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dimanche 28 juillet 2013

Connotations négatives


Ces derniers temps, je me suis beaucoup posé la question de la malfaisance indirecte, ou plus exactement, d’une action ou d’un symbole considérés comme malfaisants parce qu’ils seraient assimilés à d’autres symboles, ou qu’ils ont été instrumentalisés en un certain sens. Et de la volonté de pureté qui nous afflige forcément, quand on cherche à s’en débarasser.
Par exemple, on accuse les scouts d’être militaristes, voire fascistes, de par leurs chemises, foulards, étendards, rassemblements, organisation paramilitaire.

(dans les faits, fascisme et scoutisme ont pas mal de points communs, notamment l’éthique des vertus, l’idée d’éducation d’un Homme Nouveau, mais l’hégémonie politique par la violence ne fait pas partie du scoutisme, et d’ailleurs l’homme promu par le scoutisme n’est pas vraiment neuf, il ne veut pas s’affranchir des vieilles morales, au contraire, quoi de plus traditionnel que la loi scoute ?)

Ainsi les gens qui disent qu’il ne faut pas caricaturer des noirs en singe, parce que c’était l’usage avant et que ça ferait donc référence, qu’on le veuille ou non, à cet arrière-plan raciste.
Ainsi les gens qui reprochent d’utiliser l’expression “quenelle” parce que ce geste, qui signifiait simplement une sorte de doigt d’honneur amplifié (mimant un fist-fucking) a été récupéré par Soral, Dieudonné et consorts pour en faire une sorte de salut nazi light combiné au "au-dessus c'est le soleil" de l'humoriste susnommé. (Ici Soral au monument de la Shoah faisant ledit geste)
Si l'origine c'est "Je t'encule avec le bras", on peut dire que c'est un mimétisme qui manque de réalisme, pour le moins. (on ne fiste pas avec le poing fermé à l'entrée, certes, mais pas à plat non plus, on joint les doigts ensemble). Tous ceux qui font ce geste sont-ils conscients de sa portée, de sa fonction ? Ils ont l'air de savoir que c'est un signe de ralliement (pourquoi en user ainsi autrement ?) mais pas d'assentir à ce que ça soit un "salut nazi déguisé" puisque berk les nazis c’est mal, pourquoi essayez vous de m’amalgamer avec les nazis dès que j’essaie de nier l’importance ou la réalité de la shoah ?

Certains ne veulent absolument pas participer à ces raisonnements, qui les considèrent comme des sophismes, des accusations par salissures, des noncentral fallacy. Si Hitler était un meutrier de masse raciste et il aimait les chiens. Est-ce pour autant que je dois me retenir d’aimer les chiens, pour éviter d’apporter de l’eau au moulin du néo-nazisme ? Dois-je renoncer aux “quenelles”, aux caricatures de singe, à l’uniforme et l’organisation paramilitaire – bref, à tout ce qu’il a de rigolo dans l’existence, à entendre les défenseurs de ces travers respectifs – juste parce que quelques dérangés en ont fait leurs choux gras et le symbole ou le moyen de leur malfaisance ? Parce que des gens ont quelque chose en commun ne signifie pas qu’ils auront tout en commun, ni même quoi que ce soit d’autre en commun.

Mais là, c’est pas juste de l’amour des chiens d’Hitler qu’il est question. Hitler n’a pas mis ses dessins de chiens (plutôt jolis) sur le drapeau du troisième Reich, mais la Svastika, si. C’était un symbole positif, avant, de même que la croix celtique, j’imagine, avant de devenir un symbole néo-nazi, mais une fois qu’il a été récupéré, exploité, et que pour le monde entier, cela signifie “NAZI”, il devient idiot de se référer à sa signification antérieure.

Si vous êtes un bouddhiste avec un t-shirt à Svastika, le problème n’est pas tant que vous le partagez avec un ou deux malfaisants, mais plutôt que le nazisme a enseveli l’Europe de son symbolisme, au point que pour le monde entier, la signification ancestrale de la croix gammée a complètement disparu.

