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mardi 3 septembre 2013

Politique du caprice


Eh, toi, là-bas qui ose discréditer Nietzsche ! Je te rappelle que Heidegger est NAZI, HEIN. Pan dans ta gueule, quoiqu’il n’y ait aucun indice que la catégorie <discrédite Nietzsche> dispose d’une intersection non-nulle avec <soutient Heidegger>. - je sais plus où dans le livre.

Critique

Politique du Rebelle

de
Michel Onfray.
Grasset, 1997, 342p.


Un de nos problèmes fondamentaux c’est que nombre de nos poètes sont des philosophes brimés et nombre de philosophes des poètes brimés.
Michel Onfray est du nombre, mais du diable si je sais dire dans quel camp.

Son lyrisme m’encombre.

Il écrit bien, et lisiblement, et de façon attirante. Disons, sa prose n’est pas ennuyante ou opaque, problème qui serait autrement gênant dans l’accès à son opinion.
Cependant, une fois parvenu à 100 pages d’Onfray, on a l’impression d’avoir mangé de la mousse de lait, un truc bourratif mais qui, digéré, ne rend rien. C’est incroyablement vide, indécis, prévisible, convenu. Et répétitif. Trop d’énumérations
La moitié du temps, on ne fait que recracher du Marx, et dire que les pauvres sont pauvres, les exploités exploités.
S’intéresse-t-on aux conditions précises ? Est-ce qu’il y a amélioration ou aggravation de la situation depuis le XIXe siècle ? Dans quel sens ? Pourquoi ? Des preuves de ces postulats ? Comment les contrer ? Nenni. On se contentera de déclamer à quel point les indigents subissent un sort terrible.

Invocations répétées de Darwin toujours de façon ridicule, mettant sur le dos du penseur toutes les tares du «darwinisme social». («la loi darwinienne de l’exploitation de l’un par l’autre» (p. 45) voir aussi p.71 et pp.110-119)
Et de Hobbes. La métaphore filée de la société comme le Léviathan est d’ailleurs pesante au possible :
«Léviathan signifie l’animal assimilé à cette machine politique pareille à une mécanique animée de ressorts de cordons, de roues, qui sont autant de cœurs, nerfs et articulations pour un gros animal obsédé de nourriture et tout entier tourné vers ce qui peut satisfaire son appétit d’ogre.»

Premièrement, prenez le temps de regarder la répétition, l’énumération bête qu’on prend ici comme style. C’est lourd, même si ça se laisse lire et que ça dilue le texte.
«Machine pareille à une mécanique». «ressorts, cordons, roues qui sont autant de cœurs nerfs et articulations» Donc, la société est comme une machine, qui est comme un organisme, c’est quoi cette métaphore bancale ? Choisis au moins entre vision mécaniste et organique des sociétés. «obsédé de nourriture et tout entier tourné vers ce qui peut satisfaire son appétit d’ogre» pléonasme.
Et c’est tout le temps comme ça.
Je ne dis pas qu’il faut forcément la prose sèche d’un Wittgenstein, mais bordel, le lyrisme est là pour marquer des temps forts, par pour allonger une dissertation de collégien aux dimensions d’un livre, ce qui semble ici être le cas.
Deuxièmement, Hobbes n’appelle pas Léviathan toute la société, comme cela semble être le cas chez Onfray, il désigne par ce terme le souverain absolu de son monde imaginé, que ce soit un homme unique ou une assemblée. Terrible, parce qu’ayant le droit de vie et de mort sur tous. D’où son appellation de Léviathan, dieu terrible, démon descendu sur Terre.
Le pouvoir explicite et suprême, tyrannique. Pas la structure sociale dans son entier.
On peut certes dire que par là il prête une volonté unique à la société qui se retrouve dès lors sublimée et déresponsabilisée par cette cause suprême du Léviathan, qui prend sur lui toute les fautes, sans que cela nous dise qui frapper. Ainsi les pauvres «sont les rejets, les déjections, les seconds les symptômes de la pathologie du corps» (p.74), sous le «ventre froid du Léviathan», enfin bref, une métaphore filée, en somme, qui ruine tout. Ainsi :
«A ceux-là, malades d’un jour ou de toujours le Léviathan désigne l’hôpital comme un lieu clos, un espace d’enfermement régi par des lois indifférentes à celles du dehors. Derrière les murs et dedans, il n’y a aucune commune mesure (N.b. Putain, encore une putain de répétition, c’est lourd) : sous la lampe du bloc opératoire, sous les néons des chambres de réanimation zu de convalescence, le mode féodal gouverne en fonction du pouvoir de droit divin dont dispose le savant, racine du despotisme éclairé, grâce à sa science et son pouvoir magique de fouiller les corps et de les remettre en état.»(p.79)
Le Léviathan fout les gens à l’hôpital ? J’entends, quand quelqu’un marche plus debout, oui, on le fout à l’hôpital, c’est triste, mais j’osais espérer qu’on pouvait analyser ce phénomène sans postuler qu’il visait à te priver de ta liberté, qu’il faisait partie du complot capitaliste pour l’oppression des âmes. Déjà que foutre la police dans le cadre d’un complot capitaliste, généralement ça me la fout mal, mais l’hôpital…
Qu’il y soit relié, puisqu’on cherche à remettre les gens en état pour qu’ils retournent bosser, pourquoi pas, mais l’inscrire dans les tortionnaires de l’enfer qu’il décrit…
D’ailleurs, oui, il décrit des «damnés» suivant la terminologie de Dante, et nous les présente dans un cercle de l’enfer, accompagné du deuxième (les réprouvés) qui a son giron (le corps improductif) et sa bolge (les forces improductives).
Et ce pendant tout le chapitre 2 (pp. 62-95). 33 pages de description. Tout ça pour dire que les indigents sont indigents et se déclinent en prolétaires, malades, fous, réfugiés, etc.
Pas d’analyse sociologique, pas de remède on dit juste qu’ils existent, et on pleure sur leur sort,
C’est génial.

