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jeudi 6 juin 2013

Le Docteur serait humaniste v. 1.2


...Quoique ça veuille bien signifier.
Je tombe sur beaucoup de gens qui disent que Doctor Who est une série «humaniste». Au-delà du galvaudage du terme, usité à tort et à travers, je pense que c’est problématique.

N.b. Je vais mettre cet article à jour, au fur et à mesure de mes visionnages/revisionnages/reflexionnages sur la série.


Admettons, d’accord, le Docteur est fou de l’humanité, il est fier de ses capacités, et la croit destinée à de grandes choses, au meilleur comme au pire, d’accord. Il est pour la liberté des individus et combat toute forme d’oppression, d’accord. Pour beaucoup de gens «humaniste» ça veut juste dire «il aime les humains». Ici par exemple, article qui pense le docteur comme un «secular humanist» mais qui ne traite pas ses liens avec la religion.(?)
Ou : «on y retrouve retranscrit ce si fort attachement du Docteur à l'Humanité, dans lequel se mêle un optimisme enthousiaste communicatif.»
Sauf que pour d’autres, vu le contexte de la Renaissance dans lequel émerge l’humanisme qu’on apprend à l’école, celui dans lequel on jette pêle-mêle Érasme, Rabelais et De Vinci, s’affirme surtout dans le rejet de l’autorité religieuse arbitraire et restrictive pour laisser place à l’auto-détermination. Du coup, être humaniste c’est juste être anti-religion et arbitraire. Dans cet article, principalement :
«What does remain true to this day, however, is how the Doctor remains a hero who prizes knowledge and individuality in thought and action, who abhors despots, conformity and the external imposition of control – whether it’s on a planet, a people or a single mind. Such an innately liberal slant should hardly be surprising, given the similar cultural position of the institution that makes it – the British Broadcasting Corporation. From sun-worshipping cavemen in its first broadcast story (100,000 BC in1963) to the “fish people” of Atlantis (Enemy of the World, 1967); from the murderous religious wars in 16th century France (The Massacre of St Bartholomew’s Eve, 1966) to the Exxilons worshiping the sentient city built by their own space-travelling ancestors (Death to the Daleks, 1974), it’s arguable that religious belief has never been shown in a favourable light in Doctor Who.
At best, it’s presented as the misinterpretation of technology and science (for example, Face of Evil, 1977); at worst, faith is shown to be a potentially fatal weakness (The Curse of Fenric, 1989 and The God Complex, 2011) while dogma is frequently a source for brutal social oppression and control (Planet of Fire, 1984). »
(Ca vient du freethinker «the voice of atheism since 1881», donc voilà, c’est orienté.)

The God Complex.

Booon, je connais pas les vieux épisodes, alors admettons-les aveuglément.
Mais au contraire, dans la nouvelle série, je pense que les chrétiens futurs, dans Time of Angels (2011) notamment, sont vus assez favorablement, organisés en petites escouades vaillantes et courageuses, pleines d’esprit de sacrifice (d’ailleurs ils meurent tous). En outre, dans The God Complex, la foi n’est vue comme négative que parce qu’ils tombent sur une créature qui s’en nourrit. Tout au long de l’épisode, le Docteur, au contraire, invite tous les prisonniers de «l’hôtel» à se concentrer sur ce qui les fait tenir, sur leur foi la plus fondamentale. Ce faisant, il provoque leur mort, et conclut l’épisode par dire à Amy qu’elle doit abandonner sa foi indéfectible en lui s’ils veulent s’échapper.

«Lose you faith in me. I took you with me because I was vain. Because I wanted to be adored.»

J’aime beaucoup cette réplique, parce qu’elle questionne une vanité moins mise en exergue : qu’il a un égo un peu démesuré. Son espèce faisant qu’à chaque mort il doit abandonner une grande part de sa personnalité n’aide pas. Le Dixième Docteur était parmi les plus vaniteux : il a refusé de se régénérer dans The Stolen Earth & Journey’s End, utilisant sa main et un gros plot twist pourri pour pouvoir se régénérer à l’identique. Et dans The End of Time, bien sûr, il ne voulait toujours pas partir.