C’est ce que je reproche aux partisans de Chouard quand ils veulent déterrer le sens “originel” de “démocratie” et “aristocratie” : ils oublient l’histoire qui a accolé à ces mots des sens bien différents depuis.

Médiocre” à l’origine ne signifie rien d’autre que “être dans la moyenne, le milieu” (de media, le milieu) et avait au XVIe un sens presque neutre. C’est par lente dérive qu’il est venu à signifier la tiédeur, la fadeur, et donc la médiocrité au sens moderne du mot. A l’origine Nègre ne signifie que noir, donc pourquoi serait-ce plus offensant que de dire “noir” ? Martin Luther King lui-même en faisait d’ailleurs souvent usage dans ses discours, la connotation négative n’apparut qu’à la suite des années 60. Pour autant, jamais il ne me viendrait à l’idée de traiter quelqu’un de “médiocre nègre” aujourd’hui et d’espèrer qu’il le prenne positivement. Quand tout le monde traite un symbole, un mot, d’une certaine façon, aller naïvement à contre-courant ne fait qu’induire de la confusion dans le jeu complexe de la communication.

En 1936, les délégations française, grecque et canadienne (vidéo) firent aux Jeux Olympiques de Berlin le salut olympique dit “de Joinville”, autrement dit, le bras tendu vers la droite, par opposition au salut nazi, bras tendu devant le corps. Cependant, à Berlin, en 1936, il fallait s’y attendre, ces saluts furent pris pour des saluts nazis et donc acclamés comme tels.

La même question tourne souvent aussi autour du salut scout, alors même que celui-ci s'inspirait du salut olympique et comme celui-ci préexistait au salut nazi. Cependant, dès la prolifération des Hitlerjugend (Jeunesses Hitlériennes) et de la malfaisance du régime nazi tout comme de son idéologie et de la distance de celle-ci avec le scoutisme, le salut scout a été modifié pour ne plus pouvoir être confondu (le bras tendu est devenu un bras replié à hauteur de l'épaule qui se rapprochait plutôt du salut militaire lorsqu'il est effectué avec un béret) et les HJ n'ont jamais été reconnues comme des organisations scoutes. Lorsque la confusion est possible, on s'acharne à trouver de nouveaux vocables, de nouveaux symboles, afin d'être purs, de ne pas s'acoquiner par inadvertence.

Dans ce contexte il était évident que c’était une connerie et qu’un salut militaire, ou même ne pas saluer aurait été une manière efficace de dissiper la confusion.

Mais aujourd’hui nous ne sommes plus à Berlin en 1936 au milieu des aigles hitlériennes et des bras tendus, en train de tendre des bras.

S’il nous faut nous débarrasser ne serait-ce que de tout ce que les néo-nazis récupèrent, on va avoir du pain sur la planche.
Ainsi regardez Buttercup Dew, brony néo-nazi gay qui nous explique la race supérieure, en fait, c’est les Néanderthals, entre autres. Où pioche-t-il son évangile ? Dans le dessin animé My Little Pony : Friendship is Magic. On a pointé par le passé le sexisme ou le racisme de la série, certes, mais lui ne considère pas cela comme des défauts d’écritures, mais comme la mise en œuvre de son idéologie d’ordonnance du monde.
Je n'ai pas vraiment le temps de parler de My Little Pony ou de la récupération des symboles runiques par des groupes d'extrême-droite (néo-paganisme, comme certaines unités de SS utilisaient des runes comme emblèmes) mais basiquement c'est ici la rune Algiz sur Celestia, la déesse-alicorn de l'univers MLP (Dans l'épisode The Cutie Mark Chron-icles, ).

 Et je dois dire que c’est assez convaincant, par moment. L’épisode qui introduisait Zecora me semblait effectivement raciste, me titillant un peu, mais pour lui c’était une bonne chose.

Pour autant, est-ce que tout brony est un néo-nazi qui avance masqué ? Non.