Le Syndrome d’Antigone

Niveau «je suis emporté par ma phrase», je crois que celle-ci remporte la palme :
«Dans le trou noir où ont sombrés tant de personnes depuis Antigone jusqu’à Primo Lévi, tous soucieux de faire primer la vie contre la mort.»
Passons sur Primo Lévi, suicidé, et regardons le cas d’Antigone, suicidée elle aussi.
Rappelons ce qu’il s’est passé : après le départ d’Oedipe de Thèbes, Etéocle et Polynice, ses deux fils, se partagent le pouvoir, devant le céder une année sur deux à l’autre. Mais Etéocle refuse de céder le pouvoir à Polynice. Ce dernier lève une armée et marche sur Thèbes, à la suite de quoi ils s’entretuent.
Créon, leur oncle, frère de Jocaste, décide, une fois au pouvoir suite à leur mort, de faire de grandes funérailles à Etéocle, défenseur de la cité, mais de laisser le corps de Polynice pourrir, lui refusant l’accès aux enfers.
Antigone refuse la punition dans l’au-delà et va donc jeter des poignées de terre sur le corps, à plusieurs reprises. Elle est condamnée à être emmurée vivante, et se pend. Puis, le fils de Créon, Hémon, fiancé à Antigone, se suicidera, par dépit et pour attrister son père. Puis la mère d’Hémon et femme de Créon, Eurydice se suicide aussi.
Je rappelle la phrase d’Onfray.
«tant de personnes depuis Antigone jusqu’à Primo Lévi, tous soucieux de faire primer la vie contre la mort»

La vie contre la mort.