Le Docteur se prendrait pour Dieu

Du coup, la vanité résiduelle du Onzième irait beaucoup mieux avec Tennant, mais soit. Et je préfère qu’on attaque également la vanité du Docteur sous l’angle du «Je prends des humaines londoniennes de vingt ans avec des seins dans mon vaisseau pour me faire admirer» plutôt que le CLASSIQUE «Oh regardez, il sauve des gens, c’est mal, il a trop de pouvoir.» Au bout d’un moment c’est gavant que des scénaristes en manque d’imagination se mettent à dire «Hé, tu sauves des gens, tu as des superpouvoirs mais tu te prendrais pas un peu pour Dieu ? Ouhlala cette tentation prométhéenne.»
Quand c’est bien fait, type Kingdom Come, qu’on interroge vraiment le statut quasiment omnipotent de la Ligue des Justiciers, et sa volonté d’hégémonie et de contrôle du monde, pourquoi pas. Quand c’est simplement que chaque méchant, chaque gentil, chaque connard vient dire au Docteur : «hééééé tu te prends pour Dieu !!!!! C’est mal !!!!!» non, c’est à chier contre les murs. Arrêtez de faire chier, les pompiers ne se prenennent pas pour des dieux, les médecins ne se prennent pas pour des dieux.

Je veux dire regardez, le nombre d’occurences.
Dans The Waters of Mars : Il sauve Adelaide Brooke, alors que sa mort sur Mars était un point fixe dans le temps et l’espace que même les Daleks, apparemment n’ont pas osé toucher, l’épargnant. Par contre, le Docteur le fait et s’auto-proclame «Victorious Time Lord», après tout, vu qu’il est le dernier des Timelords (tout comme Superman était le dernier des Kryptoniens, hahahahahah. Haha.) il a le pouvoir absolu sur l’histoire et peut en faire ce qu’il veut, puisque c’était le rôle des timelords d’être des espèces de connards divins qui régissent l’histoire depuis leur bulle temporelle alors que le Docteur, justement, veut aider les gens, et pas suivre le «sens de l’histoire» ou autre théorie auto-validatoire des évènements «ça devait arriver» n’est pas une excuse, en somme. Il veut refaçonner l’histoire à la mesure de son pouvoir, de sa compassion, et de ses convictions, tant mieux :
«I'm not just a Time Lord, I'm the Last of the Time Lords. It’ll never come back, not now. I've got a TARDIS. Same old life, last of the Time Lords. And they died, took it all with them. The walls of reality closed, the worlds were sealed, gone forever. 'The Time Lords skept their eye on everything. And it's gone now. But they died, the Time Lords! All of them, they died! I'm the last of the Time Lords.»
«DOCTOR : For a long time now, I thought I was just a survivor, but I'm not. I'm the winner. That's who I am. The Time Lord Victorious.
ADELAIDE: And there's no-one to stop you?
DOCTOR: No.
ADELAIDE: This is wrong, Doctor. I don't care who you are. The Time Lord Victorious is wrong.»
(Waters of Mars)
…Mais pourquoi ? C’est ce qu’il a fait, toujours fait, et il continue juste à le faire, juste dit plus crûment. Il a déjà sauvé des gens à Pompéi, justement, d’une catastrophe inéluctable, là c’est pareil. Sauf que la capitaine de l’expédition se suicide chez elle, juste après parce qu’elle estime que c’est «mal» qu’elle ait survécu ? Mais elle est complétement conne. En outre, elle était sur Mars cinq minutes avant, on va retrouver son corps chez elle, c’est pas hyper suspect ? J’entends, on a déjà UN MILLIARD de mecs qui croient qu’on n’a pas été sur la lune. Ajoutez à ça que la capitaine de l’expédition, censée être sur Mars se retrouve sur Terre instantanément, tout le monde croira à la supercherie, et à juste titre, étant donné qu’en l’absence de voyage dans le temps ou de téléportation ça semble l’hypothèse la plus plausible. Ca ne va pas faire reprendre le cours de l’histoire, ça ne répare rien, non, ça va probablement peiner la rechercher spatiale plus qu’autre chose.

Dans Boom Town (1x11), la Slitheen qu’il promet à la mort en la ramenant sur sa planète natale lui dit :
«MARGARET : I almost feel better about being defeated. I never stood a chance. This is the technology of the gods.
DOCTOR: Don't worship me - I'd make a very bad god. You wouldn't get a day off, for starters. Jack, how we doing, big fella?»
Mais surtout :
«MARGARET: I promise you I've changed since we last met, Doctor. There was this girl, just today. A young thing, something of a danger. She was getting too close. I felt the blood lust rising, just as the family taught me, I was going to kill her without a thought. And then I stopped. She's alive somewhere right now. She's walking around this city because I can change. I did change. I know I can't prove it
DOCTOR: I believe you.
MARGARET: Then you know I'm capable of better.
DOCTOR: It doesn't mean anything.
MARGARET: I spared her life.
DOCTOR: You let one of them go, but that's nothing new. Every now and then, a little victim's spared because she smiled, because he's got freckles, because they begged. And that's how you live with yourself. That's how you slaughter millions. Because once in a while, on a whim, if the wind's in the right direction, you happen to be kind.
MARGARET: Only a killer would know that. Is that right? From what I've seen, your funny little happy go lucky little life leaves devastation in its wake. Always moving on because you dare not look back. Playing with so many peoples lives, you might as well be a god. And you're right, Doctor. You're absolutely right. Sometimes you let one go. Let me go.»