Mais je me pose la question : à partir de combien de brony-nazis considérera-t-on que ces symboles, les poneys, sont salis et qu’ils faut les abandonner, effrayés de leur impureté ?

La quenelle, brandie par E&R, me semble quelque chose de similaire. J’avais vu le geste moult fois brandi, mais sans rapport aucun avec la négation de la Shoah. Maintenant qu’il est brandi ici ou là dans ce sens, j’éviterai d’en user, je me passerai bien de la vulgarité ajoutée au doigt d’honneur, de toute façon.

Mais est-il possible de se réapproprier des symboles ? De leur donner un sens privé, ou, du moins, de ne pas laisser aux oppresseurs et aux sadiques le monopole de l’expression.

Les noirs américains se réapproprièrent Negro (qui, on l’a dit, n’était à l’origine pas spécialement dérogatif) pour en faire Nigger/Nigga, un terme positif, qui contient en lui une critique du racisme et qui ne peut être usé désormais que par eux sans quoi il garde son sens injurieux. Les slut walks (slut = salope) sont également une manière de se réapproprier la rue pour les femmes. Situation similiare pour la stigmatisation des homosexuels qui leur donne des vocables à investir, dont le terme queer, auparavant (et toujours un peu aujourd’hui) péjoratif :
Foucault has argued that while the naming of oppressed groups by those in power serves as an instrument for oppression, such naming can also engender group identification and resistance to oppression (101). The coining of the word 'homosexual', for example, allowed for the repression of gay people but also allowed homosexuals to organise a gay rights movement using the very terminology utilized to oppress them (Foucault 101). One strategy for resisting hostile slurs like 'queer' or 'nigger' is for the oppressed group to appropriate the name and transform it into a rallying cry or "reverse discourse". An understanding of how 'nigga' operates as a reverse discourse requires a culturally rooted rhetorical analysis of the term. (lien, §2)

D’ailleurs parlons des termes dérogatifs, des jurons, des insultes.

Au commencement, les abrahamiques s’imaginent (souvent) que c’est Dieu qui donna à Adam le pouvoir de nommer les choses et les êtres. Mais imaginons qu’il ait voulu insulter un de ses fils, qu’aurait pu-t-il faire ? Le maudire au nom de Dieu, soit, mais quel nom aurait-il pu lui donner ?
La société n’étant encore composée que de quatre personnes, il n’y a pas encore de groupe social suffisamment déprécié pour user de leur nom comme insulte. En effet, encore aujourd’hui, les insultes sont simplement un repertoire de ce que la société considérait comme mauvais :
  1. Les prostituées : putes, putain, fils de pute.
  2. Les homosexuels : enculé, suceur, pédé, gaylord, tapette, lopette.
  3. Les parties génitales : tête de gland, tête de bite, con, connard, petite bite, pine d’huître.
  4. Les handicapés : débile, mongol, triso(mique), handicapé mental.
Du coup, si vous prônez une sorte de libération sexuelle, que vous n’avez pas spécialement envie de déprécier encore plus les prostituées, ni les homosexuels, ni les organes sexuels ; et qu’en plus vous ne souhaitez pas utiliser des trucs qui à la base signifient “handicapés”, vous êtes très vite à court d’insultes. Il vous reste les noms d’oiseaux et d’autres animaux, mais ce que ça peut être spéciste, et puis aujourd’hui, ça n’a plus le même impact. Ne reste plus qu’à se reposer sur les bons vieux excréments, ça ne risque pas de gêner qui que ce soit. Et il y a l’autre extremité : “jurer” au sens premier. Invoquer ce qui est sacré. On voit ainsi les québecquois crier au Christ, au Tabernacle, tout naturellement. D’une certaine manière, comme le précise Melissa Mohr, les insultes sont un bon baromètre indiquant ce qu’une société trouve choquant. Ainsi, au Moyen-Age, on ne jurait que par Dieu, et la multiplication de ces invocations avait été vue comme négative. De même, c’est en 1548 sous la plume d’un moine qu’on trouve le terme “fuck” pour la première fois. Cependant, plus loin dans le même texte, il abrégeait “damned” parce qu’il estimait le terme trop violent.

