Blog Archive

lundi 15 juillet 2013

Pensées sur "Race : A Philosophical Introduction" de Paul C. Taylor

v. 1.0.
Article destiné à s'agrandir.


N.b. J'utilise "ethnie" dans le sens d'une population à tendance endogame qui partage une culture. J'utilise "race" dans divers sens, pour rendre la prose de Taylor. Dans la plupart de mes autres articles, les deux étaient utilisés comme synonymes. J'utilise race dans plein de sens, biologique comme social, par contre.

Bibliographie.

  • TAYLOR Paul C., Race : A Philosophical Introduction, Polity Press, Malden, USA, 2004.


1. Race.


Qu'est-ce que la notion de race ?  Paul C. Taylor définit la pensée raciale (race-thinking) comme 
a way of assigning generic meaning to human bodies and bloodlines. (Race: A Philosophical Introduction, §1.2.2.)
Taylor fait le différence entre les races et les Races avec majuscule, le dernier dénotant l'usage occidental, qui a classé l'humanité entière en plusieurs races, et élevé ces concepts à une importance rare. Bien sûr, d'autres groupes humains ont attribués des significations à des traits physiques héréditaires, que ce soient les leurs ou ceux de groupes humains concurrents ou ennemis, pour les déprécier voire les opprimer, mais jamais à pareille échelle.


1.1 Le racialisme classique

Le racialisme classique peut se résumer suivant ces postulats :
  1. La race humaine peut être divisée en plusieurs sous-groupes, discontinus. Les hommes sont d'une race ou d'une autre, si on excepte le métissage.
  2. Chacun de ces groupes possèderait un set distinct de traits, physiques, héréditaires, reconnaissables.
  3. Ces traits physiques sont associés à des traits moraux, cognitifs, culturels distincts. La physiologie dicte la psychologie.
  4. (facultatif d'après certains) ces groupes peuvent être classés sur une échelle de valeur suivant leurs capacités susdites.
  5. Ces caractéristiques, l'essence de la race, si on veut, façonnent l'individu de façon univoque. Autrement dit, les exceptions sont rares, et la race l'emporte à priori sur l'éducation, la nature sur la culture.
(Race…, §2.3.3, p.48)

2. L'ontologie de la race.

2.1. Le problème ontologique de la race : la variation continue et disparité.

Nous l'avons dit, la pensée raciale c'est d'attribuer une signification à l'apparence d'une personne qu'on présume héritée et partagée par voie généalogique.
Un argument en faveur de la pensée raciale, hé bien, c'est que notre génome détermine réellement le devenir de notre corps, et donc pas mal de trucs importants, a priori.
Nos lobes d'oreilles – collés ou non, dépendant d'un gène sur le chromosome 22, dit-on –, nos poils sur la deuxième phalange, notre aptitude à ressentir le PTC comme amer, le pic de sorcière et sa corrélation avec d'autres choses, notre couleur des yeux (Non-bleu dominant, bleu récessif) ou notre groupe sanguin (A et B dominants, O récessif), le cerumen gluant ou sec, dépendent de génétique simple, qu'on apprend au collège et qui sont effectivement liés aux gènes de nos parents.


C'aurait dû être un indice suffisant.


2.2. Mythes génétiques

Du moins c'est ce qu'on nous raconte au collège.
Beaucoup de gens tendent désormais à démonter cela comme des mythes génétiques. Pour ce qui est des poils sur la deuxième phalange des doigts, ce que pensait Danforth en 1921, on devrait abandonner cet exemple, alors même qu'il est couramment utilisé en cours. De même, l'enroulement de la langue n'est pas lié génétiquement, mais ça on le savait parce qu'on avait vu les Super Nanas et que Rebelle, pourtant issue du même processus que Bulle et Belle, pouvait le faire et pas elles. De même, le fait de croiser un pouce par-dessus l'autre quand on croise les mains serait lié à notre hérédité, pareillement controversé.
(Nous remarquons là que Mc Donald n'a pas la rigueur qu'il faudrait : il prend la concordance des groupes sanguins comme preuve de la paternité correcte des familles étudiées aux îles Salomon, dans l'étude de Hindley et Damon alors que ce n'est qu'un critère nécessaire, pas suffisant. Dans le cas d'une paternité erronée, il est fort possible que le géniteur réel soit du même groupe que le père supposé, voire qu'il soit de groupe différent mais donne naissance à un enfant de même type.)

Cependant la plupart des arguments contre la race prennent leur racine ici : la plupart des caractères sont le fruit de variation continue. Il y a un dégradé continu entre deux catégories qu'on prétend étanches. Prenez les lobes d'oreille : on trouve tous les degrés divers entre "attachés" et "pendants" :
Pareil avec le "pic de sorcière" même s'il semble lié à des maladies génétiques : comment voir la limite effective entre ça et une ligne droite de cheveux, quand il existe des intermédiaires ?
Certains exemples semblent résister généralement : les yeux bleus, par exemple. Deux parents aux yeux bleus tranchants auront très souvent, une progéniture aux yeux bleus. Mais les bébés changent de couleur d'yeux après leur naissance, dû à des variation de mélanine. Certaines exceptions se sont vues, notamment des enfants aux yeux gris, verts ou bruns naissant de parents aux yeux bleus. Les deux Davenport qui proposèrent l'hypothèse en 1907 avaient d'ailleurs dans leur données un enfant aux yeux noisette, né de parents aux yeux bleus, mais ça n'arrêta pas leur hypothèse. 
Et bien sûr on peut faire le même argument : les couleurs d'yeux varient continuellement. Dès lors, que signifient "bleu" et "non-bleu" ? Si l'on n'a pas de catégorie fermée, étanche, la logique aristotélicienne, faite de catégories et d'intersections ne nous aidera pas beaucoup, et donc la génétique mendélienne non plus.