En outre, la prophétie de the Face of Boe, parle de lui en tant que «lonely god».
Et j’avoue que j’aimais bien cet épisode, puisqu’il abordait franchement la question de la peine de mort : le Docteur ne s’estime pas bon juge pour une Slitheen, mais la livrer aux siens équivaut à la tuer, ce qui est contraire à ses principes et traite, en définitive, du respect des cultures : laisse-t-on les Slitheen juger leurs criminels comme ils l’entendent, même si on ne veut pas cela ? A-t-on le droit d’intervenir ? Et pour une fois, effectivement, il s’agit de peine de mort et pas de la mort accidentelle que le héros donne au méchant en contrecarrant son plan diabolique. Regardez Davros :
«Never forget, Doctor, you did this! I name you forever: You are the Destroyer of Worlds!» (Journey's End, 3x13)
Oui, bon, il a détruit ton vaisseau, alors que tu voulais détruire la totalité de l’Univers, réalité parallèles comprises, à l’exception des Daleks, c’est NORMAL, ho, on va pas s’appitoyer.

Adoration réelle du Docteur comme un Dieu, et religion réelle.


Surtout que quand le Docteur est vraiment traité comme une divinité, ça n’est pas problématisé. Par exemple dans The Sound of Drums(3x13), quand toute l’humanité crie «Docteur ! Docteur !» et pense très fort à lui, en priant, ça active un réseau télépathique de merde qui… Euh… Lui fait retrouver la santé, subitement pour cause de magie, dans un halo de lumière messianique ? Comment tu pouvais prévoir un truc pareil ? Rargh.
Dans The Fires of Pompei (4x2), il est adoré, sur un autel familial Romain en tant que «Dieu du Temps» par la famille qu’il a sauvé de l’éruption, mais ça on s’en fout, quoi. C’est de l’adoration pure et simple, mais ça, c’est mignon, alors que sauver des gens, CA c’est la marque de l’orgueil diabolique.
Dans The Impossible Astronaut (6x1), on apprend que les statues de l'île de Pâques représentent de Onzième Docteur, parce qu'ils l'adoraient, au sens religieux (worship) :

River Song: All right, then. Where are we? Have we done Easter Island yet?
The Doctor: Um, yes! I've got Easter Island!
River Song: They worshiped you there. Have you seen the statues?


Mais là, par contre, c'est que du bonheur, que de la joie.
Par contre, sauver des gens, oulala, c'est se prendre pour Dieu.

L'humaniste, mais qui prend l'humanité pour des assistés

Bref,
The God Complex n’a pas mis fin au fait que le Docteur n’arrête pas de sauver des gens, c’est le concept même de la série : je débarque, je comprends tous vos problèmes géopolitiques et scientifiques, je les répare et je repars pour le thé. Quand bien même, on le fait partir à la retraite de temps en temps, pour le faire revenir, ainsi après The Angels Take Manhattan, retiré à Londres. Tu comprends : «Vous étiez le meilleur, on a besoin de vous ! — Non, petit, je suis à la retraite maintenant, kof kof, too ol’ for this shit.» et s’il l’évoque et donne son titre à l’épisode, ça prend seulement deux lignes :

«The Doctor: Rita! Brilliant! How are you? Not panicking, are you? Good. Good. 'Cause I am literally an ostrich's toenail away from getting us out of here.
Rita: Why?
The Doctor: Excellent question. Excellent question. Why what?
Rita: Why is it up to you to save us? That's quite a God Complex you have there.»

Au fond c’est une bonne question : tu n’as PLUS ta machine à remonter le temps, tu n’as pas de turbo-lasers, et la technologie ici en jeu te dépasse au point que tu n’est pas plus puissant que les autres personnes en danger. Alors pourquoi prétendre que TU vas les sauver ? Ils sont adultes, ils peuvent se démerder pour mourir tout seul, merci.
Et MERCI RITA d’avoir justement pointé ça. Le problème n’est pas que tu te «prends pour Dieu», mais que la série infantilise les personnages secondaires, voire ses companions. Qu’il sauve les gens à Pompéi ou sur Mars avec sa machine à voyager dans le temps, quand il faut s’échapper d’un endroit dangereux, soit. Qu’il s’oppose aux Daleks et aux Cybermen, qu’il connait mieux que tout le monde, soit, mais la plupart du temps, il prends les rênes des opérations, alors qu’il ne connait rien à la situation, et très souvent l’empire, jusqu’à buter tout le monde sauf ses proches, puis il repart. (The God Complex en est exemplaire : tout le monde meurt sauf Amy Rory et le Docteur)
Et pour être «humaniste», il ne suffit pas de choisir ses partenaires sexuels sur terre, non, il faut vraiment croire aux capacités de l’humanité à se démerder, à sa beauté, sa science, sa morale, etc.

