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mardi 18 juin 2013

Balancer La Morale : Pourquoi ces morales me laissent froid, Doctor Who sous RTD et Superman : Red Son

Balancer la morale
Doctor Who sous RTD et Superman : Red Son


«Oh, I'm just doing this thing where I use a slice of wisdom from someone else's life to solve a problem in my own life..» — John Dorian, Scrubs, My Waste of Time (7x10).

Qu’on conclut une fable en pontifiant la petite leçon qu’on a appris aujourd’hui ne me pose aucune problème, cela a même un charme auquel je suis sensible. Pourquoi regarderais-je My Little Pony : Friendship Is Magic ou South Park, sinon ? J’aime bien pouvoir comparer le message que l’auteur voulait transmettre et sa transcription dans l’histoire, comment ses acteurs, par leurs actes, font s’affronter des valeurs, des concepts.
Parfois, par contre, c’est très mal fait.
Par exemple, la morale énnoncée contredit parfaitement ce qui est arrivé dans l’histoire.

Les gens sont des cons

Typiquement, parce qu’elle omet certains paramètres. Ceux-ci peuvent être, entre autres, que les gens sont parfaitement cons. E.g. Superman : Red Son nous montre des gens qui semblent, d’après Superman, prêts à se mettre en danger juste pour l’appercevoir, figure d’espoir dans leur quotidien grisâtre et soviétique.
(Parce que oui, Superman : Red Son montre l’histoire de Superman s’il avait atteri dans l’URSS stalinienne.)
Donc les gens sont des cons qui tiennent pas à la vie, chouette. Autre occurrence : il dit qu’à cause de lui, les gens se laissent carrément aller à ne plus porter de ceinture de sécurité. Autrement dit les gens sont des cons. Je ne crois pas que la prudence devienne caduque en présence d’un remède d’urgence. Je veux dire, je sais qu’on a des doses de sérum antirabique au coin de la rue, mais c’est pas pour autant que je fricote avec des chiens ou des renards aggressifs.
Et si les gens sont des cons, je risque d’avoir du mal à tirer les leçons de la morale et à m’identifier à ces débiles.
Dans le même genre, vous avez Doctor Who sous l’ère Davies : On voit l’humanité qui s’adonne à regarder de la télé-réalité macabre, où on tue des gens. (Bad Wolf, 1x12) Parce que c’est connu, on est sur la pente glissante, le sensationnalisme conduit forcément aux snuff movie parce que tout le monde rêverait de voir des gens mourir à l’écran. Humanité qui accepte de se faire implanter des natels dans les oreilles, ce qui les conduit, malheur à être convertis en Cybermen. (Rise of the Cybermen/The Age of Steel, 2x5-6) Humanité qui accepte d’équiper toutes ses bagnoles du système A.T.M.O.S., qui amène les Sontarans à empoisonner l’atmosphère de la planète.(The Sontaran Stratagem/The Poison Sky, 4x4-5) Humanité qui accepte de réduire les Oods en esclavage et de les garder comme tels, alors qu’ils se sont rebellés plusieurs fois(The Impossible Planet/The Satan Pit, 2x8-9 ; Planet of the Ood, 4x2). Humanité qui accepte sans sourciller la présence de «Spectres» en son sein, assumant sans aucune source ni preuve que ce sont des manifesations des morts, les conduisant à se faire envahir de Cybermen. (Army of Ghosts/Doomsday, 2x12-13)
Même genre de morale de merde que Idiocracy ou Wall-E : regardez, on est bête et fainéants, alors on va glisser lentement vers l’obesité et l’idiotie et on va rien pouvoir faire, puisqu’on choisit toujours la facilité. Exagérons ces traits au maximum histoire de vous montrer que l’obésité et la bêtise c’est mal. J’entends, personne ne se méfie de rien dans le putain d’univers qu’on nous décrit ? Si le but de l’histoire c’est justement de nous faire bouger, changer, c’est qu’on en est capable. Comment dès lors s’identifier avec une version innamovible de l’humanité ? Comment s’identifier avec une version de l’humanité qui cèderait toujours à la facilité ?



