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mercredi 25 septembre 2013

Aphoristique de septembre

Morceaux choisis, déjà postés pour la plupart sur twitter ou tumblr.
Tant de penses qui ne sont pas assez consistantes pour un article à part, mais que je ne veux pas laisser perdre non plus. Je pense refaire ça, notamment avec mon archive twitter.




***



I

Biais cognitif à élucider, n°23 : Les gens dont tu aimes bien voir les propos repris et les trouve éclairants quand cités par d’autres, mais dès que tu les lis dans le texte, étonnamment mais subséquemment, ils te saoulent.


II


(Je suis bien conscient d’être probablement dans cette catégorie.)

III

Moffat est pratique, il prend sur lui tout le sexisme de Doctor Who, sans qu'on ait besoin de l'expliciter plus : c'est sa faute. Scénaristes, réalisateurs, autres membres de la production, et incidemment le reste du monde, vous voilà absouts. Vous n'y êtes pour rien.
Critiquer la série : oui. Accuser les responsables, soit, mais réduire ça à Moffat et hurler son nom à tout tournant me semble par contre particulièrement débile.
A moins de prétendre que les scénaristes/réalisateurs en-dessous de lui et les producteurs de la BBC au-dessus n’ont aucune marge de manœuvre, il faut admettre la responsabilité de chacun et pas juste estimer que la malfaisance de Moffat transcende ces échelons.
Le patriarcat est le fait de beaucoup, si ce n’est tous.
Focaliser la lutte sur des individus laisse penser qu’il s’agit de problèmes épars, singuliers, exceptionnels, et non les symptômes d’un mal systémique.
Est-ce le but ?


IV

L'eczéma qui me ronge les mains est en fait un stratagème évolutif du patriarcat pour m'absoudre de ne pas faire la vaisselle.


V

Je pensais que les libéraux, étant donné le peu de commandements qu’ils ont à respecter et promouvoir, seraient moins portés à classer le monde en “tout le monde contre nous”, et pourtant ! Qu’ils sont nombreux à assimiler étatisme et communisme, bureaucratie et socialisme. Tout ce qui s’oppose à la libre fluctuation des capitaux fait partie de la même engeance. Tout dénier versé à l’état augure la redistribution de celui-ci, et donc le communisme !
Pétain et Mao, même combat, les mafieux et les fonctionnaires, même combat, les talibans et Walras, même combat : tous ceux qui osent prétendre que le libre-marché n’est pas la solution optimale en tout sont tous à détruire, ne nous embarrassons pas dès lors d’étiquettes.
Un spectre hante leurs hommes de paille : le communisme.

VI
(introduction de Contre Chouard

Sur Internet ne prévalent que les théories qu’on peut énoncer en toussant.

Le libertarianisme : «*Tousse* ! Moins d’État ! *Tousse*»
Le Revenu de Base : «*Tousse* Donnons de l’argent à tout le monde ! *Tousse*»
Et maintenant le chouardisme : «*Tousse* Tirons au sort nos députés ! *Tousse*»

Je simplifie ardemment, mais il me parait désormais impossible de tenter un débat sociétal, quel qu’il soit, sans qu’un de ces trois partisans viennent balancer dans le fil de commentaires son argument précuit, et tire de la brièveté de ses propositions un avantage inéchappable sur ses adversaires, puisque toute proposition contraire ou réfutation prendra bien plus longtemps à concevoir ou à énoncer. La règle de base de la rhétorique ce n’est pas de dire quelque chose que votre adversaire ne peut pas réfuter, c’est de dire quelque chose qu’il ne peut réfuter dans le temps qui lui est imparti.


VII

Malgré la Thaïlande(massacre de l’université de Thamasat, à peu près tout ce que Bophibol a fait), la Birmanie(Traitement infâme des Rohingyas par les moines bouddhistes) et le rôle fort du Zen dans la philosophie des arts martiaux, le bouddhisme reste perçu comme pacifiste. Biais cognitif, à mettre dans le même sac que celui qui voudrait que “c’est plus une philosophie qu’une religion”.
Merci le Dalai-Lama, ce businessman de la religion.