Ah oui,je parle pas d'eux parce que voilà.

Ce qu’il fait. Maaaiiis... De jure, disons. Dans le discours. Pas forcément dans ses actes. De la même manière qu’on dit que les Zocci sont incroyables (The End of Time, part 2) alors que tout ce qu’on a vu d’eux c’est un petit cyborg rouge qui meurt, et ne fait pas grand chose. (Voyage of the Damned) Le Show Don’t Tell est un GROS SOUCI de Doctor Who. On n’arrête pas de dire les capacités des gens, on ne les montre pas. On se contente de répéter que tel ou tel est fantastique et que tel ou tel est maléfique, sans jamais problématiser leurs actions, d’où le potentiel quand on parle du Docteur en Time Lord Victorious, et qu’on retourne le discours pour montrer que d’un certain point de vue, il est méchant. Ouuuh, le relativisme. Ouuuh, le mindfuck ultime.
Pourquoi ? Hé bien, suivant l’hypothèse de Diamanda Hagan, on peut raisonnablement estimer que Russel T. Davies et Steven Moffat ont été marqué semble-t-il par le discours de Tom Baker sur l’humanité et son potentiel incroyable et on tenté de le reproduire à de multiples reprises :
«Homo sapiens. What an inventive, invincible species. It’s only a few million years since they crawled up out of the mud and learned to walk. Puny, defenseless bipeds. They’ve survived flood, famine and plague. They’ve survived cosmic wars and holocausts. And now, here they are, out among the stars, waiting to begin a new life. Ready to outsit eternity. They’re indomitable. Indomitable.» (The Ark in Space (12x2))
Genre le Dixième Docteur :
«Well, yeah, you could, yeah. You could do that, of course you could. But why? Look at these people, these human beings. Consider their potential. From the day they arrive on the planet, blinking step into the sun. There is more to be seen than can ever be seen. More to do than... No, hold on. Sorry, that's the Lion King. But the point still stands. Leave them alone!» (The Christmas Invasion, 2x0, Christmas Special)

Alors qu’avant c’était un peu plus contrasté, même pour Tom Baker:

«[About humans] Your ancestors have a talent for self-destruction, but it borders on genius!» (Image of the Fendhal (15x3))
«The Doctor: You humans have got such limited, little minds. I don't know why I like you so much.
Sarah: Because you have such good taste.
The Doctor:....That's true! That's very true!» (The Masque of Mandragora (14x1))
«It may be irrational of me, but human beings are my favorite species.» (The Ark in Space (12x2))

Manifestations religieuses et spirituelles dans Doctor Who


Bref, pour terminer, je dois dire qu’il y a tout de même une espèce de tendance anti-religieuse et anti-magie dans Doctor Who. Tout est explicité, les pouvoirs magiques ont une base scientifique. Même les dieux sont faits d’atomes, pourrait-on dire, parodiant Epicure. Mais d’un autre côté, les composantes spirituelles non-matérielles sont remises au goût du jour : Amy doit faire revenir Rory à la vie en se rappelant de lui, la mémoire fondant la réalité, et c’est parce qu’elle se souvient du Docteur qu’il peut parvenir à passer au travers du Big Bang(The Big Bang, 5x13).
Cela s'accompagne d'une remise en valeur de la religion.
Dans Gridlock (3x3), les humains enfermés dans le réseau automobile souterrain chantent en choeur un sorte de chant religieux, une prière même, qui leur permet de garder espoir : "On a hill, far away, stood an old, rugged cross, the emblem of suffering and shame. And I love that old cross, where the dearest and best for a world of lost sinners was slain. So I'll cherish the old rugged cross, till my trophies at last I lay down. I will cling to the old rugged cross, and exchange it some day for a crown." Et à la fin de l'épisode "Fast falls the eventide. / The darkness deepens / Lord, with me abide. When other helpers fail". Vous pouvez tenter de me faire croire que ce n'est pas un chant chrétien, mais je pense que vous aurez de la peine.
En outre, Martha met sur le même plan cette chanson et sa foi dans le Docteur :
It is, though, because you haven't seen the things he can do. Honestly, just trust me, both of you. You've got your faith, you've got your songs and your hymns, and I've got the Doctor.
Dans The Time of Angels/Flesh and Stone (5x4-5) on l'a dit, les chrétiens sont des gros badass militarisés, qui aident le Docteur, qui ne semble pas les juger négativement("It's the fifty first Century. The Church has moved on.").
Dans The Rings of Akhaten (7x8), les habitants d’un système planétaire vénèrent un certain Dieu, notamment via la prière chantée d’une petite fille, la Reine des Années, apostolat héréditaire. Au cours du chant, de multiples objets à valeur sentimentale sont sacrifiés pour le Dieu. Au final, on découvre que le dieu était en fait le soleil, quand un visage se manifeste dessus (ben oui, il faut pas croire que toute forme de vie est basée sur le carbone, mais par contre elles ont des visages). Clara finit par le vaincre en le surchargeant d’émotion avec les potentialités infinies contenues dans la feuille d’érable qui a réuni ses parents dans une scène typique de toute comédie romantique(il me faudrait d’ailleurs un GIF «THE FEELS» avec cette scène).