Balancer la morale avant l’histoire

Erreur plus subtile mais non moins agaçante : on balance la morale de façon parfaitement indépendante à l’histoire. Genre on la balance au début de l’histoire, avant même que le personnage ait la preuve de la nocivité de ce qu’il dénonce.
Ainsi le Docteur qui dénonce dans Rise of the Cybermen/The Age of Steel la dépendance à la technologie, bien avant que qui que ce soit soit transformé en Cyberman, mais bien sûr tout l’épisode lui donnera raison a posteriori :
DOCTOR: You lot, you're obsessed. You'd do anything for the latest upgrade.
ROSE: Oi, not my lot. Different world, remember.
DOCTOR: It's not so far off your world. This place is only parallel. Oh, look at that. Cybus Industries, owners of just about every company in Britain, including Vitex. Mister Pete Tyler's very well connected. Oh, okay. I give up. Let's go and see him.
…Eeeeet le fait qu’une compagnie possèe la moitié du pays, par contre, ça c’est pas mauvais, non, c’est la tendance des humains à vouloir être connectés entre eux.
Autre exemple du type : dans Gridlock (2x3) que j’aime beaucoup, le Docteur débarque et voit des stands de vendeurs d’humeurs. Vous pouvez acheter de la Joie, de la Colère, de l’Honnêteté, et le Docteur de pontifier à quel point c’est mal que les hommes achètent des sensations chimiques.

MARTHA: Are they selling drugs?
DOCTOR: I think they're selling moods.
MARTHA: Same thing, isn't it?

Oui bien sûr, bande de cons, les drogues, qui te détruisent, qui peuvent mener à la mort, c’est exactement la même chose que se prendre un shot de joie. Les effets secondaires n’en sont pas décrits et la seule manifestation qu’on voit c’est quelqu’un qui porte un patch d’Honnêteté. Oui, parce qu’avoir un patch qui te rend honnête, c’est exactement la même chose que te détruire à la cocaïne. Connerie.
Je veux bien que les drogues soient prises pour les sensations qu’elles causent (et le manque) mais la fait est que la joie, l’appaisement, la colère, etc. sont des émotions ressenties naturellement, et qu’on peut chercher à susciter par d’autres moyens, je veux dire, qui n’essaie pas d’être heureux ? Si le shot de joie n’a pas d’autre effet que de te rendre joyeux, je vois mal comment le dénoncer. Comme paradis artificiel, soit, mais si on avait inventé des antidépresseurs du genre, sans effets secondaires, je crois qu’on résoudrait déjà quelque problèmes.
Est-ce pour faire passer a pilule auprès des enfants ? Peut-être. Mais montrer le personnage d’une aspirant médecin avec aussi peu de jugeotte, c'est assez triste.Doctor Who me semble ici la victime de naïveté, et fait passer une morale au chausse-pied qui n’a rien à voir avec l’épisode.