Reste que de nombreuses insultes font simplement affliger des populations.

On pourrait dire la même chose de “Negro” semble-t-il. Le terme a toujours été négatif dans la bouche des blancs, puisque les noirs étaient dépréciés, le fait ue ça soit devenu tabou montre qu’il y a une beaucoup plus grande préoccupation vis-à-vis de ces problèmes.

Deux points de vue.

Soit on estime que ces insultes ne sont que des reliques, des restes de ce que la société n’aimait pas et qu’ils peuvent désormais être utilisés indépendamment. Quand j’utilise “putain !” comme une exclamation, je ne cherche pas tant à rabaisser les prostituées ou même une personne en particulier qu’à évacuer ma frustration, mon étonnement ou autre.

Dans cette catégorie, le terme anglais “bad” signifiait à l’origine “homme effeminé, hermaphrodite”. Tout ce que ça nous dit c’est que la haine des intersexuels/ambigus qui mettent en péril le modèle de virilité dominant était tellement forte que le terme même a fini par représenter l’essence même de la déficience et du mal : bad.


Soit on définit que puisque ces insultes étaient des outils dans la domination d’une population donnée, on ne doit plus les utiliser parce qu’on risque de la prolonger.

Soit, mais à ce moment-là, on ne doit plus dire “bad” ? J’imagine qu’il y a prescription. Mais est-ce que ça n’irait pas aussi pour “lopette” qui semble désormais être utilisé dans son deuxième sens “homme lâche, indécis, faible” indépendamment de l’homosexualité ? Malgré le fait qu’il est utilisé depuis 1889, il me semble qu’il se coltine toujours les deux sens : la faiblesse et l’homosexualité (masculine). Alors en user et le prétendre dépêtré de sa connotation me parait aussi malin que faire le salut de Joinville à Berlin en 1936 : quand on communique et qu’on sait dans quel sens notre message sera déformé, quelles connotations il soulèvera, il faut être idiot ou de mauvaise foi pour persister dans cette voie.

Ce qui ammène une question : comment tordre le sens des mots.

Je sais, vous me direz que nous sommes “en plein dans un roman de George Orwell” faisant référence à un roman bien précis et pas l’ensemble de son oeuvre : 1984, ou la langue est tordue pour vider de leur sens les mots, parce que j’imagine que sans langage il est impossible de se révolter, de la même manière que brûler des livres (Farenheit 451) ou forcer la population à sacrifier ses enfants dans un grand snuff show en direct, ce qui les poussera à monter des camps d’entraînement paramilitaire (Hunger Games) va maintenir la société en l’état et calmer les pulsions rebelles. (Vivent les dystopies ces littératures kyfonréfléchire.)

Mais bref, malgré le fait que tout le monde est d’accord sur le fait que le langage est malfoutu, bourré d’étymologies cicatricielles, fruit d’une histoire mouvementée, il n’y a pas vraiment de recette pour l’orienter sur une voie ou l’autre.

Avoir un gang de grabataires avec des sabres qui t’expliquent qu’on ne doit pas dire “des z’haricots” peut avoir son efficacité un temps, puisqu’il vaut mieux un compromis déplaisant mais respecté par tous qu’un bordel sans nom qui rend tout incompréhensible.

Mais la définition d’un mot n’est jamais anodine ni n’existe dans un vide sans histoires. La sémiotique est un champ de bataille. Qui en possède le sens et l’orgine en détient le pouvoir, et peut se targuer de l’avoir comme soldat dans son camp.

Ainsi les chouardistes et leurs compères qui essaient à toutes forces de dire qu’on a dévoyé le terme “démocratie” et que nous vivons en fait dans une artistocratie ou une oligarchie, puisque c’est bien connu a) nous n’avons aucune influence sur qui est élu (ils font tous partie ) et b) nous sommes trop cons pour les élire correctement.

