, par contre y'a des peintures de petits bonhommes sur les murs" je les pardonne souvent, mais là, bof, y'avait plus rien à sauver.
Un des Oods en transe, récite : "Some may call him Abaddon. Some may call him Kroptor. Some may call him Satan..."
Et surtout, dans la cafétéria : "The Beast and his Armies shall rise from the Pit to make war against God." OKAY LES MECS
Et les récurrences du chiffre 666, COME ON ! C'est de la théologie, point barre.
Disons Doctor Who trouve parfois des excuses à ses penchants universalistes : tout l'univers parle anglais parce que le Tardis traduit. Tout l'univers abrite des forme de vie humanoides parce que les Timelords ont imprimé leur forme sur le temps même. Mais là, si Satan est vraiment "la pensée primitive à la base de toute forme de pensée" dans tout l'univers, ça rejoint les théories de Jung sur l'inconscient collectif, ou le "cerveau reptilien", et ça m'énerve. Si il est vraiment à la BASE de tout esprit, c'est difficile d'imaginer que des gens puissent y échapper et faire des mythes sans y penser.
Autrement dit : si Satan est présent dans tous les esprits, POURQUOI seuls les juifs, chrétiens, et musulmans, l'auraient mis dans leurs mythes et pas les autres ? Deux réponses. Soit
  1. Doctor Who refuse la catégorie de "religion" au shintoisme*, à l'hindouisme, à la religion égyptienne antique, à la religion grecque, aux religions nordiques, etc. pour ne l'accorder qu'aux "trois grands monothéismes". C'est dramatique, puisque réducteur et profondément ethnocentrique.
  2. Cette théorie ne fonctionne pas, puisqu'elle se passe sur notre Terre, on ne peut pas en négliger les conditions fondamentales.
"Tout le monde croit en Satan" c'est gros comme la pluie ; principalement quand il est lié à une guerre contre les "fils de la lumière", qu'on parle de "guerre contre dieu", et tout et tout. On parle de choses UNIVERSELLES mais au fond, on reste monstrueusement chrétiens ! Et ça c'est terrible, que même en décrivant le fin fond des étoiles on reste chrétiens, ça montre un manque d'imagination, je trouve. Bref, ça veut dire quoi, que ce démon a inspiré des légendes à travers tout l'univers mais que seule la religion chrétienne a "capté" ses ondes maléfiques et en a fait des mythes ? Qu'il y a toujours une vérité derrière le mythe ? Que seuls les chrétiens ont raison ?
Parce que, oui, fournir de la réalité à un mythe c'est admettre que ses producteurs ont raison et que les autres ont torts.
Et ce n'est pas le rôle d'une série de science-fiction de pontifier de la théologie, à mon sens. Du moins, ce n'est pas pour cela que je regarde Doctor Who.

Sur the Rings of Akahten, toujours :
Pour autant, ce qui est critiqué ce n'est pas l'adoration religieuse, de la même manière, le chant religieux est admiré pour sa beauté par le docteur et est montré comme une source de cohésion sociale légitime, cependant que l'exploitation elle-même est critiquée. C'est une critique du sacrifice, de l'exploitation, pas de la croyance :
Can you hear them? All these people who've lived in terror of you and your judgement? All these people whose ancestors devoted themselves, sacrificed themselves, to you. Can you hear them singing? Oh, you like to thing you're a god. But you're not a god. You're just a parasite eaten out with jealousy and envy and longing for the lives of others. You feed on them. On the memory of love and loss and birth and death and joy and sorrow.
Peut-on pour autant dire que c'est une supercherie ? Non : la religion disait que si l'adoration cessait, que la chanson était mal faite par la Reine des Années, un Dieu-Soleil détruirait les Anneaux d'Akhaten, ce qui est en train de se passer. Tout était fondé sur quelque chose de réel : le soleil exploitait effectivement ces gens, mais ce n'est pas montré comme quelque chose de faux.
Dans the God Complex, la foi n'est négative que parce qu'il y a une créature maléfique qui s'en nourrit, de même ici le sacrifice n'est mauvais que parce qu'il y a une autre créature maléfique qui s'en nourrit. Ce sont deux cas trop particuliers pour y voir une condamnation générale de la religion.
De la même manière, dans The Crimson Horror (7x12) on voit une prêcheuse qui parle d'Apocalypse et de rigueur morale, amener des gens dans ses phalanstères où, dit-elle, ils seront sauvés du péché lorsque la fin des temps arrivera. On peut dire que c'est vu négativement, mais c'est surtout le fait qu'elle embaume les gens et les mette sous cloche qui semble maléfique.
Et remarquez : elle prêche la fin du monde, mais elle y croit, puisque justement elle fait tout ce qu'elle peut pour la déclencher.
Pour autant on ne sombre pas dans le sentimentalisme niais, enfin, pas toujours :
«Craig: The Cybermen. They blew up. I blew ‘em up with love.
The Doctor: No. That’s impossible. And also grossly sentimental and over-simplistic. You destroyed them because of the deeply-ingrained hereditary human trait to protect one’s own genes. Which in turn triggered a… a… Um. Yeah. Love. You blew them up with love.» (Closing Time, 6x12)
Ensuite, ce n'est ni religieux, ni spirituel, mais ça s'oppose certainement à la raison raisonnante suprême des athées susmentionnés. La Magie dans The Shakespeare Code (3x2) :
DOCTOR: Good mistress, this poor fellow has died from a sudden imbalance of the humours. A natural if unfortunate demise. Call a constable and have him taken away.
DOLLY: Yes, sir.
LILITH: I'll do it, ma'am.
(Lilith leaves, smiling.)
MARTHA: And why are you telling them that?
DOCTOR: This lot still have got one foot in the Dark Ages. If I tell them the truth, they'll panic and think it was witchcraft.
MARTHA: Okay, what was it then?
DOCTOR: Witchcraft.
(…)
DOCTOR: Creature, I name you Carrionite!
(Doomfinger screams and vanishes in a slow flash of light.)
MARTHA: What did you do?
DOCTOR: I named her. The power of a name. That's old magic.
MARTHA: But there's no such thing as magic.
DOCTOR: Well, it's just a different sort of science. You lot, you chose mathematics. Given the right string of numbers, the right equation, you can split the atom. Carrionites use words instead.
…Où l'on voit les liens étroits entre magie et science, et du coup entre science-fiction et fantasy. Doctor Who a toujours été sur la ligne entre les deux. Ainsi le Septième Docteur disait dans Battlefield [26x1] qu'il se pourrait bien qu'il ait été – ou qu'il soit à l'avenir – Merlin. Un druide/mage/enchanteur.
#swag