Antigone, afin de garantir à son frère mort une sépulture et un traitement juste dans l’au-delà, met en péril la sauvegarde de la cité, provoque son emprisonnement et sa mort, la mort de son fiancé, et la mort de sa belle-mère, laissant Créon seul.
En quoi est-ce qu’elle a défendu la vie ?
Sans déconner, elle défend l’âme de son frère dans l’au-delà, elle défend un mort. Là Onfray, jusnaturaliste opportuniste salue les «lois divines» (p.60) alors que c’est le genre de type justement à critiquer à mort la pulsion de mort des religions et leur tendance à provoquer la mort et à encenser les arrière-mondes qui dévalorisent le monde vivant.
Mais là, non, comme Antigone c’est kro une rebelle, pouf pouf, c’est bien de mettre en péril la stabilité politique de la ville, juste pour pouvoir enterrer un mec proprement.
C’est faux, Onfray.
Ce n’est pas Antigone qui défend la vie contre la mort, c’est Créon, qui pour le salut de Thèbes, met un des frères dans du marbre et donne l’autre aux vautours, qui choisit un symbole fédérateur, quitte à trahir l’histoire.
«Oui mais l’oubli c’est pire que la mort» dira-t-il.
Bon.
Mais si la vérité cause des morts, c’est que la vérité est une pulsion mortelle, contre la vie.
C’est bien ce que dit Nietzsche d’ailleurs.
Nous ne voyons pas dans la fausseté d’un jugement une objection contre ce jugement ; c’est là, peut-être, que notre nouveau langage paraîtra le plus déroutant. La question est de savoir dans quelle mesure un jugement est apte à promouvoir la vie, à la conserver, à conserver l’espèce, voire à l’améliorer, et nous sommes enclins à poser en principe que les jugements les plus faux (et parmi eux les jugements synthétiques a priori) sont les plus indispensables à notre espèce, que l’homme ne pourrait pas vivre sans se rallier aux fictions de la logique, sans rapporter la réalité au monde purement imaginaire de l’absolu et de l’identique, sans fausser continuellement le monde en y introduisant le nombre. Car renoncer aux jugements faux serait renoncer à la vie même, équivaudrait à nier la vie. Reconnaître la non-vérité comme la condition de la vie, voilà certes une dangereuse façon de s’opposer au sens des valeurs qui a généralement cours, et une philosophie qui prend ce risque se situe déjà, du même coup, par-delà bien et mal.
Est-ce que le grand ponte du «Nietzschéisme de gauche» qu’on nous distille ici ou là ne devrait pas le savoir ?

De l’économie

Dans ce chapitre on parlera de tout sauf d’économie.
Ainsi dans son traité d’Athéologie, Onfray crache sur les religions. Il dit qu’il faut un athéisme fort, et plutôt que de le construire, il explique à quel point tous ces croyants sont cons. De la même manière qu’il dit qu’il faut une psychanalyse nietzschéenne (le fait que Nietzsche n’ait écrit sur l’esprit humain que trente paragraphes incohérents ne l’arrête pas dans cette proposition stupide dans Le Crépuscule d’une Idole) tout en passant ensuite à la critique systématique de Freud, de plus belle, sans s’attarder à créer une psychanalyse nietzschéenne bien sûr, puisque la tâche est facile.
Il ne s’attaque à rien.
Il crache.
Voilà tout.

La pensée en packs.

Aussi, il est libertaire, hédoniste, nietzschéen, mais de gauche, hein, bref, il assimile des choses et tente de leur donner une cohérence alors qu’il n’y en a pas. Nietzsche détestait le socialisme.
«Avant d’en arriver à l’hypothèse d’une réactualisation des solutions proposées par Proudhon, il faut vouloir la révolution copernicienne, en finir avec la soumission des hommes à l’économie libérale et son affolement généraisé, afin de soumettre l’économie à un projet hédoniste de vie en commun.»
Il dit «en commun» pour rappeler qu’il est de gauche, mais dès que quelqu’un essaie de faire un truc qui implique plus d’un râleur, il crie à la dictature dirigiste, qui n’est pas assez libertaire pour lui.
Et justement, il distingue tout, on peut le voir également dans sa Contre-histoire de la Philosophie, entre hédonisme et ascétisme.
Les méchants idéalistes penseurs d’arrière-monde ? Ascétiques. Kant ? Ascétique. Aristote ? Ascétique. Les Stoiciens ? Ascétiques. Mais aussi les nazis et les chrétiens, rassurez-vous, et qu’on distingue à peine, les chrétiens étant bien sûr des proto-nazis, ou les nazis des post-chrétiens, c’est selon.
Seuls ont ses faveurs les hédonistes, les joyeux lurons, les cyniques qui chient sur les tables, les épicuriens (alors qu’Epicure était végétarien et buvait fort peu de vin) et bien sûr les vitalistes exubérants, comme Nietzsche.

Le genre de mec qui adore Rabelais, alors que c’est parmi la littérature la plus con et la moins intéressante que j’ai vu de ma vie. Ca a le niveau intellectuel et narratif de Jackass, et encore, ça ne parle que de merde et de foutre, et vraiment aucun intérêt.
Alors que ça peut être accompli de façon passionnante, il suffit de voir Pierre Louÿs. On peut être lubrique et intéressant.

