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mardi 8 avril 2014

La Cause du Lapin

Il est peu de moments où l'on songe autant à la causalité et à la théorie des jeux que lors d'un rendez-vous. Point de Schelling, déjà. "Le Hall de l'hopital" pouvant signifier plusieurs choses et étant incapables de communiquer avec l'autre (je n'ai actuellement pas de téléphone portable) on doit deviner au plus probable.
Le temps passant, on évalue les probabilités. On irait bien se prendre un café, plutôt que d'attendre, mais le risque est trop fort de manquer votre soupirant, alors vous restez vissé au siège inconfortable et dont vous glissez.
L'espoir vous fait d'abord sceptique et prudent. Il est impossible de savoir ce qui se passe hors les murs, alors vous estimez que la chance que la personne arrive ne dépend pas de son retard, tant de choses étant possibles, tous les délais sont plausibles. Mais vous y croyez. A chaque instant, il ou elle pourrait arriver.
Au bout d'un moment vous en venez à considérer les probabilités, et vous voyez votre espoir décroître. Vous ne vous laissez plus à imaginer des embouteillages ou des aventures, vous restez à ce que vous connaissez : les murs du lieu-dit, et l'absence dudit. Et vous concluez que l'absence engendre l'absence. Le reste est espoir infantile. Peut-être viendra-t-il, viendra-t-elle ? Vous avez eu de pires retards.
Les quarts s'additionnent et bientôt l'heure a passé. Vient alors le déni. Peut-être vous êtes vous simplement trompé d'heure ? Peut-être avez vous imaginé le rendez-vous une heure plus tôt qu'il ne l'était. Et il faut reconnaître qu'on vous a posé un lapin.
Deux fois en deux jours, les gens ont simplement oublié.
Si on a vite admis que Godot était une métaphore pour Dieu, ce n'est peut-être pas seulement à cause de son nom rappelant le terme anglais, mais peut-être aussi parce que notre espérance, notre confiance, et la somme des deux, la foi, n'est jamais tant mise à l'épreuve que dans l'attente impuissante.

Pour ne pas avoir perdu mon midi entièrement, je vais glisser mon bulletin de vote dépassionné sur TAOUA, acronyme semblant "tower" dit par un enthousiaste, qui porte effectivement sur la construction d'une tour.
"Le temps s'en va, mais l'éternité reste", dit la peinture s'écaillant au-dessus du cadran solaire de la Place de la Louve, rendu bête par les nuages, l'ombre suspendue quelque part sans atteindrele mur, sans marquer le temps.
L'éternité est toujours là, certes, mais ça me fait une belle jambe.

1 commentaire:

  1. Je me souviens d'un professeur de finnois qui nous disait que le verbe attendre était atélique. « Hélas » avais-je ajouté.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.