Je sais plus ce que je voulais dire et cet article traîne depuis trop longtemps dans mon fichier bullshit.txt alors je le balance.

Les articles cités :


mercredi 5 juin 2013

Double-article autour de Superman

Ces temps-ci, deux idées d’articles ont émergé,très proche l’un de l’autre, suite à la lecture d’un dossier sur Superman, paru dans Allez Savoir, magasine de l’université de Lausanne. Bien entendu, cela s’est nourri des feux accumulés par plusieurs autres choses auxquelles j’aurais voulu répliquer. Hagard et suant, j’émerge plusieurs jours après, et j’essaie de rétorquer. Article en deux parties, donc.
Profitez.

Partie 1 : Superman est nul

  1. Le dilemme de Diomède
  2. Les limitations arbitraires enlèvent l'essence de Superman
    1. Parenthèse : parallèle Diomède/Superman
  3. Il y a des gens que Superman ne peut pas sauver.


Partie 2 : La primauté du cinéma comme mode narratif suprême (pléonasme)

  • Mythos, pop culture et matériel originale
  • Jump in the bandwagon
  • Effet secondaire, les films comme symboles fédérateurs et leur absence



"IL REVIENT" ? Rien que cette année,  Superman vol. 3 a eu 6 issues(#14-19 + une issue #0), pareil pour Action Comics (idem) et la même chose pour  Justice League (vol.2) ! Donc 18 comics figurant Superman rien qu'en ce début d'année 2013 ! (et encore, il doit y avoir des crossovers, des caméos…) Quand est-ce qu'il est parti, exactement ?
(Pour JLA, par exemple, ça sortait : le #14 en janvier, le #15 en février le #16 en mars, #17 en avril, #18 en juin et le 19 à venir en juillet, donc à peu près mensuellement)

Superman est nul

Premièrement, le dossier parle de Superman, le premier super-héros, alors nous parlerons d’abord de Superman.
Quel est le problème avec Superman ? C’est un boyscout, c’est un gentil, c’est un naïf, c’est un héros solaire, il n’a pas de faiblesses (excepté, vous savez, la kryptonite, le pouvoir des dieux et la magie ?) Il est kitsch, il est trop pro-américain, il porte son slip sur son pantalon. Voyons ce que nous dit l’article de Cracked à ce sujet : trois raisons pour lesquelles il est dur de rendre Superman intéressant.

1. Le Dilemme de Diomède

Il commençait par une comparaison avec Diomède, héros grec de l’Illiade.
If you had to read The Iliad in school, then you likely remember that it's almost entirely about Achilles being really, really angry and killing a bunch of guys. The son of a goddess and destined for glory, Homer won't shut up about how Achilles has no equal. Achilles is, in all respects, a superhero before superheroes existed. But unless you're the type of person who squandered your college years in a Classics Club, you probably don't remember that there's one other Greek warrior who consistently and quietly proves throughout the entire epic poem to be just as great if not greater than Achilles. His name is Diomedes, and understanding why he's so forgettable is crucial to understanding why Superman can never be the center of his own story.
Diomedes is essentially Achilles without the existential crisis. He is younger, smarter, and more consistent. He defeats everyone he faces, and when he runs out of Trojans to kill, he starts fighting and injuring gods instead. Not even Achilles can make that claim. The Trojans, cowering in their walls say, "He fights with fury and fills men's souls with panic. I hold him mightiest of them all; we did not fear even their great champion Achilles, son of a goddess though he be, as we do this man: His rage is beyond all bounds."
nd while you may have never heard of him before now, you can still see the Diomedes archetype pop up again and again in pop culture: Legolas in The Lord of the Rings, Snake Eyes in G.I. Joe, Leonardo in Teenage Mutant Ninja Turtles, and especially Superman in the DC universe. They are the people (and turtle) who are reliable, morally uncomplicated, and generally superior to all the other characters. While we love them, we will never be willing to watch an entire movie about only them.
Those heroes are pillars of solidarity, they are ideals, but unfortunately they have nowhere left to go. For an audience, at least an adult audience, we want the central character to change for the better by the end of a film. We want someone who is deeply broken, who is struggling to keep himself together in the face of adversity, and most importantly, we want a character who isn't invincible. We love Spider-Man and Batman because they are driven by complicated, selfish emotions like guilt and revenge to do extraordinary things under the constant looming threat of death. Superman is what each of those characters would look like divorced of any such threat or ugly motivation. Is it still heroism to leap into a burning building when you know it can't hurt you?