VIII

Cessons de prétendre que les autres sont émotifs : nous choisissons tous des postulats philosophiques en adéquation avec nos pulsions. L’impératif de vérité ou de cohérence ne vient qu’après, et encore, il n’est souvent que le résultat d’autres affects.


IX

Si le droit d'auteur s'arrête à la mort de l'auteur, il devient extrêmement bénéfique de le buter.


X

Il semble que Benoît XVI ait décidé qu’on écrirait dans le texte biblique “Le Seigneur” et plus “YHWH”. Le tétragramme étant écarté, il semble donc que les euphémismes tels que Nom de Dieu n’aient plus de sens, puisque dans le texte il n’a plus de nom. “Seigneur” est un titre.


XI

“My name, my real name, it doesn’t matter. Lord is the name I choose. The name you choose it’s like a promise you make.”


XII


“Nom de bleu”, juron usité dans le canton de Vaud, est un double euphémisme, “Nom de Dieu” contournant déjà le tétragramme, puisqu’on n’invoque pas le nom de Dieu en vain.


XIII

Il est des boutons placebo. Les boutons de passage piéton ou d’ascenseur ne font souvent rien pour faire fermer la porte d’iceux plus vite ou passer le feu au vert. De la même manière, nombre de mesures politiques me semblent aussi utiles que de marteler le bouton pour accélérer le voyage de l’ascenseur. Au sens propre : ça n’a pas d’effet sur la vitesse de la chose, mais ça permet de déstresser, on se donne l’impression de faire quelque chose, d’avoir de l’influence dessus.


XIV
(La totalité de l'échange entre moi et Delphine_d, sur un tweet de Manudwarf, qui a inspiré ce fragment, peut être trouvé ici. Morceaux choisis pour éviter de se perdre dans le maelström des réponses simultanées et décalées, et afin que mon interlocutrice puisse prétendre que la partialité du carottage a dénaturé son propos. N'en croyez rien.)

Les prescriptivistes de tout poil sont la norme aujourd’hui, même parmi d’auto-proclamés amoureux de la liberté de chacun. Quoique la langue soit mouvante, quoiqu’elle change pour peu qu’on s’écarte de cent lieues, quoique les patois et les jargons la traversent comme Saint-Sebastien les flèches, ils prétendent qu’il n’y a qu’une vraie langue. Le dictionnaire est leur évangile ; les immortels, leurs vicaires. On dira par exemple qu'il ne faut en aucun cas dire "sales" pour "soldes", sous peine de faire sombrer notre civilisation, alors même que ces tartuffes disent sans ciller "week-end" et "budget".

Récemment, il s’en est trouvé pour combattre aujourd’hui les méchantes féministes qui veulent réformer la langue. Bouh, elles vont… Faire des fautes d’orthographe suivant la norme actuelle ! C’est très grave. On attaquera de semblable façon les accords épicènes et les pronoms neutres, récemment forgés. Les arguments contre ces abominations volent haut. Au choix, c’est “crade”, "moche" ou bien c’est le fruit d’une frustration et d’un mal-être qui requiert la psychiatrie.
Au-delà de cet étalage d’inélégante présomption de la part de ceux qui se prétendent des chevaliers de l’esthétique, remarquons une chose. Il est souvent argué que l’on n’aurait pas le droit de changer la langue à sa convenance. Il faut se plier à l’usage, sinon on ne se comprendra plus. Pas de langage privé !

Si on reconnaît là le talon hautain du parisien, prompt à écraser Bretons et Provençaux quand ils osent user d’autres syntagmes, d’autres syntaxes, il faut noter une chose. Cette posture prétend s’appuyer sur la toute-puissance de l’usage. “Le masculin l’emporte sur le féminin” parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps, par exemple.