Là, l’adoration est décriée, parce que le Dieu ne fait qu’exploiter ce peuple, et clairement vaincue, mais ce n'est pas simplement de l’humanisme séculier, y’a une grosse part de «on sait jamais, pourrait bien y’avoir un dieu ou quequ’chose du genre, hein, et le pouvoir de l’amour». Surtout quand le Docteur a basiquement rencontré Satan (The Satan Pit, 2x8-9, j’en parlais ici). Si l'on me permet de me citer sans honte :
Bon, on revient sans cesse sur le fait que le Diable ne serait qu'une idée, et qu'on ne pourrait pas tuer une idée. Cependant j'ai une question : si le Diable a pu posséder les Oods et Toby juste avec deux trois fragments de poterie maléfiques, à quoi servait cette prison, vu que son esprit peut s'échapper ?
Et puis, là, on arrive à l'inconscient collectif. Notre Gallifréen préféré demande au Diable "quel Diable êtes-vous ? Parce que vous savez, il y a beaucoup de religions depuis que vous êtes partis – Je suis tous ces diables." En outre il dit plus loin qu'il a été combattu "avant le temps" et notre Time Lord conclut qu'il serait "the thought at the back of every sentient mind", genre qu'il aurait marqué l'univers tellement fort que chaque esprit en garderait la trace. "Il y a des représentations de dieux cornus maléfiques partout dans l'univers", nous dit le Docteur. "Peut-être que c'est de là que vient l'idée."
…Euh, déjà sur terre y'en a pas beaucoup.
Certes, il y a des êtres maléfiques dans de nombreuses mythologies, me dira-t-on. Moui, mais des cornus rouges entièrement voués au mal et qui cherchent à y faire plonger l'humanité ? La plupart des méchants des différentes mythologies que j'ai pu aborder ne cherchent absolument pas à être vénérés par l'humanité (tout de même caractéristique du diable, j'imagine. On voit dans ce double-épisode plusieurs références au fait que les Ood le vénèrent), voire s'en foutent complètement de l'humanité. Le Typhon grec, les titans, les géants sont-ils des diables ? Que font-ils de mal à part s'en prendre aux dieux ? Typhon coupe les tendons de Zeus, mais jamais il n'entre en contact avec l'humanité, de même les titans ne sauraient être si maléfiques, puisque les dieux en descendent. Les Asura hindoux sont certes maléfiques et il arrive qu'ils passent leur temps à perturber les sacrifices, kidnapper des donzelles, etc. Mais jamais ils ne cherchent à détourner le culte des dieux, ni à ce qu'on leur sacrifie (à ma connaissance) alors que la caractéristique essentielle du diable c'est qu'il cherche à détourner l'humanité de dieu.
D'ailleurs dans l'épopée du nain Vamana (un des avatars de Vishnu) celui-ci se présente devant les Asuras alors qu'ils sont en train de prendre le contrôle du monde et les interrompt… Quand ils sont en train de faire un sacrifice ! A qui sacrifient-ils, vu qu'ils combattent les dieux ? (au-delà du fait que le sacrifice védique a une efficacité intrinsèque, sans égards aux dieux, mais passons) Et s'ils sont si maléfiques, pourquoi les voit on effectuer un sacrifice, acte pieux, et l'apanage des brahmanes ? En outre, Vamana requiert un cadeau des Asuras, puisqu'il est brahmane, ils y consentent. Donc les méchants respectent les brahmanes aussi ? Bref, les asuras sont plus les antagonistes des dieux que des personnages réellement maléfiques. Certains reçoivent même des dons de Brahma pour leur ascèse et leur bonté (l'immortalité ou des trucs du genre). En outre n'avoir qu'un seul être maléfique est très très rare. Les plus courant, c'est des dieux farceurs/chaotiques, type Loki. Ou alors des monstres énormes et inhumains, mais le plus souvent vaincus avant le commencement des temps (et bien souvent leur corps sert à construire le monde, une fois démembré)..
En outre, il cite plusieurs termes, émanant de plusieurs planètes, mais le seul terme terrestre c'est "satan". Pas le Typhon grec, aucun nom de Rakshasa hindou... La religion Zoulou, j'en parle même pas ! C'est Satan ! Bim, chrétien.
Et les incohérences du type : "je me suis fait enchaîner ici avant le commencement des temps par des mecs hyper balèzes, par contre y'a des peintures de petits bonhommes sur les murs" je les pardonne souvent, mais là, bof, y'avait plus rien à sauver.
Un des Oods en transe, récite : "Some may call him Abaddon. Some may call him Kroptor. Some may call him Satan..."
Et surtout, dans la cafétéria : "The Beast and his Armies shall rise from the Pit to make war against God." OKAY LES MECS
Et les récurrences du chiffre 666, COME ON ! C'est de la théologie, point barre.
Disons Doctor Who trouve parfois des excuses à ses penchants universalistes : tout l'univers parle anglais parce que le Tardis traduit. Tout l'univers abrite des forme de vie humanoides parce que les Timelords ont imprimé leur forme sur le temps même. Mais là, si Satan est vraiment "la pensée primitive à la base de toute forme de pensée" dans tout l'univers, ça rejoint les théories de Jung sur l'inconscient collectif, ou le "cerveau reptilien", et ça m'énerve. Si il est vraiment à la BASE de tout esprit, c'est difficile d'imaginer que des gens puissent y échapper et faire des mythes sans y penser.
Autrement dit : si Satan est présent dans tous les esprits, POURQUOI seuls les juifs, chrétiens, et musulmans, l'auraient mis dans leurs mythes et pas les autres ? Deux réponses. Soit
  1. Doctor Who refuse la catégorie de "religion" au shintoisme*, à l'hindouisme, à la religion égyptienne antique, à la religion grecque, aux religions nordiques, etc. pour ne l'accorder qu'aux "trois grands monothéismes". C'est dramatique, puisque réducteur et profondément ethnocentrique.
  2. Cette théorie ne fonctionne pas, puisqu'elle se passe sur notre Terre, on ne peut pas en négliger les conditions fondamentales.
"Tout le monde croit en Satan" c'est gros comme la pluie ; principalement quand il est lié à une guerre contre les "fils de la lumière", qu'on parle de "guerre contre dieu", et tout et tout. On parle de choses UNIVERSELLES mais au fond, on reste monstrueusement chrétiens ! Et ça c'est terrible, que même en décrivant le fin fond des étoiles on reste chrétiens, ça montre un manque d'imagination, je trouve. Bref, ça veut dire quoi, que ce démon a inspiré des légendes à travers tout l'univers mais que seule la religion chrétienne a "capté" ses ondes maléfiques et en a fait des mythes ? Qu'il y a toujours une vérité derrière le mythe ? Que seuls les chrétiens ont raison ?
Parce que, oui, fournir de la réalité à un mythe c'est admettre que ses producteurs ont raison et que les autres ont torts.
Et ce n'est pas le rôle d'une série de science-fiction de pontifier de la théologie, à mon sens. Du moins, ce n'est pas pour cela que je regarde Doctor Who.