(Ce qui n’empêche pas Chouard de dire que les accusations d’amateurisme qui frappent le tirage au sort sont idiotes parce qu’un médecin de campagne qui se fait élire député n’y connait pas plus en politique. Attend une seconde, je croyais qu’il était membre d’une caste d’oligarques qui gardait jalousement le pouvoir ? Et maintenant tu me dis que c’est un débutant qui n’y connait rien en politique, exactement comme le serait quelqu’un qui serait tiré au sort ? Si la corruption a lieu après l’élection, alors elle pourrait aussi bien avoir lieu après le tirage au sort.)

Pourquoi ? C’est simple. Le mot “démocratie” a de telles inférences que si on peut dire notre projet politique démocratique du genre de la vraie démocratie, on se crée une aura de force et de vertu symbolique.

On veut le mot démocratie dans notre camp, alors on le tord un peu, quoi qu’on fasse.

C’est d’ailleurs rassurant. Qu’on ne soit pas forcément enclin à donner trop de pouvoir au peuple, mais on voudra toujours se réclamer du peuple et de la démocratie. On n’est pas forcément parvenu à l’état de droit démocratique ultime, mais la légitimité passe par le peuple, de jure, même en République Démocratique du Peuple de Corée du Nord. Si l’on excepte, comme le soulignait Derrida, les deux-trois tarés théocrates qui sont les seuls à ne pas se réclamer du peuple aujourd’hui.

De la même manière, je me bats pour qu’on utilise indifféremment éthique et morale, parce que malgré tout ce que veulent dire les gens qui répondent à leurs affects comme des chimpanzés titillés par des broches électriques, morale et éthique recouvrent les mêmes questionnement : les règles de conduite en commun. Qu’on refuse un mot juste parce que le terme “morale” aurait des échos austères de vieux monastères et de coups de règle sur les doigts n’est pas une attitude rationnelle, surtout si c’est pour le remplacer par un synonyme, à peine moins usé.
Mais ne devrais-je pas me soumettre, en bon linguiste, à l'usage ?
Je pense que dans ce cas, le problème c'est que les gens sont incapables d'apporter des définitions différenciées d'"éthique" et "morale"

Décider de la signification des symboles des gens à leur place, n’est-ce pas le même genre de manoeuvre que de dire que les jupes sont des blanc-seings pour se faire violer (culture du viol !) autrement dit, si tu portes une jupe, gare à ton cul ? Ou de dire que le voile (1)(2)(3) ou les minarets sont des symboles totalitaires, des marchepieds vers l’avènement du fascisme vert (islamophobie !) :
"Représentant ostentatoirement et de manière agressive la présence et la suprématie d’une idéologie intrinsèquement intolérante et à tendance totalitaire. Le minaret est un symbole de propagande indésirable tout comme l’est la croix gammée à l’égard du nazisme. Tout comme l’interdiction de hisser symboles tel que la croix gammée sur l’espace public est légitime, l’interdiction d’y construire des minarets est pour sa part aussi un choix légitime." (lien)
"Les minarets n’ont rien à voir avec la religion, ils ne sont pas mentionnés dans le Coran (...) , ils symbolisent simplement un endroit où la loi islamique est établie." Ulrich Schüller, député UDC. (lien)
“Le minaret, le voile et tout autre signes ostentatoires de l’islam sont à considérer au même titre que la croix gammée ou la faucille et le marteau : ce sont des symboles d’idéologies totalitaires et tyranniques, les accepter revient à rejetter la démocratie !” Le commentateur MCM sous l’article précédent.

