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vendredi 31 janvier 2014

Raiponce La Reine Des Neiges Rebelles Ou Quoi

Je suis enfin plus ou moins à jour avec Disney, pas encore Pixar, si tant est qu'on accorde de l'importance à leur classement distinguant films d'animation, classiques d'animation Disney, et qu'on considère que "Disney" est une sous-catégorie de Pixar quand c'est en fait l'inverse.
En effet, il ne vous aura pas échappé qu'il y a des figures de proues, mises en avant parmi les 130+ films des studios Disney. Mais je compte Brave dans le tas puisqu'apparemment Merrida compte comme princesse Disney.
Commençons par Frozen, le plus récent. Je voulais parler de l'adaptation du conte d'Andersen, mais ça sera un sujet à part, puisque Disney n'épargne personne et saccage aussi bien des classiques français (Le Bossu de Notre-Dame) ou mythologiques(Hercule).

Sommaire:
I : La Reine des Neiges
  • L'histoire
  • Note sur la VF
  • L'histoire bis 
  • For The First Time In What Two Year
II : La Morale
III :Le character design
IV : Disney sa race

I

La Reine des Neiges



L'histoire.
Prenons le film linéairement, je suis incapable de faire des critiques thématiques construites. Je reviendrai après sur quelques points.
Le film s'ouvre sur des hommes du nord qui taillent de la glace et chantent. Un petit garçon et son bébé renne zigzaguent entre leurs gambettes, avec un petit bloc de glace.
Anna réveille sa sœur Elsa et lui dit qu'elle veut jouer. Elle ne parvient à la sortir de son lit qu'en lui demandant de faire un bonhomme de neige. Elles descendent dans le hall et on voit les pouvoirs d'Elsa : elle couvre le sol de glace et fait neiger du plafond. Anna saute de pile en pile de neige, et tombe. Elsa lance un sort et touche l’œil d'Anna. On l'amène à des trolls, pendant que le petit garçon susdit, plus tard révélé comme étant Kristoff, les poursuit, puisqu'une traînée de glace parsème le convoi royal.
Les petits êtres de piere soignent sa tête, parce que la tête ça va, mais si c'était le cœur ce serait plus difficile à guérir *wink wink* c'est pas comme si on allait avoir quelqu'un qui allait avoir son cœur gelé plus tard, ouhalala subtle foreshadowing.
Bon Elsa, le cœur du film dit papy troll, c'est que tu dois maîtriser tes émotions parce qUE SI TU NE LE FAIS PAS TOUT LE MONDE VA MOURIR DANS D'ATROCES SOUFFRANCES REGARDE CETTE SIMULATION EN AURORES BORÉALES DE TOI EN TRAIN DE TOURNER BERSERK.
Voilà, maintenant bonne chance pour contrôler tes émotions.
Papy troll dit qu'il faut supprimer la magie du crâne d'Anna pour la sauver mais également le souvenir de la magie. Ca fait très conte de Fée et j'étais à 100% pour. Sauf que ça n'a aucune incidence sur le film, sinon cloîtrer Elsa, pour éviter qu'Anna voit ses pouvoirs, sauf que...quand Anna les voit, sa blessure n'est pas ravivée. Alors qu'on aurait pu, ça nous aurait d'ailleurs épargné quelques scènes. Bref.
Ensuite, tout ce petit monde rentre au château, le roi disant qu'il va le cloîtrer et réduire le personnel pour dissimuler les pouvoirs de sa fille, au monde et à Anna.
Là, Anna, le cerveau encore imbus de tous ses souvenirs heureux mais la mémoire exempte de magie vient toquer à la porte de sa sœur pour qu'elles aillent faire des bonhommes de neige, dans la première chanson, Do You Want To Build A Snowman.
Et c'est un problème. Anna vient quémander à sa sœur de jouer avec elle et Elsa la repousse. Anna a tellement peu de compagnie qu'elle parle aux portraits et fait de la bicyclette dans les escaliers. Nonobstant ce comportement suicidaire, ces parents se préoccupent plutôt de sa sœur. Plutôt que de la faire rejoindre les X-Men - sérieusement ça sert à quoi d'acheter Marvel pour passer à côté de pareils crossovers . et ses pouvoirs empirent. La chanson s'arrête plus ou moins pour qu'on voit Anna passer de 6 à 8 et 14 ans. Elle enserre ses parents sur le départ en leur disant "à dans deux semaines" et Elsa lamente le fait qu'ils doivent partir. Ils la rassurent : ils iront bien. Comme ce sont des parents dans un Disney, on nous balance bien vite leurs cadavres à la gueule. GROSSE MORT LE BATEAU IL A COULÉ.
Funérailles vite fait. Sans Elsa, apparemment enfermée dans sa chambre. Dos-à-dos dramatique contre la porte. "Do you wanna build a snowman ?"
*Zoé fond en larmes à mon côté*

Et ? Et ?
"Trois ans plus tard"
Quoi, on va sauter, le deuil ?
Pouf, on est au couronnement d'Elsa.
Et c'est un problème. L'effet dramatique d'avoir Anna chantonner "Do you wanna build a snowman" comme elle le faisait enfant aurait peut-être plus d'effet si ce n'était pas il y a deux minutes de notre point de vue. Mais sauter la période de deuil sans les laisser se parler, c'est risible.
Anna est présentée comme une enfant solitaire au point de parler aux portraits, elle erre entre la porte fermée de sa sœur et la porte du château, on ne voit pas sa relation à ses parents, du tout, ni au personnel ?
Je m'attendais au personnage stéréotypé de la nourrice/marraine ou un majordome, le chambellan qui annonce les gens, bref, QUELQU'UN. Avant le couronnement, il se passe TROIS ANS. Est-ce à dire qu'Anna n'a pas eu le temps d'établir une relation avec qui que ce soit qui vive dans le chateau ? Est-ce qu'on se contente de lui glisser des pizzas sous les portes puis on s'enfuit en courant ?
Là, il semble vraiment qu'elles sont les deux restées isolées toute leur vie. Et dans Raiponce, c'est au cœur du sujet, elle s'est fait séquestrer par une sorcière qui lui fait croire que le monde extérieur est mauvais. Elle est son seul contact avec l'extérieur. Là aussi, on a la justification usuelle pour cloîtrer les princesses : les pouvoirs d'Elsa, mais ça ne justifie pas qu'elle n'ait aucun contact avec qui que ce soit à l'écran.
En outre, Elsa est mineure avant son couronnement (duh) donc il doit bien y avoir un régent, quelqu'un, quelque chose, mais on ne voit pas cette entité. Juste l'évêque chargé du couronnement.
On passe à Anna qui chante For The First Time In Forever pour signifier sa joie d'être libérée du château en même temps qu'Elsa se lamente de devoir faire face à la foule, effrayée qu'elle est que le givre recouvre son sceptre sous la pression. Fin de la chanson, après avoir dansouillé dans la foule qui va à l'encontre des portes, Anna bute dans le prince Hans. Après une scène un peu Awkward parce que humour, elle doit être maladroite, ça la rend inoffensive mignonne, elle le plante avec un regard suave disant qu'elle doit y aller.
Après un couronnement (et une chanson de couronnement !) on passe au bal (en musique bien sûr). Le méchant invite Anna à danser, mais le prince Hans arrive bientôt, et les voilà batifolant. Ils se mettent à chanter Love Is An Open Door (encore une chanson) à la fin de laquelle ils se fiancent, pouf comme ça.
Ils annoncent à Elsa qu'ils vont se marier. Elsa se dit confuse et non mais ho vous vous êtes rencontrés aujourd'hui. Elle leur refuse sa bénédiction parce qu'on marie pas quelqu'un qu'on vient de rencontrer, et elle panique un peu quand Anna lui dit que les 12 frères de Hans pourraient s'installer à Erendelle.
- Mais si c'est un acte de Vrai Amour® ?
- *masta soupir* Anna, que sais-tu du Vrai Amour® ?
- Plus que toi ! Tout ce que tu sais faire c'est expulser les gens ! (shut people out, je saurais pas trop traduire)

Elsa veut faire mettre tout le monde dehors, fort à propos, et dit d'arrêter la fête. Anna la poursuit beuglant "pourquoi tu es méchante".
Bon j'exagère, mais 99% des dialogues entre elles se limitent à "Elsa, laisse-moi t'aimer - Non, je te ferais du mal, tu ne peux pas comprendre" et c'est super relou, mais on y reviendra. Anna arrache un gant d'Elsa, qu'elle utilisait pour contenir ses pouvoirs. Elsa n'arrive plus à se contrôler face aux invectives d'Anna et lance par mégarde une salve de pics de glace qui prennent racine en cercle à ses pieds, bien aiguisés. Le Duc de Weaselton (aka méchant) grince "sorcellerie !"
Elsa sort dans la cour où le bas-peuple se masse, s'accoude à une fontaine et la fait geler aussi. Le Duc, peut-être un peu con, ou oubliant qu'il parle de la reine, ordonne à ses gardes de la pourchasser. Une salve de jets de glace part dans leur direction et les faisant tomber à terre. Les gens prennent peur, serrent leurs enfants contre eux, enfin, tout ce qu'ils font quand ils voient un X-Men dans la rue.
Elsa s'enfuit sur la baie d'Erendelle, gelant la surface sous ses talons. Anna se lance à moitié à sa poursuite, sans succès. La baie gèle entièrement, bloquant les navires. Il se met à neiger.
Elle demande son cheval et dit à la cantonade qu'elle laisse Hans en charge du royaume jusqu'à son retour. C'est quoi ce protocole de beatnik ?
J'ai quelques problèmes. Premièrement, Elsa est partie 30 secondes, on est pas vraiment en période de vacance du trône. Deuxièmement, Anna est mineure. Elsa ne régnait pas jusque là. Techniquement, je vois mal pourquoi le pouvoir lui passerait sans transition. S'il y a avait un régent, ça devrait lui revenir, si tant est qu'on considère que la reine doit être remplacée (30 secondes !). Troisièmement, elle n'est pas mariée à Hans et c'est un étranger. Je veux dire, marier un inconnu c'est déjà con, lui confier le salut de ta nation quand un hiver polaire vient de s'abattre dessus, c'est sacrément crâmé.
Bref, c'est le grand moment du film : Let It Go !
(Je vous ai dit qu'il y avait beaucoup de chansons ?)
Très belle chanson, qui semble avoir été faite avec beaucoup de papier de brouillon en écoutant Defying Gravity : des personnages dotés de pouvoirs magiques qui tournent le dos aux méchants phallocrates et laissent libre cours à leur puissance.
Le montage est bien, je trouve que le château est… pas forcément bien mis en valeur, on le voit pas assez. La focalisation sur les sculptures flocons, c'est certes joli, mais je ne sais pas, visuellement je trouve que Frozen manque de mise en relief. Il y a un souci du détail très prégnant, mais peu de plans réellement laissé à notre contemplation. Soit on chante par dessus, soit on bouge très vite, on a rarement le temps de souffler et juste admirer.

Note sur la VF
la traduction a tendance à saccager un peu le sens. Elle sont toutes relativement bien traduites, mais tendent à laisser la subtilité au vestiaire. Dans Love Is An Open Door on a la réplique, copy-paste depuis Arrested Development :"We finish each other's - Sandwiches!" En français, ce ne sont plus des sandwiches, mais des phrases qu'ils finissent. Donc... Y'a plus de blague ?
Ici, dans Let It Go, en laissant aller sa cape, Elsa proclame "The cold never bothered me anyway" sous-entendu, ces êtres de chair et de sang peuvent crever, j'en ai rien à foutre, je suis libre, les vêtements et les pneumonies c'est pour les mous du genou.
En français, ça devient, dans une métrique chargée, "Le froid est pour moi les prix de la liberté" : 12 pieds, deux de plus que l'originale, et ça se sent dans la légère accélération de la chanteuse, mais surtout, c'est l'inverse de ce qui est exprimé. Entre "le froid ne me dérange pas" et "le froid est le prix de ma liberté", sous-entendant dépense et sacrifice plutôt que désinvolture.
De même, Let It Go est une injonction positive : Défoule-toi ! Laisse-Aller !
"Délivrée, libérée" fait par contre référence aux entraves abattues. Vision négative de la liberté là où la VO est positive.
Bon après, "THE PAST IS IN THE PAST" reste "LE PASSÉ EST PASSÉ" rien à dire. Pour une fois que c'est pas que la VF qui se tape des trucs genre "ait la force d'être un fort". Et surtout, j'ai peur que le succès oral anglais de l'expression "Let It Go" soit idiosyncratique (oui je voulais juste poser ce mot, pardon) du moins difficile à reproduire dans les langues latines. On se retrouve avec du "Libre Soy" en espagnol, "Libérée"(op. cit.),  "All'alba Sorgerò" (Italien, à l'aube je surgirai ? comme le dit ma sœur, les futurs à la première personne en italient ça claque). Les langues germaniques sont bien entendu plus heureuses : "Lass Jetzt Los" (Allemand), "Laat Het Los" (Flamand), "Laat Het Gaan" (flamand hollandais ?) et "La Den Gå" (Norvégien). Je vous laisse voir la liste complète, j'attendrai patiemment que Typhon vienne me dire pourquoi c'est des conneries ce que je raconte sur les langues et la similitude de cette expression

Retour à l'histoire.
Revenons à Anna, partie pour sa quête sororale dont on nous a promis qu'elle faisait le cœur du film. Elle a une simple cape sur sa robe de bal, tombe dans une rivière, perd son cheval et, surprise, a froid.
En même temps, on appelle le film "Frozen", donc bon.
Elle va jusqu'à une petite bicoque, en quête de chaleur et découvre un négociant, pourvu d'un sauna, et d'une famille à l'intérieur d'icelui. Première parentèle de tuteurs homosexuels dans un film d'animation Disney disent d'ailleurs certains, mais c'est du dernier intérêt.
Elle achète des vêtements d'hiver et demande si la reine est passée, par hasard.
A ce moment, Kristoff apparaît, couvert de neige, graouh, virilitude trappeur.
Il cherche à acheter un piolet une corde et des carottes, malheureusement c'est cher. Il traite le tenancier d'escroc et se fait forjeter dans la neige sans son reste.
Dans la grange attenante qu'il squatte sans foi ni loi, il entonne une chansonnette sur sa guitare. Je ne sais pas si on peut compter Reindeers Are Better Than People comme une chanson, puisque c'est une chansons sur le plan intradiégétique. Kristoff chante en mimant Sven, ce n'est pas une dramatisation d'un dialogue au premier degré pour des personnages qui ne se rendraient pas compte qu'ils chantent. Et puis elle dure pas huit plombes.
Anna l'interrompt et se décide à l'embaucher comme guide dans ces terribles contrées pour l'amener à la montagne du nord, en jetant les trucs qu'il voulait acheter au marchand. Une fille qui embauche un mec comme guide pour aller à un château.
Ca ne me rappelle rien du tout.