2.3. Réalité des mythes génétiques ?

Très probablement, certains de ces "mythes génétiques" sont des normes grosso modo, qui sont plus compliquées que la version "un gène, récessif/dominant" qu'on présente, de plusieurs autres gènes. Pour les yeux on en a au moins trois, et beaucoup plus si on veut expliquer yeux verts, voire plus rare gris, et toutes les nuances entre deux. On constate pourtant que le pourcentage d'yeux bleus, s'il ne dépend pas d'un couple d'allèle, reste concentré géographiquement. (source:wikipédia)
De la même manière, par exemple que presque 100% des populations d'origine amérindienne sont de type sanguin O de par l'isolation prolongée des populations sur ce continent.
Blague à part, on voit qu'on peut trouver de nombreux arguments contre tous ces trucs. Comme il ne s'agit pas des risques de cancer ou d'obésité, que ce sont des caractères neutres, en somme, on ne s'acharne pas vraiment dessus et seuls quelques paladins comme John Mc Donald prennent le temps de débunker le machin.
Si on admet les présupposés de la génétique Mendelienne, on aurait bien envie de soutenir un minimum l'idéologie racialiste. Après tout, des groupes humains qui s'accouplent entre eux pendant longtemps viennent à beaucoup se ressembler, et donc à partager des caractéristiques physiques. Si on est un réductionniste matérialiste, on sera donc tenté de dire qu'ils risquent de partager des caractéristiques cognitives également. On semble presque avoir retracé le tableau du racialisme classique.
Pour ce qui est des caractéristiques physiques, difficile de nier : les juifs ashkénazes ont de plus grandes chances de porter la maladie de Tay-Sachs, les Amish ont pas mal de problèmes aussi, et, plus simplement,  plus votre peau est foncée, plus vous êtes résistants aux coups de soleil.

2.4. Variation continue au sein des races

Mais comme pour ces mythes génétiques, on trouve des variations infinies. Si on prend les premières races qui nous viennent à l'esprit, on divisera l'humanité entre les asiatiques, "jaunes", les africains, "noirs", les européens, "blancs", et les amérindiens, "rouges". C'est une forme de racialisme simpliste 
Cela semble liés à des types de peaux, de couleur de peau et de nombreuses personnes semblent penser cela. Ainsi on entendra des gens dire "mais je suis pas blanc, je suis beige !" et considérer qu'ergo le terme même de race n'a pas de sens et qu'il faut oublier tout cela. Nous verrons pourquoi cela nous semble un peu précipité.
LES QUATRE RACES D'HOMMES. — La race blanche, la plus parfaite des races humaines, habite surtout l'Europe, l'ouest de l'Asie, le nord de l'Afrique, et l'Amérique. Elle se reconnaît à sa tête ovale, à une bouche peu fendue, à des lèvres peu épaisses. D'ailleurs son teint peut varier. — La race jaune occupe principalement l'Asie orientale, la Chine et le Japon : visage plat, pommettes saillantes, nez aplati, paupières bridées, yeux en amandes, peu de cheveux et peu de barbe. — La race rouge, qui habitait autrefois toute l'Amérique, a une peau rougeâtre, les yeux enfoncés, le nez long et arqué, le front très fuyant. — La race noire, qui occupe surtout l'Afrique et le sud de l'Océanie, a la peau très noire, les cheveux crépus, le nez écrasé, les lèvres épaisses, les bras très longs.
Le Tour de la France par deux enfants, G. Bruno, 1877, page 188.