Heu déjà «Superman n’a pas de limites» me parait idiot : dans Superman : Kryptonite, on le voit plonger dans de la lave pour creuser une tranchée et détourner l’éruption d’un volcan. A un moment, paniqué, il inhale la lave : il sait qu’il est immortel à l’extérieur mais à l’intérieur ? A des poisons très puissants ? Superman : Kryptonite montre justement notre héros inquiet de ne pas connaître ses limites, et, bien sûr, de découvrir qu’il est mortel sous conditions, comme tout le monde.

2. Les limitations arbitraires enlèvent l’essence de Superman

On me dira que c’est une limitation arbitraire et donc que ça ruine tout :
Many writers have tried to weaken Superman or take away his abilities in order to make him more interesting, but they always run into the same problem: The second Superman is no longer tempering his own limitless power for the sake of humanity, it negates everything he stands for as a hero.
Quick, what are Superman's special abilities? Flight, X-ray vision, super strength, solar power, invulnerability, super speed, but what about the intangible power he possesses? Arguably the biggest part of what makes Superman Superman is that he maintains an incorruptible moral fiber and an urge to help humanity despite his overwhelming superiority. Like standing on top of an ant hill while they all bite you and each other, Superman has the patience to try to help them every day. It is the one thing separating him from the dick-swinging Dr. Manhattan in Watchmen. (n.b. ça et le fait qu’il n’est PAS omniscient) Given the potential to control the world, Superman never succumbs to ego, or entitlement, or even objective detachment, because he has a sort of super humility. Despite everything he's seen, he stays compassionate toward a species that's not even his own, but that compassion only means something as long as he possesses the power to destroy everyone on a whim.

Quel était le début de cet article déjà ? On se rappelle d’Achille mais pas de Diomède ? Ah oui, c’est vrai qu’Achille n’a pas de point faible parfaitement artificiel, si on excepte par exemple, hmmmmm, je ne sais pas, son talon ? La kryptonite est le talon d’Achille de Superman, dire que ça «enlève tout sens» à son personnage me parait déplacé, puisqu’on disait justement qu’Achille était intéressant. Ensuite, Achille a des dilemmes moraux, la rage, l’ambition de gloire, et son attachement à Patrocle. Superman est aussi attaché à des êtres moins forts que lui, c’est aussi une large part de son personnage, et apparemment on va miser là-dessus :
«Selon l’acteur Henry Cavill, qui s’est exprimé dans la presse américaine, les points faibles du super-héros seront d’ordre sentimental. «Bien qu’il ne soit pas physiquement vulnérable, il sera vulnérable aux faiblesses émotionnelles. Le film, montrera que, même sur Krypton, le jeune Kal-El est un enfant spécial et que sa naissance inquiète sa planète d’origine. Et une fois surterre, ses parents adoptifs l’ont exhorté à ne pas utiliser sa force immense — même dans les cas d’extrême urgence. Du coup, Man of Steel présente un Superman frustré, en colère, perdu.»

Génial, un Superman ado criseux. Way to go, Nolan. Rappelons que dans ses films les limites de Batman (et de la police de Gotham) c’était de récupérer deux personnes situées à des endroits déterminés en un laps de temps court, et que CA PAR CONTRE, ça a passionné les gens, ouh, trop dark, ouh.
Reprenons. Il est immortel, c’est mal parce qu’il est trop puissant, il est mortel sous certaines conditions, ouin, c’est plus Superman ?
Il n’est pas vulnérable qu’à la kryptonite, il est également sensible à la magie, et aux pouvoirs des dieux, omniprésente dans le DCU. Il est également vulnérable à une autre échelle. Face à Darkseid, par exemple.
D’ailleurs Diomèdes, il blesse Aphrodite (qui défendait son fils) et blesse même Arès qui lui dit «oh, mon gars, tu t’attaques aux dieux, tu veux pas réfléchir ?» ce qui le fait reculer, mais s’il y parvient, c’est parce qu’Athena le soutient en ce que
a. Elle bloque la lance qu’Arès lui a lancé
b. Elle lui donne la capacité à distinguer les dieux des hommes, ce qui fait qu’il peut frapper Aphrodite quand elle débarque.
c. Elle guide sa lance vers Arès.
Donc bon, dire qu’il vaut Achille parce qu’il a blessé des dieux semble exagéré, autant dire que Pâris le vaut pour avoir tiré une flèche dans son point faible, aidé Apollon. D’après le body count établi sur cette page, Diomède a tué 31 types(si on compte les deux fils de Merops(Chant XI) et les douze Thraces endormis qu’il tue dans le chant X ), quand Achille en bute 24, mais bon.