Ils partent et se font pourchasser par des loups. Kristoff décide de pas lui faire confiance parce qu'elle a épousé un type qu'elle connait pas et tente de lui démontrer qu'elle ne connaît rien de lui et si ça se trouve il mange ses crottes de nez parce que tous les hommes le font.
#Misandrie :((((((
Anna aide à repousser les loups en lançant une couverture enflammée. La réaction chimique repousse les bestioles mais le chariot de Kristoff arrive face à un ravin. Le montagnard lance la jeune femme sur l'encolure de Sven et chariot, homme, femme, renne enjambent le précipice. Enfin, Kristoff devra sauter, s'accrochant au piolet lancé par la princesse, pendant que son véhicule s'écrase au sol, prenant ensuite feu.
Après avoir légèrement hésité à laisser mourir Anna parce qu'elle est apparemment infoutue de trouver la montagne ou même de mander le chemin, il décide de continuer à l'accompagner. En chemin ils tombent sur Olaf la mascotte insupportablement joyeuse du film, mais heureusement, ils ont introduit son personnage avec la tragicomique chanson In Summer.
Oui, ça faisait au moins 5 minutes sans musique.
Néanmoins elle est chouette : c'est un bonhomme de neige qui se languit des joies de l'été, se réjouissant de faire "quoi que fassent les choses gelées en été" et c'est super bien, personne ne voulant briser son rêve et lui dire qu'il va fondre.
cuddle/puddle
La métaphore n'est pas complètement explorée, certes, Olaf avait été construit par Elsa et Anna enfants, avant l'accident, et reconstruit pendant Let It Go par celle-là, représentant donc, d'une certaine façon l'amour qui les unissait à l'époque. "Hi, I'm Olaf, and I like warm hugs !" étant sa catchphrase lorsqu'il était utilisé comme une marionnette. Note : en VF, les câlins ne sont plus chauds, perdant le lien avec le rêve d'été du golem.
Ils partent à l'assaut du château, trouvant un escalier qui y mène.
A un moment dont je ne me souviens plus, donc disons que c'est maintenant, le cheval d'Anna revient à Erendelle, inquiétant Hans qui donne des couvertures et de la soupe à qui mieux mieux parce qu'il fait froid. Il décide de monter une expédition pour secourir Anna, et rassemble des volontaires. Le duc de Weaselton envoie ses deux méchants gorilles en leur disant de buter Elsa pour mettre fin au terrible hiver.
Retour à nos héros, qui arrivent au château de glace et Anna laisse ses deux compères au seuil. Anna est impressionnée par les pouvoirs d'Elsa, qui confesse n'avoir jamais su de quoi elle était vraiment capable, ayant passé la dernière décennie à les contenir. Elsa apprend qu'Erendelle est plongé dans un hiver prolongé.
Re-For The First Time In Forever, puisqu'on a préféré mettre un moment bien dramatique plutôt que, vous savez, des dialogues. Elles auraient pu mettre des mots sur leurs sentiments plutôt que répéter l'éternel :
– Elsa, ne me rejette pas !
– Mais je te ferais du mal !
Parler de la mort de leur parents, ou que sais-je. Nope. On a préféré faire qu'Elsa, sous la pression, déclenche un orage d'intérieur et qu'un jet de glace multidirectionnel aille dans tous sens, notamment jusqu'au cœur d'Anna. Surprise.

Cette scène me semble une des nombreuses occasions où on s'est dit "tiens, comment se démerder pour que les deux sœurs soient entravées au maximum. Pas seulement parce que ça marque le début de la déliquescence physique d'Anna, mais parce qu'Elsa est de dos, lorsqu'elle gèle son coeur. Si elle avait vu qu'elle avait frappé Anna, et elle semble le faire un instant, elle aurait immédiatement su, se souvenant son enfance, qu'il fallait amener sa sœur aux trolls, et que le cœur gelé était très grave. Mais non, il fallait bien séparer les sœurs. Et surtout, cette scène grotesque d'Anna aveugle à l'orage naissant aurait pu être épargnée. Pourquoi ne pas dire ce qu'ils avaient dit d'abord : le souvenir de la magie ramène l'engelure ? Anna aurait pu commencer à geler dès qu'elle voit les pouvoirs de la reine, dans des contractions flashbackesques. Mais non, de nouveau, ça risquerait de donner le contrôle de la situation à Elsa et le film serait fini en 3 minutes.
Bref, Elsa crée un golem qui les chasse de son domaine parce que émotions, ils prévoient de descendre d'une falaise. Le golem les remonte et assomme Kristoff en  les remontant, puis ils chutent quand Anna coupe leur corde d'assurage et là, Kristoff peut remarquer, une fois dans la poudreuse que les cheveux d'Anna blanchissent. Il décide donc de l'amener à ses amis "experts en amour" qu'il a plusieurs fois mentionné. Ce sont bien sûr les trolls, mais il ne juge pas utile de le dire.

Pendant ce temps, l'équipée de Hans, parti à la recherche d'Anna, arrive au château de glace. Ils affrontent le golem et les deux gorilles arrive à la chambre de la reine et tentent de la tuer. Elle dévie leurs attaques et est ensuite en position de les tuer. Hans arrive proclamant "Votre altesse ! Ne devenez pas le monstre qu'ils disent que vous êtes !"
Elle retient sa main un instant. Le vilain en profite pour pointer une arbalète dessus, Hans se jette dessus et la fait dévier vers le plafond. On y reviendra. Elle décroche le lustre énorme, qui tombe et projette Elsa à terre dans de grands éclats.
Noir.

Anna et Kristoff arrivent aux trolls. C'est une occurrence du trope "faisons 82km, fais-moi confiance, remets ton destin entre mes mains sans précisions supplémentaires". Pas de mention des trolls jusqu'à l'arrivée, et jusque là il ne précise pas qu'il a vu Anna se faire soigner enfant.
Quand j'ai vu des gifs de Kristoff qui présente sa famille troll sous forme minérale, j'ai d'ailleurs d'abord cru que c'étaient des tombes et qu'en disant "voilà ma famille" il montrait simplement là où ils gisaient, rescapés d'un massacre clanique. Et je pensais que la bêtise d'Olaf venait souligner l'horreur du truc.
Je m'imaginais aussi qu'il pouvait communiquer avec les esprits de ses ancêtres, enfin voilà.
Bref.

(Pardon je suis glauque)

Vient Fixer Upper.
Oui.
(Une chanson.)
C'est un croisement entre la chanson des gargouilles du Bossu de Notre-Dame et A Yupendi. On essaie de maquer deux personnages et de te faire rigoler en même temps, on échoue aux deux, pour l'heure ? Chanson guillerette, elle se termine sur Anna défaillant, parce que c'était pas vraiment le moment de penser au mariage.
Ils apprennent que seul un acte d'Amour Vrai peut sauver un cœur gelé et foncent vers Erendelle.
Elsa se réveille en cellule, les mains enchaînées, elle avoue à Hans qu'elle ne sait pas comment arrêter l'hiver. Hans dit qu'il va faire son possible pour convaincre le conseil (d'où tient-il son autorité ce conseil d'ailleurs ? Je croyais que Hans avait les plein pouvoirs de par le fait qu'Anna les lui avait délégué et les joies des propriétés transitives).
Hans abandonne Anna à moitié morte aux portes du palais, les cheveux entièrement blanchis. Elle peine à marcher. Il dit de la conduire à Hans. Il ne précise pas qu'elle a besoin d'un acte de Vrai Amour, lui laissant le soin de transmettre cette information bien qu'elle soit sur le point de défaillir. MAIS JE PINAILLE C'EST BON ROH
ET LÀ, PLOT TWIST : Hans, plutôt que de l'embrasser et de voir comme on s'y attendait que ça marche pas, parce qu'être un prince c'est ringard maintenant, les hommes les vrais sont des trappeurs virils graougraous, il ne l'embrasse même pas et lui sort le grand numéro : "Hahaha en fait je suis méchant j'ai fait semblant de t'aimer pour accéder au trône !"
Stupéfaction et sérendipité.
Il l'abandonne à mourir, comme tous les vrais méchants, parce que le machiavélisme a des limites tout de même. Et alors qu'Anna agonise dans la chambre, il se livre à un numéro de cinéma devant le Conseil, constitué des princes venus au couronnement, où il dit qu'Anna est morte, qu'ils sont mariés. Le duc de Weaselton affirme qu'ils sont en danger, et tous disent qu'Erendelle compte sur lui.
Là j'ai de nouveau des problèmes avec la politique dans Frozen.
  1. Soit, Hans détient le pouvoir, mais il le tient d'Anna, qui le tient de l'absence d'Elsa. Je veux dire, qu'il soit juge, juré et bourreau dans le procès de la personne dont il tient son autorité EUH VOILA
  2. Qu'est-ce que les Princes foutent là ? Ok, ils ne peuvent pas repartir parce que la mer est gelée, mais qu'est-ce qu'ils s'impliquent dans les affaires d'un royaume à la gestion si confidentielle auparavant ? OU EST LE CHANCELIER/RÉGENT DONT ON CAUSAIT AVANT ? Est-ce qu'Elsa gérait absolument tout dans son royaume, sans ministres, sans délégués ?
Et un autre problème : Hans dit qu'il attendait un prétexte pour tuer Elsa, un accident ou quoi que ce soit, et pour accéder au trône. Néanmoins quand un des gorilles du Duc de Weaselton avait tiré sur Elsa, il avait dévié la flèche. Certes, il l'avait déviée contre le lustre de huit tonnes qui pendait du plafond vers Elsa, donc peut-être est-il un génie du mal qui prévoyait de faire semblant de la sauver mais qui pensait quand même lui balancer la moitié du plafond sur la gueule, mais il semble plus probable qu'il voulait l'épargner. (Edit : peut-être pas, en fait, je sais pas si le gif est authentique)
Vous me direz :
Mais Lays voyons, c'est pourtant évident : il lui demandait en cellule d'arrêter l'hiver. Il ne voulait la tuer qu'après qu'elle ait arrêté l'orage, pour s'assurer qu'il règne sur un royaume en meilleur état.
Certes, cependant, une fois que cette option a été écartée, parce qu'Elsa ne contrôle pas la météo, il revient au plan A : la buter, déjà mis en branle par le duc de Weaselton, qui lui aussi croit que la tuer mettra fin à ses sortilèges. Raisonnement qui tient la route. Cependant, pourquoi Hans aurait-il pris le risque de maintenir Elsa en vie jusqu'à ce qu'elle ramène le soleil ? Une fois le froid parti, il n'aurait plus vraiment de raison de la tuer.
Et puis il veut la tuer de toute façon, comme il le confesse à Anna, donc la laisser mourir remplissait absolument tous ses objectifs dans le paradigme qu'on lui imagine, donc pourquoi la sauver ?

Bref, voilà le Final Showdown
Elsa s'échappe de prison et pétant tout, tant mieux. La tornade la suit.
Kristoff la voit de loin alors qu'il s'en allait. Il crie "Anna !" et fonce vers le typhon de glace.
Olaf aide Anna à s'échapper de la pièce où Hans l'a remisée. Il la trouve gelée. Il allume un feu pour la réchauffer. Il se met à fondre, c'est sa première expérience à la chaleur. Dans un moment touchant, Olaf dit qu'il ne l'abandonnera pas avant d'avoir trouvé un acte d'Amour Vrai. Elle dit ne rien savoir de l'amour. Olaf dit que c'est de mettre quelqu'un d'autre avant soi-même, comme Kristoff quand il a abandonné Anna au château. Elle s'étonne : Kristoff l'aime ?
Olaf s'étonne à son tour du manque de connaissance de l'amour d'Anna.  Elle le met en garde devant sa fonte prochaine face au feu. Il dit que certaines personnes valent la peine de fondre.
La fenêtre s'ouvre, il aperçoi Kristoff et Sven fonçant vers eux.
La glace pourchasse Anna mainteannt, des pointes acérées les encerclent.