Sur the Rings of Akahten, toujours :
Pour autant, ce qui est critiqué ce n'est pas l'adoration religieuse, de la même manière, le chant religieux est admiré pour sa beauté par le docteur et est montré comme une source de cohésion sociale légitime, cependant que l'exploitation elle-même est critiquée. C'est une critique du sacrifice, de l'exploitation, pas de la croyance :
Can you hear them? All these people who've lived in terror of you and your judgement? All these people whose ancestors devoted themselves, sacrificed themselves, to you. Can you hear them singing? Oh, you like to thing you're a god. But you're not a god. You're just a parasite eaten out with jealousy and envy and longing for the lives of others. You feed on them. On the memory of love and loss and birth and death and joy and sorrow.
Peut-on pour autant dire que c'est une supercherie ? Non : la religion disait que si l'adoration cessait, que la chanson était mal faite par la Reine des Années, un Dieu-Soleil détruirait les Anneaux d'Akhaten, ce qui est en train de se passer. Tout était fondé sur quelque chose de réel : le soleil exploitait effectivement ces gens, mais ce n'est pas montré comme quelque chose de faux.
Dans the God Complex, la foi n'est négative que parce qu'il y a une créature maléfique qui s'en nourrit, de même ici le sacrifice n'est mauvais que parce qu'il y a une autre créature maléfique qui s'en nourrit. Ce sont deux cas trop particuliers pour y voir une condamnation générale de la religion.
De la même manière, dans The Crimson Horror (7x12) on voit une prêcheuse qui parle d'Apocalypse et de rigueur morale, amener des gens dans ses phalanstères où, dit-elle, ils seront sauvés du péché lorsque la fin des temps arrivera. On peut dire que c'est vu négativement, mais c'est surtout le fait qu'elle embaume les gens et les mette sous cloche qui semble maléfique.
Et remarquez : elle prêche la fin du monde, mais elle y croit, puisque justement elle fait tout ce qu'elle peut pour la déclencher.
Pour autant on ne sombre pas dans le sentimentalisme niais, enfin, pas toujours :
«Craig: The Cybermen. They blew up. I blew ‘em up with love.
The Doctor: No. That’s impossible. And also grossly sentimental and over-simplistic. You destroyed them because of the deeply-ingrained hereditary human trait to protect one’s own genes. Which in turn triggered a… a… Um. Yeah. Love. You blew them up with love.» (Closing Time, 6x12)
Ensuite, ce n'est ni religieux, ni spirituel, mais ça s'oppose certainement à la raison raisonnante suprême des athées susmentionnés. La Magie dans The Shakespeare Code (3x2) :
DOCTOR: Good mistress, this poor fellow has died from a sudden imbalance of the humours. A natural if unfortunate demise. Call a constable and have him taken away.
DOLLY: Yes, sir.
LILITH: I'll do it, ma'am.
(Lilith leaves, smiling.)
MARTHA: And why are you telling them that?
DOCTOR: This lot still have got one foot in the Dark Ages. If I tell them the truth, they'll panic and think it was witchcraft.
MARTHA: Okay, what was it then?
DOCTOR: Witchcraft.
(…)
DOCTOR: Creature, I name you Carrionite!
(Doomfinger screams and vanishes in a slow flash of light.)
MARTHA: What did you do?
DOCTOR: I named her. The power of a name. That's old magic.
MARTHA: But there's no such thing as magic.
DOCTOR: Well, it's just a different sort of science. You lot, you chose mathematics. Given the right string of numbers, the right equation, you can split the atom. Carrionites use words instead.
…Où l'on voit les liens étroits entre magie et science, et du coup entre science-fiction et fantasy. Doctor Who a toujours été sur la ligne entre les deux. Ainsi le Septième Docteur disait dans Battlefield [26x1] qu'il se pourrait bien qu'il ait été – ou qu'il soit à l'avenir – Merlin. Un druide/mage/enchanteur.
#swag