Parenthèse : parallèle Diomède/Superman

Le parallèle avec Superman semble intéressant, parce que Diomède recule quand Zeus lui-même intervient après le bobo d’Arès qui s’est plaint au Big Boss. (Chant VIII) Zeus interdit à tous les dieux d’intervenir et fait joujou avec son éclair, ce qui terrifie tout le monde, y compris Agamemnon et Ulysse. Achille doit être en train de se toucher dans sa tente, de toute façons. Nestor ne parvient pas à s’échapper parce que son cheval est blessé par une flèche de Pâris. Envers en contre tout, Diomède s’élance (d’accord cette scène est classe) dit à Nestor de monter sur son char, et fonce sur Hector. D’un coup de lance il tue le chauffeur de ce dernier, qui doit en changer, puis refonce dessus. Voyant qu’Hector va se faire buter, Zeus balance sa foudre devant le chariot de Nestor et Diomède.
Nestor dit que c’est peut-être une bonne idée de tracer, maintenant, mais Diomède dit qu’il va se faire traiter de lopette. Mais non, vasy les troyens le croiront pas s’il leur dit que t’as fui, et il fait demi-tour.
Hector gueule que Diomède est un lâche et une femme. Celui-ci songe trois fois à faire demi-tour, mais à chaque fois, la foudre de Zeus frappe derrière eux.
Puis Zeus envoie un aigle pour rendre courage aux Achéens parce que les dieux sont des connards.

Quel parallèle, me direz-vous ?
Simple : Superman vs. Captain Marvel.
SHAZAM est un acronyme. Le Z vient de Zeus, pour la foudre, qu'il utilise avec succès contre Superman, par exemple dans Kingdom Come.


Kingdom Come. Pas de kryptonite, juste un mec plus balèze et le sort de l'humanité entre les mains.

3. Il y a des gens que Superman ne peut pas sauver

D’abord EN QUOI est-ce que c’est une raison qui le rend difficilement intéressant ?
Je veux dire on nous vend trois raisons : la dilemme de Diomèdes(quoique ce ne soit pas un dilemme), le fait qu’il-ne-faut-pas-lui-faire-perdre-ses-pouvoirs et le fait qu’il peut pas sauver des gens ? Or la troisième est justement présentée comme la solution :

He stands for truth, justice, and the American way, but justice and the American way don't always see eye to eye. There's no way Superman can stop homelessness, disease, teen suicide, or domestic abuse. How could he? One of his powers isn't lobbying local politicians. That's why the most interesting Superman arc isn't about Lex Luthor building a secret island or bad guys coming from another galaxy to wipe out civilization. It's about a country of people who live at the edge of Superman's capacity to help, but because of that part in his super brain that wants to protect humanity at all costs, he nearly destroys himself trying. It wouldn't be about Superman, it would be about the people struggling and dying in a world where he exists, but he still can't save everyone. Give me that movie and I would watch it over and over just to see the greatest version of a human driven to the breaking point like an engine with no oil. Superman could be our test-drive hero. I would watch the hell out of that.

Quoi ? La solution c’est de ne faire que des histoires où le monde est irrémédiablement foutu ?

Bordel, là on a déjà Kingdom Come, Superman:Red Son et All-Star Superman (moins) qui rentrent dans ces cases.(N.b. c’est ce que tout le monde répond à l’article, personnellement je n’ai lui que Kingdom Come et le début d’All Star Superman) Est-ce que ces BDs sont rares ? Peut-être. Mais elles ne font pas partie d’une littérature ésotérique hors d’accès des cinéastes.

L’article d’Allez Savoir enchérit là-dessus :
«Son problème au niveau scénaristique, c’est qu’il reste complètement invincible.» dit Alain Boillat

Je réitère : ce n’est ni original, ni intéressant de dire «Superman est invincible, c’est nul, et quand il l’est pas ça enlève tout ce qui fait son personnage.» Ca revient à dire : je n’aime qu’une seule facette de Superman. Je veux que son seul ennemi soit le burn-out, la pauvreté, les problèmes du Tiers-Monde et la mortalité des hommes.
Or, ça, ça ne choque personne lorsqu’il s’agit d’autres héros tout aussi (virtuellement) immortels : Captain Marvel, Green Lantern, Wonder Woman, Supergirl, Powergirl, Aquaman, pour ne citer que quelques-uns de DC. Est-ce à dire qu’eux aussi sont inintéressants ? Ah, non, c’est vrai, vous ne lisez pas de comics et leurs films (quand ils existent) sont nuls, alors vous n’avez pas d’opinion dessus, chers rédacteurs d’Allez Savoir.
Ce qui nous permet d’enchaîner.

La primauté du cinéma comme mode narratif suprême.

