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samedi 19 avril 2014

Art et prouesse

L'art et la prouesse
J’ai toujours été éberlué par la vantardise modeste du speed painting. On présente ses oeuvres comme créations dérisoires, ce qui permet de faire reluire sa capacité productive : oh, ce dessin magnifique ? Je n’ai mis QUE 30 minutes à le faire.
Je me suis récemment mis à télécharger d’autres brosses et textures pour GIMP plutôt que d’utiliser la brosse ronde, qui rend tout dessin de détails aussi pratique que de fouetter des oeufs avec un parpaing. Et j’ai réussi à obtenir la teinte rude et âpre qui caractérise le peint à la main, passe-partout, qui figure un rocher, une forêt, un marais.

Ce truc a été fait en 30 secondes.
De la même manière, j‘ai trouvé des brosses ahurissantes pour faire de la fumée, des nuages, et tout.

De nouveau 30 secondes.
Et encore, je me prive de décalquer des images, ou d’en inclure carrément dans mes images, deux trois filtres, un peu de flou et ça passe. Quoique certaines brosses soient si détaillées que c’est du collage.

Le fait est que le numérique rend le collage, le plagiat, la triche en somme, beaucoup plus facile. Mais il reste toujours des gens pour geindre quand tu le fais. Je me rappelle d’une discussion dans les commentaires du blog de Boulet, je crois qu’ils parlaient de La Page Blanche, BD qu’il avait scénarisée et qui était dessinée par Pénélope Bagieu. Un commentateur avait remarqué que ladite Pénélope avait de toute évidence décalqué son Pont Alexandre de la première image qui sortait sur Google.

Scandale !
Boulet défendait Pénélope, en partie j’imagine puisqu’il a travaillé avec elle, mais aussi parce que le processus n’est pas important

En art, seul le résultat compte. Enfin, pas vraiment. La «démarche» tend à prendre une sacrée importance. Boulet s’amusa récemment à faire des dessins à l’ardoise magique, autrement dit, à faire un truc qui n’est intéressant que parce que le moyen de dessiner n’est pas pratique du tout. Mais bon, si je m’attache les mains à une enclume, ce sera dur de dessiner aussi, où sont mes hordes de fans ?
J’ai toujours beaucoup de peine quand je vois des gens dessiner de façon hyperréaliste d’après photo. Après tout, le résultat final diffère terriblement peu de la photo. A quoi bon ? A quoi bon brûler des jours et des nuits de vie humaine, s’user le sang jusqu’à l’eau, juste pour reproduire ce qu'a fait un appareil plus rapide et efficace que vous, surtout quand vous utilisez le fruit dudit appareil
Ca entraine, certes.

Les mauvais artistes empruntent, les bons artistes volent.
Picasso

Je ne suis pas sur de ce qu’il voulait dire, mais j’ai toujours compris cette phrase dans le sens que le bon artiste prend tout ce qu’il peut, ne rend rien, et dissimule son forfait : quand on recelle on ne veut pas qu’on sache de quel camion c’est tombé.
En art, seul le résultat compte et une partie du résultat, c’est de dissimuler le processus, quand il est facile et le montrer quand il est ardu.

2 commentaires:

  1. Je pense pas que la citation de Picasso implique une dissimulation volontaire du forfait. C'est juste que quand un grand artiste s'approprie une technique, ça devient SA technique.
    Quand un artiste médiocre Y imite X, il fait une oeuvre "dans le style de X". Quand le bon artiste Y imite X, sa façon d'imiter X devient "le style Y".

    Par exemple, quand on veut "faire du Mozart", en musique, on égrène les accords d'une certaine façon (fondamentale - quinte - tierce - quinte). C'est ce qu'on appelle une basse d'Alberti

    Comme son nom l'indique, ce procédé d'accompagnement n'est pas une invention de Mozart. Néanmoins, ce sont ses oeuvres qui en fournissent les meilleurs exemples, qui ont traversé les siècles, tandis que le fameux Alberti est totalement oublié.

    Les grands artistes ne dissimulent leur source qu'à la manière dont un phare dissimule la lueur d'une bougie. Quand un artiste essaie volontairement de dissimuler une influence, c'est qu'il cherche à s'en distancier, donc, a priori, qu'il n'ont pas encore trouvé leur voix propre.

    Typhon

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  2. Je pense pas que la citation de Picasso implique une dissimulation volontaire du forfait. C'est juste que quand un grand artiste s'approprie une technique, ça devient SA technique.
    Quand un artiste médiocre Y imite X, il fait une oeuvre "dans le style de X". Quand le bon artiste Y imite X, sa façon d'imiter X devient "le style Y".

    Par exemple, quand on veut "faire du Mozart", en musique, on égrène les accords d'une certaine façon (fondamentale - quinte - tierce - quinte). C'est ce qu'on appelle une basse d'Alberti

    Comme son nom l'indique, ce procédé d'accompagnement n'est pas une invention de Mozart. Néanmoins, ce sont ses oeuvres qui en fournissent les meilleurs exemples, qui ont traversé les siècles, tandis que le fameux Alberti est totalement oublié.

    Les grands artistes ne dissimulent leur source qu'à la manière dont un phare dissimule la lueur d'une bougie. Quand un artiste essaie volontairement de dissimuler une influence, c'est qu'il cherche à s'en distancier, donc, a priori, qu'il n'ont pas encore trouvé leur voix propre.

    Typhon

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.