Je sais plus ce que je voulais dire et cet article traîne depuis trop longtemps dans mon fichier bullshit.txt alors je le balance.

Les articles cités :


4 commentaires:

  1. Relevant link : http://www.cracked.com/blog/how-dr.-who-became-my-religion/

    Sinon, tu négliges un fait important à mon avis, dans ton dernier paragraphe : le changement entre l'ère Davies et l'ère Moffat dans le rapport à la magie.

    Les docteurs IX et X sont écrits par Davies, et leurs aventures ont un caractère cinématographique, dans le sens où le ton, la façon dont les personnages réagissent, semblent provenir de cinéma de genre (j'aime pas trop cette expression, mais bon) : L'univers de IX et de X, c'est un univers marqué par l'espèce de scientisme que tu décris, justement parce que Davies s'appuie sur des codes de cinéma de science-fiction ou parfois policier, et que dans ces genres, l'"Explication Rationnelle" tiens une place importante.
    Chez Davies, les Dieux sont très clairement faits d'atomes.

    En revanche, chez Moffat, le docteur est clairement plus une créature "magique". Déjà, dans "The Girl in the Fireplace", après que X ait donné une explication technobabble de la porte temporelle, quand Rose lui demande ce que ça veut dire il répond "I don't know, I just didn't want to say magic door".

    Quand on arrive à l'ère de Moffat et de XI, la série prend un ton qui est plus ouvertement celui d'un conte de fée. Si Amy peut faire revenir le docteur de son imagination, c'est parce que c'est son ami imaginaire, parce qu'il n'a jamais existé que dans sa tête, d'une certaine façon.
    Évidemment, c'est complètement en contradiction avec toute la mythologie préexistante de DW, mais on parle d'une saison où l'univers est littéralement effacé et réécrit, ce qui me paraît un symbole assez parlant du traitement de la série par Moffat, qu'il en ait conscience ou pas.

    Typhon

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    1. Mouais, ça a toujours été sur la ligne entre fantasy et science fiction. Dans Battlefield (26x1)le 7ème Docteur dit qu'il pourrait être Merlin, lors d'une de ses prochaines incarnations.
      Davies a eu aussi des "sorcières" battues par Shakespeare grâce aux mots. Et le Docteur ramené à la jeunesse par une prière collective de l'humanité because réseau télépathique.
      Enfin,je suis d'accord qu'il y a un changement de ton, mais le Docteur garde le côté "masquons ça par Technobabble", justement dans Closing Time, quand Craig dit qu'il a explosé les Cybermen grâce au pouvoir de l'amour.
      Mais c'est vrai que Moffat passe son temps à faire un Docteur légendaire, godlike, autour duquel tout tourne dans l'univers. Ce qui n'aide pas.
      Sur le magic door de Girl in the Fireplace j'en parlais ici :
      http://laysandco.blogspot.ch/2012/10/science-magie-science-fiction-et-fantasy.html

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  2. Vous êtes complètement fous de débattre aussi philosophiquement ?