Laisse donc là les livres ; ne tarde plus un instant ; car ce délai ne t’est plus permis. Comme si déjà tu en étais à la mort, dédaigne ce triste amas de chairs, de liquides et d’os, ce frêle tissu, ce réseau entrelacé de nerfs, de veines et d’artères. Bien plus, ce souffle même qui t’anime, vois ce qu’il est : du vent, qui ne peut même pas être toujours égal et uniforme, rejeté à tout moment et à tout moment aspiré de nouveau. Quant au troisième élément de notre être, le principe chef et maître, voici ce que tu dois en penser : « Tu es vieux] ; ne souffre plus que ce principe soit jamais esclave, qu’il soit jamais lacéré par un instinct désordonné ; ne permets plus qu’il se révolte contre la destinée, ni contre un présent qu’il maudit, ou contre un avenir qu’il redoute. »
Marc-Aurèle, Pensées, II, 2.
Et tu me diras, laisse donc là les journaux
Aragon, Petite suite sans fil.


Ensuite, ce que j’ai trouvé proprement choquant, c’est qu’on parlait de Superman, héros de bande dessinée, plus de, quoi 800 comics sortis, rien que dans sa série propre, sans compter les crossovers, la JLA et les events, et, à votre avis, combien de comics de Superman sont cités dans l’article de Allez savoir ?
(Je sais que vous allez me dire zéro, parce que j’ai l’air de mendier cette réponse, mais non, c’est moins pire que ça.)
Deux.
Deux comics cités en tout et pour tout.
  • Bien entendu Action Comics #1 paru en juin 1938, le premier comic book dans lequel il apparait.
  • Et une planche publiée dans Look le 27 février 1940, qui montre Superman empoigner Hitler et Staline pour aller les faire juger à Genève par la Société des Nations.

Voilà.
C’est tout. On parle également de la fascination pour le spectacle du muscle, dont le culturiste Eugène Sandow, parce qu’il faut bien donner ce background culturel indispensable, mais pour ce qui est de Superman, peu, voire pas de citations, des affirmations générales, une mention à ses aventures radio, et au fait que la fameuse «I’ts a bird ! It’s a plane ! It’s Superman !» était justement radiophonique alors qu’à ses débuts il sautait plutôt comme une sorte de criquet, enjambant les immeubles plus qu’il ne volait. Bon.

Mais puisqu’on fait tout ça à l’occasion de la sortie de Man of Steel de Snyder, combien de films sont cités ?
  • La série télé de 1952-1957
  • Superman (1978)
  • Superman II (1980)
  • Superman III (1983)
  • Superman IV (1987)
  • Superman Returns (2006)

Soit trois fois plus.

Mais là où ça devient risible, c’est dans la double page qui confronte Superman à Batman, ne révélant que des platitudes :
«Tout comme Batman, il a flirté avec différentes superhéroïnes, type Wonder Woman. Mais son grand amour reste Lois Lane, sa collègue. «Son drame : il doit lui cacher sa véritable identité, remarque Agniezska Soltysik Monnet. Parce qu’il a peur d’être rejeté en tant qu’Alien et parce qu’il ne veut pas devenir un fanger pour elle.» Romance non-consommée dans la plupart des BD, elle deviendra bien réelle au cinéma puisque Superman a un fils (Superman Returns)"

1. Bon déjà, il faut arrêter de faire comme si l’autorité du CCA avait perduré jusqu’à nos jours pour préserver un monde puritain et sans sexe parce que c’est les USA tu vois, ils sont prudes. Deadpool existe, ça devrait être une preuve suffisante.
2. Il lui cache sa véritable identité ? La moitié du temps il flirte avec en tant que Superman, par exemple dans Superman:Kryptonite, et ce n’est qu’à la fin, quand elle quitte Superman, que Clark Kent l’invite à boire un verre.
3. Ensuite, «Romance non-consommée dans la plupart des BD», non mais sans dec, arrêtez de faire comme si ne pas avoir de gosse voulait dire ne pas avoir de relations sexuelles, je suis certain qu’ils savent se protéger dans le DCU.
Rien que dans le comic book prélude aux Jeu Vidéo Injustice:Gods Among Us, Supermean met enceinte Lois Lane, elle est kidnappée par le Joker, puis, sous l’emprise du gaz hallucinogène de l’épouvantail, Superman tue Lois Lane (l’emmenant dans la stratosphère) en la prenant pour Darkseid.
Certes on peut arguer que beaucoup de leurs histoires sont prudes, mais le canon semble plutôt orienté vers le côté : ils ont du saisque.
4. Ensuite, si Wonder Woman c'est du flirt et Lois Lane une romance rarement consommée... On trouve le couple Wonder Woman/Superman dans :
Donc c'est presque plus courant sinon canon qu'il ait un gosse avec Wonder Woman, enfin je dis ça.

5. Mais ce qui m’énerve le plus c’est qu’on semble prendre pour étalon universel du canon du héros les films et non les comics qui sont pourtant le matériau original. Le film valide ce qui était latent dans les comics, forcément moins bons, plus enfantins.("Romance non-consommée dans la plupart des BD") Alors que non. Tout ce qui se trouvera dans Man of Steel aura déjà été fait dix fois dans des comics différents. Sur un article sur Superman, qui a plus d’un millier de comics à son actif, je ne m’attends pas à un récapitulatif linéaire de sa légende, mais une simple mention de l’évolution Golden Age, Silver Age, Bronze Age, ce serait déjà pas mal, non ?