Mais Onfray pense avec son ventre semble-t-il, il suffit de voir Le Ventre des Philosophes, ouvrage sur la bouffe. Il est semblable en cela à son mentor Nietzsche, qui dissertait sur les vertus du cacao en bord de mer, sur les préjugés qui viennent de l'intestin, l'apathie des asiatiques qui vient du riz et sur la stupidité des femmes, incapables de comprendre la cuisine, pièce maîtresse de la civilisation.
Il faut une «économie hédoniste», «jouir et faire jouir», «une politique libertaire hédoniste» et tout ça doit être «nietzschéen», mais ta gueule, le programme politique du niveau de Zaz quoi, allez je veux de la bonne humeur. La philosophie et la politique ne sont que des moyens pour lui de déguiser ses instincts, et d’imaginer qu’il est possible de tout réduire à la pulsion ascétique ou hédoniste des individus.
Impossible d’avoir un libertaire ascétique, ou un étatiste hédoniste. Impossible d’être dans le camp du bien quand on souhaite restreindre ses pulsions. Nietzschéen à la manque, qui ne voit le bonheur que comme un caprice.
Et comme lui, il est dans le camp de l’amour, de la joie et de la bonne humeur, il ne saurait être que dans le camp du bien.
Sur cette subdivision permanente de tout en ascétique et hédoniste, on peut se reporter à ce qu’il fait en histoire de la philosophie : ne gardons que Bergson, Epicure, Camus et Nietzsche, jetons Platon, Kant, Hegel, Schelling, Aristote, et tous les autres faiblards.

Dans le texte.