Le cas particulier

Quand je vois dans The Idiot’s Lantern (2x7), qu’un alien possède des télévisions et aspire l’âme/le visage des téléspectateurs, je me dis, waow, il faut que j’évite que je me fasse posséder ma télé. Certains argueront que ça nous permet de réfléchir sur la télé en général, et son rôle négatif : moi je réponds non, ce sont des conneries. Si tu veux me parler des conséquences nocives de la télévision, tu dois la prendre pour ce qu’elle est et faire une histoire sur les conséquences de l’usage de ce média, pas inventer un monstre, le glisser en son sein, le détruire en ton récit, puis me faire croire que tu viens d’émettre une théorie pertinente sur la télévision.
Vous me direz «c’est pas du tout le sujet, on parle justement de la cohésion des gens autour du couronnement d’Elisabeth II, qu’un alien exploite» soit, mais tout le monde dit que RTD fait de la bonne science-fiction qui nous amène à nous poser des questions et tout, mais tout ce que je vois, ces ce genre de tirage de cheveux, de critiques périphériques. En quoi c’est supposé me faire réfléchir sur la télévision ?
(Remarquez «The Idiot’s Lantern»… Dès le titre Mark Gatiss disait tout le mal qu’il pensait de la télévision, quoiqu’en même temps ça soit pour une histoire qui sera diffusée à travers elle.)
La remarque du Docteur sur la technologie dans Rise of the Cybermen/Age of Steel serait pertinente, à ceci près que la technologie dont je dépends ne va pas me transformer en Cyberman, que les dispositifs que nous avons sur nos voitures ne vont pas préparer le nid de futurs Sontarans, que les Spectres susmentionnés n’existent simplement pas, et que dans la télé-réalité, on ne tue pas les gens.
On peut bien prétendre que c’est du domaine de la caricature, soit. Mais quel est le mérite ? Je glisse des monstres meurtriers dans tout ce que j’aime pas et au final la morale c’est que c’est mal ? N’aurait-on pas mieux fait de parler de la chose en soi, et de ses réelles conséquences ?
(C’est au fond ce que fait Moffat, dans Day of the Moon : le Docteur montre la puissance de la télévision en se servant de la vidéo de Neil Armstrong sur la lune pour implanter un message subliminal dans les esprits de tous ceux qui ont regardé l’alunissage. Là, on parle des propriétés de la télévision et d’à quel point un tel évènement sera inoubliable grâce à sa diffusion. Avoir une femme qui crie «hungry !» dans une télé en bouffant des visages ? Non, désolé, je crois pas que ça fasse voler la réflexion philosophique beaucoup plus haut)
Autrement dit, le problème du cas particulier c’est qu’il ne résoud que des problèmes qu’il a créé, puis qu’il prétend avoir traité un cas moral plus général.
Beaucoup de gens ont conclu de The God Complex (6x11) que la foi était mauvaise, or non, la foi est constamment invoquée par le Docteur pour faire tenir les gens, il les invite à se recentrer sur ce qui les motive vraiment, sur ce en quoi ils croient. C’est uniquement parce qu’ils sont la proie d’un monstre qui se nourrit de la foi des gens, qu’ils doivent renoncer à cette tactique. Etant donné que les monstres aliens qui mangent de la foi sont rares, il ne me semble pas que la morale «la foi c’est mal» puisse être tirée de cet épisode.
Prenez sinon The Long Game (1x7), on vous montre que la hiérarchie et les consortiums de médias sont maléfiques… Si ils sont pris en charge par des aliens mutants qui ont vampirisé leur satellite et se servent de l’humanité comme bétail.
Bon. Comment en tirer une leçon ? Aux dernières nouvelles les médias du monde ne sont pas contrôlés par une seule entreprise ni par un alien.
Ou encore The Lazarus Experiment (3x6) où l’on voit le professeur Lazarus devenir immortel, rajeunir en «réécrivant son ADN», sauf que ça a l’inconvénient de le changer par intermittence en monstre anthropophage et difforme, parce que ça aurait réveillé toutes les potentialités dormantes que l’évolution de l’espèce avait remisée dans son génome.
"La morale de l'histoire, c'est que vouloir vivre plus longtemps, c'est comme être un scorpion cannibale"

«DOCTOR: Probably from dormant genes in Lazarus's DNA. The energy field in this thing must have reactivated them. And it looks like they're becoming dominant.
MARTHA: So it's a throwback.
DOCTOR: Some option that evolution rejected for you millions of years ago, but the potential is still there. Locked away in your genes, forgotten about until Lazarus unlocked it by mistake.
MARTHA: It's like Pandora's box.
DOCTOR: Exactly. Nice shoes, by the way.»
NON CE N’EST PAS COMME LA BOITE DE PANDORE CA N’A RIEN A VOIR FERME TA GUEULE STEPHEN GREENHORN TU AS CITÉ T. S. ELIOT CA DEVRAIT TE SUFFIRE BORDEL ON TE CROIT TU ES CULTIVÉ BRAVO
(Putain, surtout que Martha a une formation médicale, bordel, elle devrait comprendre tout ça plus facilement qu’un gosse de 5 ans)

Donc la morale c’est que la mort fait partie de l’humanité et que vivre pour toujours, c’est mal parce que les gens autour de nous dépérissent, etc. :

«LAZARUS: You're right, Doctor. One lifetime's been too short for me to do everything I'd like. How much more I'll get done in two or three or four.
DOCTOR: Doesn't work like that. Some people live more in twenty years than others do in eighty. It's not the time that matters, it's the person.
LAZARUS: But if it's the right person, what a gift that would be.
DOCTOR: Or what a curse. Look at what you've done to yourself.
(…)
DOCTOR: What about the other people who died?
LAZARUS: They were nothing. I changed the course of history.
DOCTOR: Any of them might have done too. You think history's only made with equations? Facing death is part of being human. You can't change that.
LAZARUS: No, Doctor. Avoiding death, that's being human. It's our strongest impulse, to cling to life with every fibre of being. I'm only doing what everyone before me has tried to do. I've simply been more successful.
DOCTOR: Look at yourself. You're mutating! You've no control over it. You call that a success?
LAZARUS: I call it progress. I'm more now that I was. More than just an ordinary human.
DOCTOR: There's no such thing as an ordinary human.»

«DOCTOR I'm old enough to know that a longer life isn't always a better one. In the end, you just get tired. Tired of the struggle, tired of losing everyone that matters to you, tired of watching everything turn to dust. If you live long enough, Lazarus, the only certainty left is that you'll end up alone.»