Je veux dire, il y a bien eu Erdogan pour dire que “Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques , les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats.” Est-ce pour autant qu’on va négliger tous les autres musulmans qui disent que les minarets ne sont rien de tels, qu’ils ont envie de porter le voile, -et affirmer que ces symboles sont nuisibles et doivent être abandonnés par les musulmans puisqu’ils ont été récupérés par des islamistes qui ont eux des visées totalitaires ? (Erdogan n’étant pas du nombre, soyez sérieux, si vous ne citez même pas Ben Laden ou l’ami Nasrallah, c’est bien que ce genre de citations sont rares, ou du moins que vous ne les connaissez pas)

Est-ce parce que certains disent que les jupes sont des appels, des signaux sexuels qui hurlent “venez me violer” qu’il faut l’abandonner ?

Qui a le droit de décider ce que symbolisent les choses ?


Liens

3 commentaires:

  1. http://www.youtube.com/watch?v=kRUJcNHcY6E


    « le nazisme a enseveli l’Europe de son symbolisme, au point que pour le monde entier, la signification ancestrale de la croix gammée a complètement disparu. »
    « Il devient idiot de se référer à sa signification antérieure. »

    D'abord, c'est idiot de parler de LA signification d'un symbole si simple à dessiner qu'on le retrouve partout dans le monde. Autant parler de "la signification du cercle" du triangle, ou de la couleur blanche

    Ensuite, dire "pour le monde entier", c'est de l'ethnocentrisme pur et dur. (Tu te limiterais à l'Europe, je serais à peu près d'accord).

    Les Indiens, notamment les Jaïns (Des gens très intéressants) ne le perçoivent pas comme ça.

    En outre, les punks arboraient des croix gammées dans les années 1970, non par nazisme, mais par provoc.
    Nazisme ou provoc', le T-shirt de Sid Vicious ?.
    Ça paraît évident que la bonne réponse est la deuxième, mais ça ne l'était pas pour tout le monde. Nazisme ou provoc', cette chanson de DAF ?

    Enfin, même aux USA, l'impact sémiotique du Nazisme est très différent. Ce n'est pas en Europe qu'aurait pu avoir lieu la réanalyse de "nazi" comme un synonyme d'intégriste fou (qui est le sens qu'il a dans l'expression "grammar nazi").

    Sur la question du salut nazi, ce n'est jamais qu'un dérivé du salut romain. Il y en a eu d'autres, comme le salut de Bellamy, abandonné mystérieusement dans les années 1940 après avoir été utilisé pour saluer le drapeau à la fin du pledge of allegiance

    (Au fait, plaider l'allégeance au drapeau tout les matins, ce ne serait pas un peu fasciste par hasard ?)

    Ça m'épate que tu cites Gaylord comme une insulte, alors que c'est surtout un nom propre (Qui a donc une étymologie flatteuse dissimulée par la coïncidence orthographique qui le rend lourd à porter).

    [Je poste le commentaire en deux parties parce qu'il est trop long]

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  2. Partie II : Electric Boogaloo

    « Mais la définition d’un mot n’est jamais anodine ni n’existe dans un vide sans histoires. La sémiotique est un champ de bataille. Qui en possède le sens et l’orgine en détient le pouvoir, et peut se targuer de l’avoir comme soldat dans son camp. »

    Non. Le sens est muable, l'origine n'a d'importance que lorsqu'on décide de lui en attribuer.

    Il faut arrêter de croire que l'étymologie d'un mot est son "vrai sens".
    À mon avis, cette croyance en elle-même résulte de l'idée stupide que le changement est une dégradation, une souillure, et que le langage était plus beau, plus pur et meilleur dans le passé.

    La sémiotique n'est pas un champ de bataille, c'est un tourbillon.

    « Qui a le droit de décider ce que symbolisent les choses ? »

    Tout le monde, et peu de gens résistent à la tentation d'essayer.

    http://knowyourmeme.com/memes/events/race-guy

    La compulsion humaine qui consiste à attribuer un sens au monde semble quasiment irrépressible, quand bien même nous savons désormais que le sens est une création de l'esprit, qu'il est une construction en chacun de nous.

    Sujet qu'en bon linguiste, j'évoque régulièrement sur mon blog, sous des angles divers et variés.