Premièrement, le problème est le même que pour la détermination des couleurs d'yeux, d'implantation des cheveux, etc. il est impossible de faire des catégories étanches. Où commence "noir" et où finit "blanc" ? Il existe un dégradé parfait entre les deux catégories, puisqu'il semble que cela dépende d'assez de gènes et de facteurs environnementaux pour avoir une variation continue du taux de mélanine.
Deuxièmement, on voit bien qu'il ne s'agit pas que de couleur de peau. Peut-être pour les racialistes classiques, aujourd'hui pas. On dit de Barack Obama qu'il est le premier président noir. Cela ne se réfère pas à sa couleur de peau, mais à son ascendance. Le terme "afro-américain" préféré à noir ou nègre, montre bien ce qu'on entend par là : des ancêtres africains, tout comme on parle de caucasiens pour les blancs. (quoique ce soit un terme très discutable). Typiquement, les mélanésiens, polynésiens, indiens ou bengalis par exemple, ne sont pratiquement jamais considérés comme "noirs" bien qu'ils aient une peau plus foncée que, par exemple, Barack Obama. Noir signifie bien un set distinct de traits physiques, qu'on associe à un lignage africain, le nez notamment et les cheveux frisés. Pour savoir ce qui est vu comme noir, demandez-vous ce que Michael Jackson a retiré par esthétisme. Indice : cheveux frisés, peau foncée, né plat.
Troisièmement, la couleur de peau n'est donc pas un élément de définition suffisant. Je peux être aussi mélanoderme que mon voisin sans pour autant qu'on me considère comme noir. De même, on peut avoir les cheveux frisés sans qu'on soit considéré comme noir, ou le nez plat. Et prenons le cas d'un albinos, qui possède la plupart des traits des noirs sauf la couleur de peau. Oublions un instant que les albinos sont justement le fruit de discrimination à part : sera-t-il considéré comme noir ? L'aspect généalogique reste en place.
Et c'est le problème suivant. Non seulement on ne trouve pas un seul trait à attribuer à tous les membres d'une race, ils varient continuellement entre eux, mais en plus, ils ne sont pas toujours associés de la même façon. C'est peut-être empiriquement utile de se dire que "tiens puisque 40% de la population d'Afrique équatoriale est porteuse du gène de la drépanocytose, on va assumer que ce type l'a peut-être, puisqu'il est originaire de là-bas." cependant le gène de la drépanocytose n'est qu'associé au fait d'être noir (dans la mesure où, bien sûr, on considère les africains équatoriaux comme noirs). Ce gène ne cause pas le fait d'être noir ni n'est causé par lui, il pourrait en être complètement dissocié.
Quatrièmement, ce genre d'exemples n'est valable que pour des populations fermées, se reproduisant en vase clôt, et impliquant la reproduction d'un patrimoine génétique donné. Métissage et mouvements de populations compliquent la donne. Certes, on peut soutenir l'idée de race sans pour autant soutenir celle de races étanches, impossibles à mélanger. On pourrait simplement dire, comme Steve Sailer, que c'est une extension de la famille : dans une famille on a des traits génétiques partagés, mais pas toujours. Dans une race, c'est pareil, puisqu'elle émanerait d'un bassin de population donné. Parfois on aurait des similitudes, parfois pas. Mais ça peut rester de l'information pertinente, en théorie. Cependant, j'ai cité les Amish comme un exemple de race, or c'est très probablement faux, sous tous critères. Soit, ils sont très endogames, et donc tendent à déclencher tout ce qui traîne de récessif dans leur génome, en faisant des clients intéressants pour entreprises de counselling génétique, mais ils ne sont en aucun cas une race. On ne les traite pas différemment des "blancs", alors justement qu'on aurait toute les raisons, si on prône la prééminence des génomes partagés dans la formation des individus, de le faire. Ils ne sont pas discriminés ni ne se sentent un groupe ontologiquement à part. Ils estiment leurs croyances et leur mode de vie plus déterminant que leur généalogie.
Comme disait Sartre, le juif existe dans les yeux de l'antisémite. On pourrait ajouter : le racisé existe dans les yeux du racialiste. Les races sont une construction majoritairement sociale.
Cinquièmement, ce schéma de division en quatre races en oublie de nombreuses dans sa typologie simpliste : inuits, habitants du sous-continent indien, etc. mais surtout elle omet qu'un individu sera considéré d'une certaine race à un endroit et d'une certaine autre ailleurs. Ainsi la "race blanche" est une construction assez récente, quand on y réfléchit et qu'on voit l'anglo-saxonisme aux USA, qui discriminait immigrés Irlandais ou Italiens, comme de races différentes. Ceci nous conduira à prôner le constructivisme social des races.

3. Attitudes pour échapper au racialisme

Il y a plusieurs variantes sur l'attitude à prendre par rapport aux races :
  • L’éliminativisme. On dit que ça n’existe que dans l’esprit de certains malades mentaux, il n’y a que des humains, pas de distinctions raciales. Tout n’est que fausseté dans ce discours et il faut s’en débarasser le plus vite possible.
  • Le quasi-racialisme : on veut bien parler de races, parce que c’est utile, mais elles n’existent qu’en tant que concepts, elles n’ont pas de réalité propre.
    • Le quasi-racialisme mène souvent à l’éliminativisme. Simplement il tend à se marcher sur la queue. Il cherche à dénoncer la suprématie blanche tout en expliquant que les races n’existent pas. Mais alors que signifie blanc ?
  • Le «communautarisme» qui vise à décrire les races comme des groupes culturellement construits. Parmi lesquels on trouve :
  • Le «socio-naturalisme» : les races seraient juste des populations qui tendent à l’endogamie, à s’accoupler parmi. Diverses postures existent pour justifier cette option
    • Soit on serait conditionné par notre éducation à rester en groupes distincts, par exemple, nos critères de beauté viseraient principalement les femmes blanches, et ce sont les personnes blanches qui sont associés à la richesse, la connaissance, le pouvoir et autres marqueurs sociaux attirants. Tout ça semble vrai. Mais est-ce déterminant pour voir les races comme des bassins de reproduction ?
    • Soit de l’évopsych de bazar : on serait biologiquement faits pour copuler avec qui nous ressemble, ce qui aboutit à des groupes qui se ressemblent physiquement.