Pop culture, mythos, matériel original.

J’entends, d’accord, il y a extension du mythos avec le matériel cinématographique,ça participe de l’image de Superman, ça nourrit la pop culture, c’est vrai.
(Tout comme y participait l’infâme série Smallville. Berk.)
Cependant, il arrive qu’on se mette à confondre le mythos et le matériel original.
Ainsi, si on vous demande un truc, un seul truc représentatif de Sherlock Holmes, vous direz sans doute «élémentaire mon cher Watson», bien que la phrase ne soit jamais apparue dans les romans écrits par Conan Doyle, mais seulement dans ses successeurs.
Pareil pour Hamlet : scène emblématique ? «To be or not to be», s’exclame-t-il, crâne à la main. Or non, quand il prononce cette réplique(acte III, sc. 1), Hamlet n’est pas dans le cimetière, il n’a pas les ossements en main, et ne peut s’exclamer Alas poor Yorick que quelques scènes plus tard.
On l’a dit la fameuse «I’ts a bird ! It’s a plane ! It’s Superman !» était justement radiophonique, pas dans le comics de base.
J’ai pas arrêté de parler de l’immortalité d’Achille et de son talon, mais GROSSE BLAGUE Achille n’est pas immortel chez Homère(comme tous les demi-dieux) et il n’est pas invulnérable non plus (il saigne à un moment, mais je sais plus quand et j’ai la flemme de trouver.) quant à sa mort, tout le monde vous dira, c’est une flèche au talon, tirée par Pâris qui est aidé par Appollon.
On connait tous l’histoire : Thétis a la fâcheuse habitude de tremper ses enfants dans de l'eau bouillante (chez Hésiode) ou du feu(chez Lycophron qui précise que six enfants meurent ainsi) pour vérifier s'ils sont immortels (Quoiqu'Appolonios de Rhodes, dans ses Argonautiques, précise que le feu est là pour consumer la mortalité d'Achille, après que Thétis l'ait enduit d'ambroisie). Dans d'autres versions, plus populaire, c'est parce qu'il aurait été trempé dans le Styx(Stace, dans son Achillèide). Dans les deux cas, comme elle devait le tenir par le talon, il reste vulnérable à cet endroit.
Sauf qu’on remarquera sans peine que RIEN DE TOUT CA ne se trouve dans l’Illiade.
«Plusieurs versions existent quant à sa mort. L'Éthiopide précise qu'il meurt de la main de Pâris et d'Apollon alors qu'il poursuit les Troyens sous les murailles de la ville. Pindare laisse entendre que le dieu prend la forme du fils de Priam et tue Achille pour retarder la prise de Troie, comme il le fait déjà dans l'Iliade pour arrêter Patrocle dans son assaut. L’Énéide est la première à indiquer explicitement que Pâris tire la flèche meurtrière, qui est guidée par Apollon.
À ce stade, aucun texte n'évoque le fameux « talon d'Achille ». Le motif de l'endroit vulnérable apparaît pour la première fois chez Stace, un poète de la deuxième moitié du Ier siècle ; peu après, Hygin mentionne expressément la cheville, qu'Apollon transperce de sa flèche, comme son seul point vulnérable. Toutefois, quatre vases de la période archaïque et du début de la période classique représentent soit Pâris décochant une flèche vers le bas du corps d'Achille (la cuisse, le tibia ou le pied), soit Achille mort, une flèche à travers le pied, ce qui tend à prouver que la tradition du « talon d'Achille » est ancienne. Enfin, tous les auteurs parlent bien de la cheville (talus en latin, σφυρόν / sphurón en grec ancien), mais le mot talus change ensuite de sens pour donner le « talon » français.»
(Source : Wikipédia)

Pourtant, ces légendes, construites par le lyrisme conjugué de Pindare, Appolonios de Rhodes, Hésiode, Virgile, Hygin, Stace doivent-elles être négligées ? Non, elles constituent une part plus grande part d’Achille dans l’imaginaire collectif que le poème original d’Homère, comme le montre la perception du talon d’Achille. Tout le monde n’est pas capable de vous dire que Pâris tue Achille, ou qu’Achille se tape Patrocle, ou qu’Achille tue Hector, mais qu’il meurt d’une flèche au talon, ça oui.