    J'évoque notamment en commentaire de la première de ces entrées le cas de Death In June, groupe neofolk anglais assez intéressant de ce point de vue : Douglas P., le chanteur, joue beaucoup sur des symboles employés par les nazis, mais de façon assez ambigue.
    J'aime beaucoup cette lettre du chanteur expliquant une part de la symbolique du groupe. On peut se demander jusqu'à quel point il est de bonne fois, mais il y a plein de passages très intéressants.

    Et puis ils ont écrit une chanson qui résume assez bien toutes ces problématiques, et qui devrait être l'hymne de la sémiologie.

    Parce que c'est ça qui manque à la Sémiologie : un hymne, un drapeau, un insigne, un salut.
    Quelque chose qui puisse permettre aux sémiologues de se reconnaître entre eux, de les distinguer de la plèbe des non-sémiologues. Quelque chose qui puisse distinguer l'homme supérieur qui manipule les symboles de la créature inférieure et à peine humaine qui se fait manipuler par les symboles.

    MOUHOUHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA

    Typhon

    PS : Tout ceci est un peu décousu, mais il est 4 heures du matin.

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    1. Pour le "monde entier" effectivement, c'est très ethnocentré.

      "Non. Le sens est muable, l'origine n'a d'importance que lorsqu'on décide de lui en attribuer.

      Il faut arrêter de croire que l'étymologie d'un mot est son "vrai sens".
      À mon avis, cette croyance en elle-même résulte de l'idée stupide que le changement est une dégradation, une souillure, et que le langage était plus beau, plus pur et meilleur dans le passé."
      Bah oui. La formulation n'est effectivement pas heureuse, et comme d'habitude on pourrait penser que je dis l'inverse de ce que je veux dire, mais je tentais d'illustrer une posture, non la défendre, cette tendance qu'ont les gens à dire "hé, regardez, le mot voulait dire ça, avant, j'ai donc raison".
      J'en causais ici, citant Maurice Sachot : http://laysandco.blogspot.ch/2013/03/pouvoir-des-hommes-et-des-mots.html
      "Si la première typologie de la connaissance revient à nier la temporalité, la seconde typologie, consiste, quant à elle, à ne retenir que cette dernière, en ne considérant les choses que sur un plan horizontal, celui de la causalité. Dans cette peerspective, il n’y a que du factuel, du particulier, de l’évènementiel, et donc pas de déterminisme ni de téléonomie, encore moins de Sens avec un grand “S”, mais seulement de la description, de la narrativité ou de l’explication. Aussi radicalement dite, cette typologie est pratiquement impossible à tenir, même par ceux qui veulent, au nom d’une certaine objectivité scientifique, s’en tenir au descriptif et à l’explicatif immédiat. Aussi recourt-elle, au moins implicitement, à la première pour avoir ddes repères solides. L’une des façons de le faire est de coucher l’axe vertical des principes pour en faire un axe horizontal des commencements. Cela touche souvent l’étymologie, le terme signifiant, comme chacun, la science du vrai. Est vrai ce qui était au début. La vérité était donnée au départ, totale. Au début était la plénitude. C’était l’âge d’or. Avec l’histoire commence la déchéance. L’histoire ne peut être qu’une altération, une dégradation, uun obscurcissement. Qui donc tient le sens premier du mot, tient la vérité du mot. (…) Le travers principal de cette perspective est, paradoxalement, la négation de l’histoire en la ramenant constamment à la causalité et, plus encore, à l’origine vue comme causalité première. Tout ce qui apparaît dans le temps est accessoire, sans importance, pure variation. On ne sera donc pas étonné si le recours à l’étymologie est si fréquent et si l’étymologie donne si souvent lieu à des débats passionnés, surtout lorsqu’on veut faire admettre que la position que l’on tient a pour elle l’appui, non pas seulement de la tradition ou de l’antiquité, mais du fondement originaire des choses."

      Pour le reste, je crois que j'attendrai une heure plus propice que 4h24

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.