Or non, le sujet fut débattu, et c’est bien la vision du monde des individus qui trancha, non un usage émergeant d’un quelconque éther. La grammaire a été sciemment et volontairement orientée vers la suprématie du masculin.
Au XVIe siècle, c’était la règle de proximité qui régnait : accorder l’adjectif ou le participe passé avec le groupe nominal le plus proche (voyez Ronsard) et chez Racine encore on trouve Etant donné l’origine latine de la langue, cet usage remonte à fort loin.
Au XVIIe, il y eut débat. Je cite Wikipédia :
La règle de proximité est cependant discutée : Malherbe la désapprouve tandis que Vaugelas n'y est pas complètement opposé et peut donner en exemple des tournures telles que « le cœur et la bouche ouverte ».
« Ni la douceur ni la force n'y peut rien. Tous les deux sont bon, n'y peut rien et n'y peuvent rien, parce que le verbe se peut rapporter à l'un des deux séparé de l'autre, ou à tous les deux ensemble. J'aimerais mieux néanmoins le mettre au pluriel qu'au singulier. » (Vaugelas, Remarques sur la langue française, 1643)
Au XVIIIie siècle, la primauté du masculin sur le féminin et celle du pluriel sur le singulier finissent par s'imposer. Pour justifier la primauté du masculin, le motif, tel qu'énoncé par l'abbé Bouhours en 1675, en est que « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte » ; étant entendu que, comme l'explique le grammairien Beauzée en 1767, « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. ».


Si c’est “torturer” la langue (op. cit. et circa) que de vouloir la plier à notre vision du monde, il faudrait nous expliquer ce qui donnait le droit à Scipion Dupleix, Bouhours et Beauzée de décider en pareille manière, et de soumettre le genre grammatical féminin au masculin sur la base de la hierarchie sociale des sexes. C'est d'autant plus cocasse quand les épée-liges de l'Académie nous disent que le genre grammatical n'a rien à voir avec le genre social, alors même que c'est sur cette base qu'on a infléchi la langue.

Nos paroles sont fruits de ces tortures. Il n’y a qu’une règle : se faire comprendre.
Et si un accord épicène ou des pronoms neutres sont au-delà de vos capacités de compréhension ou si vous considérez scandaleux qu'on veuille changer la langue pour la rendre plus égalitaire, mais que vous obéissez sans peine à des règles de grammaire précisément édifiées pour marquer la déférence que devrait marquer la femme à l'homme, je crois pouvoir dire que c’est vous qui avez un problème.


XV


Si l’usage fait autorité suprême et qu’il est évident, ainsi qu’on le prétend, l’Académie Française ne sert à rien, puisque tout un chacun peut constater l'usage de la langue dans sa rue.

Mais c’est faux.

Sa tâche est purement descriptive : compiler les évolutions du langage pour ceux que ça intéresse. Elle n’a pas à les ordonner.
Et son existence signifie à la fois qu'il n'y a pas d'usage évident et que sa tâche est descriptive.
Quand l’homme prescrit, Dieu rit presque.


XVI

Méta-grammaire – Je dis que les règles du langage ne sauraient être que descriptives, non prescriptives. Mais n’est-ce pas être prescriptif ?


XVII


Dans le même genre d’idées, je crois qu'on peut dire sans heurter personne que les glands qui disent qu’on ne devrait jamais au grand jamais utiliser de <table> pour la mise en page web sont des gros cons prescriptivistes.

“C’est trop lourd. Faire un tableau ça pèse au moins 13.2kb(sic)” – Tu parles, on est plus en 56k.
“Ca nuit au référencement des sites.” – Mais peut-être qu’on s’en fout ? Peut-être que chaque page web n’est pas forcée de pourchasser la célebrité ?

Qu’il est insupportable de se voir pourchassé par le spectre de standards défunts. Ceux qui veulent absolument une sonnerie et pas une chanson sur leur téléphone portable sont aussi rétrogrades que ceux qui se plaindraient de la fin des K7 vidéos.
Je vois pas pourquoi je m’emmerderais à me dépatouiller avec le CSS, langage qui a mis plus que mon âge à implémenter la possibilité de centrer verticalement des objets.
Considérez votre production web comme un jardin Zen qui doit respecter des règles inutiles si ça vous chante, mais cessez de faire chier les autres qui n'ont pas huit heures à perdre pour s'épargner 2kb.

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Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
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- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.