Tout le monde se met à courir sur la glace. Elsa au coeur du cyclone, Anna et Kristoff l'un vers l'autre, Hans cherchant Elsa.
Hans annonce à Elsa qu'Anna est morte à cause d'elle. L'orage s'arrête quand Elsa s'effondre sur la glace. Anna voit Kristoff, mais elle voit également Hans qui va tuer Elsa à genre 30 mètres. Malgré son état elle les parcourt en moins de temps qu'il n'en faut à Hans pour abaisser son épée. Elle s'écarte de Kristoff pour s'interposer et sauver sa soeur, gelant instantanément et projetant Hans au sol.
Elsa pleure sur Anna alors que les princes étrangers, Sven, Olaf et Kristoff regardent tristement.
Mais en fait elle est pas morte. Alors qu'Elsa lui pleure dessus, elle dégèle. En effet, elle s'est sacrifiée pour Elsa, et c'était un acte d'amour, du coup ça dégèle son cœur : l'acte d'amour était quelque chose à faire, pas un baiser à recevoir.
Tant mieux.
Une fois que tout le monde a souligné le processus, Elsa fait "l'amour, mais c'est bien sûr" et dégèle le royaume.
Et voilà, c'est tout ce qui manquait, poufpouf caribou.

Voyez la vidéo ici.

Pour ce qui est du shodown, je trouve que les positions des personnages sont très mal cadrées, ils passent de 100m d'écart à 3m en deux secondes. Mais bon, c'est un raccourci comme un autre et ça ne semble avoir marqué que moi.


"For the first time in – what two years ?"
Ce n'est pas le premier film Disney à faire [x]. Quel que soit [x].
Typiquement, prenez le réalisateur qui dit que holala le showdown du film (résolution) était vraiment incroyable et jamais vu.
(N.b. je retrouve plus le post tumblr sur lequel j'avais trouvé cette citation. Mais basiquement on leur aurait raconté la scène d'Anna changé en glace et quelqu'un aurait lâché à quel point c'était idiosyncratique. Oui pardon, j'arrête avec ce mot. Mais bref, je suis conscient que ça affaiblit ma diatribe, ayant l'air d'inventer des propos à démonter.)
Oui c'est vrai, quelqu'un qui pleure sur quelqu'un de maudit/mourant au moment critique où l'on croit tout perdu et où finalement ses pleurs coïncident avec la levée de la malédiction/mort c'est du jamais vu.
Ou dans Brave.
Du motherfucking jamais vu.
Tolkien appelait ces moments l'eucatastrophe : celui où le sort du monde est en jeu et où l'on croit tout perdu et que tout est renversé. L'entrée du Roi Sorcier dans Minas Tirith ou la prise de l'anneau par Gollum sont des bons exemples.
Ces moments cruciaux ne sont pas rares, et l'on voit Disney bégayer fortement vous en conviendrez.
Peut-être qu'on fait référence, non aux pleurs/levée de la malédiction, mais au fait qu'Anna se sacrifie pour sauver Elsa ?
Encore une fois, l'eucatastrophe de Tangled est pareille : Flynn/Eugene se laissant mourir en coupant les cheveux de Raiponce, et brisant donc sa malédiction (enfin, son pouvoir magique encombrant).
Bref, on se fout un peu de notre gueule. C'aurait été à plus forte distance pourquoi pas, mais trois années de suite, des dénouements copiés-collés, c'est vraiment nous prendre pour des cons.
Autre problème dans l'histoire : l'explication.
Tangled était parfait  sur ce côté là, la fleur magique, ingérée par la princesse, transfère les pouvoirs à ses cheveux, la dernière larme en contient encore une dose. C'est expliqué, ça a une origine, les gens ne sont pas terrifiés de la magie, enfin, un peu étonnés. Frozen, à l'inverse, tout le monde en a super peur, traite Elsa de monstre, alors qu'on ne sait pas l'origine de ses pouvoirs ni comment la magie est perçue dans ce monde (après tout le Roi a un grimoire avec une carte menant au royaume des trolls et les trolls le reconnaissent quand il y arrive).

II

La morale

…Et je veux bien que l'amour soigne une malédiction magique, parce que ça n'augure rien, ça n'a pas de message plus profond. Il y a malédiction et pouf, on la soigne. Ça n'a pas de portée plus large.
Sauf qu'une fois qu'Elsa s'est faite sauver par Anna, elle maîtrise parfaitement ses pouvoirs. Plus aucun problème. L'hiver se lève. Alors que ça traitait de quelque chose de bien plus grave : de la maîtrise de ses émotions, et comment les contenir quand l'angoisse les fait enfler en permanence, et que l'injonction à les contenir empire le truc au décuple ? On peut pas juste balancer le pouvoir de l'amour® et dire que tout va mieux.
(Et que l'orage s'arrête quand elle perd sa soeur. Ce qui est quand même supposément source d'émotions, non ? Genre coeur brisé, peut-être ? Type, elle ne serait même plus capable de ressentir des émotions. Mais bon.)
Vous l'aurez reconnu c'est un cas de Balancer La Morale, une résolution magique abolit toute possibilité de réflexion et on est forcé d'admettre que l'amour, tiens, ça sauve tout.

Au final l'histoire n'avance pas beaucoup. Je veux dire, le setup est intelligent, l'asymétrie créée par l'accident magique crée deux personnages différents, un renfermé qui craint le monde, l'autre ouvert, qui veut le découvrir. Elsa découvre que contrôler ses émotions c'est difficile et Anna découvre que le monde (Hans) est méchant. Mais ces deux morales ne sont pas traitées au-delà. Anna continue de vouloir atteindre Elsa, et Elsa de fuir, avec raison : l'hiver nuit à Erendelle et elle finit effectivement par blesser sa sœur presque à mort. Elle était effectivement nuisible. Et après qu'Anna ait appris qu'il ne faut pas marier quelqu'un qu'on vient de rencontrer et qu'elle ait enfin pu tomber amoureuse de la deuxième personne qu'elle ait rencontré, elle peut enfin être heureuse. Pendant qu'Elsa apprend que… POUVOIR DE L'AMOUR.
"What power do you have to stop this winter ? To stop me ?"
L'amour vient balayer les deux résolutions, sans qu'il n'y ait de vraie conclusion : on frappe Hans, et on le livre à ses frères ! On arrête le commerce avec le Duc de Weaselton ! Les procès c'est pour les cons. Balançons juste des sanctions au hasard, alors même qu'on cause de meurtre.
Je veux dire, un embargo ça blesse principalement les petites gens, pas vraiment les princesses de glace qui peuvent rester enfermer des mois sans boire ni manger ni faire pipi, apparemment. Interdire purement et simplement le commerce avec le premier partenaire commercial d'Erendelle, c'est léser plein de gens qui n'ont rien fait dans les deux contrées. Fichue morale d'américains.
Et puis, c'est une punition pour quoi ? Pour l'avoir traitée de monstre ou a-t-elle découvert que les deux gorilles avaient tenté de la tuer sur l'instigation du duc ? Auquel cas, face à un assassinat, ça semble une punition ridicule. Pareil pour Hans ! S'assurer que sa sentence s'effectue en dehors des limites du royaume (et du film) alors même qu'il a fait enfermer la Reine et tenté de laisser mourir la princesse du royaume… On sait tous que Disney a souvent tendance à couper à vif dans la complexité morale : on veut faire mourir le méchant, mais on ne veut surtout pas que le héros ait de sang sur les mains, alors quelques hasards heureux conspirent pour cela, ou alors les bandits s'entretuent. Mais là, il n'y a même plus de mort, on se contente de distribuer embargo (justice inefficace) coups de poings et livraison à la sentence de la famille (justice privée) en partage. 
Ces problèmes viennent aussi, je l'ai dit, de ce que Disney se refuse à faire figurer l'autorité dans ce film. Aucune figure maternelle ou paternelle après les parents. Aucun juge, aucun policier. Elsa ne prend aucune décision de reine, malgré son investiture, et malgré son retour. Les soldats sont évanescents et obéissent à n'importe lequel des personnages principaux à proximité. Ça crée ces situations paradoxales, surtout quand le film est un prétexte pour empêcher qu'Anna ou Elsa fassent exercice de leur pouvoir. On est restaurées en nos trônes ! Yay ! Première chose à faire : du patin à glaces avec tous nos potes du peuple !
(Même l'embargo du duc de Weaselton lui est signifié par le chambellan et c'est un prince à l'accent français qui parle de remettre Hans à ses frères)



III

Character design


L'histoire avait à l'origine une méchante Disney bien plus classique : un peu plus en chair, très maniérée, comiquement méchante, colorée. Je suis content qu'on ait évité ce stéréotype de sorcière ("Beh, une femme sûre d'elle et différente ! Au bûcher !") pour passer à la X-Women ("Beh, une femme pas sûre d'elle et différente ! Au bûcher !") mais je crois que la morale visant Elsa se heurte à son character design.
Je ne vais pas parler d'à quel point Elsa, Anna et leur mère ressemblent à Raiponce de Tangled, je ne vais pas parler de cette citation de Lino DiSalvo :
“Historically speaking, animating female characters are really, really difficult, ’cause they have to go through these range of emotions, but they’re very, very — you have to keep them pretty and they’re very sensitive to — you can get them off a model very quickly. So, having a film with two hero female characters was really tough, and having them both in the scene and look very different if they’re echoing the same expression; that Elsa looking angry looks different from Anna (Kristen Bell) being angry.”
 C'est extrêmement facile de tacler là-dessus, alors qu'il serait plus intelligent de regarder comment ça s'est manifesté dans le film, indépendant du commentaire. Elles ne sont pas vraiment hiératiques. Subtilement expressive serait plus juste.
Mais il est clair que leurs visages de poupées et leurs yeux énormes marquent à quel point un nos standards de beauté pour femmes sont…standards, alors que les physiques masculins peuvent se lâcher beaucoup plus.
En tant que dessinateur, je le reconnais régulièrement, me surprenant à épaissir des lèvres, grossir des seins ou rajouter des cils, autant de marqueurs féminins, dans l'espoir qu'on ne prenne surtout pas ces personnages pour des hommes, ce serait une catastrophe.
Néanmoins je préfère l'école "rajoutons des cils" à l'école de dessin "TU DOIS CAPTER LA SENSUALITÉ SUBTILE ET EXPRESSIVE DE LA FÂMME DANS TON DESSIN" qui me parait encore plus bête sur le sujet.
Le fait est que nous attribuons le sexe des individus quant à des marqueurs pas toujours évidents : le menton, les cheveux, etc. Quand on trouve des gens qui mettent à l'épreuve cette herméneutique, qui ne sont pas forcément évidents ? On se moque d'eux ! Haha !!!! Tu ressembles à une fille/un garçon !!!! Trop cassé. Plus besoin de remettre en cause le truc.
Disney ne fait qu'amplifier à mort ces très légères différences physiologiques entre mâles et femelles, qui sont très souvent des hommes et des femmes, même si pas toujours, et pas toujours dans les normes prévues.
La différence reste subtile.
Hmmm.

Non je ne parlerait de rien de tout ça, j'avais fait un très long article et va savoir pourquoi, Blogger l'a supprimé. Probablement qu'en tombant mon ordi a fait un beau Ctrl-A-Del et que le site l'a enregistré.

Donc on va simplement dire ceci :
Ok. Disney a compris qu'ils perpétuaient une image contrainte et soumise des femmes et progressivement, ils ont mis de l'eau dans leur vin au point que les derniers films soient presque entièrement consacrés à l'émancipation de leur protagoniste.
Brave insistait sur le fait qu'on attendait bien plus des femmes, alors que Fergus se comporte comme un porc et que les trois frères cadets font bêtise sur bêtise, toujours tolérée. Tout comme il montrait la douleur des mariages arrangés, et se concluait sur "fuck les traditions". Tangled parlait de même de quitter le confort maternel menteur pour voir le monde et taper sur les gens avec des poêles à frire. Frozen enfin montrait à quel point les filles intériorisaient ces commandements, comment cela leur nuisait ("be the good girl you always have to be" remplacé en français par "fais attention le secret survivra" voilà).
Mais peut-être que cette injonction à briser les moules dans lesquels on coule les filles passerait un peu mieux si elles figuraient autre chose que des poupées de porcelaine au poignet plus fin que leur œil, à l’œil plus gros que leur genou.
C'est tout.
Et puis sans déconner, c'est plus de la ressemblance fortuite ("elles sont de la même famille, enfin trois sur quatre!!!") c'est de la paresse outrancière.


La mère d'Elsa et Anna, à gauche.