Mais toute la morale se casse la gueule parce que :
1) Le Docteur a près de 1000 ans, son espèce a inventé un système très perfectionné, précisèment pour éviter leur décès, il est mal placé pour dire que la mort devrait faire partie de l’existence. Surtout quand une saison plus tard (4x10) il transfère l’âme de River Song dans un ordinateur pour éviter qu’elle meure définitivement.
2) Lazarus mange des gens. Ca n’a rien à voir avec l’immortalité, on a juste rajouté cette condition arbitraire pour avoir un dilemme moral du type «l’immortalité c’est mal parce qu’on mange des gens». Comme il est facile de dénoncer un concept quand on glisse des démons évidents à l’intérieur. La semaine prochaine, RTD vous montrera que les énergies fossiles c’est mal, parce qu’elles sont faites à base de bébés chiots.
Un peu comme dans Full Metal Alchemist. Ca donne le dilemme «peut-on sacrifier des gens pour l’immortalité» qui n’a absolument rien à voir avec l’immortalité en tant que concept propre. Pourquoi pas, ça dérive sur la question de la fin et des moyens, du sacrifice de vies humaines, etc. Mais là, c’est juste mal fait.
Le Docteur est immortel. Est-ce que pour autant ça implique le décès d’autres personnes ? Non. La morale pue du cul.

Superman : Red Son  et la théodicée


Sinon, l’inverse de balancer la morale au début, c’est de la balancer à la fin, mais sans la prouver, grosses soldes sur la morale, tout doit disparaitre, et on balance le mot FIN le plus vite possible.
Superman : Red Son fait ça de façon assez précipitée à la fin.
Basiquement Superman règne sur une union soviétique internationale, le socialisme est la norme, seuls les Etats-Unis et le Chili veulent encore du capitalisme et sont en proie à des émeutes en permanence. Ouah, la guerre froide dans un miroir, tsé, le monde à l’envers.
Sauf que Lex Luthor veille. Après diverses crises sociales, il est élu président, prend le contrôle de l’économie en 2001 «jusqu’au dernier dollar», bloque tout commerce avec l’étranger et fait remonter le niveau de vie de tout le monde, de façon incroyable. Il double le niveau de vie de janvier à février, puis il le double à nouveau de février à mars. WTF. En Avril, Luthor atteint le Plein Emploi, Mai, il a éradiqué le problème des SDFs et en Juin, les 14 états qui avaient fait sécession lors de la guerre de 1986 reviennent sous le contrôle de la maison blanche. Il est approuvé à 100% par le peuple, en SIX MOIS il a relevé le pays, qui était précédemment au bord de la famine.
WTF.
Luthor, plus tôt dans l'histoire avait donné à Olsen une formule pour "équilibrer le budget" et promettait un "remède permanent contre l'inflation". C'est cool, et explicite et tout. Sauf qu'on ne nous montre rien, en fait.

(Il dit même avoir amené l’économie la plus prospère depuis 1776, date de publication de la Richesse des Nations d’Adam Smith. Oh Irony.)
Ceci met en péril la réussite de l’union mondiale de Superman qui comptait sur l’effondrement rapide des USA, puisqu’il ne voulait pas attenter à ses principes, il ne voulait pas verser le sang, puisque sa conquête jusque là était pacifique.
Après avoir lancé une attaque inutile de Green Lantern, Luthor déclenche la contre-attaque de Superman et Brainiac, qui décident finalement d’envahir les états-unis puisque la guerre, calcule Brainiac est inévitable, et que le nombre de morts (estimés à 6.5mio) doublerait toutes les heures durant lesquelles Superman délaye la décision.
Ils attaquent, vainquent sans peine les Greens Lanterns et les Amazones, Brainiac et Superman se retrouvent à la maison blanche pour prendre le contrôle du pays, mais il reste une dernière chose : Lois Luthor (ex-Lane) a une lettre pour Supes. Luthor l’a écrite, pour résumer tout ce que Superman hait et craint à propos de lui-même.
Il la lit : «Why don’t you just put the whole WORLD in a bottle, Superman ?»
Il s’effondre «OH MY GOD WHAT HAVE I DONE» et décide de décommander l’attaque. Il dit à Brainiac qu’il est pareil que lui : un alien qui tire son pouvoir de sa superiorité physique. Il dit n’avoir pas à intervenir puisqu’il n’est pas né ici. Brainiac refuse et se retourne contre lui, disant qu’ils sont au bord de l’utopie, que c’est leur devoir, etc.
(Je trouve la réaction de Supes exagérée, franchement. Mais bon, admettons.)
Luthor, qui avait été avalé par Brainiac, coupe le courant. Superman détruit le CPU de Brainiac, mais ça enclenche un compte à rebours jusqu’à sa destruction. Or, il est propulsé par des trous noirs, donc ça va mal se passer. Supes le prend très loin et explose avec.