3.1. Problème de la psychologie évolutionniste (évopsych) de bazar

"le racisme, c'est juste parce qu'on a des préjugés inconscient parce qu'on fonctionne comme des animaux"
Le problème pour citer Taylor c’est que 
«sociobiological accounts of our institutions and practices remain highly speculative, much more so than other evolutionary explanations, as they still await the first definitive identification of the genetic basis for some complex social phenomenon — which is to say a phenomenon for which there are probably competing explanations from the social sciences. Why would I accept an appeal from a hard-wired evolutionary predisposition when the cukturahistorans can already tell me why we sort ourselves into breeding populations, and where the new explanation you’re proposing writes a gigantic blank check for its central mecanism ?» (p.102)
En gros, ça dépossède tout le monde de sa responsabilité, et ça réduit tout le problème du racisme à «on aime pas trop les gens différents, parce que regardez voilà une expérience avec 10 rats» en supprimant complètement l’aspect institutionnel du racisme qui explique pourquoi il se perpétue jusqu'à nos jours.

3.2. Contre le "communautarisme"

D’abord, le communautarisme en général, à savoir que les races sont en fait des groupes sociaux. Ca inclut la notion «socio-natural» de «breeding groups» façonnés socialement, qui n’en est qu’une sous-variété.
Dans les deux cas, on affirme que la race ne serait, comme l’ethnie, que le résultat d’une cohésion sociale, de partage de valeurs, de buts, d’objectifs. C'est confondre un groupe, ensemble d'individus volontaires animés d'un but commun, et une population, ensemble d'individu. Les races sont des populations non des groupes.

3.2.1 Le cas Vincent Chin

Prenons Vincent Chin.
Il s'est fait tuer en 1982 par des chômeurs, précédemment constructeurs de voitures, qui blâmaient les Japonais pour les problèmes que leur emploi connaissait.
Dans ce raisonnement, outre l'absence totale de causalité entre le fait de tuer un Japonais sur le pavé américain et la renaissance flamboyante de l'industrie automobile du pays, il y avait une autre faille : Vincent Chin était américain, d'origine chinoise, non japonaise.
Cependant, pour les types qui tenaient la batte de base-ball, ça n'avait que peu d'importance : il avait l'air asiatique et c'est tout ce qu'il leur fallait.
On peut bien arguer que la variation physique humaine est continue, voire que les traits japonais et chinois n'ont rien à voir, soit. Mais si demain vous trouvez un tueur fou sur votre pallier, qui hurle "Mort aux Japonais !" et qui bute un Coréen, un Chinois, un Ouigour devant chez vous, je doute que vous vous tourniez vers votre ami thailandais pour lui dire "Mais non, tu ne risques rien, il a dit Japonais".
De la même manière, quoique je serais sûrement inquiet en voyant des boneheads tatoués de croix gammées remonter une ruelle, je serais bien plus préocupés pour un de mes amis noirs.
On peut bien dire qu'il n'y a pas de race asiatique, tant que des gens avec des battes de base-ball groupent un certains nombres de traits physiques, communément présents chez les asiatiques dans les conditions suffisantes pour se faire buter, c'est absurde de faire comme si les races n'étaient rien.
On peut bien dire qu'il n'y a pas de race noire, pour autant, tant que les contrôles de police visent plus spécifiquement ces personnes, qu'elles ont plus de peine à trouver un emploi, etc. il est absurde de simplement faire comme si on était aveugle à la couleur de peau.
Certain voudraient plutôt parler d'ethnie(ethnicity en anglais, ), et dire que ce n'est pas tant les traits physiques que la culture partagée qui fonde ces groupes sociaux. Les Roms, les Amish peuvent être définis ainsi comme des ethnies, puisque ce sont des groupes généralement endogames qui partagent une culture. Les musulmans, c'est plus ténu, puisque parfois traités comme une race. Certes, les mécanismes d'exclusion divergent légèrement dans les pays européens : si l'on cherche effectivement des signes physiques distinctifs (couleur de peau plus mate) ce sont les signes culturels distinctifs qui sont attaqués, principalement les femmes voilées.
Sauf qu'ici les cultures japonaises et chinoises sont très différentes. Ca n'a pas sauvé Vincent Chin. Certes, les ethnies peuvent se raciser et tendre à l’endogamie, la pureté. Tout comme les races peuvent s’ethniciser, et s’organiser autour d’une culture, comme on peut le voir dans les mouvements d’indépendance des noirs aux USA. Des gens peuvent se fédérer autour de ces catégories. Je dirais que l’histoire du sionisme tient mi-partie de ces deux catégories, Israël étant toujours ambigu sur la question du statut de Juif (et donc, potentiellement, de citoyen) sur la question de sa nature : religieuse ou généalogique. Les Hutus et les Tutsis, les Grecs et les Turcs s’inventent culturellement des moyens de différencier leur corps des autres, et d’y attribuer une signification. Mais ça ne veut pas dire que c’est le cas pour toute race.

3.3. Contre l'éliminativisme

Bon d’accord ce ne sont pas des groupes culturellement construits, mais est-ce qu’on est obligé d’admettre leur réalité, est-ce que ça ne conduit pas au racialisme pur ? Ne ferait-on pas mieux de ne plus en parler du tout, de se censurer là-dessus et d’être éliminativiste ?