    Doctor Who est avant tout une série fantastique pleine de sentiments.

    Je peux comprendre que certains ne l'apprécient pas, que ce soit à cause des effets spéciaux, de la science qui est très abordée ou autres choses de ce type.

    Mais récemment, j'ai trouvé sur le Net plusieurs personnes qui donnent une signification totalement tirée par les cheveux à pleins d'éléments de la série. Ils en font des déductions qui se situent à des années-lumières du message qu'ils veulent faire passer.

    Mais là, je dois quand même admettre que je suis tombé sur du lourd.

    Ce message se perdra sans aucun doute car il ne sera sûrement jamais lu mais il fallait que je l'écrivent.

    Doctor Who est avant tout un conte, tout Whovian le sait et pour qu'une conversation soit portée sur la série, il est primordial de prendre en compte ce fait. Dans tous les contes, il se passe toujours quelque chose d'extraordinaire, qui dépasse l'entendement et qui par dessus-tout transcende la réalité et surplombe la raison humaine.

    Jamais un conte n'y sera pareillement arrivé que Doctor Who.

    Je suis sans doute plus jeune que vous et donc beaucoup plus influençable, c'est pourquoi j'ai senti qu'il y avait un problème lors de la lecture des mots que vous avez écrits car l'image que j'avais de la série avait totalement changé.

    Chacun est libre de l'aimer ou non, de le critiquer ou non, mais ça restera toujour un conte : le plus merveilleux des contes.

    Il y a toujours eut ce petit côté "vos gueules c'est de la magie" ou "vos gueules c'est de la science" au choix et ça la série s'en ai jamais caché.

    Elle ne s'est jamais vanté d'avoir toujours donné des explications totalement logique et rationnelles à ce qu'il s'y passe.

    Et puis pourquoi chercher tout le temps la petite bête, le tout petit détail qui semble illogique ou irréaliste pour le pointer du doigt et dire "mais ça change tout !".

    C'est complètement ridicule enfin. Quand tu as dit que l'Humanité aurait plus de mal avec les recherches spatiales puisqu'ils ont retrouvé Adélaïde sur Terre, je te signale que c'est la Terre dans le futur et qu'ils sont un peu plus évolués que maintenant.

    L'Humanité ne cessera jamais d'évoluer et de s'améliorer, c'est ça qu'à compris le Docteur.

    Sur ce, je vous souhaite une très bonne continuation et au revoir.

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    1. "Mais récemment, j'ai trouvé sur le Net plusieurs personnes qui donnent une signification totalement tirée par les cheveux à pleins d'éléments de la série. Ils en font des déductions qui se situent à des années-lumières du message qu'ils veulent faire passer.""Ce message se perdra sans aucun doute car il ne sera sûrement jamais lu mais il fallait que je l'écrivent."
      Je l'ai lu, en tout cas, quant à ce qu'il ne se perde pas j'imagine que ça dépend d'autres facteurs.


      "Quand tu as dit que l'Humanité aurait plus de mal avec les recherches spatiales puisqu'ils ont retrouvé Adélaïde sur Terre, je te signale que c'est la Terre dans le futur et qu'ils sont un peu plus évolués que maintenant."
      Certes, mais Adélaïde faisait partie de la première mission de colonisation de Mars, donc pas si avancé que ça. Par conséquent, sa présence sur terre aurait simplement été inexplicable et aurait poussé la plupart des gens à conclure qu'elle n'avait en fait jamais été sur mars. Et étant donné que c'est une mission pionnière, ils ne sont pas plus avancés que ça, c'est littéralement le sommet de leur compétence à ce moment là.


      "Doctor Who est avant tout un conte, tout Whovian le sait et pour qu'une conversation soit portée sur la série, il est primordial de prendre en compte ce fait. Dans tous les contes, il se passe toujours quelque chose d'extraordinaire, qui dépasse l'entendement et qui par dessus-tout transcende la réalité et surplombe la raison humaine."
      Premièrement je pense que ça n'a pas toujours été un conte : la série l'est, Typhon le dit, beaucoup plus depuis le run de Moffat.
      Suivant ce que vous entendez par la nature surnaturelle des contes je dirais que je suis entièrement ou pas du tout d'accord. Mais vu le reste du message je pense que je serais plutôt en désaccord.

      "Sur ce, je vous souhaite une très bonne continuation et au revoir."
      Pareillement cher Anonyme.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.