Libérée de Superman, l’URSS mondiale sombre dans le chaos, jusqu’à ce que les Batmen (qui faisaient principalement péter des trucs) ramènent un semblant d’ordre. Luthor crée un «brand new style» de gouvernement, que bien sûr on ne va pas se fatiguer à nous décrire.
Ensuite, il éradique le cancer et le SIDA (véridique) ainsi que le diabète et la cécité. A 75 ans, Luthor est parti à la retraite et il a créé un gouvernement mondial composé d’artistes, d’écrivains et de scientifiques. Ensuite, quand il, eut 120 ans, le système solaire avait été colonisé, et l’homme ordinaire vivrait 800 ans (comment ils le savent si ça fait que 120 ans ?)
A l’aube du quatrième millénaire, Luthor est toujours là, dans une chambre cryogénique. Voilà. Et il meurt. Ensuite sa dynastie guide l’humanité vers le progrès, parce que l’intelligence est bien sûr génétique.
D'ailleurs, ironie, on voit à la fin que la terre devient Krypton et que Jor-L et donc Superman étaient en fait des descendants très lointains de Luthor. Le Conseil ne voulant pas écouter Jor-L sur l'imminence de l'explosion du soleil, celui-ci envoie Superman dans le passé, histoire qu'il rende le monde meilleur et n'aboutisse pas à l'apathie satisfaite du Conseil. Boum, le soleil explose, et Superman arrive en Ukraine en 1938. Ironie : Superman était en fait humain, et c'est grâce au chemin sur lequel Luthor a mis l'humanité que celui-ci avait ces pouvoirs.
Jor-L dit de son fils qu'est né dans un monde "with nothing else to conquer" d'où l'apathie. Les membres du conseil n'ont "rien d'autre à faire que de mourir. La morale reste celle-ci : un monde trop parfait c'est mal. Il faut du crime, de la mort, des trucs comme ça, sinon qu'est-ce qu'on se ferait chier, hein.
Ca me rappelle un épisode des Super-Nanas, See Me Feel Me Gnomey lui aussi accuser de critiquer le communisme, on y voyait un nain rouge supprimer le crime en échange des pouvoirs des Super Nanas. Sauf que la morale c'est qu'il n' y a pas de bien s'il n'y a pas de mal, donc les bébés brutalisés, les gens tués et volés, c'est pour le bien de tous.
On voyait d'ailleurs le professeur Utonium, chantant que les gens renonçaient à la liberté pour la sécurité matérielle, et à toute individualité. Ce faisant il tranche un jambon dont le gras marquait l'argent(la richesse, je suppose ?), une maison (la propriété privée) et deux personnes se tenant la main, donc les liens familiaux, trois choses qu'on accuserait le socialisme de dévoyer voire d'éradiquer. (15'15-15'20)
Bref.
Superman dit qu’il a échoué à faire confiance à l’humanité pour innover, que l’absence de liberté a empêché ces progrès et qu’au fond l’humanité aurait pu se débrouiller toute seule.
Ca pourrait être la fable libérale et libertaire classique : une utopie sans liberté ne vaut pas la peine, sauf que ce n’est pas tout à fait le cas. On l’a dit, le libéralisme est une théodicée. Une théodicée, c’est la discipline théologique de l’excuse de Dieu. On cherche des causes ou des excuses à l’existence du mal. On dit que la pauvreté et tout ça n’est qu’un moindre mal dans le développement de l’espèce humaine, donc arrête de chialer sale morveux, parce que d’ici quelques années on vivra tous 800 ans et je vais faire quadrupler le PIB.
Je comprends bien l’idée : on a besoin de liberté pour développer des innovations. Mais en quoi donner du pain aux pauvres empêche-t-il d’inventer l’immortalité ? En quoi le crime et les accidents contribuent-ils à l’expansion de l’humanité dans le système solaire ? En quoi supprimer ces maux évidents empêche-t-il l’avènement d’une technologie meilleure ?
Ce n’est pas explicité.
De même on dit que l’homme sait très bien se démerder, mais il ne s’agit pas de l’idée libérale que chacun n’aurait qu’à faire ce qu’il veut pour qu’une harmonie préétablie, la meilleure configuration possible émerge des intérêts divergents : Lex Luthor parvient à ces merveilles grâce à une économie planifiée au dernier degré et un gouvernement mondial.
Superman gère l’économie du monde ? Bouh, c’est mal. Lex Luthor gère l’économie du monde ? Yop-di-doo, all hail Luthor.
C’est libertaire mais pas libéral.
D’ailleurs on nous montre que Superman change les rebelles en robots, en leur implantant un truc dans le cerveau qui modifie leur personnalité, c’est horrible, est-on sensé s’exclamer.
Mais de l’autre côté, Lex Luthor a tué tous ses collaborateurs sur un caprice. Donc bon.
C’est la même manoeuvre : changer les gens en robots pour les réintroduire dans la société, c’est mal, les implants en fer dans le cerveau, c’est mal, donc on va en conclure quoi ? Que l’économie planifiée c’est mal ? Non — Luthor lui doit ses succès tout comme Supes — juste que l’absence de liberté c’est mal, d’ailleurs là est la raison du gouvernement mondial d’artistes de Luthor. C’est pas mauvais si c’est des artistes fantasques et forcément libres d’esprits qui gèrent le monde.
Le point Tu Changes des Gens en Robots est là comme pour dans RTD, rajouter un truc répulsif juste pour nous dégoûter d’une option.
Alors qu’il était inutile. On aurait pu garder le concept soviétique, des goulags pour les réfractaires. Ca suit la même idée de réinsertion dans la société. Imaginons qu’il mette à part tous les rebelles dans des sociétés parallèles, qu’il les mette au travail, qu’il rende cela supportable voire confortable bien sûr, voire qu’il les laisse choisir leur travail. Un goulag soft(Comme dans Kingdom Come quoi). On aurait les mêmes problèmes, et plus de cohérence historique, sans pour autant avoir l’aspect intrinséquement maléfique de la trépanation cybernétique.