Cependant, et je revient au sujet, je pense que c’est le symptôme d’autre chose.
Sur Cracked on lisait que si les gens ne retenaient pas Diomède dans l’Illiade, c’est parce qu’il était trop parfait, et que du coup, sans faiblesses, il n’est pas intéressant.
Mais non.
Attention : scoop.
Si les gens ne se souviennent pas de Diomède dans l’Illiade.(attention)
C’EST PARCE QU’ILS N’ONT PAS LU L’ILLIADE.
PERSONNE NE LIT L’ILLIADE.
ARRÊTE DE FAIRE COMME SI C’ETAIT UN OUBLI NOM DE BLEU PERSONNE NE LIT L’ILLIADE, ON NE PEUT PAS OUBLIER CE QU’ON IGNORE, ON L’IGNORE, C’EST TOUT
Ils connaissent Achille, parce que c'est CA la pop culture, c'est ce qu'on connait via des références, des parodies, des renvois, sans avoir besoin d'y toucher. Ce qui va tellement de soi que tout le monde connait.
Je connais certaines de ces histoires, j’en parle mais je n’ai jamais lu l’Illiade, que des résumés, parce que j’ai pas que ça à foutre. (et que je n’ai pas le niveau de grec pour l’apprécier, surtout)
Les gens ont clairement mis en application les principes évoqués ici par Aragon et Marc-Aurèle : laisser les livres. On n’a plus le temps de lire, ou alors on aime pas ça, alors on se réfère aux adaptations.
Vais-je blâmer les gens pour ne pas lire, parce qu’on sombre dans la génération de l’immédiat et dénoncer l’image avec la bêtise d’un Gusdorf dans sa Réfutation 1983 ?*Non, ce n’est pas le but. Je ne critique pas l’abandon de la lecture de «vrais livres» avec tout le mépris pour les autres médias que comporte cette affirmation. Ce que je critique, c’est l’utilisation actuelle du cinéma comme l’art suprême narratif, tous les autres ne pouvant servir qu’à l’inspirer ou le provoquer.
Regardez La Vie d’Adèle, palme d’or à canne, film adapté du Bleu est une Couleur Chaude, bande dessinée de Julie Maroh. Qu’elle veuille tirer crédit d’avoir inventé l’histoire qui base le film, on l’accuse de vouloir profiter du travail d’autrui.
Regardez le pétage de plombs généralisé sur le dernier Game of Thrones, adapté de la série de romans A Song of Ice and Fire de George R. R. Martin. Pétage de plombs parce qu’on ose spoiler un livre dont l’histoire a été publiée… En 2000. Il y a treize ans. Comparativement, c’est comme si je vous spoilais Harry Potter et les Reliques de la Mort en 2020. (Et putain on lui demande d'expliquer pourquoi il a écrit les Noces Pourpres, TREIZE ANS après la parution, vous croyez pas qu'il s'est déjà expliqué avec ceux qui ont, disons, lu les livres, dans le million d'interview distribuées ?)
"Oui, me direz-vous, mais Harry Potter, les films ont fini d’être adapté en 2011, donc en 2020 ça fera un moment."
Oui mais ta gueule, dirais-je, parce que tu fais précisément ce que j’accuse : tu prends la date de sortie du film comme le moment où l’histoire en est révélée. Alors quoi, faut-il attendre qu’un film soit adapté pour en parler ? Faut-il attendre que tous les petits pirates informatiques du dimanche aient regardé leur précieux épisode pour oser discourir sur les évènements qui se sont passés dans un livre il y a TREIZE ANS ? Avec ce genre de raisonnement, on pourrait demander d’éviter les spoilers de The Hobbit de Peter Jackson, alors que le putain de livre de Tolkien et paru en 1937, il y a 67 ans.
(Et des tas de gens l’ont fait, oui, ici plein de gens qui crient au spoiler pour THE HOBBIT.)


Jump in the bandwagon

Oui, c’est la partie où je vais faire le hipster. Enfin, par procuration, puisque je n’ai lu moi-même A Song of Ice and Fire que pendant la diffusion de la première saison. Au temps du gymnase, Luca Guarnaccia lisait plein de bouquins de fantasy, très souvent en classe, que nous tournions un peu en dérision, surtout quand il s’agissait d’une saga aux couvertures kitsch comme pas permis, les chevaliers d’Emeraude. Parfois, nous complaisions à lui demander ce qu’il lisait. Le trône de fer, me dit-il. C’est un monde un peu gore, raconte-t-il ce qui me dissuada d’y toucher pendant un long moment. Un gosse de trois ans jeté d’une tour ? Une fille de treize ans qui épouse un simili-Gengis Khan ? Oui, c’est marrant qu’on te passe une épée quand t’as quatre ans et qu’on te lance sur le champt de bataille, mais je ne m’y intéressait pas vraiment.
Puis vint 2011, la déferlante sur nos écrans, et subitement, alors que les livres avaient toujours été là, leurs histoires également, et leurs passionnés aussi, la série de HBO lança un mouvement de reconquête, qui agaça les fans de la première heure que nous avions dénigré comme Guarnacc’.



J’avais suivi Game of Thrones le long de la première saison à la téloche. Je voulais savoir ce qui allait se passer et, me rappelant les paroles de Guarnacc’, je m’emparai des livres, en français, et les lus jusqu’à la fin du quatrième livre, explorant également les divers Wiki pour éclairer certains points et me gaver de théories de fans. J’ai quasiment tout oublié, là. A Dance With Dragons, que ma soeur lit (200/1117p.) et que je récupèrerai quand elle a fini, sera un moyen de raviver tout ça. Mais je suis du genre, justement à piocher dans des Wiki, me faire spoiler, chercher le spoiler. J'aime ça.
Quand je parle de Doctor Who, la moitié du temps j’ai la flemme de re-mater les épisodes, ou de retrouver mes DVDs alors je cherche des transcripts sur internet, ce qui n’est pas mieux. C’est exactement la même dérive, j’ai la flemme de me reporter au matériau original, alors je cherche une voie plus rapide. Et je ne vais pas prétendre que c’est mieux parce que c’est sous forme écrite, non, c’est la même dérive.
C'est juste agaçant, jour après jour, de voir des gens piailler pour une série, alors que sans celle-ci jamais ils n'auraient prêté attention à cet univers.
Soit, ça fait de la pub à la série, wouhou.
Mais ça l'occulte.