On est obligé de considérer les races, parce qu’elles provoquent des choses.
Et elles sont principalement à propos de l’apparence.
Amadou Diallo s'est fait abattre de 19 balles (41 tirées) le 4 février 1999, par quatre officiers de police New-Yorkais ayant cru qu'il avait un pistolet. Ce n'est pas parce qu'il était Guinéen ou Fulani qu'il a été tué, dit-on, mais bien parce qu'il a été perçu comme noir. Sa culture n'a rien à voir là-dedans, c'est son apparence qui est en jeu.
Être noir ou asiatique n'est sans doute pas révélateur quant à l'intelligence ou au civisme, mais ça déclenche des inférences négatives, parce qu'il y a des gens pour croire cela.
Not every white person is a racist, but the genius of racism is that you don’t have to participate to enjoy the spoils. If you’re white, you can be completely oblivious, passively accepting the status quo, and reap the rewards.
—Mychal Denzel Smith, “White People Have to Give Up Racism

Prétendre qu'on est color-blind, aveugle à la couleur c'est dès lors faire preuve de naïveté au mieux et de cynisme au pire : je peux bien arguer autant que je veux que je suis beige et pas blanc, je doute que j'aurais pu connaître le sort de Chin ou Diallo.
Croiser les doigts, fermer les yeux et prier très fort que le monde se comporte vraiment de même manière envers tous n'est pas une solution.
L’éliminativisme est donc à rejeter, parce que faire semblant de ne pas voir les races, figurez-vous que c’est un moyen très éfficace pour ne pas voir le racisme. Voyez la France : les statistiques raciales sont interdites. Dire les «races n’existent pas donc on ne va pas parler de races» c’est le meilleur moyen d’empêcher toute lutte anti-raciste.

3.4. Inexistence des races ?

Mais nous sommes d’accord, les races, biologiquement, ça n’existe pas ?

Bon, disons, ça dépend ce qu’on entend par biologiquement et par race. Comme je l’ai dit, les races semblent se trimballer des caractéristiques physiques qui, bon an mal an, sont liées à leur génome.
Par conséquent, bien qu’on soit tenté de dire que le fait d’avoir tel nez, tel cheveux, tels yeux, telle peau n’ont rien à voir avec toutes les autres caractéristiques, physiques ou psychiques, il semble que les races forment justement des populations fermées, en témoigne le faible taux de mariages interraciaux, encore aujourd’hui.
Donc forcément, ils vont reproduire ces typologies dans leur descendance, et avec ça le reste de leur gènes. Donc, peut-être qu’en plus des trucs apparents, ils trimballent aussi d’autres traits, pas apparents.
C'est basiquement traiter la race comme une famille étendue.
Exemple frappant, les amérindiens étaient tous de groupe sanguin O, apparemment, puisqu’on tape dans la population péruvienne d’origine Inca autour de 97% de groupe sanguin O encore aujourd’hui de par l’isolement des peuples aux temps précolombiens.
Cependant, ce jugement-là contribue-t-il vraiment à la pensée raciale ?
Est-ce que dire que les amérindiens sont de type O va vraiment les déprécier ?
Exemple plus frappant : l’alcoolisme chez les amérindiens, parce qu’il prolonge un vieux cliché d’addiction à l’alcool chez ces populations, forcément pas habituées.

3.4.1. Exemple : Alcoolisme chez les Indiens dans les réserves.

L'étude a dix ans, elle a été réfutée douze fois, probablement. L'idée en était intéressante, un certain set de gènes (ADH1C) impliqués dans la production de l'ADH et de l'ALDH ferait en sorte que certaines personnes ne deviendraient pas alcooliques, gène assez présent chez les juifs et les asiatiques (?) apparemment, et dont seraient dépourvus les amérindiens. S'il y a peut-être du vrai, pour autant les mécanismes sociaux sont tout aussi importants, sinon plus : l'alcoolisme dans les réserves a un rôle de socialisation énormes, et les individus qui en sortent peuvent se trouver rejetés.
Non seulement ça prolonge l'image de l'amérindien qui vendrait père et mère pour l'eau-de-vie des méchants occidentaux, mais ça a fini par atteindre les amérindiens eux-mêmes, et ça finit par leur servir d'excuse : après tout, on peut pas lutter, c'est les gènes, alors pourquoi changer ? Et la culture de l'alcool se naturalise, s'ancre dans une biologie fantasmée. Donc c’est encore négatif, mais il me semble que ça n’a pas grand chose à voir avec la pensée raciale. Si l’alcoolisme n’avait pas pris une telle ampleur dans les réserves, je doute qu’on aurait pris la peine de faire cette étude. Au lieu de causes sociétales, on cherche des causes biologiques, ce qui n’est pas forcément pertinent, puisqu'on traite de l'alcoolisme comme une maladie universelle, univoque dont il s'agirait simplement de trouver la cause biologique objective, méprisant le contexte propre. Mais est-ce que cela peut vraiment soutenir une pensée raciste propre ?
J’entends, même si on dit que les amérindiens sont plus sensibles à l’alcool, la déficience dans ces enzymes se trouvent aussi très répandue dans les population africaines et européennes. La différence c'est qu'eux en semblent singulièrement dépourvu, tous. L’alcoolisme n’est pas l’apanage des amérindiens, mais on montre que leur similarité génétique pourrait expliquer le peu de variation qu’il y a eu dans leur réaction négative à l’alcool du temps où celui-ci n’était pas encore doté d’inférence sociale comme aujourd’hui. Ca peut expliquer le début du fléau. Mais je doute que ça soit la base de mesures discriminatoires contre les indiens.
L’idée de la race comme «famille étendue» chère à Steve Sailer ne fait qu’une chose supplémentaire par rapport à celle de Taylor, c’est supposer un terrain génétique commun au sein de chaque race et inférer qu’on peut donc traiter la catégorie «noir» comme une catégorie génétique pertinente. Or, étant donné la variation entre les diverses populations distinctes qui sont considérées comme noires cette hypothèse parait présomptueuse : la distance génétique peut être plus élevée entre membres d’une même race qu’entre deux personnes de races différentes. Il suffit de comparer les Pygmées aux Masais, sur le plan de la taille et de la force physique, ou les Khoisan au reste de l’Afrique ; ne serait-ce que sur le plan des caractéristiques physiques qu'on leur prétend approximativement communes. Comme l’ont montré diverses études portant sur leurs chromosomes Y, ils se sont isolés extrêmement tôt dans l’histoire de l’humanité et ont certes évolué en parallèle mais pour aboutir à un génome particulier, au moins sur ce plan-là. Pour autant ils sont tous trois noirs.
Tout ça est donc principalement dû à l’apparence, et malheureusement, l’apparence existe. Et oui, elle est liée à des facteurs génétiques. Ce qui est problématiques c’est cette induction erronée qui vise à dire qu’une apparence approximative x serait liée forcément aux capacités ou propriétés y.