Et surtout on ne nous montre pas pourquoi ni comment Luthor réussit ces tours de force là où Superman n'y arrivait pas. On n'explique simplement pas. On nous dit "Luthor a réussi ça, c'est la preuve qu'il avait raison". Hail to the chief, America fuck yeah.


P.S. : pourquoi toutes ces histoires qui concluent "le mal est nécessaire" ? Je pense simplement qu'en fiction, le mal est intéressant, et raconter les utopies est barbant, donc on met du mal partout, confondant l'intradiégétique et l'extradiégétique ; l'intérieur et l'extérieur de l'histoire, alors que la morale devrait précisément avoir une portée hors de l'histoire, c'est son but.
P.P.S. (25 juin) : Typhon mentionne que Scott Alexander en parlait sur son ancien blog, avec plus d'intelligence et de concision que moi, ici et là. Etant donné que je suivais ledit blog, notamment grâce à Typhon, on peut supposer que j'avais lu tout ça, digéré, et revomi ici en me sentant original.
Si c'est le cas, j'ai tout oublié au point de rire en relisant:
It was (appropriately enough) in a paper on John Rawls that I first read the phrase "rigging a thought experiment". And that's exactly what's going on here. You set up a thought experiment - what would happen if instead of keeping criminals in prison for a decade or two, we could just delete the ability to be violent from their brains? And this is an interesting thought experiment, and one could go on in detail about the implications for free will and personal identity how those criminals think of themselves. The only problem is, at the end of all of that, some people might think "Well, if it would save people decades in prison where they usually get physically and sexually abused and turned into even worse criminals, and it would make them productive members of society and save the lives of their future victims, I guess I'm okay with the free will implications". So instead of touching on any of that, Burgess just makes the technology destroy music and joy and personality so we know it's evil.
Dammit.
Réminiscence, j'écris ton nom.

3 commentaires:

  1. J'ai déjà lu tout ça quelque part.

    http://squid314.livejournal.com/308666.html
    http://squid314.livejournal.com/308872.html

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    1. J'ai pas souvenance d'avoir lu ces billets-là, mais peut-être que je les ai digérés et recrachés inconsciemment.
      Bizarre.

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    2. Tout dépends depuis combien de temps tu le suis, et jusqu'où tu as eu la patience de plonger dans les archives.
      Ça fait 9 ans que ce blog existe, quand même. Je crois que même moi je l'ai pas lu en entier, malgré tout mes efforts.
      En outre, il y a plein de billets intéressants, difficile de tous se les rappeler.

      Typhon

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.