IV

DISNEY SA RACE

On a beaucoup pesté parce que tout le monde dans ce film était blanc. 
Je crois que les gens qui disent "OUI MAIS ON A FAIT DES PRINCESSES VARIÉES AVANT" pour contrer ces critiques disent simplement qu'il suffit d'un personnage de la race x ou y pour contrebalancer tous les blancs, et donc que maintenant on va enfin pouvoir faire des vrais films sans s'emmerder avec tout cet exotisme. Du tokenism, quoi. Ou comment être d'accord avec l'argument en dépensant le moins d'effort et d'investissement.
Typiquement :
Can I just point out that Rapunzel from the movie Tangled was Disney’s first white princess in nearly 20 years?
1991: Belle - Beauty and the Beast (white)
1992: Jasmine - Aladdin (Middle Eastern)
1995: Pocahontas - Pocahontas (Native American)
1998: Mulan - Mulan (Chinese)
2009: Tiana - The Princess and the Frog (African-American)
2010: Rapunzel - Tangled (white)
On incite d'ailleurs les vils SJW à considérer "the bigger picture". Regardons donc la chronologie intégrale quant à cette période:
Depuis 1991 donc, tous les liens mènent sur Wikipedia(fr) puisque j'ai copié la liste comme un gros faisan. En gras, ce qui me semble être à ranger dans la case "diversité raciale" :
  1. La Belle et la Bête (Beauty and the Beast), sorti le 13 novembre 1991. D'après le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont
  2. Aladdin des Arabes !
  3. L'Étrange Noël de monsieur Jack Difficile à dire.
  4. Le Retour de Jafar de nouveau des arabes j'imagine ?
  5. Le Roi lion Animaux.
  6. Dingo et Max animaux anthropomorphes
  7. Gargoyles, le film : Les Anges de la nuit pas la moindre idée donc on va dire que ça passe.
  8. Pocahontas, une légende indienne effectivement, on doit avoir un cast à moitié amérindien.
  9. Toy Story des jouets et des blancs
  10. James et la Pêche géante laissez-moi deviner, des blancs parce que c'est issu d'un conte anglais
  11. Le Bossu de Notre-Dame Des blancs partout, sauf les bohémiens, dont Esmeralda.
  12. Aladdin et le Roi des voleurs Des arabes.
  13. Mighty Ducks, le film JE SAIS ABSOLUMENT PAS CE QUE C'EST mais apparemment des canards blancs
  14. Hercule des blancs parce qu'il n'y avait jamais de noirs en Grèce ou à Rome, dans la mesure où le film s'inspire également d'aspects propres à la mythologie romaine.<
  15. Winnie l'ourson 2 : Le Grand Voyage DFSJfdjalksdjfl
  16. La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté blancs because France
  17. Le Monde magique de la Belle et la Bête ibid.
  18. Mulan (id.), sorti le 5 juin 1998. Encore un coup porté à la pureté raciale de Disney, déjà vacillante.
  19. Pocahontas 2 : Un monde nouveau Y'avait trop d'amérindiens alors Pocahontas vient en Europe. Ouf, ça va mieux.
  20. Le Roi lion 2 : L'Honneur de la tribu Des animaux donc ça compte pas
  21. 1001 pattes ANIMO
  22. Doug, le film ?
  23. Tarzan animaux et blancs
  24. Winnie l'ourson : Joyeux Noël animaux
  25. Toy Story 2 jouets et blancs
  26. Mickey, il était une fois Noël animaux anthropomorphes ?
  27. Fantasia 2000 animaux anthropomorphes ?

Et dès les années 2000

  1. Les Aventures de Tigrou
  2. Dingo et Max 2 : Les Sportifs de l'extrême animaux anthropomorphes.
  3. Dinosaure Je m'avance beaucoup mais je suppute que ça implique des dinosaures ?
  4. Buzz l'Éclair, le film : Le Début des aventures Les aventures d'un jouet blanc j'imagine ?
  5. La Petite Sirène 2 : Retour à l'océan Voilà.
  6. Kuzco, l'empereur mégalo Des amérindiens
  7. La Cour de récré : Vive les vacances! cast varié
  8. La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la rue Animaux et blancs
  9. Atlantide, l'empire perdu un cast étonnamment varié et des atlantes pas vraiment aryens pour l'occasion.
  10. Monstres et Cie euh des monstres et des blancs ?
  11. Mickey, la magie de Noël  Animaux anthropomorphes a priori
  12. La Cour de récré : Les Vacances de Noël Cast varié
  13. Peter Pan 2 : Retour au Pays imaginaire Leucodermes
  14. Cendrillon 2 : Une vie de princesse Des blancs
  15. Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le Secret de Quasimodo des blancs et quelques bohémiens.
  16. Lilo et Stitch (Lilo and Stitch) bonus ! des tas d'Hawaïens.
  17. La Légende de Tarzan et Jane Blancs et animaux
  18. Mickey, le club des méchants animaux anthropomorphes
  19. La Planète au trésor, un nouvel univers
  20. 101 Dalmatiens 2 : Sur la trace des héros des animaux et des méchants blancs ?
  21. Winnie l'ourson : Bonne Année
  22. Le Livre de la jungle 2 Mowgli est relativement foncé de mémoire.
  23. Les Aventures de Porcinet AFJDAFKDl
  24. Les Énigmes de l'Atlantide  cast varié
  25. Le Monde de Nemo Des animaux et des blancs
  26. Stitch ! le film Hawai I guess ?
  27. Frère des ours Des amérindiens, yay !
  28. La Cour de récré : Les petits contre-attaquent & La Cour de récré : Rentrée en classe supérieure Hé, un cast relativement varié !
  29. Winnie l'ourson : Je t'aime toi !ANIMO
  30. Scott, le film AUCUNE IDÉE je dirais ANIMO vu que c'est un chien anthropomorphe qui s'introduit dans une école ?
  31. Le Roi lion 3 : Hakuna Matata ANIMO
  32. Les Aventures de Petit Gourou ANIMO
  33. La ferme se rebelle Des animaux, j'imagine ?
  34. Mickey, Donald, Dingo : Les 3 Mousquetaires animaux anthropomorphes
  35. Winnie l'ourson : animaux anthropomorphes
  36. Mulan 2 : La Mission de l'Empereur De nouveau la Chine, donc des bons points.
  37. Les Indestructibles, des blancs partout, mais notons la présence de Frozone, comme minorité visible.
  38. Mickey, il était deux fois Noël
  39. 93 79 --- Winnie l'ourson et l'Éfélant Bon je vais arrêter de parler des Winnie l'Ourson
  40. Tarzan 2 : L'Enfance d'un héros (Tarzan II), sorti directement en vidéo le 14 juin 2005. L'action se situe pendant celle de Tarzan (1999).
  41. Lilo et Stitch 2 : Hawaï, nous avons un problème! yay! des Hawaïens et des aliens.
  42. Winnie l'ourson : Lumpy fête Halloween : des animaux et des blancs.
  43. Chicken Little Premier « Classique d'animation Disney » totalement en images de synthèse, et c'est des poulets, de mémoire.
  44. Kuzco 2 : King Kronk pas vu mais je suppose que c'est comme Kuzco, des gens d'amérique centrale donc yay.
  45. Bambi 2 (Bambi and the Prince of the Forest), sorti le 26 janvier 2006 (Argentine)7. L'action se situe pendant celle de Bambi (1942).
  46. The Wild De mémoire, des animaux ?
  47. Cars des voitures qui parlent
  48. Leroy et Stitch (id.), sorti directement en vidéo le 23 juin 2006. Conclusion de la série télévisée Lilo et Stitch (2003-06).
  49. Frère des ours 2 toujours amérindiens.
  50. Rox et Rouky 2 encore des blancs et des animaux.
  51. Le Sortilège de Cendrillon Suite de Cendrillon (1950) et de Cendrillon 2 : Une vie de princesse (2002). Vous vous imaginez bien.
  52. Bienvenue chez les Robinson (Meet The Robinsons) pas vu mais je suppose qu'ils sont plutôt leucodermes.
  53. Ratatouille (2007) des blancs et des animaux, parce que c'est Paris, et que les noirs n'y existent pas, par exemple.
  54. Il était une fois (Enchanted) je crois qu'il y a un cast majoritairement blanc.
  55. WALL-E étant donné que c'est le futur, on a un peu plus de monde pas-blanc.
  56. Le Secret de la Petite Sirène toujours blancs, parce que les contes de fées.
  57. La Fée Clochette, ladite fée étant bien blanche et blonde.
  58. Volt, star malgré lui, les principaux personnages sont blancs ou des animaux.
  59. Là-haut (Up) Russel est bien asiatique, mais sinon tout le monde semble blanc ou un animal.
  60. Clochette et la Pierre de lune toujours blanche et blonde.
  61. Le Drôle de Noël de Scrooge avec que des blancs, parce qu'il n'y avait jamais eu de personnes de couleur dans la Londres victorienne.
  62. La Princesse et la Grenouille, avec effectivement une princesse afro-américaine.
  63. Clochette et l'Expédition féerique, Clochette n'a toujours pas bronzé.
  64. Toy Story 3 avec des héros blancs et des jouets ?
  65. Raiponce (Tangled), retour de la blancheur après une terrible période de domination par ces barbares colorés, pfouh, on a eu chaud, l'occident a failli sombrer.

Pfouh.
Même si j'ai beaucoup supputé (je n'allais pas (re)regarder 120 films pour cet article, n'hésitez pas à me corriger) on voit qu'on a effectivement des casts constitués en bonne partie de noirs (Princess et la Grenouille), d'amérindiens (Pocahontas (1 et 2), Frère des Ours (1 et 2)  et au sens large, les Kuzco et les Lilo&Stitch) de moyen-orientaux (Aladdin, 1, 2 et 3. d'accord dire arabe était réducteur) et des asiatiques (Mulan 1 et 2). On a également des casts variés (Atlantide 1 et 2, Recess School's Out). Mais je doute qu'on puisse nous faire croire que la blancheur de la baraque est en danger. Surtout qu'un fois qu'ils ont fini leurs devoirs de "POLITICAL CORRECTNESS GONE MAD" ils ont pu enchaîner les trois (quatre ?) dames d'albâtre dont il est question.
Certes, il est parfaitement idiot de prétendre que les 28 films de Winnie l'Ourson ou Cendrillon 3 ont eu autant d'impact culturel que Mulan ou Pocahontas. Ces classiques d'animation sont énormément mis en avant et populaires, par rapport au reste. Néanmoins, il serait tout aussi idiot de prétendre qu'entre Belle et Raiponce on a vu une période d'hégémonie raciale anti-blanche.
La vérité est probablement entre les deux, mais il me semble que Cendrillon 3 a légèrement plus d'importance, dans ce contexte, que Kuzco 2, ne serait-ce que parce que Cendrillon 3 est un bon film.
(plot twist)
…Et il reste que dans Kuzco, Frère des Ours ou la Princesse et le Grenouille, des personnages de couleur sont changés en animaux de façon prolongée, que Pocahontas romance basiquement le kidnapping d'une adolescente, et que Mulan dépeint de façon grotesque le mânisme chinois tout en se lâchant pas mal sur les blagues, tout comme FdO caricature le concept d'animal-totem, ce qui est un problème en soi au-delà de la rareté.

Le problème n'est pas forcément que Disney n'a jamais inclus de personnes de couleurs dans ses films, le problème c'est qu'on a beaucoup plus de chiens, de jouets et de voitures qui parlent, dans ces films, que des personnes de couleur, et encore, quand on les change pas en animaux au début du film.


mardi 28 janvier 2014

Comment j'aurais fait si j'avais dû

Alors voilà le thème des 24h de la BD d'Angoulême, c'est qu'il faut inclure les 90 dernières photos Instagram de Boulet. C'est même pas un thème, en fait, c'est une contrainte et c'est débile :
Réalisez un récit en bande dessinée constitué de 22 pages, d’une couverture et d’une 4e de couverture à partir des 90 dernières photos postées par Boulet sur son Instagram.
Toutes les photos doivent être réinterprétées et dessinées et chaque planche doit être composée de quatre cases.
L’ordre d’affichage des photos peut être suivi ou pas.
La première de couverture ainsi que la 4e doivent également être réalisées à partir d’une photo.
J'aime les exercices créatifs, mais quand ça devient un pur exercice de style et que le résultat ressemblera à une compétition entre vieux briscards de l'OuBaPo sous Xanax, on sera bien, tiens.
Inclure tant d'images restreint sérieusement le champ des possibles. Le thème est censé donner une cohérence aux contributions. Là, il va simplement les rendre rébarbatives. Quand on lira la quatrième histoire où l'on discernera sous les traits d'un autre auteur la bouteille de sauce Jack Daniel's photographiée par le sieur Boulet, je crois que la lassitude nous empêchera de poursuivre.
Donc voilà comment j'aurais expédié le truc. Bon, y'a pas 4 cases et elles sont pas redessinées mais qui en a quoi que ce soit à foutre ?

Et après j'aurais mis n'importe quoi.
"Gnignigni t'as pas compris le but de l'exercice"
Ouais ben en attendant on s'est démerdé pour en faire l'exercice le plus relou du monde.

EDIT : Certains disent que chaque année on se plaint du thème.
Oui, mais des gens qui laissent tomber - peut-être aussi parce qu'ils n'ont pas prévu qu'ils auraient accès à internet ou une imprimante à portée de main i.e. aux photos, durant l'épreuve (la seule fois où j'ai participé à une épreuve du genre, j'étais moi même incapable d'utiliser mon ordinateur) qui postent une seule page pour dire qu'ils ne vont pas faire justifiaient habituellement cela par de la paresse.
Boulet, qui a relevé brillamment à de nombreuses reprises le challenge et qui est d'ailleurs l'auteur desdites photos, a lâché "C'est un cauchemar cette…Cette consigne"(fin de la vidéo).
Donc bon, dîtes que c'est la même râlerie que d'habitude si vous voulez, je crois qu'on a un indice plutôt clair que c'était de la merde.

Notez que Lewis Trondheim précise que chaque photo doit servir de fondation à une case, ce que la consigne sur le site internet ne précise pas, j'ai moi-même pensé avant de voir la vidéo, que plusieurs photos pouvaient être compilées en une case et certaines cases échapper à la transcription. Et apparemment plusieurs participants également.

lundi 20 janvier 2014

Mumford&Sons, and fathers and holy ghosts

J'aime beaucoup les religions vues de l'extérieur, comme objets d'étude. C'est sans doute pour ça que je les étudie à l'université d'ailleurs.
Du coup j'aimais bien Mumford&Sons et leur invocation emphatique de Dieu, pas seulement dans des expressions stéréotypées du genre "God forbid" ou "God knows".
Et du coup j'ai l'impression que toutes leurs chansons parlent de Jésus (bon dans les faits, 90% des chansons pourraient parler de Jésus) ou de chrétienté en général.