3.4.3 La race en biologie.

En théorie, cette idée pourrait fonctionner.
On pourrait se dire, comme Sailer, que la gueule que tu as devrait être prise comme un critère pertinent médicalement, pour orienter un diagnostic sur diverses pistes.
Disons qu'on pense plus vite à la drépanocytose en afrique équatoriale qu'en Angleterre, et on n'y pensera pas si la personne à diagnostiquer est un touriste Hollandais de passage.

La question de la pertinence se pose donc. Est-ce vraiment une notion utile en médecine ? Apparemment l'étude attentive des populations européennes (n.b. étude conduite sur 4000 individus) parvient à déterminer des marques génétiques assez tranchées, entre européens du Nord et du Sud, par exemple., ans pour autant que ces marques aient des conséquences médicales équivoques.
Ainsi on notera que les seuls groupes qu'on peut isoler avec certitude sont les Juifs Ashkénazes, les Orcadiens en Europe du Nord et les Sardaignois en Europe du Sud étant donné les mouvements de population non-indigène dans ses locations qui ont marqué le bassin génétique et leur endogamie relative depuis.
En aucun cas ça ne justifierait le racisme, après tout, on parle majoritairement des différences internes à des individus qu'on classerait souvent comme blancs.
J'entends, si l'on part du principe qu'il faut isolation totalement endogame pour créer une race sur une longue période de temps, on trouvera qu'on peut désigner les Inuits ou certains Amérindiens comme tels, mais jamais on ne trouvera de réelle "race européenne" étanche, étant donné les quelques pourcents d'ADN d'origine "africaine"(dans la mesure où toute l'humanité est probablement isue d'une population d'hominidés africains voilà) présente en Europe et la proximité plus forte entre un Italien et un Palestinien qu'entre un Italien du Sud et un Finlandais.Comme le dit Jacquard :
"il y a quelques dizaines de milliers d'années, alors que l' humanité ne comportait que quelques millions d'individus répartis sur d'immenses espaces, des différences génétiques significatives ont pu s'établir entre les divers groupes, et ceux-ci auraient pu être, à juste titre, répartis entre plusieurs races. Il se trouve que, dans l'état actuel de l'humanité, les échanges multiples et incessants ont enlevé pour le généticien toute signification à une telle classification. "(Albert Jacquard, « La génétique des populations », MURS, no 5, 1986 [PDF])
Ou Jacob (1981)
La distance biologique entre deux personnes d'un même groupe, d'un même village est si grande qu'elle rend insignifiante la distance entre les moyennes de deux groupes, ce qui enlève tout contenu au concept de race. (Le jeu des possibles, essai sur la diversité du vivant, p108)
Prenons cette étude plus récente qui disait "une seule race, mais sept groupes génétiques :
"Précisons encore, afin d'éviter toute récupération de mauvais aloi de ces travaux, que les convergences génétiques qui rassemblent les hommes au sein de chacun des septs groupes ne concernent qu'un relativement faible nombre de nucléotides. Du coup, deux hommes appartenant à un même groupe peuvent être très différents en ce qui concerne les très nombreux nucléotides non pris en compte pour établir la classification. Si différents même que deux membres d'un même groupe peuvent être plus éloignés, globalement, que deux individus appartenant à deux groupes distincts (Européens et Africains, par exemple)."
Autrement dit, on trouve des marqueurs génétiques qui relient ces populations, mais ces marqueurs ne sont pas forcément pertinents, ni associés à des critères physiques donnés (ce qui s'éloignerait de la notion "sociale" de la race, fondée sur le physique), ni intrinséquement liés à des propriétés pertinentes.
Et il y a le risque de l'arbitraire. Si je suis plus proche d'un palestinien, concernant des marqueurs médicaux pertinents médicalement, pourquoi vouloir à tout prix me foutre dans le sac "race blanche" et lui "arabe/moyenoriental" ? Si on parle de distance génétique comme critère suprême et que la distance peut être plus élevées entre membres d'une même race que des races différentes, alors on ne peut arriver qu'à une classification capricieuse et arbitraire qui ne nous garantit des résultats que fortuits.