Effet secondaire : les films comme symboles fédérateurs et leur absence

A la croisée des mondes n’a pas de fandom. Déjà que l’oscillation du nom entre Northern Lights (stylé!) et His Dark Materials (putain sa mère on dirait le titre d’une fanfiction louche, on dirait un euphémisme pour des parties génitales) n’avait pas aidé, le fait que le film de 2007 the Golden Compass n’aura pas de suite la condamne plus encore.
Les gens ont besoin d’images pour fédérer leur imaginaire, semble-t-il, comme semble le montrer l’usage par les fandoms dans divers montages photos des images du Seigneur des Anneaux, de Harry Potter ou de Doctor Who (bon là, le cinéma est le médium original, donc ça compte pas vraiment). Simplement Daniel Radcliffe fixe le visage d’Harry Potter, voilà.
C’est pour ça qu’on garde l’image du Talon d’Achille, parce que c’est visuel. Et le crâne dans la main d’Hamlet, associée à sa réplique-phare, c’est visuel, direct, efficace. Le TARDIS du Docteur, la croix de Jésus, les divers ascendants de Homestuck (Breathe, Heart, Space, Time, Light) et leur représentation graphique forment un memeplexe reconnaissable qui permet au premier coup d’oeil de reconnaître la référence.


Exemple : ce post trouvé sur fandom.memebase.com
Aucun de ces personnages n’est un personnage de cinéma, à l'origine. On trouve Légolas (Seigneur des Anneaux, roman), Robin des Bois (Légende populaire) Kathniss (the Hunger Games, roman) Green Arrow, (Green Arrow, bande dessinée), Hawkeye (Hawkeye, bande dessinée) et re-Robin des bois.
Pourquoi ce choix ? Pourquoi avoir pris ces exemples cinématographiques plutôt que n’importe quelle llustration ou mêmele matériel original, dans le cas des bds ?
Parce que ces versions là d’eux on les a vu partout, elles ont été diffusée à grande échelle et récemment. Donc autant taper là-dedans.
Il est toujours possible de faire d’autres fanarts, de dessiner, bien sûr, mais ce ne sera pas le symbole mainstream, le commun, il sera identifié à Harry Potter, mais ne deviendra que rarement l’étalon.
D’où mon hypothèse :
  1. Le manque de films a empêché que les gens ressortent les livres de leurs étagères, que les éditeurs réimpriment et que l’engouement se refasse avec la publicité associée.
  2. Les films adaptés d’une oeuvre sont des symboles visuels fédérateurs, puisque très répandu par leur tirage hollywoodien et leur diffusion mondiale. Mais en l’absence de conclusion de la saga A la Croisée des Mondes, cela fut compromis, faisant que la socialisation habituelle des fandoms, comme on peut l’observer sur tumblr, est fortement désavantagée par rapport aux autres, qui, elles, peuvent piocher dans les films.

  • Contre-exemple : quoiqu’il n’y ait eu des films que très tardivement, le Disque-Monde a fédéré une fandom. Bon, c’est 40 bouquins. Et il y a eu moult illustrateurs de talents qui ont été mandatés pour en faire des couvertures exemplaires, notament Kirby, contribuant à la fixation de cet imaginaire.

Voilà, je sais pas ce que vous en pensez.

*La bêtise de Gusdorf :
"Notre culture est intoxiquée par le déferlement de pensées sauvages (n.b. en parlant des pensées étrangères, que nous aimons à cause de notre affliction post-coloniale, bien sûr) qui sont à la sagesse proprement dite ce que les BD sont à la littérature. Mais les arbitres des élégances intellectuelles professent la plus vive dévotion pour cette forme d'art qui, jadis réservée aux enfants de sept ans, s'impose désormais à l'admiration de septuagénaires, avec d'autant plus d'autorité qu'elle s'orne des attraits supplémentaires de l'obscénité et de la pornographie."
"Nous sommes les témoins impuissants d'une diminution capitale de l'intelligence. Un signe banal pourrait être trouvé dans la vogue actuelle de la bande dessinée, dont l'album tend à supplanter le livre ; on ne lit plus, on parcourt du regard, en s'abandonnant à la facilité superficielle des images, qui provoquent les émotions primaires d'une sensibilité à fleur de regard, prompte à s'exaspérer sous les provocations passionnelles. L'obscénité, la pornographie, s'insèrent tout naturellement dans cet avilissement du sens, qui invite l'individu à se complaire dans sa propre déchéance."
Dans sa rétractation 1983, préface où il vient augmenter d’aigreur son Mythe et Métaphysique. Retour