"Serve god love me and mend" (Sigh No More, citation de Shakespeare)
"Oh the shame that sent me off from the God that I once loved
Was the same that sent me into your arms" (Winter Winds)
"I begged you to hear me, there's more than flesh and bones
Let the dead bury the dead, they will come out in droves" (Little Lion Man, "laisse les morts enterrer leurs morts" est dit par Jésus dans plusieurs évangiles)
"Roll away your stone, I'll roll away mine
Together we can see what we will find
Don't leave me alone at this time
For I am afraid of what I will discover inside"  (Roll Away Your Stone, je suis le seul à voir l'ouverture du sepulcre ?)
"Awake my soul
For you were made to meet your maker" (Awake My Soul)
"So come out of your cave walking on your hands
And see the world hanging upside down
You can understand dependence
When you know the maker's land" (The Cave, certes, la métaphore platonicienne fait qu'on parle plus du démiurge que du Dieu chrétien, mais même)
 "There will come a time I will look in your eye
You will pray to the God that you've always denied" (Dust Bowl Dance)
EDIT : "And I was still
I was under your spell
When I was told by Jesus all was well
So all must be well" (J'avais apparemment oublié l'évidence de Below My Feet)
"Tame the ghosts in my head that run wild and wish me dead
Should you shake my ash to the wind
Lord forget all of my sins" (Lover's Eyes)
"Spare my sins for the ark
I was to slow to depart
I'm a cad but I'm not aflawed
I set out to serve the Lord." (Whispers In The Dark)

Et puis y'a cette chanson et... Je sais pas c'est super bizarre, j'entends Jésus qui refuse sa mission sur le mont des Oliviers.

vendredi 3 janvier 2014

Astérix chez les Vandales

La sortie récente d’Astérix chez les Pictes m’a permis de ressasser les sentiments ambigus que j’avais à l’égard de cette franchise. Au-delà des calembours de Goscinny, qui n’ont que peu d’influence sur l’histoire et que souvent je ne comprenais pas enfant, pourquoi trouve-t-on aussi attachants cette panoplie de clichés ? Les hispaniques sont tels les espagnols d’aujourd’hui, les Belges n’ont pas encore de moules-frites, mais ça ne saurait tarder, le chef pirate en donnant l’idée à un chef Belge. Les Bretons n’ont pas encore de thé, mais Astérix le leur apporte. Avant cela ils buvaient de l’eau chaude avec un nuage de lait. Et bien sûr, les Pictes sont de vrais highlanders, kilt, tatouages (pour raccorder un minimum sur les Pictes) et lancer de troncs

Pourquoi aimons-nous tant les clichés actuels projetés sur l’antiquité ?

Personnellement, je pense que ça ne diffère pas tant de notre vision “sérieuse” de l’histoire : nous partons du principe que les gens n’ont pas bougé du tout. Et là se trouve la contradiction : Panoramix a des contacts à travers le monde entier, il connaît Numérobis à Alexandrie, il connait la bibliothèque d’Alexandrie puisqu’il souhaite y emprunter des documents, et il a obtenu du thé, manifestement via la route de la Soie. Astérix va jusqu’en Amérique, au Levant, en Inde, en Angleterre, en Espagne, en Egypte, plusieurs fois à Rome, en “Germanie”, Belgique, Helvétie. Et malgré ces mouvements énormes et dans les deux sens (dans Astérix en Corse, Soupalognon y Crouton, Petisuix, et d’autres amis qu’ils se sont faits dans leurs aventures leurs rendent visite en Armorique). Et MALGRÉ ces mouvements de populations vastes et fréquents, les gens sont d’apparence semblables, ne se mélangent pas, au point qu’ils ont les mêmes pratiques culturelles qu’aujourd’hui.

La contradiction a quelque chose de drôle. Les gens sont libres de se déplacer, de se mélanger, d’échanger, et pourtant ils restent fortement endogames et le seul noir reste bien tranquille sur son perchoir pirate avec son accent comique.

A lire l’histoire, pourtant c’est ce qu’on nous montre.

Suite à la votation Suisse du 29 novembre 2009 visant à interdire les minarets sur le sol helvétique, un quidam interrogé sur les raisons du vote argua que “Le bon dieu il avait tout ça prévu [doux archaïsme hélvétique !] il a mis les Jaunes en Asie, les Noirs en Afrique et les Blancs ici ; ça allait très bien. je vois pas pourquoi on mélange tout et qu'on... C'est pas du racisme.” (vidéo:1'08)
Bon nombre d’historiens eurocentristes ont le même genre de pensées. Même s’ils savent bien que les hommes se sont, aussi loin qu’on en a des traces, mélangés, ils semblent piailler devant leur carte du monde, ainsi qu’un professeur face à une classe d’élèves dissipés, donnant des coups de règles pour que, non mais, chacun rentre en ses frontières.
Je dis “eurocentristes”, ce qui est souvent utilisé comme synonyme d’”occidental” toute production ici étant supposément eurocentriste, ce qui est discutable. Mais bon, il y a des eurocentristes proclamés, souvent néo-païens, qui admettront qu’il y a eu de nombreux “orientaux” dans la Rome du deuxième siècle, mais qu’ils sont “rentrés chez eux” (le doux fantasme) quand les “invasions barbares” eurent lieu et donc, les italiens n’ayant pas d’ancêtres d’Afrique ou d’Asie, hé ben ça compte pas. La question n’était pas tant “ont-ils contribué à notre bassin génétique” mais “ont-ils contribué à notre culture ?” ce qui est indéniable.
En provenance d’Afrique, on trouvera ainsi Septime Sévère, empereur ; Apuleius, philosophe et écrivain, Tertullien et Saint-Augustin dans la constitution de la chrétienté, portant tous cet héritage sur leur visage. Mais bon, un ethno-nationaliste un peu bête, faire trois enfants blancs, c'est plus important pour la civilisation européenne que d'écrire la Cité de Dieu.

(Notez que ces “néo-païens européistes” vont jusqu’à dépeindre Apulée comme un empereur décadent. Apuleius et un philosophe et écrivain romain d’origine berbère qui a compilé certaines des histoires les plus mémorables de nos civilisations. Remarquez comme ils présument sa qualité d’empereur décadent alors qu’il n’a pas été empereur, tout simplement parce qu’on l’affirmait originaire hors d’Europe.)


Personnellement, je pense qu’on peut séparer deux sortes d’eurocentrisme. Il y a celui qui sait manifestement quelles conclusions il veut atteindre (les africains sont décadents) et celui qui est simplement un eurocentrisme de méthode : nous avons des sources qui sont majoritairement européennes, d’où focalisation obligatoire.

Il y a une histoire de Nasr Eddin, le toto arabique, en plus spirituel :
Nasr Eddin cherche quelque chose sous un lampadaire. Un de ses amis le reconnait et l’aborde : “Tiens, Hodja, que fais-tu là ?
– Je cherche mes clés.”
Voyant qu’il n’y a pas de traces des sésames, son ami lui demande :
“Où et quand les as-tu perdues ?
– Il y a une heure, au coin de la rue, dit le Hodja en pointant l’obscurité du virage.
– Alors pourquoi cherches-tu ici ?
– Parce qu’ici, mon ami, il y a de la lumière.”

On peut tâtonner dans l’ombre autant qu’on veut, ce ne sera pas pour autant certain. Et dans les faits, on avantage une version de l’histoire euro-centrée, pleine de caucasiens victorieux, sans avoir besoin de tordre les faits ou d’un complot mondial. La prudence suffit à masquer tout ce qui s’écarterait de ce schéma. De par la suprématie européenne et d’autres incidents de l’histoire, parois dû aux européens, les sources africaines, par exemple, nous sont inconnues.
Dès lors, étant donné que les anciens n’étaient pas aussi obsédés que nous par la race des gens, notamment de par le cosmopolitisme de l’empire romain, nous n’aurons indice de l’ethnicité des gens que par des biais détournés, des remarques occasionnels.

Et si l’un est dit “noir” et l’autre “blanc”, cela devrait suffire à laisse penser à une divergence ethnique, même avant la constitution solide du racialisme au XVIIIe, non ?
Je me suis intéressé aux thèses afrocentristes de quelques penseurs. Dans les faits, il y en a peu. Notamment True Myth : Black Vikings in the Middle Ages par Nashid Al-Amin sur les conseils du tumblr medievalpoc que je suis depuis quelques temps.

Tumblr passionnant, d'ailleurs, en ce qu'il regroupe un matériel souvent occulté par l'histoire de l'art dominante, ou simplement plus rare, à savoir la dépiction de personnes de couleur à travers l'histoire.
Les images sont importantes, elles forment nos stéréotypes. TvTropes va jusqu'à dire qu'un Black Viking est une erreur de casting, classant parmi cela de nombreux chevaliers noirs dans la Bretagne arthurienne, alors que les chevaliers noirs étaient quelque chose de relativement courant. Ainsi la Saga de Morien :
«He was all black, even as I tell ye: his head, his body, and his hands were all black, saving only his teeth. His shield and his armour were even those of a Moor, and black as a raven…»
«Had they not heard him call upon God no man had dared face him, deeming that he was the devil or one of his fellows out of hell, for that his steed was so great, and he was taller even than Sir Lancelot, and black withal, as I said afore…»
«When the Moor heard these words he laughed with heart and mouth (his teeth were white as chalk, otherwise was he altogether black)…»
Les chevaliers noirs ou verts sont choses courantes dans le temps aventureux.
Certes, les légendes arthuriennes sont loin d'être des modèles de véracité historique, mais prétendre qu'un chevalier noir est à contre-emploi, quand ça fait des siècles qu'ils font partie du corpus...
La fiction et la peinture de fiction ne sont pas de preuves de la présence noire en Europe, certes, mais le fait que les peintres soient capables de les dépeindre avec exactitude est un signe plus que suffisant de leur présence prolongée.
Parce que vous connaissiez, vous, la vie des Ghanéens à Londres à l'époque moderne, et le kidnapping de William Ansah Sessarakoo ?
The most celebrated kidnap victim from this part of West Africa was William Ansah Sessarakoo, the son of John Corantee, the Fante ruler of Anomabo. His father had intended to send him to England with another young man to be educated but he was kidnapped during his voyage and was sold into slavery in Barbados. The king therefore declared a cessation of all trade with England until his son was released.
The British Government then stepped in and ransomed William and his companion. William’s brother Frederick was sent to Barbados to free him and the two brothers subsequently came to London where thy instantly became celebrities. William Ansah was placed under the care of the Earl of Halifax, first Commissioner of Trade and Plantations, received at court by George II and baptized. He also attended a production of Oroonoko at Covent Garden.
His portrait was painted by the London artist Gabriel Mathias and a pamphlet on his life, The Royal African; or Memoirs of the Young Prince of Annamaboe published in London in 1750.
Vous saviez que la Ivory Bangle Lady, cadavre de notable du IVe siècle trouvée à York se trouve être d'origine africaine, par exemple ? Si on situe la quête du Graal en 454, un chevalier noir devient d'autant plus plausible. Et là on parle de notables, qui laissent des traces. Cela ne peut que nous inviter à supposer la présence de plus petites gens, qui n'ont pas d'aussi augustes sépultures.
Vous saviez l'histoire de Abraham Petrovitch Gannibal(1696-1781) esclave enlevé à l’âge de sept ans(c. 1703) et emmené à la cour du sultan Ottoman qui fut ensuite offert à Pierre le Grand ? Il devint son valet et le czar semble s’être pris d’affection pour lui au point de l’envoyer à Metz apprendre les mathématiques, la géométrie et l’ingénierie. Il plus tard, général en chef des armées Russes(1759) à savoir le troisième rang de la hierarchie civile et militaire de son temps. Il est d'ailleurs l'arrière-grand-père de Pouchkine.

Ben moi je savais pas.
Pas que je considère qu'il y a un complot mondial pour l'occulter, non, mais l'histoire officielle et considérée importante (les batailles et les règnes des rois) va forcément supplanter celle des minorités. (parce que contrairement à la théorie de Al-Amin que les noirs ont toujours été majoritaires partout où il n'y avait pas de sources, je pense qu'il y a effectivement toujours eu mélange de populations, et quasiment partout, mais que c'est resté des enclaves minoritaires)
Medievalpoc nous montre des pans de vies oubliées, pas forcément nombreuses, mais présentes dès très très très tôt.
Généralement, la discussion est intéressante : quand on a un peuple donné dont on ignore l’ethnicité on le présupposera, contraierement à l'habitude, de complexion noire, métis ou en tout cas autre que causasienne, après tout, les blancs ont toujours été une minorité. Toute l’humanité a émergé d’Afrique. Les amérindiens, mélanésiens, indiens et africains ont tous la peau plus foncée que les européens, statistiquement il y a toujours plus de chance qu’ils soient noirs, sans doute pas noir au sens d’ascendance africaine, mais “moors” dans le sens d’une certaine mélanodermie. Ca change du non-questionnement habituel.
Quelle preuve apportent ces historiens ? Pour tout vous dire Black Vikings fut une longue déception.