J’en ai marre de structurer cela, alors faisons une analyse linéaire d’un bout du livre :
p. 99 Désenchantement du monde, blabla.
p.100 «La leçon de ce siècle sombre, pour la gauche qui ne se satisfait pas du monde tel qu’il est, c’est qu’il faut éviter de faire de la propriété privée le bouc émissaire.» Bon, il veut garder la propriété privée, et donc ne pas exproprier les capitalistes, on est tranquille, soupire l’assistance.
p.102 Il parle du syndrome d’Hecaton (je fais souvent ça, aussi, je prends un fait divers, je lui donne valeur de syndrome et je le baptise du nom du fait divers avant de le reprendre ici ou là, je peux confirmer, c’est de la paresse). Le fait de faire passer l’économie avant la politique, et la solidarité. Hécaton, philosophe stoicien du IIe s. av. J.C. avait dit dans son traité Sur les Devoirs, perdu mais discuté par Cicéron, qu’il fallait faire passer ses possessions matérielles avant ses esclaves :
«Hécaton répond sans sourciller : il faut préférer l’intérêt personnel à l’humanité. Au pain sec et à l’eau, l’esclave, avant de le passer par-dessus le bastingage au prochain voyage.»
C’est un peu idiot : pour un Grec antique, l’esclave est un bien économique, comme le cheval. C’est une autre mentalité. Ca n’a pas de sens de dire que préférer son cheval à son esclave c’est «faire passer l’économique au dessus de l’humanité» : si l’esclave était traité comme humain il ne serait pas esclave. Il s’agit plutôt de l’aveu que les esclaves sont plus dispensables et plus durs à entretenir que les chevaux.
p.104 «Ainsi faut-il définir l’économie comme une alchimie cannibale, une discipline de transmutation qui à parti du temps des esclaves fait l’argent des maîtres.» Baille. J’ai lu Marx, dit un truc original, intéressant ou utile.
pp.105-107 Les méchants flux internationaux de l’argent détruisent tout sur leur passage. Des exemples serait approprié, une explication, une solution, non rien.
p. 109 on cite Feuerbach et on parle du Dieu argent, parce que l’argent est vénéré, et que l’économie est une religion. Il hait tellement les religions qu’il lui semble suffisant de dire «l’économie est une religion» pour la réfuter. Je m’incline devant tant de génie et de connaissance pointue de l’économie libérale.
p.110-111, il reparle de la «science des esclaves» d’Aristote. Et de l’idiotie qu’il y aurait à dire qu’il y a une communauté d’intérêts entre le maître et l’esclave.
D’ailleurs il dit que le maître et l’esclave souhaitent la disparition de l’autre. Que l’esclave veuille la disparition du maître, d’accord. Mais l’inverse ? Quel maître ne voudrait pas d’esclaves ? (p.111) Encore une fois emporté par sa phrase.
p. 112 «Nietzsche affirmait que quiconque n’avait pas les deux tiers de son temps de libre était esclave, que chacun fasse ses comptes…» Avec les 35 heures, on est à 35/168h par semaine. 35/168 > 2/3 donc aucun travailleur régulier n’est esclave en France, circulez y’a rien à voir. Vive la soc-dem, et les jugements péremptoires.
p.117 Il oublie de dire que pour Smith, la division du travail permet, avant tout, plus d’argent et de temps pour les employés.
p.119 Il explique que Marx croit à «l’autophagie» du capitalisme dans un optimisme béat. Rien à dire. C’est une critique légitime de Marx.
p. 121 Il dit qu’il pige rien en économie mais c’est pas grave parce que «comme si pour avoir le droit d’être athée il fallait d’abord être docteur en théologie…» dit le mec qui passe son temps à dire à quel point les religions sont pourries et qui pense ça suffisant pour maintenir son athéisme jusnaturaliste rationnel.
p.123 L’économie doit être Nietzschéenne. Va te faire foutre, sans déconner. Nietzsche, son mot magique. «Non que Nietzsche ait formulé quoi que ce soit qui ressemble à une économie» mais ta gueule, alors, ta gueule.
p.124-125:
«Le réenchantement du monde est envisageable sur ce terrain où se conjugent un souci libertaire et une option nietzschéenne, une volonté pragmatique et un désir d’énergie. Une économie généralisée retiendrait de la pensée de Nietzsche un désir sans fond de donner à Dionysos laplace qui lui revien, de soumettre Apolon à celui-ci en réalisant une inversion des valeurs, puisque habituellement, c’est le dieu de l’ivresse qui se soumet à celui de la forme. Elle supposerait une guerre déclarée à l’idéal ascétique sous toutes ses formes, aussi bien les logiques du ressentiment ou de la culpabilité que les rhétoriques de la haine de soi ou de la condamnation des passions. Quoi se souvienne pouvoir trouver chez le père de Zarathoustra, qui enthousiasma Jean Jaurès au début de ce siècle, mais aussi Lucien Herr, Charles Andler, Georges Palante, Elie Faure ou Georges Sorel, de réelles options capables de réjouir la gauche : une critique du christianisme (nous soulignons. Parce que oui, c’est tout ce qui compte) bien sûr, et des idéaux de renoncement qui vont avec, une mise en garde, déjà à l’époque contre la société de consommation et le culte rendu à l’avoir au détriment de l’être, une attaque en règle contre les bourgeois, les philistins, le travail, mais également une condamnation dans appel de l’Etat, entendu comme une monstruosité sans âme, animale et froide.»
Dooonc, on est hédoniste, on veut pas se restreindre MAIS il faut pas trop consommer parce que c’est mal. Ensuite, on ne veut pas de la «société de consommation» (inscrit le au Tipp-ex sur ta table de classe, comme tout bon rebelle) mais d’un autre côté, on crache sur l’axiomatique des producteurs(p.103, développé dans les notes pp. 319-320 parce que bien sûr, tout producteur est un capitaliste malfaisant). C’est mal de travailler, c’est mal de faire travailler, c’est mal de consommer, c’est mal de produire, mais attention, nous sommes des libertaires hédonistes, on veut pas vous restreindre. Démerdez-vous simplement pour jouir de choses qui ne nécessitent pas de travail pour vivre.
Je veux dire, on ne veut pas s’axer sur la consommation, on ne veut pas s’axer sur la production, on veut juste que les gens ne travaillent pas, et jouissent, mais de quoi, du coup ? Dire qu’on ne veut pas de la société de consommation, ça me semble un peu ascétique et pas hédoniste pour le coup.
p.127 Du protectionnisme ! Enfin une mesure !
«L’antinomie de la concurrence, bien que nécessaire à la fixation des valeurs et à la stimulation de la production apparaît aussi comme une cause de destruction des salaires et d’asservissement des travailleurs à des paies de misère. D’où la nécessité(…)»
Stop.
Non mais il a bien dit que la concurrence était nécéssaire à la fixation des valeurs ? Et il critique le dogme de la main invisible, qui ne dit rien d’autre que cela : qu’en marché libre, les prix se fixent pour ainsi dire tous seuls, comme si une main invisible les fixait, comme si une main invisible amenait le marché à s’équilibrer.
Du moins c’est l’acception courante du terme «main invisible», pas son acception originelle.
Si on regarde le texte original de Smith, on n'aperçoit qu’une seule occurrence de la «main invisible» :
«Ce n'est que dans la vue d'un profit qu'un homme emploie son capital. Il tâchera toujours d'employer son capital dans le genre d'activité dont le produit lui permettra d'espérer gagner le plus d'argent. (...) À la vérité, son intention en général n'est pas en cela de servir l'intérêt public, et il ne sait même pas jusqu'à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l'industrie nationale à celui de l'industrie étrangère, il ne pense qu'à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'à son propre gain ; en cela, il est conduit par une main invisible, à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société, que s'il avait réellement pour but d'y travailler.»
— Adam Smith, La Richesse des Nations