Comme on l'a dit :
  1. Les propriétés qu'on voudrait accoler aux races varient continuellement à l'intérieur de celles-ci.
  2. Il y a métissage, pas de races étanches.
  3. Ces propriétés peuvent se retrouver de façon transversales, entre diverses races.
  4. Il est donc à peu près impossible de tracer des limites franches entre les races.
  5. Les propriétés qu'on veut leur attribuer sont le plus souvent entretenues par la culture. (E.g. Alcoolisme des Amérindiens)  

3.4.4. Contre la variation continue

Bon, tu dis qu'on ne peut pas tracer de limites franches, ou pertinentes, mais pour autant, est-ce que ça veut vraiment dire que ça n'existe pas ? Après tout, c'est le sophisme du chauve. On enlève un cheveu à un homme, est-il chauve ? Non. Un deuxième ? Non plus. etc. et on ne voit pas de limites qui nous permettrait de définir correctement le concept de calvitie, pour autant on dit que la calvitie existe. De même les couleurs. Sur un arc-en-ciel, pas de limites définie entre bleu et vert, mais un dégradé, pour autant on arrive à les distinguer.

Mais c'est justement deux exemples qui pousse à promouvoir la construction sociale des races et leur inexistence ontologique.
Premièrement, pour prouver la pertinence ontologique des races, il faudrait dire "voilà le fondement logique pour la race" et non pas "voilà d'autres concepts qui sont utilisés n'importe comment et sans fondement logiques"
Ensuite, la calvitie, justement, est une question d'apparence, qui a des inférences sociales (vu comme une perte de santé, de beauté, de virilité, de fécondité) et que, comme la race, oui, pas de critère objectif, pour autant on arrive à discerner les chauves.
Troisièmement, la couleur, comme je l'expliquais ici, est fonction de notre appareil visuel. Si nous étions tous daltoniens, il y a fort à parier que nos définitions de la couleur seraient différentes. Elles n'existent pas dans un vide, où on pourrait les observer, justement, elles sont, ce grâce à quoi on observe, les couleurs sont des impulsions nerveuses par lesquelles on perçoit le monde, sous forme d'un tas de points colorés. Donc les couleurs ne peuvent être prises comme exemple de quelque chose qu'on percevrait objectivement parce que :
  • La perception des couleurs dépend de notre appareil visuel.
  • La classification dépend de notre culture. Certains philologues pensaient que les grecs ne percevaient pas le bleu, parce qu'il n'était pas vraiment mis en valeur. Newton en voyait 7, mais en rajoutant l'indigo, qui est une putain d'arnaque, après tout, pourquoi distingué le "bleu-violet" mais pas le bleu-vert, le orange clair ou autre ? Le chiffre de 7 a sûrement été retenu pour des histoires d'harmonie cosmique et pour tenter de faire la même chose que les 7 notes de la gamme ou je sais pas quoi.
Comme les couleurs, les races sont discernées au pifomètre, classées par leur apparence grosso modo, et ça nous pousse donc à adopter le constructivisme social.

 3.5. Pour le "constructivisme social".

Dire que la race dépende de caractères causés génétiquement et donc que c’est causé génétiquement, est-ce que c’est pas une forme de racialisme pur ? Après tout si la base ontologique du concept de race est erronée, on ne fait que perpétuer une erreur.

Pas vraiment.
Le constructivisme social dit simplement que les races sont des constructions sociales, que des sociétés diverses attribuent des significations diverses à des corps divers.
Taylor défend en définitive cette vision, qui permet d'expliquer les mécanismes de ségrégation, d'endogamie, les différences sociales, le peu de mariages interraciaux etc. par l'inertie de l'ancien racialisme, de l'esclavage, de la pensée coloniale.
Et ça permet d'expliquer aussi pourquoi à un moment on considère que les Irlandais, les Italiens, etc. sont une race à part et que d'un seul coup, pouf, suprématie blanche.