La plupart des preuves se basent sur des thèses préhistoriques, i.e. sans sources, ou sur des thèses d’historiens de la fin du XIXe, mais sans vraiment expliciter leurs preuves à eux. On dit juste “regardez ce vieux mec blanc mort, il a dit ça donc ça doit être vrai”. Cf. Mac Ritchie, Gwyn Jones, quoique ce dernier n’endosse pas ces thèses lui-même :
“The Irish annalists were a lesson to all with their division of Norse invaders into White Foreigners, Norwegians(Finn-gaill), and Black Foreigners, Danes(Dubh-gaill), but it was a lesson no one heeded; nor do we know why they distinguished them by colour.” A history of the Vikings, Gwyn Jones
Autrement dit, les Vikings étaient classés entre noirs et blancs, littéralement, mais sans qu’on sache dans quel autre contexte ces couleurs étaient usitées. Disait-on “noir” pour “noir de cheveux” ? Finn signifiait-il “blond” ? Si oui, on peut arguer que cela désignait sans doute leurs teintes capillaires. Sinon on peut promouvoir avec plus de force l’idée que cela se référait à leur teint, mais sans cette analyse, comment peut-on être convaincu ? Je n’ai pas la moindre idée de la taxonomie descriptive humaine des annalistes irlandais !

Et les sources secondaires… Deux choses.
Premièrement, il est vrai que c’est très intéressant en matière d’historiographie : pourquoi des thèses similaires ont-elles été réfutées sans éléments par les milieux académiques européens au profit d’un révisionnisme qui insérait des blancs partout, notamment des Aryens, porteurs de sagesse et de civilisation ? Bon en fait, attendez, j’ai répondu à ma propre question.
Mais deuxièmement ce sont des sources de merde : ils ont des théories improuvables. Je veux bien envisager une suspension de croyance en matière de l’ethnicité des peuples sans visages qui traversaient le monde, mais comment le faire quand la principale matière offerte c’est des livres emplis de phrases du genre “[Denmark] which had enjoyed prosperity for more than two thousand years by virtue of her position on two European trade route” (Gwyn Jones, A history of the Vikings)
Ces mecs ont la plume si légère qu’ils peuvent sans peine dire qu’un pays, pouf, a été prospère pendant deux mille ans. Pourquoi je les croirais quand ils disent “ce peuple est noir parce que j’ai décidé” ?  Quand ils affirment que Bouddha était noir et n'existait pas, qu'il ne serait qu'une résurgence d'une figure mythique africaine (dont on n'a pas trace) et dont toute la mythologie mondiale proviendrait alors même qu'on a des "preuves" historiques de l'existence du Boudha bien plus solides que le scénario avancé là, pourquoi les croire ? Ce n'est pas plus historique que ces types qui disent que Jésus a été inventé par les Romains. Dans les deux cas, je vois très très mal pourquoi l'autorité d'un vieux blanc devrait servir de principal fondement à la thèse avancée, quand une grande part de cette thèse c'est "white people be tripping man".
(Je ne dis pas que Jésus a existé, mais dire qu'il a été inventé par les Romains dans un grand complot pour calmer les rébellions juives est une thèse beaucoup plus farfelue et improuvable que "il y avait un prêcheur nommé Jésus".)

Là, les afrocentristes ont le même défaut que les néo-païens eurocentristes : ils ont une Génèse à raconter, ils vont donc la poser là où il y a le plus de places, à savoir le moins de faits encombrants : dans la préhistoire !
Là, Buttercup Dew, brony neo-nazi nous raconte la gloire des Neanderthals, sa master race à lui, expliquant que son homosexualité est probablement due au fait que les Néanderthals sont exposés à plus d’oestrogènes dans l’Utérus. Je peux même pas dire tout ce qui foire dans cette théorie. Là, fantasment les néo-nazis, l’Europe était pure et blanche.
Là, nous dit Al-Amin régnait une puissante civilisation Noire, qui venait d’Egypte, où elle s’était établie, et qui a amené des Mégalithes partout où on les trouve aujourd’hui.
…Remarquez cette thèse est encore très crédible, par rapport au reste. Après tout, les rochers de Stonehedge ont voyagé sur des centaines de kilomètres, les Mégalithes sont généralement implantés près des côtes (ça fait quand même une trotte, si on estime tous leurs bâtisseurs originaires d'Egypte) donc une importation maritime de la technique semble plausible, et surtout, l’Egypte avait pas mal de connaissances, très tôt, dans l’édification de monuments cyclopéens. Le fim 10’000 BC montre cet avancement technologique en endossant la thèse que ces monuments sont bien plus vieux qu’on croit. Bien entendu, quand on dit aux gens que le Sphinx date de -10’000, la première théorie qui vient à l’esprit c’est “DES ALIENS !”
Je trouve légèrement plus crédible – et rassurant – d’entendre quelqu’un dire “Non, juste des noirs légèrement plus avancés” quand on voit le nombre de gens qui croient sans preuves et sans faits aux aliens, aux Atlantes ou aux pyramides de cristal dans le triangle des Bermudes, quoique ça puisse impliquer.

Mais là vient l’argument Astérix, généralement en faveur des eurocentristes, quand on parle d’Europe. On estime que
(1) Les gens ont peu bougé, ou que ceux qui ont bougé ne se sont pas reproduits.
(2) Les gens ressemblent à leurs ancêtres.
(3) Les habitants de l’antiquité de la province X ressemblent aux habitants actuels de X.

Ce qui est plutôt naïf, surtout (2).

Quand on sait que Hannibal a, au IIIe s. av. J.C.. remonté la moitié de l’Europe avec 100’000 hommes, probablement d’origine Nord-Africaine, et avec 37 éléphants et on est toujours pas sûrs de son trajet. (autrement dit, même un mouvement de 100’000 hommes et 37 éléphants ne laissent pas de traces concluantes : comment convaincre les eurocentristes de mouvements moindres ?)
Quand on sait que Attlia le Hun a été jusqu’à Chalons{{refnec lol}} au Ve s. ap. J.C. avec un nombre conséquent de soldats, probablement plus mélanodermes que les Germains qu’on s’imagine leur succéder dans l’occupation de l’Europe de l’Est et du Nord.
« His army is said to have numbered five hundred thousand men. He was a man born into the world to shake the nations, the scourge of all lands, who in some way terrified all mankind by the dreadful rumors noised abroad concerning him. He was haughty in his walk, rolling his eyes hither and thither, so that the power of his proud spirit appeared in the movement of his body. He was indeed a lover of war, yet restrained in action, mighty in counsel, gracious to suppliants and lenient to those who were once received into his protection. He was short of stature, with a broad chest and a large head; his eyes were small, his beard thin and sprinkled with gray; and he had a flat nose and a swarthy complexion, showing the evidences of his origin.» (Jordanes, XXXV, §182)

Fine barbe frisante, nez plat et peau foncée («swarthy») sont des indices d’une complexion raciale plus poussée que ce qu’on serait tenté d’appliquer. Souvent on montrera simplement les gens comme un peu bronzés pour marquer qu’ils ne viennent pas de nos oasis de civilisation blanche (et qu’ils sont un peu sauvages, errants tannés par le soleil) considérant dès lors les Huns comme venant d’Asie, nous en concluons qu’ils ressemblent aux asiatiques d’aujourd’hui, de la même manière qu’on s’imagine les germaniques comme les Allemands d’aujourd’hui, avec le même tact que Léodagan. Et l'image qu'on a des Huns change bien sûr avec le temps, projetant n'importe quoi dessus comme ces armées grecques sous les murs de troie en armures du XIVe et armées de canons. 



Diverses dépictions des Huns.



Quand on sait que les Arabes ont été, au VIIIe s. ap. J.C. jusqu’à Poitiers, avec des milliers d’hommes et ont (de plus en plus partiellement) occupé l’Espagne pendant huit siècles, moult maghrébins passant là.
C'est naïf de penser que les nuages radioactifs ou les migrant s'arrêtent aux frontières d'eux-mêmes.
Et ce ne sont là que les mouvements de population les plus brutaux et massifs : il y en a forcément eu d’autres. Lampedusa n’était pas encore là pour happer les corps de migrants et le détroit de Gibraltar n’était pas encore grillagé. Quand l’Europe est visible de l’Afrique, on croirait que personne n’a jamais envisagé de le franchir ?

La théorie de Al-Amin a plein de failles. Basiquement elle énonce pêle-mêle
  1. Ötzi était noir. La preuve ? il avait la peau noire. Duh, les paléologues sont bêtes, ils font comme si il y avait besoin de plus de preuves (négligeant les phénomènes qui arrivent à la peau en 5000 ans voire plus, ça rejoint un peu ce qu'on a dit sur la momie de Louis XIV, émergée "noire comme de l'encre" de St-Denis en 1793)
  2. Les Hommes de Grimaldis étaient négroïdes. Comme tous les fossiles humain du monde. On le sait parce qu’on a mesuré leurs os. (?)
  3. Les Africains sont sûrement allés en Europe très tôt étant donné qu’avant la fin des glaciations, l'Italie reliait encore l'Europe et l'Afrique, coupant la méditerannée en deux, que les ponts étaient plus courants.
  4. Les Egyptiens étaient probablement plus avancés. Et probablement noirs (ici il fait usage de l’argument Astérix, en fait : comme il y a plein de noirs en Afrique, les Egyptiens étaient noirs, mais on dispose en fait de source, notamment Tacite).
  5. Ils ont construits des Mégalithes partout.
  6. Il y avait un empire racialement homogène (noir) allant d'Egypte en Inde, ce qui explique pourquoi les auteurs grecs (e.g. Hérodote) situent deux Ethiopie, une au sud de l'Egypte et une vers l'Inde. Al-Amin appelle cela "The Great Ethiopia"(Ca rejoint un peu les thèses de Houston, tiens)
  7. Ils ont peuplé plein d’endroits, et les phéniciens en descendent, tant qu’on y est.
  8. Et les Etrusques sont pareils que les phéniciens, parce que des historiens l’ont dit.
  9. Donc des Noirs étaient présents parmi tous les celtes, dans une civilisation ancestrale, avant d'être remplacés par des blancs venus d'autour de la Baltique. Basiquement, tous les fantasmes des Néo-Païens, mais avec des noirs partout. Tout aussi improbable pour moi, mais bon.
  10. Les Tuatha dé Danaan sont issus d’Egypte, ne sont pas mythiques et ils existent. Ils sont noirs et ont peuplé les Îles Britanniques. (bien qu’il dise que “Dates for most mythological events are impossible to determine and many of most ancient myths were merely human rendering of astrological events or movements of constellations“ (p. 74) Max Müller j’écris ton nom)
  11. PARCE QU'IL N'Y A RIEN DE MIEUX QUE PRENDRE DES TRUCS MYTHIQUES, DE LES MÉLANGER À NOS THÉORIES ET DE PRÉTENDRE QUE TOUTE OBJECTION EST LE FRUIT D'UN COMPLOT SUPRÉMACISTE BLANC.
  12. Bon, on a basiquement prouvé que tout les celtes étaient majoritairement noirs, tranquille (je déconne pas, il passe plus de temps à dire qu'il a prouvé que tout le monde était noir qu'à vraiment le prouver). Regarde, un vieux type du XIXe qui dit pareil.
  13. Les Blancs viennent d’autour du Caucase (“The Great White Forest”, chap. 2) et ont débarqué à la fin casser la gueule à tout le monde. Comment ils sont devenus majoritaires n’est pas vraiment abordé, sauf pour sortir l'histoire classique de "en fait y'avait moins de lumière alors les blancs avaient un avantage évolutif" : "Intermingling among these various people lead to a lightening process of the general populaces and the colder climate with less direct sunlight resulted in more fair-skinned and fair-haired individuals over the centuries of cross-breeding."(p. 110) …Comment l'immixtion progressive de blancs pourrait-elle aboutir à leur majorité ?
  14. Par exemple, les Romains ont pété la gueule aux Etrusques. Les Romains étaient blancs, tiens.
  15. Les Francs aussi, manifestement. Les Saxons qui attaquaient l’Angleterre aussi (p. 94). En tout cas, ils ont pété la gueule aux celtes, qui étaient noirs.
  16. Basiquement, tout le monde était noir, mais dès qu’on s’approche d’une zone qui a un fort taux de sources écrites, sculptures, etc., ils deviennent majoritairement blancs, tiens, c’est étrange.

Vous voyez qu’il y a pas mal de bordel, et que ça n’aide pas. On a envie de coller du {{refnec}} partout. Plutôt que de nous répéter que MacRitchie et Jones ont dit que X ou Y étaient noirs, va voir leur putain de source et donne-les nous ! Ne soit pas un revendeur d’histoire périmée, sangdieu.
[extrait de True Myth : Black Vikings of the Middle Ages] Les images ne sont pas proprement sourcées, les fondements de l'argumentation se basent sur des auteurs de la fin du XIXe et sur des spéculations préhistoriques…

Autant je trouve la tendance à blanchir tout peuple qui touche l’Europe idiot, autant je trouve que noircir tout ceux sur qui on n’a pas d’info, sous prétexte que l'homme est originaire d'Afrique (tous les hommes sont originaires d'Afrique, les blancs aussi, ce n'est pas parce que les Africains aujourd'hui sont noirs que les homo sapiens qui en sortaient l'étaient aussi : s'il y a eu évolution elle n'a pas été unilatérale. C'est un autre usage de l'argument Astérix) puis les blanchir subitement, hophop sans explications, quand ils deviennent majoritairement blancs (i.e. quand on a des sources) me semble tout aussi farfelu.
Al-Amin dit que les historiens eurocentristes répètent de façon compulsive la blancheur des populations décrites, mais quand il aborde leurs écrits c’est pour montrer qu’au contraire ils ne l’abordent pas : ils n’ont pas besoin de l’aborder, puisque tout le monde utilise l’argument Astérix instinctivement. Par contre Al-Amin répète de façon incantatoire avoir apporté des preuves béton de ce scénario cyclopéen d’une civilisation noire qui aurait dominé le monde, avant d’être chassée, sans expliquer précisément d’où vient la blancheur de peau, ni le retournement de situation.