…Eeet, ça ne désigne que la concordance des intérêts particuliers : le boulanger ne fait pas du pain pour vous faire plaisir, mais pour gagner sa vie. En gagnant sa vie, il apporte quand même quelque chose à la société : du pain.
Contrairement à Mandeville, qui affirme que les vices sont nécessaires à la prospérité de la cité, Smith dit simplement que souvent, en cherchant son intérêt personnel, les gens vont contribuer à l’intérêt général. Pas toujours, pas tout le temps, pas d’harmonie préétablie comme le prétend Onfray.
Simplement, le boulanger ne fabrique pas du pain par plaisir de faire du pain, mais parce que cela lui permettra de vivre confortablement. Mais ce faisant, il nous apporte du pain, ce qui contribue aux bienfaits généraux.
De la même manière Smith donne l’exemple de deux chiens qui s’allient pour rabattre une proie : ils sont égoistes, oui, mais ils collaborent. L’idée n’est pas qu’il ne faut s’occuper que des ses pulsions égoistes, mais simplement que l’intérêt supérieur de l’individu est de s’allier avec les autres, d’échanger avec eux et de collaborer. L’égoisme doit donc conduire à la collaboration, qui bénéficie à tous.
On peut contester, mais caricaturer Smith en Mandeville et traiter la main invisible comme une extension du bras de Dieu, ou de Léviathan, pour reprendre la métaphore filée du collégien Onfray, c’est être de mauvaise foi.
Notons que pour lui «antinomie» ça veut juste dire «ça a des bons et des mauvais côtés et j’ai la flemme de les énumérer.»
pp.128-129 Proudhon a dit que la propriété foncière, c’était mal, mais qu’il faudrait maintenir la propriété privée parce que sinon c’est mal. Merci Onfray. Et il recrache les solutions de Prouddhon, sans innover, sans dire quoi faire, sans prendre parti. Le name-dropping au plus bas niveau.
p.131 «Un dionysisme politique agirait suivant l’impératif catégorique voulant la transvaluation, la révolution copernicienne et la mise de l’économie à son service.» Putain mais c’est tellement clair. Moi je veux trop que l'économie me serve, et pas servir l'économie, c'est trop ça, quewa.
Bref, du vide et du name-dropping.

Sans dec’ on peur résumer ce chapître en
1. L’économie libérale c’est mal. (à toutes les pages, à toutes les lignes)
2. Bon on va pas attaquer la propriété, parce qu’on est des bourgeois, quand même. (pp. 128-129)
3. On va pas non plus attaquer la concurrence, parce que c’est nécessaire. (p.127)
4. Pas besoin d’apprendre l’économie, non plus, parce que c’est des charlatans et que j’ai érigé l’ignorance athée en règle de vie. (p.121) Pas besoin de connaître les religions pour être athée. Ce qui explique sans doute que ton traité d’athéologie ne parle que des trois monothéismes et d’à quel point ils sont pas beaux.

Merci Onfray. Heureusement que t’es là, comment la révolution se ferait-elle sans toi ?


Conclusion

«(En parlant d’Alain) Mais on cherche les lignes, les pages, où il propose à son lecteur les modalités d’une solution.» (p.282)
OH THE CRUEL WEIGHT OF IRONYYYYY
Surtout quand les tiennes sont copiées-collées du XIXe s. de Proudhon.
Ne lisez pas ce livre.

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Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
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- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.