3.5.1 Donc les noirs et les blancs sont identiques ?

Si les races sont construites socialement et que tu es d'accord pour dire que le concept biologique de race n'est pas correct, alors tu dis qu'il n'y a pas de différences physiques entre blancs et noirs ? Et si ce n'est que la société qui décide qui est noir ou qui est blanc, alors il n'y a pas de réalité physique derrière ce concept et on devrait l'abandonner ?
Taylor cite l’exemple de l’argent et nous allons le prolonger.
Ce ne sont que des bouts de papier marqués de chiffres et de filigranes, ou des numéros sur un ordinateur ou du métal brillant dans les caves d’une banque. Ca ne vaut pas grand chose. Pour autant peu de gens décident que les prix ne veulent rien dire, ou qu’il faut arrêter de parler de valeur monétaire. Puisque tout le monde autour de nous utilise de l’argent, il est utile de parler d’argent. Puisque nous vivons dans un monde façonné par le racialisme, il est utile de parler de race.
De la même manière un «goal» au foot, ce n’est rien qu’un joueur qui tire une balle contre le but du camp adverse. S’il le fait en dehors de la partie, ça n’en est pas un, c’est juste un tir d’entraînement, la foule ne se met pas à exulter de joie. Ce sont des règles externes au joueur et à l’acte en lui-même qui définissent si c’est un goal ou pas, et quelles conséquences cela déclenche. Pourtant on parle de goal sans défaillir.
Ce n'est pas parce que c'est la société qui décide de la valeur ou de l'existence d'une chose que cette chose n'existe pas ou n'a pas de valeur.
Pour ce qui est de l’argent, certaines personnes prétendent que l’or a de la valeur en soi, par exemple.
Or non, s’il y en avait partout, il ne vaudrait plus rien, puisque sa rareté n’étant plus garantie, il ne pourrait plus servir d’étalon. On a pris l’or et l’argent comme argent de par leur rareté, soit, leur conférant une grande valeur d’échange. Ils n’ont pas une valeur d’usage énorme.
Les autres métaux, moins rares et plus utiles, entrant par exemple dans la fabrication du bronze, on peut se demander pourquoi en faire des pièces. J’entends, si on utilisait des pommes, on pourrait les manger, et utiliser le bronze pour faire des sabres ou que sais-je, plutôt que des pièces qui n’ont aucune autre utilité qu’acheter des choses.
Adam Smith y avait réfléchi dans la Richesse des Nations (1776) :
«Les métaux non seulement ont l’avantage de pouvoir se garder avec tout aussi peu de déchet que tout autre denrée que ce soit, aucune n’étant moins périssable qu’eux, mais encore ils peuvent se diviser sans perte en autant de parties qu’on veut et cesparties, à l’aide de la fusion peuvent être de nouveau réunies en masse; qualité que ne possède aucune autre denrée aussi durable qu’eux, et qui, plus que toute autre qualité en fait les instruments les plus propres au commerce et à la circulation.» (t.1 chap. 4, De l’origine et de l’usage de la monnaie, trad. Germain Garnier, 1881)
Les métaux ne sont donc pas en soi destinés à devenir de la monnaie, mais étant donné qu’ils sont divisibles à l’infini, impérissables et relativement rares, ils avaient toutes les propriétés requises pour être utilisés comme étalon dans l’échange.
De la même manière qu’il n’y a pas dans les divers métaux de la valeur en soi — elle leur est attribuée par l’homme — les différences physiques par lesquelles on distingue les noirs n’étaient pas en soi destinées à leur faire subir une discrimination, mais étant donné qu’elles sont extrêmement faciles à identifier, ce genre de discrimination subsiste. Si nous vivions dans un monde parallèle où l’on discriminait sur la base de taches de naissance entre les deux fesses, il serait assez dur d’exercer discrètement une domination sur ces personnes, tandis que les racisés le portent littéralement sur leur visage, ce qui permet sans peine les délits de faciès les plus divers.

4. Des races sans différences physiques ?

Oui mais parfois ça vise des gens qui n'ont pas vraiment de différence physiques sont traités différemment. Regarde par exemple le vieil antisémitisme, qui considère les Juifs comme une race à part, alors qu'aujourd'hui on les considérerait comme blancs.

Oui, et les clichés mêmes sur les juifs sont assez étranges, puisqu'on les voit comme une forme de super-blanc, comploteur, influent, forcément riche et qui manipule la société.
Dans l'absolu ils sont de ces ethnies qui se distinguent par une certaine réussite sociale, la cohésion au sein du groupe. Typiquement les chinois aux USA, les Sikhs en Inde, les Juifs en France.
Cependant ces arguments ne sont pas raciaux, mais culturels.
A l’origine l’antisémitisme avait des racines religieuses. C’est parce qu’ils ne reconnaissaient pas le Christ qu’ils étaient discriminés en Europe. La dimension raciale n’est apparue que lorsque vérifier le lignage de quelqu’un fut devenu possible, bref, que l’état ait fiché les citoyens juifs.

5. Concept utile

Il est parfaitement possible et même avantageux de garder ces mythes génétiques susdits  à portée de mains, à savoir des exemples simples de génétique qu'on enseigne aux enfants. Des trucs faux qu'on leur explique pour fonder leur savoir, comme à peu près tout ce qu'on leur apprend. On peut même rester cohérent : il suffit de disqualifier toute exception par l'hypothèse d'une paternité erronée, et le tour est joué, sur le dos de la fidélité de la maman.
Bref, on peut toujours se démerder pour garder à portée de mains des mythes biologiques, qu'ils soient vrais ou faux, pourvu qu'ils nous soient utiles.
Ca nous rappelle rien ?
Nous voyons que pour éduquer de jeunes enfants, voire même pour éduquer des universitaires, puisque le cours sur la génétique que j'ai suivi à l'université de Lausanne faisait usage de certaines de ces simplifications, on peut sans peine promouvoir des concepts erronés.
Pour ce qui est de la race, même chose. Ces concepts avaient leur utilité, pour justifier esclavage et colonialisme, et nous sommes encore pris dans leur inertie. 


Lays Y. Farra (parce qu'avoir l'initiale d'un deuxième prénom est un tel marqueur social que le deuxième prénom de Harry S. Truman est en fait "S", juste pour l'initiale.)

2 commentaires:

  1. Surtout, n'oublions pas qu'on peut avoir les yeux vairons, ou une oreille attachée et l'autre détachée.

    Typhon

    RépondreSupprimer
  2. Moi, je suis pour la diversité des races. Mais je pense que la mondialisation est en train d'anéantir cela. En effet, maintenant, beaucoup de gens sont métissés. En France par exemple, j'ai l'impression qu'il ne reste que peu de français de pure souche, les arabes et les africains dominent plus le paysage démographique. Cela n'exclut pas pour autant l'existence du racisme malgré cette diversité.

    RépondreSupprimer

"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.