Pourquoi ? Simple. On dira que l’Empire Romain était majoritairement blanc, après avoir démontré son multiculturalisme. Pareil pour la Perse, tantôt noire tantôt caucasienne selon les afrocentristes. Les crières pour “noircir” un peuple sont si bas, par la beauté des propriétés transitives, qu’il ne reste plus grand monde qu’on puisse dire blanc. D’où pénurie pour l’origine de l’oppression. Comment on a fait pour être raciste si y’a eu tant de noirs parmi nous ?

(Certains prennent la peine d’écrire de plus élaborés scénarios mais ça reste des scénarios)
Mais parfois What The Shit :il admet que les historiens irlandais distinguent les Danois, noirs ; et les Norvégiens, Blancs, pour conclure à une différence de race, mais pouf, trois pages plus loin, non, tant pis, un historien de 1880 a dit qu’ils étaient du même peuple, alors on va dire qu’ils étaient tous noirs. Le SEUL INDICE convaincant sur l’ethnicité noir des Danois venait de la distinction faite avec les Norvégiens, tu ne peux pas ensuite l’abolir sans apporter de nouveaux éléments. Et bien sûr, pour beaucoup c’est particulièrment faux et cette division ne saurait avoir un sens racial.

Vous aurez d'autres afrocentristes qui débuteront leur plaidoyer par citer Our Remote Ancestry, in The North American Review Volume 0139 Issue 334 (Sept 1884), pp. 246-256.
...Sérieusement ? Un article de 1884 qui dit que nous sommes originaire d'Afrique et de l'Atlantide ? A ce compte-là, foutez des soucoupes volantes dans vos théories, lâchez-vous, plus besoin de faire bonne figure.

Wow, un autre argument d'autorité, ça va clairement révolutionner l'histoire.

Bref, vous voyez bien les soucis de méthodologie.
Je retiens principalement que
(4) Des changements/mouvements de population importants ont pu avoir lieu.
(5) “majoritairement blanc” ne veut en aucun cas dire “100% blanc”.
(6) En l’absence de preuves, suspendre ses proclamations sur l’ethnicité des peuples antiques est une bonne méthode.
(7) De nombreux indices laissent effectivement entendre que nombre de peuplades étaient plus mélanodermes qu’aujourd’hui.
(8) Il y a une réelle volonté de ne pas se questionner là-dessus, à part pour les afrocentristes et les eurocentristes, qui tentent de marquer des points en ethnicisant le passé.
(9) Cette volonté de ne pas se prononcer avantage forcément l'historiographie eurocentriste via l'argument Astérix.

Mais sans déconner, ceux qui disent que les exigences de preuves sont racistes ne m’inspirent pas plus de sympathie que ceux qui disent la logique formelle sexiste.
So here’s the deal–I was was a history major at Howard University. I came to that school believing very much in an Afrocentric view of history. From that perspective, my first semester was just devastating. I had a professor, Dr. Linda Heywood, who specialized in taking on kids like me (the ones who believed ancient Egypt built fighter jets) and forcing us to face facts. She was, of course, a trained historian who was used to debating kids like me, and for every Chancellor Williams or Diop I whipped out, she had a David Brion Davis or a Eugene Genovese.

I couldn’t escape by dismissing her as part of a white plot–she was not just a black woman, but a black woman with a PhD in African History, who was teaching at the most storied black university in the country. I couldn’t attack her street cred, and so I had to engage the argument. I found her infuriating–which led me to take two more classes from her. A buddy of mine recalls the most poignant moment for us under her tutelage. At the end of a particularly debilitating lecture, she looked at us and said, “So with all the evidence I’ve given you, explain to me why blacks are not inferior to whites.”

She didn’t believe that of course. The point was preparation for what we’d encounter out in the world. Here is thing–my best professors at Howard (and there were many) knew what those of us who fashioned ourselves budding intellectuals would have to debate people who did not believe that it took a village, people who’d gone to the best schools in the world, and who were armed with the latest facts and science, and Ma’at would not save us. We could not hide behind myth–even if our opponents could. We were black. We had to be better than they’d heard. (source)



C’est d’ailleurs un autre problème : les afrocentristes vont beaucoup trop loin, à la sutie de tous les Cheikh Anta Diop de la terre.

Tout mouvement égalitariste a deux choix quand aux opprimés qu’il décrit.
  1. Soit insister sur leur oppression et la douleur qu’ils ressentent.
  2. Soit insister sur leur force, et leur tendance malgré l’oppression à se relever.
Souvent il fait les deux. D’un côté on décrit la douleur ressentie, mais si on dépeint toujours noirs ou femmes comme des victimes, ne risque-t-on pas de naturaliser l’oppression ? On prête le flanc à ceux qui voient la faiblesse des noirs ou des femmes comme naturels et issue d’une infériorité essentielle de ces groupes. D’où revalorisation de l’apport des “minorités” à la société.

Mais rarement on explique que l’oppression n’existe pas et est une invention récente. Imaginez une féministe qui prétend que le monde vivait dans le matriarcat jusqu’il y a récemment. Imprensable. (et bête)

Vous connaissez le racisme inversé ? On essaie de démontrer que les blancs subissent une oppression aussi. Souvent on répond que le racisme anti-blanc n’est qu’une réaction au racisme plus global, d’ampleur incomparable.

Hé bien certains afrocentristes tendent à faire du RACISME INVERSÉ INVERSÉ : ils prétendent que les noirs ont dominé les blancs à travers l’histoire, ce qui explique le racisme, puisque les blancs l’auraient développé durant leur oppression. Ca contredit les théories généralement sociales du racisme, en lui donnant une origine psychologique.
Ainsi Al Amin :


Et la fameuse théorie Blue Blood is Black Blood qui prétend que la noblesse européenne a été majoritairement noire, et a opprimé les blancs jusqu’à… Très récemment en fait. Ce genre de types essaient de prouver que Louis XIV était noir à partir de trois gravures de guingois, par exemple.
 Le Roi Louis XIV, quand il fut déterré en 1793 avait la peau «noire comme de l'encre», mais c’est sans doute dû à la décomposition de son corps, noircissement courant des momies, qui est dit relativement puant par rapport aux autres, mieux conservés, de la basilique St-Denis.Cependant ç’aurait pu mieux expliquer le mystère de Louise-Marie Thérèse cette fille supposée de Louis XIV. N'empêche que pour dire Louis XIV noir, il faut une définition de "Louis XIV", de "noir" ou de "preuve" qui soit extrêmement large.
Voyez :
«The symbol of the Moor shows a Blue man which is a Black man and means Blue Blood. We see many portraits of the nobility in which they pose very intimate with a little Black boy or girl which gives the sitter riches, mostly pearls which seem to symbolise Europe.The nobility was coloured, and some showed more African or Asian or White treats. These portraits are kept hidden or are destroyed around the French Revolution (1789).
Inside The Drake Jewel is a miniature of Queen Elizabeth I. Her father’s sister Mary Tudor was the grandmother of Mary of Scots. Mary of Scots son was James I who married Anne of Denmark. They were the grandparents of Charles II Stuart who was named “The Black Boy.”
He was described on a wanted poster issued by parliament as a tall Black man and I do not think they were fooling around.
Anne of Denmark had ordered a play “The Masque of Blackness” (1605) in praise of Black beauty which did not fade. The play was performed by members of the court and it explained how Blacks, The Sun People, came to Europe to look for a milder sun. In the play was a personage of The Niger River. The costume design shows a tall Black woman. Strange as this might sound; it took me after all three years to believe my own findings: Anne of Denmark which we know as a blindingly blond woman was almost certainly Black. As the whole Stuart dynasty was Black of skin.
When one looks for portraits of Charles II Stuart “The Black Boy” one finds many which show a White man, with long black hair and mustachio. But if one persists there are portraits which show black skin. Especially the National Portrait Gallery site shows many portraits of a Black skinned boy and later a Black adult. Still there is a lot of variations, but I have one pitch black portrait which show his classical African treats under a huge afro-like wig.
So there were Black Kings in Europe, who somehow traced their origins in Africa and symbolised their Blue blood with the image of a Moor. The portraits which show Blacks as White’s I would explain as propaganda to make them look as the White people they so despotically oppressed. Other white portraits are over painted authentic Black portraits, or whitened copies of these or outright fakes. All European museums show portraits of the European elite, with fake white skin colour. We know that all the European royal families were blood relatives.» (source)

Le professeur original de la théorie a d’ailleurs commenté :
«egmond codfried says
Dear friends, I’m happy to see that more people are putting up my theory blue blood is black blood (1500-1789) on their website.
Sadly enough I have noticed that whites, any white person, will respond with blind panic, irrationality and ridicule if I try to explain these matters to them. Perhaps they are even in fear off each other and do not want to be labelled ‘nigger lover.’ Who knows?
Yet I believe they deserve some consideration as they were dominated by blacks, so they were taught to fear blacks. This fear is instilled through education, media, movies, anything. The indoctrination is so strong and pervasive that other coloureds and even blacks are affected.
To change this we have to combat the religious believe called white supremacy. The idea is that whites because of their colour are better, have better intelligence, better moral values, less likely to make a mess of some undertaking, more honest, more considered, less violent, better in looks etc.»

Vous avez bien lu : SI LES BLANCS SONT SI AGGRESSIFS C’EST PARCE QU’ILS ONT ÉTÉ OPPRIMÉS. C’est quand même ballot qu’un mouvement de revalorisation des Noirs dans l’histoire aboutisse à donner des excuses aux partisans du “racisme anti-blanc”. Vite ! Foutez cette théorie hors d’atteinte des eurocentristes !
(Blague : jamais les eurocentristes n’admettront leurs ancêtres faibles ou noirs, pour eux synonymes.)
Le problème c'est que là on tombe définitivement dans la théorie du complot, puisqu'on assume que tout cela était connu et affiché, et que cela n'a été occuté que récemment. Ca suppose un consentement de tous, et un grand complot visant à repeindre tous les portraits royaux du monde, ne laissant comme preuves de l'ethnicité des rois noir que trois gravures de guingois.
Regardez tous ces visages typiquements africains… Ah, non, c'est vrai, un complot blanc suprémaciste s'est occupé de repeindre aboslument tous les portraits sans laisser aucune trace matérielle de l'opération.

Mais il est clair que sur le plan historiographique c’est très intéressant. Ca nous en dit plus sur la détention du savoir actuel que du pouvoir ancien.
Après tout, MacRitchie et Gwyn Jones n’avaient aucun problème à imaginer des peuplades noires traversant l’Europe. Pourquoi avons-nous tant de peine ?
Le spectre d’imprécations va de “Donne des preuves, putain !” à “Go fuck yourself afrocentrist nigger, your people are monkeys and always will be” ou encore “the only way african genetics left africa in the past is as slaves.” mais il est certain qu’il y a rebiffade, partout. L’argument Astérix est désormais normal.
Quand on parle d’un passé mythique où les plus vindicatifs des deux camps décrits tentent de placer leurs pions, ça se chamaille, mais ne peut-on pas aborder certaines questions sans heurts ?


Astérix chez les Vandales


Apparemment pas.
Deux images de la Reine Charlotte.

Parlons de Charlotte de Mecklembourg-Sterlitz, reine de Grande-Bretagne, au visage… métis?
Elle descendrait de Margarida de Castro y Sousa, noble portuguaise du XVe d’origine supposément africaine, quoique ce soit bien sûr contesté et que la distance génétique soit beaucoup trop grande pour expliquer ses traits. Bien sûr, on ne parle que de ça, pour décrier ces vils afrocentristes.
Généalogie.

Sauf que les familles royales ont tendance à, disons, recouper les lignées ancestrales. Les gènes font coup double, et des chromosomes se retrouvent en deux ou trois exemplaires dans un même couple, les surexprimant. On connait le problème de l’hémophilie.
La question de la généalogie reste problématique, je n'ai pas vraiment l'envie de refaire les pas de Valdes sans son bouquin sous la main, ni de me fader l'arbre généalogique. La question de l’apparence l'est moins, étant donné certains portraits. Bien sûr, comme il était d’usage de couler les faces de tous dans les mêmes moules (je veux dire, regardez les gueules de la famille royale française ici, on dirait ces memes associés au photobombing) elle aura aussi des portraits où cela n’apparait pas.

Ses traits africoïdes furent discutés âprement lors de son mariage, notamment via un poème :

Descended from the warlike Vandal race,
She still preserves that title in her face.
Tho' shone their triumphs o'er Numidia's plain,
And and Alusian fields their name retain;
They but subdued the southern world with arms,
She conquers still with her triumphant charms,
O! born for rule, - to whose victorious brow
The greatest monarch of the north must bow.

L’usage des terme «Vandale» et «Numidia» devrait nous alerter : territoire et peuple africains, du moins sûrement perçus comme tels par l’auteur de ces lignes. Pourquoi ?

Mais bien sûr, Wikipédia ne s’encombre pas de pareilles «irrelevances» :
So I have[…]cut back the discussion of Charlotte's possible African ancestry to a more reasonable length. It had an irrelevant poem about Vandals in it that did not need to be there and a disputed statement about an "apologia" which I removed. Smeat75 (talk) 05:31, 2 April 2013 (UTC)
Oui, bien sûr, le fait que des contemporains, en public, dans un poème, la comparent à des peuplades africaines n’a absolument rien à foutre dans le débat sur la question de son ascendance africaine.
Parce que l’appeler Vandale faisait en fait référence à son origine germanique, bien sûr :
Or, it may be referring to the Vandals, a Germanic tribe which was believed at the time to have originated from the Mecklenburg area, and to have later conquered Africa. Now, it's possible that the poet was playing around with the fact that, by many accounts, Charlotte looked kind of black, and were making a joke based on the Vandal connection to north Africa. But the Vandals did not look Black. They were a German tribe, and presumably were blond and fair. So there is no reason to assume that this is what is meant at all, unless one is already looking for it. And, I will repeat - the Vandals were believed in the 18th century to have originated in northern Germany, around the Baltic Sea (i.e., exactly where Charlotte was from). (John Keeney)

Hmm. Deux thèses ici :

  1. Les Vandales étaient vus comme germaniques, i.e. pas originaires d’Afrique.
  2. Donc le poème faisait référence au fait qu’elle descendrait d’une tribu germanique qui a conquérit l’Afrique, peut-être pour des buts humoristiques mais il ne faut rien inférer sur son apparence.
Quelques choses:
  1. Pourquoi dirait on que «She still preserves that title in her face.» ? Y a-t-il des traits germaniques qu’on aurait décelé sur son visage ? Son médecin personnel écrira dans son journal qu’elle avait «a true mulatto [métis] face». Cela devrait suffire à montrer que même si son ascendance — supposée — n’était pas très métissée, il semble que ses traits aient été perçus comme tels, et la pensée raciale n’est pas tant liée à la génétique qu’à l’apparence. La génétique ne compte qu’en ce qu’elle influe sur le physique.
  2. Pourquoi faire référence à l’Afrique ? Ou aux Vandales, tant qu’on y est ? Des peuplades germaniques dont on pense qu’elles ont emergé autour de la Baltique, on n’en manque pas, et elles ont nombre d’autres exploits guerriers. Pourquoi dans le même message admettre l’évidence — le poète faisait référence à son apparence négroide — et la retirer aussitôt, parce que oulah non, les Vandales sont blancs et blonds si possible aux yeux bleus ?
  3. Les Vandales avaient déjà la connotation âprement négative qu’on leur connait, liée à la mise à sac de Rome : «Till Goths, and Vandals, a rude Northern race, / Did all the matchless Monuments deface.» Dryden, John, "To Sir Godfrey Kneller", 1694. Donc oui, pour décrire la nouvelle reine comme une de leur descendante, à l’occasion de son mariage, je pense que tu as intérêt à avoir un bon mot pour appuyer la manoeuvre.
  4. Non seulement l’apparence réelle des Vandales n’a que peu d’importance, ce qui compte étant ce que le poète et son public s’imaginaient être leur physique, mais en plus l’assomption qu’ils étaient «blonds» et aux «cheveux lisses» est d’un péremptoire risible quand on connait la mutliplicité des mouvements de populations dans ces zones et le passage de peuplades aux phénotypes bien divers, comme les Huns.
  5. Mais surtout notez : "Now, it's possible that the poet was playing around with the fact that, by many accounts, Charlotte looked kind of black, and were making a joke based on the Vandal connection to north Africa.". Le Wikipédien reconnaît la pertinence de l'argument, mais il le rejette parce que l'image des Vandales blonds est trop prégnante en son esprit.
Mais apparemment tout le monde trouve ça normal :
The Vandali were one of the many tribes or groups of Indo-European speakers in Europe whose name appears to derive from a common root for 'white' (ie. blond) found in Celtic or Italic tongues and related branches. The English word 'white' is a cognate, the 'n' having been dropped at some point from the 'wenet' or 'vined' or similar root. It is not known for certain if 'white' in Germanic languages was retained from proto-Indo-European, or imported from common Celtic. Most 'experts' seem to lean towards the former but the latter is preferable. As light-haired Europeans often have offspring with blonde hair regardless of the hair colour of their parents, the many tribes using variants of this could have gained their names from leaders who were born blonde and named as such. It is only after the first few years that the blonde hair of many of those offspring turns brown. (source)
Leur nom veut probablement dire «blanc» donc ils étaient blonds. C’est cool, c’est comme quand on décrit un peuple comme noir de peau, e.g. Attila, en fait c’est pour dire qu’il était noir de cheveux. Pratique, les cheveux.
Voyez-vous, j’aimerais bien une preuve de ça, que tous peuples dits “germains” étaient blonds. Certes, même les Afrocentristes affirment que les blancs sont issus d’un milieu endogame d’albinos autour du Caucase, mais ça ne veut pas dire que tout le monde en était, au contraire, cette hypothèse prêche plutôt pour l’origine unique des blancs et donc une hégémonie noire/métissée en dehors.
Oui mais tu peux pas te servir de conjections préhistoriques pour infirmer des thèses histor… Oh et puis zut. (True Myth, p. 6)

Dans Kaamelott, Le Refuge (4x55) montre Léodagan et Arthur enfermés dans un cabanon alors qu'une invasion barbare fait rage dehors. Ils discutent l'origine des assaillants :

Au moment des invasions barbares, nos manuels nous ensevelissent de noms : Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, Suevi, Angles, Saxons, Francs, et nous sommes supposés remplir les blancs, alors qu’on vient de nous jeter en pature cinquantes hordes sans visages, se mouvant à la surface de l’Europe. Et, touchant le continent blanc, on s’imagine dès lors que nos apparences les contaminent rétrospectivement.
Je veux dire, l'argument Astérix est généralement simpliste, mais là, quand on parle des Vandales il tient carrément de la bêtise. "Les gens n'ont pas beaucoup bougé".
Euh.
"Hmm, non, aucun mouvement/remplacement de population à signaler, rien à déclarer."

Je veux dire, putain, une grande part de l'histoire de la Bretagne c'est le remplacement des bretons par… à peu près n'importe quel autre peuple dans un rayon de 1000 lieues.
Et comme Léodagan on s’imagine qu’un Germain en vaut un autre et qu’ils crêchent tous au même endroit, bien qu'on sache qu'ils se sont fixé en Afrique du Nord.

Reprenons.
Il semble très improbable que les Vandales aient été blonds, aussi loin qu'on le sache. Pour autant, c'est invoqué comme une évidence et une preuve contre l'apparence métissée de la Reine Charlotte. C'est là que ces modes de pensées sont nocifs : ils empoisonnent des débats qui autrement seraient tranchés très simplement.
Les défenseurs d'Aryens reviennent à la chasse avec force.

"On dit pas que tous les européens sont blonds aux yeux bleus, mais la blondeur, c'est un truc d'européens, comme les yeux bleus. Tout le monde a les cheveux foncés/les yeux bruns, et seuls les européens ont développés des variantes, probablement issues d'une sélection sexuelle durable."
Source. Et tant qu'on y est, parlons des Eskimos blonds.

"Oui, bon, elle a bon dos, la blondeur des aborigènes de Vanuatu, tu sais bien qu'elle est issue d'une mutation unique, est un cas d'école d'évolution parallèle et qu'à moins de prétendre la déceler chez les Vandales, i.e. leurs descendants nord-africains, tu es juste pédant."

Bon, d'accord, c'était juste pour partager la blondeur peu connue de Vanuatu.
Soyons plus sérieux.

D'abord, contre leur blondeur supposée, les Vandales ont enrôlé de nombreux «black moorish» :
According to Procopius in the same book, Gaiseric organised his warriors into 80 companies commanded by captains called chiliarchs, which means leaders of 1,000. Most of them were Vandals and Alans but increasingly, as time passed and many of them retired to the good life, some black Moorish tribesmen filled in. They were used as seaborne raiding partiese while the Vandals waited in the galleys for the spoils to be brought up. The Moorish kingdoms gave Gaiseric few problems, “Gaiseric arms my own flesh against me” Sidonius wrote a poem, “I am being cruelly torn under his authority by the prowess of my own”. (source)
C’est ce qui se produit quand on envahit le nord de l’Afrique. Allez savoir pourquoi.
Mais plus intéressant encore Procope de Césarée nous affirme que Majorien était blond, et que justement, pour dissimuler son origine en allant vers les Vandales à des fins de reconnaissance, il s’était teint les cheveux en noir :
«Avant ces événements, l'empire d'Occident avait été occupé par Majorien, que je ne pourrais sans injustice passer sous silence. Celui-ci, qui surpassait en vertus tous les empereurs romains ses prédécesseurs, fut vivement touché des malheurs de l'Afrique. Il leva dans la Ligurie une puissante armée, pour marcher contre les Vandales; et comme il était nourri dans les travaux et dans les dangers de la guerre, il résolut de la conduire lui-même à l'ennemi. Mais, jugeant qu'il était nécessaire de reconnaître d'abord les forces des Vandales, le caractère de Genséric, et de plus les sentiments d'affection ou de haine que portaient aux Vandales les Maures et les Africains, il entreprit lui-même cette exploration. Il prit donc le rôle d'un envoyé de l'empereur, se donna un faux nom, et partit pour aller trouver Genséric. Mais pour n'être pas reconnu, ce qui lui eût attiré des malheurs et suscité des obstacles, il eut recours à cet artifice. Comme il était connu partout pour la beauté de sa chevelure, qui était d'un blond pâle et qui avait l'éclat de l'or le plus pur, il employa une pommade inventée pour la teinture, qui en un moment rendit ses cheveux parfaitement noirs.» (Guerre contre les Vandales, III, 2)

Je ne peux me prononcer sur la véracité de Majorien se rendant incognito chez les Vandales, mais si l’histoire inclut qu’il a dû se teindre les cheveux en noir pour passer inapperçu, il y a fort à parier que la blondeur était LOIN d’être majoritaire chez les Vandales.

"Mais tu viens de dire qu’ils avaient enrôlés des «maures», c’est peut-être le résultat d’un mélange de populations."

Premièrement, ça va dans mon sens : les barbares se mouvant à la surface de l’Europe et de l’Afrique n’avaient probablement pas de ceintures de chasteté, il y a eu mélange.

Deuxièmement, ce n’est pas parce que les cheveux noirs des Vandales seraient relativement récents dans leur histoire qu’ils n’existeraient pas.

Troisièmement, à supposer que les Vandales soient blancs et blonds à l’origine, leur voyage vers l’Afrique fut extrêmement rapide(en 429 ils traversent le détroit de Gibraltar, en 439 ils prennent Carthage, Majorien aurait attaqué les Vandales autour de 460, donc moins de 30 ans après leur arrivée en Afrique). Malgré l'embrigadement de Maures, il semble que les Vandales et les Alains se soient unifiés sous le terme de Vandales et se distinguent entre eux des Maures. Donc ce laps de temps ne fut probablement pas assez pour renouveler la population : si leur phénotype a majoritairement des cheveux noirs, ça ne peut pas entièrement émerger du mélange de populations.

Quatrièmement, tout l’argument Astérix est ruiné par les mouvements de population. Cet argument se base sur le fait que les peuplades germaniques ressemblent aux germains ou au nordiques, parce qu’ils auraient peu bougé. Ainsi, puisqu’ils sont les ancêtres des allemands, ils leurs ressemblent. Parce que c’est bien connu, les peuples barbares ont peu bougé au VIe s. COMMENT les Vandales seraient les ancêtres des Allemands, quand leur histoire se termine en Afrique du Nord ? L’argument Astérix voudrait ici que les Vandales soient les ancêtres des maghrébins actuels, et dès lors inférer leur apparence de ceux-ci, non d’une scandinavie fantasmée.

Cinquièmement, les Vandales semblent fortement se distinguer en apparence des romains.

Annexe
– 
Enfin, si vous voulez les arguments relativement convaincants sur les Vikings noirs:
1) Les nombreux Vikings surnommés "noirs", dont Halfdan le Noir, premier unificateur de la norvège.
Liste non-exhaustive :
2) Note sur la thèse évanescente d'Al-Amin selon laquelle l'épithète "le rouge" serait la marque d'un héritage racial métissé de part X le Rouge, qui était le fils de X le noir et d'une autre femme. Intéressant. Sara L. Uckleman a compilé les occurences d'épithètes de couleur issues de la Landnámabók.
inn hvíti "Blanc" 15
inn rauði "Rouge" 10
inn svarti "Noir" 8
surtr "Noir" 1
svartiþurs black-giant, black-troll 1
bláskegg black-beard 1
bláfauskr swarthy old man 1
heljarskinn swarthy-skin 2
blákinn swarthy-cheek 2
brún brown 2
rauðr red 2

 Cependant on a moulte traces de "rouges" qui étaient probablement roux. (Redhead désigne encore aujourd'hui les roux en Anglais ; Rothaarig en Allemand, rödhårig en Suédois on peut supposer que les locuteurs Vikings germaniques l'associaient aussi toute rousseur au vocable pour "rouge" étant donné la tendance médiévale à cela : le rouge-gorge, quoiqu'orangé, est bien désigné comme étant rouge dans les langues germaniques) Le plus connu étant Erik le Rouge.
3) Le fait que Vikings et Sarrasins étaient tous deux opposants de l'Europe chrétienne et blanche et souvent décrits dans des termes semblables de dégoût ultime par les "européens".
Maintenant, ce n'est pas forcément un argument. Des Basques ou des habitants d'Arpitanie étaient décrits comme Sarrasins également, cf. la Chanson de Roland. Il semble que les critères culturels fussent plus importants que les critères raciaux, en ce cas.
4)
4)
4) ...
4) Euh.
4) Je sais plus ce que je voulais dire.
4) Je voulais synthétiser un peu cet article et le conclure, mais je n'ai ni les compétences linguistiques ni le temps.
4) Il traîne depuis trop long dans mes brouillons.
4) Donc voilà.


4).